RECONNAISSANCE DE L ANCIEN CANAL
commencé pour la communication de la Méditerranée avec la mer liouge. Nous appuyâmes à droite vers l’extrémité du golfe; à 1 lieue environ de Suez, nous découvrîmes les traces du canal; plus nous avançâmes, plusilétaitconservé ; â 2 lieues, son encaissement était très peu endommagé; les digues à droite et â gauche avaient plus de 30 pieds d’élévation et une très grande épaisseur. Nous marchâmes dedans près de 4 lieues. On trouve sur ses bords, de distance à autre, des ruines de maisons d’une grandeur ordinaire. Bientôt nous vîmes qu’à mesure que nous entrions dans les parties sablonneuses du désert la profondeur du canal diminuait, les vents y avaient accumulé les sables; à cinq lieues, nous avions les plus grandes peines à suivre ses traces; enfin nous les perdîmes.
La nuit approchait, nous étions beaucoup plus éloignés d’Adjeroud qu’on ne le croyait; nous fûmes désorientés. Bonaparte envoya plusieurs guides et aides de camp de différents côtés, pour reconnaître sur notre gauche et tâcher d’apercevoir le fort d’Adjeroud; les uns revinrent sans avoir rien découvert, les autres se perdirent, et après une longue course s’en furent â Suez ou arrivèrent â Adjeroud. Bonaparte, avec les meilleurs chevaux, prit le galop et marcha dans la direction qu’il crut la meilleure. Le reste de
la cavalerie marcha sur ses traces, marquées dans le sable, et qu’on put suivre jusqu’à la nuit.
Les généraux Caffarelli et Dommartin prirent le parti de devancer la cavalerie ; nous avions deux ordonnances ; nous pressâmes l’allure de nos chevaux. Nous rencontrâmes bientôt des ravins dans lesquels nous avions beaucoup de peine à descendre, et qu’il nous fallait ensuite gravir. Nous commencions à être inquiets, nous ne voyions plus personne, il faisait nuit, et à peine étions-nous sortis d’un ravin que nous tombions dans un autre. Après deux ou trois heures d’une marche très fatigante, nous aperçûmes, dans le lointain, des flambeaux, vers lesquels dès lors nous nous dirigeâmes. Bonaparte, étant arrivé, avait fait illuminer le haut du fort, et envoyé, au devant de nous, de divers côtés, des détachements avec des torches et des trompettes sonnant le ralliement. Nous arrivâmes enfin, et nous trouvâmes nos tentes dressées et le souper sur la table. Une course de dix à douze lieues dans le désert nous avait donné grand appétit; nous fîmes un excellent repas; je crois que les meilleurs que j’aie faits dans ma vie sont ceux du désert, quoiqu’ils ne fussent pas toujours des plus recherchés.
Le 11 (31 décembre), au matin, de très bonne heure, nous fîmes route pour traverser le désert