ARRIVEE A DAMANHOUR
fort heureusement, l’obscurité n’ayant pas laissé l’ennemi s’apercevoir du petit nombre.
On fut fort surpris de trouver Damanhour bâti dans le genre des autres villages. Le consul Magallon l’avait annoncée comme une des belles villes de l’Egypte; le quartier général comptait y faire des logements, la plus mauvaise tente leur fut préférable. Nous vîmes toute la journée les Arabes voltiger devant nos avant-postes; nous les avions eus continuellement sur nos derrières pendant la marche; malheur au pauvre soldat qui, trop fatigué, restait un instant en arrière pour se reposer; il était bientôt massacré par ces sauvages. Deux volontaires furent assassinés dans la ville, et les habitants qui avaient commis le meurtre furent fusillés. Le général de cavalerie Mireur, s’étant éloigné un peu des avant-postes, fut assailli par les Arabes et tué L
Le 22 (10 juillet), nous restâmes devant Damanhour1 2; nous eûmes pendant la nuit une fausse alerte qui nous coûta quelques hommes de la 4e légère. Nous étions accablés, depuis dix
1. Le Journal de Belliard relate d'une façon détaillée la mort de Mireur (Voir Expédition d'Egypte, t. Il, p. 136).
2. La division Bon fut seule maintenue à Damanhour, le 10 juillet: le reste de l’armée reprit la marche vers le Nil.
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heures du matin environ jusqu’à la nuit, par un vent qui régulièrement pendant trois jours s’élevait et tombait à la même heure.
La ville de Damanhour est un amas de huttes ressemblant beaucoup à des colombiers; elles sont en terre et en briques cuites au soleil. Quelques mosquées, dont les minarets s’aperçoivent au milieu de hauts palmiers, offrent de loin un coup d’œil assez agréable; le prestige cesse quand on approche. Là, comme dans les autres villages où nous avions passé, nous n’eûmes de quoi vivre qu’avec beaucoup de peine et d’argent; les habitants dédaignaient notre monnaie; on ne trouvait point de pain. Les habitants, très hideux, ont pour habillement de mauvaises chemises bleues en lambeaux; ils sont méchants et assassinent les Français qu’ils trouvent seuls. Enfoncés dans le désert, ils ont beaucoup de relations avec les Arabes et beaucoup de leur caractère.
Le 53 (11 juillet), à deux heures du matin, l’armée1 partit de Damanhour pour Rahmanieh, village situé sur le bord du Nil. Nous fûmes harcelés pendant toute la marche par les Arabes, à qui nous dûmes le bon ordre de nos rangs; les soldats se gardaient bien de quitter les colonnes. A notre arrivée, nous trouvâmes les habitants dehors avec
1. Ou plutôt la division Bon, à laquelle était affecté Doguereau.
AFFAIRE DE CHEBREIS
un drapeau; ils vinrent au-devant de nous. Comme ou aperçut plusieurs barques qui, à notre approche, mirent à la voile pour remonter vers le Caire, nous mîmes nos pièces en batterie sur le bord du Nil afin de les arrêter; les coups de canon dont plusieurs furent atteintes ne les empêchèrent pas de continuer leur route; quelques-unes chargées d’orge s’arrêtèrent.
Le soldat, qui trouvait là de bonne eau à discrétion, le fleuve pour se baigner et un sol moins aride, reprit un peu de courage; les lieux qu’on avait parcourus, les sables du désert, la soif qu’on avait endurée avaient un peu abattu des hommes qui, accoutumés à faire la guerre chez des peuples civilisés, se voyaient pour la première fois sur un théâtre nouveau, au milieu de peuples presque sauvages.
On trouva plus de ressources, plus de douceur chez les habitants des bords du Nil; on continua toujours à manquer de pain.
Notre flottille venant de Rosette arriva aussi; elle était composée d’un aviso, d’une galère et de beaucoup de djermes ou bateaux du pays, portant les malades, les cavaliers sans chevaux, les ambulances; elle était commandée par le contreamiral Perrée1.
I. Perrée fut tué en allant à Malte porter des approvisionnements (Sole de Doguereau).
Au moment du débarquement en Egypte, Perrée n’était que
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Le 24 (12 juillet), au soir, nous partîmes de Rahmanieh ; nous fûmes bivouaquer devant un village, à une lieue et demie à peu près. Nous apprîmes que Mourad-Bey nous attendait dans un village nommé Chebreis1, où il avait commencé à se retrancher.
Le 25 (13 juillet), au matin, après une lieue de marche, nous rejoignîmes la division Desaix; l’ennemi était en présence. Mourad-Bey nous attendait pour nous livrer bataille; il étendait sa gauche dans la campagne, sa droite était appuyée au village de Chebreis, où il avait quelques mauvaises pièces de canon; sa flottille sur le Nil était à la même hauteur; elle avait déjà attaqué la nôtre et abordé plusieurs des djermes qui en faisaient partie et se trouvaient en avant des autres. Nous eûmes beaucoup d’hommes égorgés sur ces barques.
Aussitôt que nous fûmes arrivés, des troupes de Mameluks sortirent du village, et parurent disposées à commencer la charge. Nos bataillons carrés étaient formés ; l’artillerie aux: angles et dans les intervalles; la cavalerie et les bagages au centre. Cet ordre de bataille, qui leur présentait des masses d’hommes et des feux de tous
chef de division: il fut nommé contre-amiral par Bonaparte (9 thermidor an VI-27 juillet 1798), en récompense de sa conduite au combat de Chobrakhit.