‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 31 sur 171 · VOYAGE A SUEZ · texte numérisé non relu

VOYAGE A SUEZ

du désert nous faisaient trouver le campement charmant. Nous fûmes réveillés toute la nuit par les chevaux, qui, mal attachés, enlevaient leurs piquets qui tenaient à peine dans le sahle; en s’échappant, ils venaient briser les cordages de nos tentes. Les animaux qui n’étaient point entravés des quatre jambes firent la même chose toute la route. Nos chevaux qui depuis longtemps étaient demeurés à l’écurie, avaient beaucoup de feu. D’ailleurs, comme en Egypte ils sont tous entiers, lorsqu’ils se trouvent mêlés avec des juments, ils se battent et brisent tout.

Le 5 (25 décembre), de très grand matin, nous entrâmes dans le désert; après quelques heures de marche, nous rencontrâmes le général Bon qui revenait malade dans une mauvaise voiture qu’il avait trouvée à Suez1. Nous fîmes une halte d’une heure et demie, pendant laquelle nous cherchâmes des cailloux d’Égypte, qui sont très communs dans cette partie du désert ; on trouve beaucoup de pétrifications de troncs d’arbres très gros. Le chemin était fort solide; on n’enfonçait pas dans le sable comme dans les autres parties du désert; les voitures peuvent faire celte route très aisément.

1. Peu après son arrivée à Suez, le général Bon avait éprouvé de violentes douleurs causées par une ancienne blessure au pied. 11 avait dû remettre le commandement de la place à l'adjudantgénéral Valentin et revenir au Caire.

iOG JOURNAL DE L’EXPÉDITION ü’ÉGYPTE

Nous marchâmes jusqu’à la nuit, et nous nous arrêtâmes près d’un gros arbre1. Les équipages étaient fort en arrière; nous eûmes longtemps à les attendre. Nous fîmes, à la manière des Arabes, du feu avec des os de chameau dont la route du désert est couverte ; on y mêlait un peu d’herbe sèche que Soliman et Ibrahim, cheiks des Arabes Terrabins, et Bily nous firent trouver dans les environs.

Le 6 (26 décembre), à deux heures du matin, on se mit en marche; nous étions au lever du soleil près d’un endroit où les Arabes ont fait deux grands puits très profonds, mais où ils n’ont pas réussi à trouver de l’eau. Nous allions très vite, et vers les quatre heures nous arrivâmes à Adjeroud, à 4 lieues de Suez. Comme on nous attendait, on avait envoyé des fèves pour nos chevaux, qui s’en trouvèrent fort bien. Ils burent un peu de la mauvaise eau saumâtre qu’on y trouve.

Adjeroud est un caravansérail comme celui de Birket-el-Hadji, destiné à abriter les caravanes; il est plus considérable. On y voit beaucoup de maisons ruinées, de fort beaux réservoirs pour faire rafraîchir les animaux et quelques logements, encore bons, pour les hommes. Il y

1. Cet arbre, dit d’Hamra, est isolé au milieu du désert et s'aperçoit de fort loin.

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