BATAILLE DES PYRAMIDES
environ trois quarts d’heure, nous vîmes l’ennemi; bientôt nous fûmes en présence.
La division du général Desaix tenait la droite, appuyée sur un bois de palmiers ; la division Dugua à la gauche appuyait au Nil ; les divisions Bon, Reynier, Yial, en bataillons carrés, par échelons, étaient au centre1.
L’ennemi occupait le village d’Embabeh qu'il avail entouré de retranchements ; -c’étaient des lignes, flanquées par quelques saillants, garnies d’une quarantaine de pièces de canon. Aussitôt que les Mameluks jugèrent qu’ils pouvaient nous attaquer avec avantage, ils sortirent des retranchements et attaquèrent la division Desaix par une vigoureuse charge. On les attendit de pied ferme et l’on tit feu à l’instant où il devait être le plus meurtrier. La terre fut couverte d’hommes et de chevaux tués; ceux qui ne furent pas atteints passèrent entre les divisions Desaix et Reynier, où ils essuyèrent de nouveaux feux.
La division Bon, tranquille spectatrice de ces charges, s’attendait à en recevoir une de la partie des Mameluks restés à Embabeh, lorsque commença sur elle le feu de l’artillerie des retranchements appuyé par celui des bâtiments
1. Doguereau n'indique pas la disposition des divisions d'une manière tout à fait exacte. De la droite à la gauche, elles étaient dans l'ordre suivant : Desaix, Reynier, Dugua, lion et Yial.
64 JOURNAL DE L’EXPÉDITION d’ÉGYPTE
qui étaient sur le Nil et la prenaient en flanc. On fut un moment étonné; des files de cinq ou six hommes étaient emportées; ce feu fut très meurtrier sur un corps rangé dans un ordre aussi profond. Ce fut l’affaire d’un instant; on se remit de suite, et l’on fit sortir des rangs les compagnies impaires pour marcher en avant à l’assaut des retranchements; bientôt, au pas de charge, tout se mit en mouvement pour joindre l’ennemi.
Les compagnies impaires, arrivées près des retranchements, furent chargées par les Mameluks; mais ceux-ci, reçus par un feu vigoureux et une contenance intrépide, prirent bientôt la fuite, laissant la campagne jonchée de leurs morts.
La division Bon redoubla le pas, la charge battit partout; on tira à bout portant sur les Mameluks sortant de tous côtés des retranchements pour fuir ; on en fit un carnage horrible. Une grande partie se jeta dans le Nil ; on tira longtemps à mitraille sur des milliers de têtes qu’on apercevait sur l’eau; tout leur canon resta en notre pouvoir.
La perte de l’ennemi fut considérable. Nous eûmes environ 200 hommes blessés et 100 tués. Mourad-Bey se retira vers la Haute-Egypte.
Le 4 (22 juillet), nous restâmes à Embabeh ; le quartier général fut à Gizeh. On reçut des dé-