SECOND VOYAGE A ALEXANDRIE
Le 6 (27 octobre), nous arrivâmes de bonne heure à Aboukir; nous fûmes déjeuner chez le chef de bataillon Martinet, commandant de la légion nautique.
J’avais déjà bien mal aux yeux et je sentais un peu de fièvre ; parti à la hâte du Caire, j’étais habillé légèrement et j’eus très froid en voyageant la nuit sur le bord de la mer, où les vents sont très frais et humides. Nous nous mîmes en route le soir et nous marchâmes toute la nuit.
Le 7 (28 octobre), matin, nous arrivâmes à Alexandrie ; nous eûmes beaucoup de peine à être logés. Nous obtînmes enfin, Fouler etmoi, une chambre chez la veuve du consul de Hollande. J’eus la fièvre très fort pendant quelques jours, et je fus obligé de faire faire des habits plus chauds; je trouvai le climat bien différent de celui du Caire. Nous fûmes chargés de différentes batteries, dont nous formions les canonniers au tir des boulets rouges; nous allions tous les jours après dîner les faire manœuvrer. J’étais chargé des batteries des Bains et des Catacombes.
Nous nous mîmes en pension chez le citoyen Arnaud, négociant français établi depuis longtemps à Alexandrie, qui nous en fit l’offre, nous ayant connus à notre première arrivée ; le général Dommartin avait occupé une de ses maisons.
98 JOURNAL DE L’EXPÉDITION d’ÉGVPTE
Ce fut pour nous une ressource contre l'ennui; il se faisait, le soir, chez sa femme des réunions fort agréables ; quoique née en Orient, à Alep, cette femme avait les manières européennes et était très aimable. Nous eûmes beaucoup à nous louer de la manière honnête avec laquelle nous fûmes traités dans cette maison, où nous eûmes beaucoup de peine à faire accepter l’argent que nous devions après y être restés plusieurs semaines. Nous allions souvent dans les décombres chercher des médailles ; nous en trouvions chaque fois plusieurs ; la plus grande partie étaient du temps des Ptolémées.
Nous allions souvent dîner chez le général Manscourt qui commandait la place ou chez le général Marmont, qui était venu avec des troupes. Ce dernier donnait quelquefois des bals qui nous faisaient passer des soirées agréables.
Le 14 frimaire (4 décembre), je partis d’Alexandrie pour retourner au Caire. La caravane partit le soir, comme à l'ordinaire ; nous marchâmes toute la nuit.
Le 15 (5 décembre), au matin, nous arrivâmes à Aboukir; le général Dumuy, qui y commandait depuis peu, nous invita à dîner. Des dépêches qu’il voulait nous remettre nous retardèrent jusqu’après midi; nous arrivâmes â Rosette dans la nuit. Très embarrassé pour trouver à loger, je
RETOUR AU CAIRE
m’étais décidé à coucher sur un bazar, lorsque je me rappelai le capitaine Martin1, dont je fus partager le lit. Je trouvai à Rosette notre camarade Paultre2, avec qui je devais retourner au Caire.
Le IG (6 décembre), je restai à Rosette ; je passai la journée chez le chef de bataillon Tirlet.
Le 17 (7 décembre), au matin, nous montâmes en barque; nous avions fort bon vent; nous arrivâmes de bonne heure à Rahmanieh.
Le 18 (8 décembre), nous eûmes le vent moins favorable ; le soir, il cessa et nous restâmes près d’un village3.
Le 19 (9 décembre), nous marchâmes un peu. Sur le soir, nous eûmes vent très contraire ; notre barque toucha terre et nous ne pûmes plus avancer4. Ces accidents sont très désagréables; car, lorsque les Arabes s’aperçoivent qu’une djerme est échouée, ils ne manquent pas de profiter de ce contre-temps pour l’assaillir.
Le 20 (10 décembre), nous partîmes; nous