‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 147 sur 171 · ASSASSINAT DU GÉNÉRAL KLEBER · texte numérisé non relu

ASSASSINAT DU GÉNÉRAL KLEBER

gnard dont la lame étroite avait 14 pouces de longueur; il lui perça le cœur du premier coup. Kleber, se sentant blessé, cria à la garde, reçut un second coup et fut se traîner le long du parapet de l’allée, perdant des Ilots de sang, tandis que Protain se battait avec l’assassin et tombait lui-même près du général, après avoir été frappé de plusieurs coups de poignard. Malgré la violence du premier coup, Kleber vivait encore et se soutenait le long du mur; il dit même quelques mots à Protain, éloignant de sa main l'assassin qui, après avoir renversé ce dernier, vint encore lui donner deux coups de poignard. Après une dizaine de minutes, quelqu'un vint, on trouva le général mourant près de Protain; l’alarme se répandit partout, on battit la générale. Kleber fut emporté encore vivant, mais sans connaissance; il expira au bout de quelques minutes, chez le général Damas. L’assassin fut trouvé caché dans un jardin derrière celui du quartier général; ses habits teints de sang, son poignard qu’on ramassa près de lui, caché dans la terre, donnèrent de suite la certitude qu’il était l’auteur du crime.

La tristesse fut dans tous les cœurs; pour moi, j’éprouvai la sensation la plus pénible en apprenant cet accident funeste ; j’étais au lit et malade ; celle nouvelle m’occasionna un redoublement

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de fièvre qui dura jusqu’au lendemain. Toute l’armée sentit la perte qu’elle faisait; Iileber en était chéri comme un bon père.

On mit de suite en jugement l’assassin, et l’on sut qu'il se nommait Soleyman-el-Halepy, natif d’Alep, et écrivain arabe de profession.

Son père, marchand de beurre à Alep, avait été mis en prison pour n’avoir pu payer une contribution à laquelle l’avait imposé le pacha. 11 était à Jérusalem, lors du retour de l’armée turque en Syrie; il eut occasion de voir là un pacha disgracié qui, dans l’intention de regagner faveur, profita du fanatisme de Soleyman, pour l’engager à une action qui devait attirer sur lui la bénédiction du ciel et lui gagner l'affection du vizir, qui ordonnerait au pacha d’Alep d’exempter son père des contributions et l’élèverait aux honneurs; il lui proposa d’aller en Égypte assassiner le général en chef des Français. Soleyman accepte; il est adressé à l’aga des janissaires à Gaza, et, après quelques jours, reçoit un peu d’argent, achète au marché un mauvais poignard et part sur un dromadaire avec une caravane. En sept jours, il arrive au Caire, va se loger à la mosquée Gama-el-Ahzar et fait part de son dessein à quatre cheiks, lecteurs du Coran, qu’il avait connus autrefois dans cette mosquée, quand lui-même y était aussi lecteur,

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