‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 32 sur 171 · VOYAGE A SUEZ · texte numérisé non relu

VOYAGE A SUEZ

a une espèce de fort fermé dont nous avons fait un poste.

Après une halte d’une heure, nous partîmes pour Suez sans attendre les bagages, qui eurent beaucoup de peine à venir coucher à Adjeroud. Nous arrivâmes à la nuit à Suez, nous et nos chevaux très fatigués. Nous sou pâmes chez le commandant de la place; et le commissaire1 nous donna à coucher au général Dommartin et à moi.

Le 7 (27 décembre), au matin, nos équipages arrivèrent; nous campâmes près de la mer.

Le 8 (28 décembre), nous profitâmes de l’instant où la marée est basse pour [tasser la mer Rouge; le fond était de gravier, nos chevaux avaient de l’eau jusqu’au ventre. On arriva facilement â l’autre bord.

Nous fûmes d’abord aux fontaines de Moïse, situées à deux lieues et demie dans le désert de l’Arabie, sur la route du mont Sinaï. Nous y arrivâmes après 2 heures de marche dans un terrain très pierreux. Ce sont une douzaine de sources toutes placées sur la sommité île petits monticules, chose assez extraordinaire. 11 y a dans cet endroit quelque végétation. L’eau est un peu saumâtre, mais bonne à boire. Le géné-

1. Probablement le Commissaire des guerres, Roland, qui avait accompagné du Caire à Suez la petite colonne du général Bon (Voir la situation d’effectif de cette troupe au 21 frimaire, 11 décembre. Arch. histor. de la Guerre).

108 JOURNAL DE L’EXPÉDITION d’ÉGYPTE

ral Bonaparte fit faire des fouilles dans différents endroits ; on trouva les fondements d’un bâtiment carré, avec des tours rondes aux angles, et un canal conduisant l’eau jusqu’au bord de la mer. Nos savants supposèrent que c’était l'endroit où venait s’approvisionner d’eau la marine des Vénitiens, lorsque cette nation faisait le commerce de l’Inde par la mer Rouge.

Après avoir déjeuné et fait rafraîchir les chevaux, nous fûmes à 2 lieues sur la gauche aux puits de Nabab. Ce sont des trous couverts où l’on trouve de l’eau très bon ne ; on en approvisionne Suez. La nuit approchait, nous retournâmes. Je ne sais si l’on ne retrouva plus le premier passage, ou si l’on présuma trouver un gué plus facile parce qu’on approchait davantage de l’extrémité du golfe; mais un passage imprudemment tenté pensa nous être très funeste. Après avoir traversé un petit bras de mer, nous nous trouvâmes dans une île marécageuse. On s’aperçut, après une demi-heure de marche, qu’on était mal enfourné; mais il faisait nuit, la marée montait et on voulait arriver promptement. Bientôt nous fûmes embourbés jusqu’au ventre de nos chevaux, qui à chaque instant s’abattaient et avaient la plus grande peine à se retirer; on se voyait dans l’embarras et l’on ne savait trop comment cela se terminerait; on avançait tou-

Page 1