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Ce vent se nomme le kamsin. Nos troupes eurent maintes

VOYAGE A SALHEYLH

<le carabiniers et un détachement de cavalerie et de dromadaires partirent pour aller surpendre, à 5 lieues dans le désert, un camp d’Arabes ennemis.

Le 4 (23 février), je montai à cheval avec Paris ; nous fumes galoper dans le désert et autour des bois de Salheyeh ; le temps s’était remis et nous ne rentrâmes que pour dîner sans avoir fait aucune mauvaise rencontre; nous étions bien montés. La compagnie partie pendant la nuit revint avec quelques Bédouins et beaucoup de moutons. Mal conduits par leurs guides, ils étaient arrivés trop tard au camp des Arabes, qui avaient déjà mis en route leurs chameaux et la plus grande partie de leurs bagages.

Le même jour, il arriva du Caire un détachement de dromadaires, qui nous apprit qu’on avait pris dans les environs de Belbeis un convoi de 150 chameaux portant du blé en Syrie, à l'armée du grand-vizir. Les mouvements de l’ennemi donnaient de l’inquiétude au quartier général, et le général en chef faisait exécuter beau-

fois à en souffrir, surtout dans le désert et dans la Haute-Égypte Dans son Voyage en Egypte , Vivant Denon en fait une description très caractéristique. Le nom de Kamsin (cinquante) a été donné en Egypte à ce vent, parce qu'il souffle, avec plus ou moins d’intensité, pendant une période de cinquante jours, au début de la crue du Nil. On le retrouve sous le nom de Simoun, dans une grande partie de l'Orient.

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coup de reconnaissances dans ledésert, pour observer l’ennemi et les frontières de la Syrie.

L’établissement d’un billard dans le fort fut un événement pour des gens désœuvrés; nous y passâmes la soirée à faire la poule.

Le 5 (24 février), j’eus la visite d’un habitant de Salheyeh attaché aux mosquées; il parlait un peu le français et désirait beaucoup apprendre ; il passa la matinée près de moi à me demander et à écrire le nom des divers objets qui se trouvaient sous ses yeux; il me parut avoir assez de facilité; mais je n’étais pas très disposé à l’éprouver davantage et à me charger de son éducation, quoi qu’il fût fort docile et fort doux.

Ap rès dîner, nous montâmes à cheval, nous vîmes sur les lacs une immense qua ntité de canards sauvages; mais nous ne pouvions chasser, parce que la chasse, unique plaisir dont on pouvait jouir dans une telle position, était défendue. Le soir, on fut encore au jeu de billard.

Le 8 (27 février), nous apprîmes l’arrivée d’un bâtiment venant de France et la déclaration de guerre de la Russie à l’Angleterre.

Le 11 (2 mars), nous reçûmes les ordres du jour qui détaillèrent les nouvelles. 11 faut s’être trouvé en pareille situation pour se faire une idée de l’avidité avec laquelle on les lisait et avec quelle facilité on saisissait le moindre

VOYAGE A SALHEYEH

espoir d’être secouru ou d’arriver à un traité qui put nous faire revenir en France.

Le 15 (6 mars), un espion, arrivant de Syrie, nous annonça des mouvements dans l’armée du grand-vizir. Celui-ci devait en personne partir de suite pour El-Arich, où son artillerie était déjà rendue. Nous apprîmes que des familles et des troupes anglaises étaient débarquées à Jaffa ; beaucoup d’outres et de bidons avaient été apportés à El-Arich ; nous sûmes que Ilassan-Bey était mort de la peste.

Le 16 (7 mars), le régiment des dromadaires arriva à Salheyeh; il annonça que 120 voiles étaient devant Alexandrie et qu’une partie de notre armée s’était dirigée vers ce point1. Le général Reynier s’était avancé sur Belbeis avec un

1. Après avoir relâché plus de six semaines dans la baie de Macri (en Asie Mineure), la Hotte anglo-turque était arrivée, le lor mars au soir, devant Aboukir; mais l'état de la mer avait retardé le débarquement des troupes. Cette opération ne fut effectuée que le 8 mars.

Dès le 4 mars, Menou fut informé de l’arrivée de cette puissante expédition. Il ne parut se rendre compte ni de la situation qui en résultait, ni des mesures à prendre pour faire face à ce danger. Une note sur ces événements conservée aux Archives du Comité du génie fait observer avec beaucoup de justesse : « On a reproché au général Menou des fautes très graves... On ne peut concevoir l’égarement qui lui fit différer de réunir l’armée, dès qu'il fut informé de l’apparition de la flotte anglaise. On eut beau lui citer les exemples des généraux Bonaparte et Kleber, il s’opiniâtra à tenir l’armée loin des côtes qui étaient menacées. »

Cet éparpillement des forces françaises permit aux Anglais de s’établir solidement à Aboukir, dans une position où ils devaient bientôt nous tenir tête avantageusement.

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corps nombreux pour observer l’armée turque, et le quartier général était resté jusqu’à nouvel ordre au Caire. Les dromadaires allaient dans le désert vers Katieh pour reconnaître les mouvements des ennemis et rendre compte de leur marche, aussitôt que leur avant-garde se porterait en avant; ils se mirent en route pendant la nuit.

Je fis encore, ce jour-là, ma promenade solitaire dans les bois. Tout ce qui se passait donnait grand sujet à mes rêveries, car je ne prévoyais pas comment je pourrais me tirer de cette position pour rejoindre le quartier général ; la perspective d’être bloqué dans un mauvais fort par une armée turque était fort triste. Si le sort m’eût assigné ce poste, j’aurais pris mon parti et je n’eusse songé qu’à le défendre; mais j’étais là comme amateur et sans emploi, je devais être au quartier général et je trouvais dur de me voir, par ma volonté et sans y avoiraffaire, dans un si mauvais pas. La chance lapins défavorable me paraissant être celle de me trouver pris dans ce fort, que je regardais comme un poste faible et susceptible d’une bien courte défense, je me déterminai à partir une des nuits suivantes pour me diriger sur Belbeis, si l’un des Arabes de ma connaissance voulait me servir de guide; je fus lui en faire la proposition et nous convînmes de partir le lendemain à minuit, lui monté sur

RETOUR AU CAIRE

un dromadaire et moi sur mon cheval, le seul que j’eusse emmené à Salheyeh.

Le 16 ventôse (7 mars), à dix heures du soir, arriva de Katieh un détachement de dromadaires allant au Caire rendre compte au général en chef de la reconnaissance qu’on avait faite dans le désert. On n’avait aperçu à Katieh aucune troupe du grand-vizir; le corps des dromadaires devait pousser jusqu’aux fontaines vers El-Arich. Aussitôt je pris la résolution de profiter de cette occasion, malgré qu’il y eût beaucoup à craindre que mon cheval ne pût suivre les dromadaires et faire dansle désert une course de 24 lieues sans s’arrêter; mais le parti que j’avais pris de me confier à un Arabe n’était pas sans danger, d’après la connaissance que j’avais du caractère de cette nation, et je l’abandonnai. Après avoir vu le commandant du détachement de dromadaires, qui fit bien quelques difficultés dans la crainte que je ne retardasse sa marche, et être convenus que nous partirions à quatre heures du matin, je fis mon portemanteau, laissant mes b a gages et mon chameau au capitaine Paris, et je mejetai surmon lit pour reposer quelques heures.

Le 17 (8 mars), à trois heures du matin, je fus réveillé. A quatre heures, nous partîmes de Salheyeh ; à nous étions à Koraïm.

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