SECOND VOYAGE A ALEXANDRIE
pour former les canonniers qui s’y trouvaient au tir à boulets rouges; nous devions, en tout cas, activer le transport des effets d’artillerie. Nous nous embarquâmes à Boulak à la nuit ; nous trouvâmes le chef de brigade du génie, Detroye, qui était aussi envoyé à Alexandrie ; nous fûmes extrêmement gênés; la barque était bien pleine, ce qui cependant ne nous fâchait que jusqu’à un certain point; nous n’étions pas fâchés d’être bien escortés1.
Après quelques heures de navigation, nous rencontrâmes des Arabes dans des barques; en un instant nous fûmes sous les armes; quelques coups de fusil, notre contenance et le bruit que l’on fit dans le premier moment leur firent juger
1. Detroye note, dans son Journal, à la date du 7 brumaire (28 octobre) : « Le bruit s'est répandu qu'un courrier arrivé chez le général en chef a apporté la nouvelle que beaucoup de voiles turques sont devant Alexandrie. A deux heures après-midi, j’ai reçu ordre de me rendre dans cette place pour porter les décisions relatives aux travaux défensifs. Le chef de l'état-major d’artillerie a reçu également l'ordre de se rendre à Alexandrie, avec quatre officiers d'élite. Nous sommes partis le soir même. »
Un peu plus loin, il donne au sujet de la navigation sur le Nil, ces détails, qui confirment Doguereau :
« Les passagers étaient fort nombreux, et, ne pouvant loger qu'en très petit nombre dans la chambre, on passa des nuits très désagréables par le froid, et des jours aussi désagréables, à cause de l'ardeur du soleil. »
Ce fut effectivement le 7 brumaire (28 octobre) que Bonaparte prescrivit à Dommartin d’envoyer à Alexandrie son chef d'étatmajor, avec 2 capitaines et 2 lieutenants, « les plus distingués par leur courage et leurs connaissances dans le service des batteries, et surtout pour tirer à boulets rouges. »
96 JOURNAL DE L’EXPÉDITION d’ÉGYPTE
que nous étions en nombre; ils se retirèrent, et nous continuâmes notre route tranquillement.
Le 4 (25 octobre), nous arrivâmes à Rahmanieh ; nous nous y arrêtâmes pour parler à l’officier d’artillerie, nous continuâmes notre route la nuit.
Le 5 (26 octobre), au matin, nous arrivâmes à Rosette. Nous fûmes reçus assez froidement par le général Menou, qui se disputait déjà avec le général Dommartin ; il voulait toujours retenir, pour sa défense, une partie de ce qu’on envoyait pour l’armée1. Nous fûmes dîner avec le capitaine Martin, notre camarade, qui commandait l’artillerie à Rosette ; l’aubergiste était un mauvais gargottier, qui nous régala fort mal. Nous fîmes nos dispositions pour notre voyage, nous louâmes des baudets et nous partîmes avec la caravane à la nuit. Nous apprîmes à Rosette que l’ennemi avait fait, près d’Aboukir, un débarquement, de quelques Anglais et de Turcs rassemblés dans l’Archipel et qu’ils avaient été obligés de se rembarquer après avoir perdu quelques hommes.
1. Les Archives de la Guerre contiennent de nombreux documents relatifs aux démêlés de Menou avec Dommartin et Sucy. Sous prétexte que Rosette était négligée par l’artillerie et les services administratifs, il prit sur lui, à maintes reprises, de retenir au passage du matériel, des munitions et des subsistances expédiés d’Alexandrie au Caire. Ces façons d’agir déterminèrent des conllits avec les chefs des services intéressés; elles lui attirèrent plusieurs observations de Bonaparte.