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BATAILLE D’ABOUKIR

Le général Bonaparte fit faire une reconnaissance, et, à son retour, il m’envoya avec un adjudant général reconnaître l’endroit où l’on pourrait établir le dépôt des munitions. Après avoir beaucoup couru, je trouvai un endroit convenable sur le bord de la mer et je revins au camp après le soleil couché. Je fus souper et coucher chez le commissaire ordonnateur en chef. Les divisions arrivèrent la nuit.

Le 7 (25 juillet), de très grand matin, on fit les dispositions d’attaque et, après une heure de marche, nous nous trouvâmes en présence de l’ennemi.

Le général Lannes, avec sa division, marcha le long du lac1 et se rangea en bataille vis-à-vis la gauche de l’ennemi, pendant que le général Murat, qui commandait l’avant-garde, fit attaquer la droite par le général Destaing; il fut soutenu par le général Lanusse.

Une belle plaine de quatre cents toises séparait les ailes de l’armée ennemie. Notre cavalerie y pénétra et, avec la rapidité de la pensée, se trouva sur les derrières de la gauche et de la droite de

1. Du lac Madioh. La route d'Alexandrie à Aboukir suit l’étroite bande de terre qui sépare ce lac de la Méditerranée.

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l’ennemi qui, sabré, culbuté, se noya dans la mer; pas un n’échappa. Si c’eut été une armée européenne, nous eussions fait 3.000 prisonniers ; ici ce furent 3.000 hommes morts.

La seconde ligne de l’ennemi, située à 5 ou 600 toises, occupait une position formidable. L’isthme est là extrêmement étroit. Il était retranché avec le plus grand soin, flanqué par 30 chaloupes canonnières. En avant de cette position, l’ennemi occupait le village d’Aboukir, qu’il avait crénelé et barricadé. Le général Murat força le village; le général Lannes, avec la 22e1 et une partie de la 69e, se porta sur la gauche de l’ennemi. Le général Fugière, en colonnes serrées, attaqua la droite. La défense et l’attaque furent également vives. L’intrépide cavalerie du général Murat, ayant résolu d’avoir le principal honneur de cette journée, chargea l’ennemi sur sa gauche, se porta sur les derrières de la droite, la surprit à un mauvais passage et en fit une horrible boucherie. Au même moment un bataillon de la 69e monta à l’assaut et entra dans la redoute. Toute la seconde ligne de l’ennemi resta sur le champ de bataille ou se noya.

11 restait à l’ennemi 3.000 hommes de réserve qu’il avait placés dans le fort d’Aboukir, situé à

1. 22e demi-brigade d'infanterie légère et 69e demi-brigade d’infanterie de ligne.

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