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Le capitaine d'artillerie, Paris

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Le 25 (14 février), nous partîmes de bon malin par un brouillard épais qui dura jusqu’à neuf heures ; nous fîmes une balte au fort de Birket-el- Hadji et nous arrivâmes un peu avant la nuit à El-Menaïr, où nous campâmes sous des palmiers, à la sortie du village.

Le 26 (15 février), le convoi se mit en roule à six heures, par un brouillard semblable à celui de la veille; nous fîmes une balte à dix heures, et nous arrivâmes à midi à Belbeis. Notre camp fut établi au pied du fort; nous aimâmes mieux coucher dans nos tentes qu’accepter un logement en ville qui nous fut offert.

Le commissaire des guerres, ami de mon camarade, nous donna à dîner et nous reçut très bien. 11 organisa une soirée à laquelle vinrent plusieurs officiers et employés ; on joua, on but du punch ; une négresse et une vivandière provençale étaient les objets qui devaient exciter la galanterie et l’amabilité des cavaliers. Dans les bals les plus distingués du Caire, où se trouvait l’état-major général de l'armée, les vivandières de l’armée n’étaient pas du tout dédaignées; il fallait bien des femmes pour pouvoir danser.

Le 27 (16 février), nous partîmes par un brouillard plus épais que celui des jours précédents. On fit balte à Senikah, etla caravane arriva à une heure et demie à Koraïm. Le cheik vint

VOYAGE A SALHEYEH

au-devant de nous, pour nous offrir, devant sa maison qui était sur la place, un endroit commode pour lecampement, nous disantque, si nous nous y placions, il ne nous serait rien pris ; en nous mettant dans tout autre endroit, il nous serait probablement enlevé pendant la nuit quelque cheval ou chameau par les Bédouins, fort adroits pour se faufiler dans le camp à la faveur de l’obscurité. Le cheik nous conduisit sur un emplacement entouré de murs et qui avait peu de débouchés. Les habitants formèrent de suite un marché, qu'ils approvisionnèrent desobjets qu’ils croyaient nous être nécessaires, el particulièrement d’œufs et de poules.

A la nuit, le cheik vint désigner divers endroits où il était nécessaire de mettre des factionnaires; il prévint les gardes de veiller à leurs fusils, quoiqu’ils fussent en faisceaux près d’eux le long des murs, parce que les Arabes avaient su, plus d’une fois, les percer sans bruit pour voler. 11 revint bientôt avec des détachements de paysans armés de gros bâtons, et plaça des gardes aux débouchés des rues ainsi que dans les jardins qui nous environnaient. De temps en temps, ces gens criaient d’un poste à l’autre pour s’assurer que les sentinelles ne dormaient pas ; deux ou trois principaux du village firent des rondes etservirent pendant la nuit d’aides de camp au cheik qui,

de neuf à dix heures du soir, était montéà cheval pour observer dans les environs s’il n’apercevrait pas quelques Bédouins.

Le 28 (17 février), nous partîmes aussitôt qu’il fit jour, par un très beau temps. Nous fîmes halte près d'un étangetnousarrivàmesà Salheyeh, à onze heures et demie du soir. Le fort était si encombré que nous préférâmes camper hors de son enceinte, en attendant que le jour nous ait permis de choisir un emplacement dans l’intérieur de la place; le commandant du génie nous fit inviter à dîner le lendemain avec lui.

Le 29 (18 février), nous nous établîmes dans le fort, dans le logement destiné au commandant de l’artillerie: c’était une mauvaise baraque, de quelques pieds carrés, qui ne valait pas une bonne tente. Nous nous rendîmes à notre invitation et nous passâmes la soirée à la réunion que formaient les officiers des deux demi-brigades L

Le 30 (19 février), promenade à pied dans les bois de palmiers; organisation de notre petit ménage.

Le 1er ventôse (20 février), je fus visiter mes anciens amis des bois de Salheyeh. Je ne trouvai à la cabane que les femmes ; elles me reconnurent bientôt, quoi qu’il y eut plus d’un an que

1. Pendant l’occupation de l’Egypte, il y eut presque constamment une forte garnison à Salheyeh.

VOYAGE A SALHEYEH

je les avais quiltées ; les maris étaient dehors. Mes boutons, les bouillons en or de mon chapeau et mes éperons furent longtemps l’objet de la curiosité des enfants, qui voulaient à toute force des boutons; ils se rappelaient que je leur avais donné des parats dans mes précédentes visites; ils m’en demandaient, quoique leurs mères le leur défendissent, ce qui me surprit, car j’avais remarqué qu’elles étaient beaucoup moins désintéressées que les hommes.

Le 2 (21 février), je fis une grande promenade à pied; je retournai à la cabane, et je trouvai ce jour-là mes Arabes à la maison. Ces pauvres gens me donnèrent tous les témoignages possibles d’amitié et m’assurèrent beaucoup qu’ils avaient bien souvent demandé des nouvelles du sultan Canoun , c’est le nom sous lequel ils me connaissaient ; ils m’offrirent de suite du café, des dattes, et me firent asseoir au milieu d’eux; se souvenant de l’intérêt avec lequel je leur avais parlé du général Kleber, lorsque j’étais avec lui, l’année précédente, à Salheyeh, ils me firent comprendre qu’ils pensaient que j’avais dû éprouver beaucoup de douleur et qu'ils le regrettaient beaucoup '. Connaissant bien notre position critique en Egypte, ils me parlèrent de la réunion de l’armée

1. Kleber avait su inspirer aux Égyptiens des sentiments de réelle sympathie.

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anglaise à l’armée du grand-vizir, dont ils ne croyaient cependantpas l’arrivée prochaine, quoiqu’il fit annoncer tous les jours son départ de Gaza, pour traverser le désert. Je savais pour mon compte à quoi m’en tenir sur ces menaces et, malgré que je fusse comme eux de l’avis que l’exécution en serait différée, j’étais bien résolu à ne pas rester trop longtemps à Salheyeh, de crainte de m’y trouver bloqué. L’un de ces Arabes me dit que son père avait été emprisonné par les Turcs et qu’il était parvenu à se sauver; ils parurent tous détester les Osmanlis. Lorsqu’en les quittant je donnai quelques parats à leurs enfants, ils voulurent m’en empêcher en disant que ce n’était pas pour de l’argent qu’ils m’avaient fait des honnêtetés ; les femmes, au contraire, m’envoyaient alternativement toute la famille.

Le 3 (22 février), promenade à cheval dans le désert et dans les bois, rêvant à notre avenir que je voyais en noir; mes pensées étaient fort sombres et j’étais au regret d’avoir quitté le Caire où, dans le cas d’une invasion, je me trouvais réuni au gros de l’armée. Pour compléter la mélancolie dont je me sentais si souvent atteint, il s'éleva dans la soirée un vent affreux du midi roulant des tourbillons de sable ; l’horizon parut embrasé ; on respirait à peine L A minuit, une compagnie

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