ASSASSINAT DU GÉNÉRAL KLEBER
quelques années auparavant. Ceux-ci le détournent de son dessein, non qu’ils veuillent conserver les jours de Ivleber, mais parce qu’ils regardent l’exécution comme impossible, et qu’ils craignent, d’ailleurs, que les suites de l’assassinat n’attirent de nouveaux malheurs sur le Caire. Soleyman reste trente jours à la mosquée, priant souvent Dieu ; il en part enfin au retour du général, dit aux cheiks qu’il faut décidément qu’il exécute son projet et se rend à Gizeh. 11 cherche plusieurs fois à s’introduire dans la maison ; mais toujours il est repoussé. Il veut assassiner le général quand il entrera dans sa cange pour se promener sur le Nil; il prend, pour cela, des renseignements des canotiers ; mais il ne trouve pas d'occasion. Enfin, le25(14juin), il part de Gizeh avec le général, confondu parmi les Sais (ce sont ceux qui marchent devant les chevaux pour les tenir quand on met pied à terre). Souvent on l’éloigne, parce que son habillement syrien, qu’il n’avait même pas changé, indique qu’il n’est point domestique des Français; mais on n’y fait pas attention, parce qu’on le prend pour un mendiant qui suit pour avoir quelques parais. Arrivé au quartier général, il s’introduit dans la cour, dans les appartements où l’on travaille; il est chassé par plusieurs personnes, mais ne se rebute point et parvient à entrer dans le jardin et à se cacher près
392 JOURNAL DE L’EXPÉDITION d’ÉGVPTE
d’une citerne, d'où il pouvait sortir quand le général en chef viendrait dans le jardin. Kleber, trop confiant, ne se faisait point suivre par ses gardes ; il n’avait pas même d’aide de camp avec lui, parce qu’il voulait s’entretenir seul avec Protain. Il choisit, pour se promener, l’endroit qui pouvait être le plus favorable pour l’exécution du projet de l’assassin.
La consternation de l’armée fut inexprimable. Kleber était très aimé, et l’on sentait profondément que la perte d’un tel homme était irréparable dans une position aussi difficile que celle où se trouvaient les Français en Égypte. Le deuil fut général, même parmi une partie des habitants du pays. L’armée, silencieuse, presque abattue du coup le plus fatal qu’elle ait pu recevoir, rendit à son général les honneurs funèbres sur les bords du Nil, dans une plaine située près du Vieux-Caire. Son corps fut ensuite transporté à Alexandrie pour être embarqué à destination de la terre de France ; il resta en Égypte dans le cœur de chaque soldat.