‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 130 sur 171 · RÉVOLTE DE BOULAK · texte numérisé non relu

RÉVOLTE DE BOULAK

lors, les habitants de Boulak se bornèrent à tirer sur les troupes françaises, de quelque part qu’elles se présentassent pour entrer dans la ville.

Dans le même temps, le peuple du Caire s’était porté en foule au-delà de l’enceinte, attendant l’issue de la bataille générale. 11 vit arriver successivement des corps de Mameluks et d’Osmanlis qui assuraient que la défaite des Français était inévitable. Bientôt après Nassif-Pacha se présenta à la porte des Victoires; il était accompagné d’Osman-effendi, kiaya-bey, l’un des personnages les plus importants de l’Etat ottoman, d’Ibrahim-Bey, de Mohammed-bey-el-Elti, de Hassan-bey-Djeddaoui ; en un mot, de tous les chefs de l’ancien Gouvernement, excepté Mourad- Bey. Ils annoncèrent que les Français avaient été taillés en pièces, qu’ils venaient prendre possession de la capitale au nom du sultan Selim et y célébrer le triomphe de ses armes sur les infidèles; ilsétaientaccompagnésd’environ 10.000 cavaliers turcs, de 2.000 Mameluks et de 8.000 à 10.000 habitants des villages qui s’étaient armés. Ces troupes étaient entrées au Caire le 29 ventôse (20 mars), vers l’heure de l’Asr (à trois heures et demie du soir); elles y furent reçues aux acclamations de tout le peuple.

Nassif-Pacha se rendit sur-le-champ à la contrée

des Européens, au quartier franc ; la multitude l’y suivit. Il en fit ouvrir les portes et, pendant que deux des négociants se jetaient à ses pieds en lui montrant la sauvegarde que leur avait donné le vizir, des soldats et la populace se précipitèrent dans l’enceinte. Ils brisèrent les portes des maisons, des magasins, des comptoirs; les habitants furent massacrés sans distinction d’âge, de sexe et de nation ; on jeta leurs corps dans le Khalig1. Tout ce que ces négociants possédaient fut pillé en moins d’une heure; les meubles furent enlevés ou brisés et l’on mit le feu au quartier. Pendant cette expédition, Nassif-Pacha excitait le peuple à le suivre sur la place Esbekieh pour y exterminer le reste des Français dans la maison de Mohammed-bey-el-Ellî. C’était la résidence du quartier général; il y avait à peine 200 hommes pour le défendre-. Le pacha accourut en effet avec une partie des troupes; des grenadiers et des guides à pied sortirent avec la plus grande bravoure contre cette cavalerie et la repoussèrent. Cette résistance inattendue détermina les chefs à s’établir dans les maisons sur la place Esbekieh.

C’est alors que le soulèvement du Caire devint général; il se forma des attroupements dan s tontes

1. Le principal canal du Caire, dont l’ouverture, au début de l'inondation du Nil, donnait lieu à une fête, décrite par Doguereau, page 86.

Page 1