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ARRIVEE A SALHEYEH
times el nous gagnâmes le lac, qui est à 3 lieues deSalheyeh. Nous bivouaquâmes dans ses environs.
Le 3 (24 mars), nous marchâmes de bon matin sur Salheyeh. Quand nous en approchâmes, on commençai! à former les carrés et à faire les dispositions d’attaque ; alors les habitants de Salheyeh amenèrent au général en chef deux Français pris à El-Arich, que le vizir avait laissés emprisonnés à Salheyeh; ils nous apprirent que, la veille à trois heures après-midi, les cavaliers de Koraïm étant rentrés, le grand-vizir était monté achevai, pour prendre la fuite à travers le désert ; que, danscette déroute, l’épouvante et laconfusion étant à leur comble, les Turcs avaient abandonné le camp, l'artillerie et les bagages. Nous reconnûmes bientôt la vérité de ce récit en entrant à Salheyeh dans le camp du vizir.
C’était une enceinte d’environ trois quarts de lieue en carré. Tout cet espace était couvert de huttes placées sans ordre ou renversées; une multitude de coffres brisés et de caisses, encore remplis de vêtements, d’encens et d’aloës, étaient répandus dans les intervalles; les pièces d’artilleries étaient éparses et la pins grande partie des munitions avait été pillée. Nous trouvâmes une quantité considérable de selles, de harnais de chevaux, douze litières dorées et sculptées, les
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outres d’eau qu’on n’avait point eu le temps de remplir, et plus de 40.000 fers de chevaux. C’est ce qui restait de l’immense proie que les Osmanlis avaient abandonnée aux Arabes de ces contrées, qui, selon leur usage, n’avaient pas manqué de piller jusqu’à notre arrivée. Ils s’étaient rassemblés dans ces environs pour se jeter surles fuyards, et ceux qui n’étaient pas occupés au pillage du camp poursuivaient les débris de l’armée du vizir pour s’approprier ce qu’abandonneraient dans le désert les Turcs, qu’une fuite aussi précipitée forçait à chaque instant de laisser des chameaux en arrière.
Les habitants vinrent demander qu’on ne les pillât pas et nous apportèrent quelques vivres qui nous furent d’un grand secours. Nous eûmes pour notre part de quoi faire un assez bon repas, et nous nous reposâmes sous une tente des Turcs. Plusieurs en emportèrent de fort belles ; mais, faute de moyens de transport, nous laissâmes là notre tente tendue, lorsqu’après cinq ou six heures de repos on se disposa à se remettre en route et à retourner au Caire.
Aussitôt notre arrivée à Salheyeh, le général Leclerc, avec un corps de cavalerie, reçut l’ordre de continuer la poursuite jusqu’au pont du Trésor à 4 lieues dans le désert. Il trouva la route couverte de mourants, de chevaux, de bêtes de
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somme et d’effets de toute espèce; il vit au-delà du pont les Arabes qui harcelaient et dépouillaient les traîneurs. Jugeant l’affaire en bonnes mains, il revint au camp.
Avant de partir de Salheyeh, le général en chef, qui craignait qu’un corps de troupes de l’armée turque ne se fût porté vers Damiette où l’ennemi avait tenu peu de forces jusqu’alors, donna ordre au général Belliard de se diriger le plus promptement possible vers cette partie de l’Egypte avec quelques troupes et de s’emparer de Lesbé. 11 devait passer le canal de Mouïs à Kafr-el-Malikin ; et le cheik arabe Hassan-Toubar, dont notre dernière victoire garantissait la fidélité, préparait des vivres à Menzaleh. Le général Belliard devait se réunir au général Bampon, qui commandait à Menouf et à qui Kleber, avant son départ du Caire, avait donné ordre de se porter sur le même point. Le général Lanusse, qu’il avait chargé du Delta inférieur, devait communiquer avec eux en faisant avancer sa colonne mobile jusqu’à Samanhoud.
Le général Kleber se détermina à retourner de suite au Caire, à cause de la disette de vivres que nous éprouvions et de l’inquiétude qu’il avait sur les événements du Caire et de la Haute- Egypte, où était Derwich pacha et dont les habitants s’étaient révoltés.