Chobrakhit, d’après la carte des ingénieurs géographes
AFFAIRE DE CHEBREIS
côtés, les étonna; ils voltigèrent autour de nous. Quelques-uns des plus braves, sans doute pour animer les autres, se détachèrent et vinrent charger nos tirailleurs ; la mort fut le prix de leur témérité audacieuse. C’était un superbe coup d’œil que de voir cette troupe voltiger devant nos bataillons; leurs brillantes armures, leurs selles, les harnais de leurs chevaux presque tous brodés en or ou en argent produisaient au soleil un très joli effet.
Plusieurs fois ils s’approchèrent très près ; la vivacité de la canonnade etla bonne contenance de nos carrés leur firent perdre la résolution qu’ils avaient de tomber sur nous. Las de les attendre, Bonaparte ordonna qu’on marchât à eux. Les divisions s’ébranlèrent au pas de charge, et bientôt on vit les Mameluks prendre la fuite, abandonnant 26 pièces de canon; en un clin d’œil ils disparurent. On continua la marche jusqu’au soir sans revoir l’ennemi.
Les26, 27,28 et 29 (14, 15, 16 et 17 juillet), nous marchâmes sans les rencontrer, faisant deux et trois lieues par jour, continuellement harcelés par les Arabes, passant le jour à marcher au milieu des sables brûlants, dans lesquels nous eûmes des peines incroyables à faire avancer l’artillerie.
Le 1er thermidor (19 juillet), nous eûmes sé-
JOURNAL DE L’EXPÉDITION d’ÉGVPTE
jour à W ardan. Nous étions campés dans des. bois de palmiers et de sycomores qui nous donnaient un peu d’ombrage; nous n’avions pas encore été si bien. Comme nous approchions du Caire, on eut séjour pour réparer les affûts et autres voitures d’artillerie, afin de se mettre en état d’attaquer l’ennemi.
Le 2 (20 juillet), nous fîmes une marche longue et pénible; nous nous emparâmes d’un troupeau de moutons, buffles et vaches ; nous n’étions plus qu’à quatre lieues du Caire. On attendait avec impatience la flottille pour pouvoir former un pont en arrivant; comme elle était très en retard, nous craignions qu’elle n’eût été assaillie.
Le 3 (21 juillet), nous nous mîmes en marche de bonne heure en formant dès le départ nos bataillons carrés; ordinairement nous marchions par colonnes. La chaleur était insupportable, etr après deux heures de marche, nous fûmes obligés d’approcher du Nil pour étancher la soif des hommes et des chevaux. Quelques habitants de la rive opposée nous tiraient des coups de fusil. Nous eûmes beaucoup de peine à nous retirer des. sables dans lesquels nous nous étions enfoncés. Nous étions encore à deux lieues du Caire ; la division du général Desaix, qui s’était mise en marche avant nous, avait déjà rencontré les avant-postes des Mameluks. Après avoir marché