ARRIVÉE DU CAPITAN-PACIIA
vèrent quelle était sa mission et combien peu nous devions compter sur la bonne foi des Anglais.
La lettre du vizir contenait une invitation au général Kleber d’exécuter le traité d’El-Arich, et celle de M. Morier annonçait l’arrivée des passeports du Gouvernement anglais et du lord Elgin pour notre retour. On se contenta, quelque temps après, de renvoyer cette lettre avec une note au bas: c’était un passage du journal de M. Morier, où il proposait l’emploi d’une ruse de guerre contre nous et où il paraissait n’être pas d’avis d’exécuter avec fidélité le traité que M. Smith avait conclu, et dont ce dernier ne voulait nullement s’écarter; on avait ensuite ajouté que, si M. Morier ou quelques-uns de ces émissaires remettaient le pied en Egypte, on les pendrait comme espions.
Dans le commencement de prairial, le général Kleber, voulant faire réparer sa maison endommagée par le canon des Osmanlis fut habiter, à Gizeh, la maison de Mourad-Bey et chargea le citoyen Protain, architecte, de ces travaux.
Le 11 prairial (31 mai), on apprit que le capitan-pacha était arrivé devant Alexandrie ; il était
388 JOURNAL DE L’EXPÉDITION d’ÉGYPTE
entré dans ce port une quarantaine de bâtiments turcs, qui venaient pour nous transporter en France; on a même su, par la suite, que l’escadre turque avait été d'abord destinée à nous escorter. Le général Kleber, je ne sais trop pour quelle raison, fil partir une partie de l’armée, comme s’il craignait un débarquement; il partit lui-même, le 12(1" juin) avec le quartier général.
Je ne pus partir avec le général Songis; une fièvre violente, qui m’occasionna une maladie qui me fit garder un mois la chambre et qui se termina par une ophtalmie assez forte, m’empêcha de suivre l’armée.
Le 18 ou 20 (7 ou 9 juin), le général en chef revint; il n’avait été que jusqu’à Rahmanieh, où il avait reçu des dépêches fort honnêtes du capitan-pacha.
Le 25 (14 juin), le général en chef, qui voulait faire hâter les travaux de sa maison, vint au Caire, déjeuner chez le général Damas; il alla ensuite se promener, seul, avec le citoyen Protain, architecte, dans l’allée qui se trouve dans le jardin derrière sa maison et qui donne sur la place Esbekieh. Dans le moment où ils se retournaient, au bout de l’allée, et où Protain devançait de quelques pas le général, un Turc, caché derrière une roue à tirer l’eau, sortit et vint frapper le général Kleber au côté droit, d’un poi-