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Tous trois ingénieurs

JOURNAL DE L’EXPÉDITION d’ÉGYPTE

reau des renseignements fort détaillés sur les événements auxquels lui et son frère participèrent, sur leur existence en Egypte, sur les sentiments que suggéraient l’éloignement de la patrie et les conditions, souvent pénibles, de la vie journalière. 11 ne cherche d’ailleurs point, comme d’autres auteurs de mémoires, à se mettre en scène, à faire valoir l’importance du rôle qu’il a joué ; parfois même c’est dans les documents des Archives de la Guerre que l’on est amené à découvrir certaines particularités dont il eût légitimement pu tirer orgueil.

Les deux frères sont présents à l’affaire de Chobrakhit ( mdgo , Chebreis, 25 messidor- 13 juillet) ; Louis est blessé au cou, par un éclat de bois, à bord d’une djerme 1 . Jean-Pierre se distingue à la bataille des Pyramides (3 thermidor- 21 juillet), où il commande l’artillerie légère de la division Bon et réduit au silence les canons dont l’ennemi avait garni les retranchements d’Embabeh 2. Deux mois plus tard, il est promu

1. Bateau plat en usage sur le Nil. En remontant ce fleuve, l’armée française était accompagnée d'une flottille qui eut, le 13 juillet, un vif engagement avec celle des Mameluks.

2. Voir un rapport du chef de brigade Grobert, commandant toute l'artillerie de la division Bon: il décerne des éloges au zèle et au courage du citoyen Doguereau. Ce rapport est conservé aux Archives du Comité d'artillerie. Nous en avons publié la plus grande partie dans le tome II de l'Expédition d'Egypte (p. 626).

INTRODUCTION

capitaine (12 vendémiaire an VI 1-3 octobre 1798).

Le chef d’état-major de l’artillerie, Fouler, ayant été nommé adjudant général (29 nivôse- 18 janvier 1799), Doguereau fut appelé à le remplacer dans ses fonctions, que la campagne de Syrie allait rendre particulièrement difficiles. 11 s’agissait de transporter, à travers 50 lieues de désert, le matériel d’artillerie et les munitions de toute espèce nécessaires à l’armée. L’insuffisance des ressources en chameaux et en mulets (dont le nombre effectif resta bien inférieur aux prévisions de Bonaparte et aux besoins) ne permit malheureusement pas d’amener devant Sainl- Jean-d’Acre des moyens d’attaque proportionnés à la puissance défensive de cette place. La voie de mer. grâce à laquelle on espérait remédier à cette insuffisance, causa de nouvelles déceptions, car l’escadre anglaise captura une grande partie des bâtiments venus d’Egypte avec du matériel. L'armée se trouva ainsi dans une situation très critique, en raison de l’énorme consommation de munitions qu’entraînaient les combats presque journaliers. Ce fut à grand’peine par des moyens de fortune, à force d’expédients que le service de l’artillerie réussit à alimenter l’armée en cartouches, en poudre et en projec-

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tiles : àDommartin, à Doguereau et à leurs collaborateurs immédiats revient l’honneur de cet important résultat.

Ce fut à l'un des derniers combats livrés devant Saint-Jean-d’Acre, que Louis Doguereau fut grièvement blessé (20 tloréal-9 mai) d’un coup de feu à travers les épaules. Le Journal de son frère traduit les inquiétudes suscitées par cette blessure, inquiétudes d’autant plus vives que les ambulances, médiocrement installées, étaient un foyer très favorable au développement de l’épidémie de peste, qui s’était déclarée depuis deux mois. La conduite tenue par Louis Doguereau dans cette occasion lui valut d’être promu capitaine (29 floréal-18 mai), tout en conservant son emploi d’aide de camp du général Dommartin.

A la suite de cette blessure, dont le climat retardait la guérison complète, Louis Doguereau dut solliciter l’autorisation de rentrer en France; elle lui fut accordée le 5 septembre (19 fructidor) 1 et, le 4 novembre suivant, il partit d’Alexandrie à bord du brick la Marie- Anne , qui portait des dépêches de Kleber au Directoire :

1. Le registre du général Damas, chef d’état-major de l’armée, porte à cette date mention du passeport délivré au capitaine Louis Doguereau ( Archives de la Guerre).

INTRODUCTION

parmi les militaires rapatriés sur ce bâtiment se trouvait le lieutenant d’artillerie Armand Digeon, également blessé à Saint-Jean-d’Acre, camarade de régiment et intime ami des frères Doguereau, dont il est à diverses reprises question dans le Journal que nous publions1. Bonaparte, qui avait apprécié le mérite de ces deux jeunes officiers, devait, peu de temps après leur retour en France, leur accorder la faveur enviée d’entrer dans l’artillerie de la garde des Consuls, qui devint, en 1805, la garde impériale, et dans laquelle ils poursuivirent leur carrière, côte à côte, durant plusieurs années.

Ce n’était pas sans un sentiment de mélancolie que Jean-Pierre Doguereau avait vu , dans un espace de quelques mois, périr sur les champs de ba-

1. Armand-Joseph-Henri Digeon, né à Paris en 1718, était entré le 10 mars 1797 à l’école d’artillerie de Chàlons. Nommé lieutenant en second au 5” d’artillerie, le 2 mai 1797, il fut, le 14 mars 1798, désigné pour servir à l’armée d'Orient; blessé d’un coup de feu à l’épaule droite, à l’assaut du 10 mai 1799 (21 floréal), il fut nommé lieutenant en premier le 18 mai. 11 fut admis le 13 mars 1800 dans la garde des Consuls, et ne quitta la garde impériale que le 15 décembre 1808 pour passer comme colonel dans l’artillerie de la ligne. Le grade de lieutenant général fut le couronnement de sa carrière (30 juillet 1823). 11 mourut le 24 mai 1836.

Il était frère puiné d’Alexandre Digeon (1771-1826), qui servit dans la cavalerie, devint général de division (1813), pair de France (1819), et remplit pendant trois semaines les fonctions de Ministre de la Guerre (1823).

Sa sœur Adélaïde-Charlotte Digeon (1774-1852) épousa en secondes noces Louis Doguereau.

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taille des chefs ou des compagnons d’armes qui lui étaient chers : le général Dommartin, l’adjudant général Fouler, le capitaine d’artillerie Cœuret. Le départ de son frère et d’amis tels que Digeon complétait un isolement d’autant plus pénible à supporter que sa santé ne laissait pas que d’être éprouvée par le climat d’Egypte. 11 se rendait compte, d’ailleurs, delà difficulté, pour l’armée, de se maintenir longtemps, si elle ne recevait des renforts et des secours matériels de la mère-patrie. Aussi rend-il hommage aux sentiments de prévoyance qui inspirèrent Kleber dans la négociation de la convention d’El-ArichT trop sévèrement critiquée par un certain nombre d’historiens; il met en relief l’énergie et la décision déployées par Kleber au moment de la bataille d’Héliopolis et de la révolte du Caire. Ce fut à cette époque qu’il fut promu chef de bataillon (25 avril 1800-5 floréal an VIII).

Bientôt la mort de Kleber vint rendre plus critique la situation de notre armée. A la douleur personnelle que provoqua chez Doguereau cet événement s’ajoutait la conviction profonde des funestes conséquences qui devaient en résulter pour la domination française en Égypte.

Son état de santé s’était aggravé; son frère sol-

INTRODUCTION

îicita pour lui, de Bonaparte, la faveur de rentrer en France, qui fut accordée à la lin de janvier 1801 L Mais quand l’autorisation parvint àDoguereau, il ne lui était plus possible d’en profiter en présence des graves événements dont l’Egypte devenait le théâtre. Les fautes de Menou précipitaient le dénouement, qui était l’inéluctable conséquence de la supériorité maritime des Anglais. L’armée, affaiblie de jour en jour, devenait impuissante à contenir les attaques réitérées des ennemis; elle était, peu à peu, obligée de concentrer ses efforts dans des places dont la résistance était limitée. Doguereau, après avoir assisté à la bataille de Canope, se trouva enfermé dans Alexandrie avec le général Menou, auprès duquel l’appelaient ses fonctions. 11 y resta jusqu’au jour de la capitulation qui consomma la perte dé-

I. Voir la lettre adressée au Premier Consul par Doguereau « capitaine, commandant la compagnie d’artillerie de la garde des Consuls » (8 pluviôse an 1X-28 janvier 1801):

« A mon départ d'Egypte, j’y ai laissé mon frère qui, comme moi, y avait été en qualité d’aide de camp du général Dommartin. Il est maintenant attaché à l’état-major d’artillerie de l’armée d’Egypte comme chef de bataillon. Je viens de recevoir une lettre de lui, par laquelle il me marque que sa vue, qui était déjà mauvaise avant son départ de la France, se perd de jour en jour. Je vous prie, Citoyen Consul, de vouloir bien donner un ordre pour le faire revenir. »

La lettre est ainsi annotée par lîonaparte : « Renvoyé au Ministre delà Guerre pour faire revenircet officier. Paris, 8 pluviôse, an IX. » (Arc h. adm. de la Guerre). Voir aussi chapitre xm.

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finitive de notre conquête (31 août 1801). Quelques semaines plus tard, il s’embarqua sur un des bâtiments armés par les Anglais en parlementaires pour rapatrier l’armée française. 11 arriva à Marseille au milieu de décembre, après une absence de plus de trois ans et demi.

Bientôt il allait servir, de nouveau, à côté de son frère. 11 fut, en effet, désigné le 15 ventôse an X (6 mars 1802) comme aide de camp du général Songis, qui, après avoir commandé pendant deux ans l’artillerie de l’armée d’Orient, venait d’être placé à la tête de celle de la garde consulaire (29 brumaire-20 novembre 1801).

11 continua à suivre la fortune de Songis quand celui-ci fut appelé (11 pluviôse an XII — 1er février 1804) aux hautes fonctions de premier inspecteur général de l’artillerie. Son protecteur le proposa, dès ce moment, dans les termes les plus flatteurs, pour le grade de colonel1; toutefois il ne fut promu que le 9 mars 1806.

1. Voir une lettre de Songis au Ministre de la Guerre (28 floréal an XII, 18 mai 1804). Il signale le préjudice qui résulte, pour ses aides de camp, de sa nomination à l’emploi de premier inspecteur général, puisque ces officiers sortent de la Garde sans conserver leur traitement ou recevoir un grade. Aussi demande-t-il que Doguereau, son premier aide de camp, soit nommé colonel : « Cet officier convient à cet emploi par ses talents; il a également droit d’y prétendre par ses services à la guerre, dans la garde des Consuls et par son ancienneté. »

INTRODUCTION

Ses états de service le portent à cette date « colonel directeur d’artillerie à Saint-Domingue », bien qu’il ne soit certainement pas allé dans cette colonie, alors perdue pour la France. Cette désignation est la conséquence d’errements administratifs, tels qu’on n’en rencontre pas seulement à cette époque, et dont l’explication est fournie par une note insérée dans le dossier de Doguereau : « Il n’est pas rare, dans l’arme de l’artillerie, de voir des officiers titulaires d’un emploi, comme chefs de corps par exemple, être employés dans des lieux autres que ceux où se trouvent leurs régiments. »

Pendant cette période, Doguereau fit successivement partie de l’armée des côtes de l’Océan (8 septembre 1803 au 22 septembre 1805), puis de la Grande Armée (1805, 1806, 1807).

Le 7 juillet 1807, il fut appelé au commandement du 2e régiment d’artillerie à pied, dont il resta titulairejusqu’en janvier 1 8 1 4 1 . Au moment de la guerre d’Espagne, les compagnies de ce corps se trouvaient dispersées sur plusieurs points de l’Empire : en Allemagne, enDalmatie,

1. Il remplaçait le colonel Le Noury de La Guignardière ; il eut pour successeur (janvier 1814) le colonel Lambert.

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à Corfou, à Naples, et,e. En vertu des mêmes errements, dont nous avons vu un exemple, Doguereau reçut les fonctions de commandant de l’artillerie à Pampelune (10 décembre 1808), sans cesser de compter au 2e régiment d’artillerie à pied.

Doguereau avait été successivement nommé officier (15 juin 1804), puis commandant de la Légion d’honneur (11 juillet 1807). 11 avait bénéficié, le 8 septembre 1808, d’une donation de 2.000 francs de rente sur le Trasimène. Peu après sa nomination à Pampelune, il obtint encore, par lettres patentes du 15 janvier 1809, le titre de chevalier de l’Empire1.

Ce fut alors, avant de partir pour l’Espagne, qu’il épousa (21 décembre 1808), Alexandrine- Reine-Philippine Berthelot de Baye2, femme divorcée d’Alexandre-François-Louis de Girardin,

1. L’ Armorial du Premier Empire note ainsi ïe blason du colonel Doguereau :

Tiercé en fasce : d'azur à trois pyramides d'or, accompagnées à senestre en chef d’un soleil rayonnant et cantonné d'or ; de gueules au signe des chevaliers légionnaires; et d’argent à l’ours passant de sable, armé et lampassé de gueules, surmonté en chef à dextre d’une étoile d’azur.

2. Elle était née à Paris, le 2 février 1173. Son père, le baron Etienne-II ippolyte Berthelot de Baye (né en 1745) entra au service en 1753 comme cadet gentilhomme du roi de Pologne et se retira en 1792 comme rnestre de camp ; il avait épousé Robertine- Jeanne-Marie-Reine Pinel Dumanoir.

INTRODUCTION

député au Corps législatif. Le premier mariage de MUe de Baye paraît avoir présenté de singulières péripéties. Louis de Girardin était son cousin germain, plus âgé qu’elle de six ans L Entré dans l’armée comme cadet gentilhomme (1783), il avait successivement servi dans Neustrie-Infanterie, Chartres-Dragons et Orléans-Cavalerie, puis s’était retiré le 25 mars 1791. Deux ans plus tard, il épousa sa cousine de Baye. De ce mariage célébré à Ermenonville, le 18 mars 1793, un fils naquit, le 9 mars 1794, Alexandre- Numance, qui servit pendant quelques années à la tin de l’Empire et au début de la Restauration

11 est probable que les deux familles, déjà alliées, avaient songé à ce mariage pour rompre la liaison de Louis de Girardin avec la célèbre

1. Né en 1767, Louis de Girardin était fils de René-Louis de Girardin, maréchal de camp, et de Cécile-Brigitte-Adélaïde Berthelot de Baye (sœur du baron Ilippolyte Berthelot de Baye, mestrede camp). On sait que le maréchal de camp de Girardin fut l’ami de Jean-Jacques Rousseau, et lui fit élever un tombeau dans son parc d'Ermenonville. Outre Louis, il eut deux autres fils : Stanislas- Cécile-Xavier (né en 1762), qui fut préfet de la Seine-Inférieure, et Alexandre-Louis-Robert (né en 1776), qui devint général de division en 1814. Louis de Girardin mourut en 1848.

2. Alexandre Numance de Girardin naquit à Sézanne. Entré à l’école de Saint-Germain (19 février 1813), il servit d'abord dans les chasseurs de la Jeune Garde, puis dans la cavalerie de la ligne. 11 donna sa démission en 1823, étant lieutenant aux dragons de la Gironde. Il mourut le 6 novembre 1851.

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actrice du Théâtre-Français, Louise-Françoise Contai. Mais leur intervention avait été tardive, car, le 12 août 1793, la Contât mit au monde un (ils auquel Girardin donna son nom et ne cessa jamais de s’intéresser : il lui lit embrasser la carrière militaire que couronna, en 1848, le grade de général de brigade1. Cette naissance paraît avoir été la cause déterminante du prompt divorce entre les denx époux.

Dès le lendemain de son mariage, Doguerean dut prendre la route d’Espagne pour aller rejoindre son nouveau poste; et le 10 janvier 1809,

11 arrivait à Yalladolid, au quartier général de l’armée.

Ce fut à Pampelune qu’il servit pendant les dernières campagnes de l’Empire ; la situation géographique de cette ville donnait au poste de commandant de l’artillerie une grande importance au point de vue de l’approvisionnement en munitions des forces françaises en Espagne.

Doguereau cependant aurait désiré un emploi

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