‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 149 sur 171 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Menou général en chef. — Mésintelligence entre les généraux. — Voyage à Salheyeh. — Retour au Caire. — Débarquement de l’armée anglaise à Aboukir. — Bataille de Canope. — Capitulation du Caire. — Siège et capitulation d’Alexandrie. — Evacuation de l'Égypte. — Retour en France.

Un tel homme était difficile à remplacer. L’ancienneté portait an commandement en chef le général Menou, vieux courtisan, sans talents militaires1 ; le choix des généraux y appelait le général Reynier, officier très distingué, mais bien inférieur au général lüeber, sous le rapport de la force de caractère, si nécessaire dans notre armée. Menou, plein du désir de commander, feignit d’offrir la place au général Reynier,

1. Né en 1750, Menou avait rang de colonel au moment de la Révolution. Député de la noblesse à l'Assemblée Constituante, il avait ardemment pris parti pour les idées nouvelles. 11 avait servi quelque temps contre l’insurrection vendéenne et reçu une grave blessure à la prise de Saumur (1793). Il n’avait pas fait d’autres campagnes quand il fut désigné pour l’armée d’Orient. Napoléon lui reconnaît un esprit agréable, des connaissances étendues : « 11 était grand travailleur, bon administrateur, quoique un peu faiseur. » (Campagnes d'Egypte et de Syrie , t. II.) Menou avait affiché un grand dévouement à la cause de Bonaparte. 11 affectait de critiquer la conduite et les dispositions de Kléber pour rester fidèle aux vues du premier chef de l'armée d'Orient.

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qui la refusa, moins par déférence que parce qu'il trouvait la responsabilité grande et qu’il sentait combien il était difficile de remplacer le général Kleber. Le général Menou accepta et vint établir son quartier général au Caire.

La mésintelligence ne larda pas à s’établir entre les principaux généraux; on vit éclater une division, qui devait être funeste à l’armée. Les généraux Reynier et Damas, chef d’étatmajor du général Ivleber, furent justement offensés de la conduite suspicieuse du général Menou, qui les entourait d’espions et qui les desservait près du Gouvernement par des rapports faux sur de soi-disantes manœuvres pour une nouvelle capitulation ; ils se déclarèrent assez ouvertement contre l’administration et tous les actes du Gouvernement. Cependant la tranquillité ne fut pas troublée; le caractère prudent du général Reynier empêcha que l’armée ne prît part à ces différends; et notre position, raffermie par les victoires de Kleber, nous permit de jouir pendant quelque temps de la paix et du repos.

De nouvelles négociations furent entamées avec le vizir qui était en Syrie ; on lit quelques échanges de prisonniers. Le but de Menou était de gagner du temps, pour donner à Bonaparte le moyen de négocier lui-même avec la Porte Ottomane une affaire à laquelle il prenait tou-

VOYAGE A SALHEYEH

jours le plus vif intérêt. Le vizir voulait attendre de nouvelles troupes. De part et d’autre, il n’y avait pas de bonne foi. Plusieurs mois se passèrent dans cet état de choses; il existait toujours des négociations insignifiantes; et les d ures, réunissant quelques troupes en Syrie, reformaient lentement une mauvaise armée.

Le 24 pluviôse an IX (13 février 1801), je partis du Caire pour aller passer quelque temps à Salheyeh ; le but de mon voyage était de changer d’air, de dissiper une affreuse mélancolie, que depuis longtemps je combattais en vain, et de rétablir ma santé affaiblie par des obstructions dont je commençais à me guérir. Je choisis préférablement cette partie de l’Egypte parce que je connaissais particulièrement le commandant de l’artillerie du fort, jeune homme fort aimable et dont la société me serait agréable ' ; il venait de faire un voxage au Caire et allait retournera son poste.

La caravane n’ayant pu se réunir entièrement, ce jour-là, au fort Sulkoxvski, lieu du rendez-vous, nous y couchâmes chez le commandant, qui nous offrit sa table.

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