CAPITULATION DU CAIRE
ne Times plus sortir de troupes et nous fûmes bloqués dans Alexandrie.
Nos provisions étaient sensiblement diminuées ; les Arabes de la côte d’Afrique nous apportaient quelques approvisionnements qui étaient payés au poids de l’or; mais nous finîmes par manquer de blé, et l’on commença à faire du pain avec du riz, assez mauvaise nourriture. L’eau manquait aussi; les citernes étaient vides, et nous fûmes réduits à boire une eau saumâtre et salée; on commença à manger les chevaux et les chameaux.
Nous apprîmes que Mourad-Bey avait voulu se réunir à l’armée du Caire, mais que, dans le trajet de la Haute-Égypte vers celte ville, il était mort; on disait qu’il avait été empoisonné. Ce chef distingué des Mameluks tint avec une grande fidélité les engagements qu’il avait contractés avec les Français; il fut sincèrement regretté de tous les officiers1.
Nous fûmes aussi informés par les Anglais que le 8 messidor (27 juin), le général Belliard, après s’être défendu avec autant de talent que de bravoure, avait été forcé de capituler avec l’armée combinée anglo-turque ; qu’il avait obtenu une capitulation honorable, portant qu’il retournerait en
1. Mourad-Bey mourut à Beni-Souef, le 2 floréal (22 avril). 11 avait fait preuve d'une très grande loyauté depuis sa soumission à lvleber.
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France avec son armée, 20 pièces de canon et ses bagages ; on devait à cet effet lui fournir des bâtiments de transport1 2. Nous dûmes dès lors prévoir que les efforts de l’ennemi allaient se réunir contre Alexandrie et que nous ne tarderions pas à être attaqués.
Pendant le temps de repos dont nous pûmes jouir à Alexandrie, des discussions funestes s’étaient élevées entre nos généraux; le général Menou attribuait aux généraux Reynier et Damas la perte de la bataille du 30 (21 mars); il les accusait d’avoir conduit leurs troupes mollement dans celte journée et d’avoir trahi ’; il finit par les faire arrêter3 et les embarqua sur un bàti-
1. La capitulation fut signée le 27 juin par les plénipotentiaires, et approuvée le lendemain par Belliard. Villiers du Terrage dit qu’en apprenant la capitulation, « Menou cria très haut à la trahison. » (. Journal et Souvenirs , p. 296). L’imputation est sans doute injuste ; elle était inspirée à Menou par le désir de faire retomber sur ses subordonnés la responsabilité d’une situation résultant principalement de ses propres fautes.
11 semble cependant que Belliard se soit laissé intimider par les forces anglo-turques en présence, et qu’il ait prématurément considéré la cause comme perdue. Voir à ce sujet la 8° observation faite par Napoléon dans ses Campagnes d'Égypte et de Syrie.
2. « 11 y a quelque diablerie là-dessous», avait dit Menou après l'affaire. Il voulut faire retomber la responsabilité de son échec sur les généraux lteynier et Damas, et sur les officiers de leur intimité. (Note sur les événements militaires de Van IX, existant aux Archives du Comité du Génie.)
3. En même temps, Menou fit arrêter l’adjudant général Boyer et l’ordonnateur en chef Daure. Le général Destaing fut chargé de cette arrestation; quelques mois plus tard, après la rentrée de l’armée en France, il se retrouva à Paris en présence de Reynier qui le provoqua et le tua en duel.