‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 33 sur 171 · FONTAINES DE MOÏSE · texte numérisé non relu

FONTAINES DE MOÏSE

jours un peu, il n’était plus temps de reculer. Après mille peines, et avoir laissé beaucoup de chevaux ensevelis dans les marais, nous arrivâmes près d’un autre bras de mer. Les premiers hommes envoyés à la nage pour sonder revinrent annoncer qu’il n’y avait pas de passage guéable. 11 n’était plus possible de retourner, il était neuf heures du soir, la marée était déjà montée de trois pieds. On était dans un terrible embarras, lorsqu’on annonça un endroit guéable. Le général Bonaparte passa des premiers; on posta des guides à différents endroits pour diriger. Far trois fois, j’essayai de traverser; je manquais la direction, je trouvais de l’eau plus haut que mon cheval; j’avais enfin assez bien été jusqu’au milieu quand mon cheval tomba dans un trou. Sachant nager, je l’abandonnai aussitôt; je fus d’un côté, et lui de l’autre; nous gagnâmes le bord tous les deux. De tous côtés, il arriva des flambeaux; l’alarme était à Suez, on nous croyait tous noyés; les premiers qui passèrent à la nage avaient porté la nouvelle de notre mésaventure ; on fut très inquiet sur le compte de Bonaparte. J’étais tout mouillé, je me hâtai de changer de linge en arrivant à la tente, et nous commençâmes à rire de notre histoire. Nous étions fort contents de n’avoir pas été aussi malheureux que les soldats de Pharaon. Moïse,

qui probablement connaissait la mer Rouge et les heures de la marée, avait passé avec ses- Israélites dans le bon moment; Pharaon voulut maladroitement le suivre, ou trop tard lorsque la marée était liante, ou par un mauvais gué; il était resté dans les flots. Nous en fûmes quittes à meilleur compte ; il n’y resta que quelques chevaux. et dromadaires b

Le 9 (29 décembre), on ne pouvait partir; les chevaux étaient, en grande partie, éclopés de la marche forcée qu’on avait faite pour arriver à Suez. Bonaparte alla reconnaître un petit golfe où aboutit le chemin delà vallée de l’Egarement2, entre la mer et les montagnes. On fut aussi voir la mare où se réunissent les eaux de pluie et où l’on allait faire abreuver les chameaux; les chevaux ne voulaient point boire de cette eau ; nous étions obligés d’en acheter à Suez pour eux de celle des fontaines de Moïse.

Le 10 (30 décembre), au matin, on décampa après déjeuner, et les bagages se mirent en route pour aller à Adjeroud. Nous partîmes vers midi.

Bonaparte voulut reconnaître l’ancien canal

1. Le général Caffarelli, qui avait une jambe de bois, se trouva en sérieux danger. 11 dut son salut au courage du guide à cheval, Louis, que Bonaparte récompensa par un sabre d’honneur et le grade de brigadier [Ordre du 20 nivôse (9 janvier 1199)].

2. Par cette vallée passe une route conduisant du Caire à Suez ; cette route est beaucoup moins fréquentée que celle de Birket-el- Iladji et Adjeroud.

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