RECONNAISSANCE DE L ANCIEN CANAL
vers Belbeis; nous étions guidés par des cheiks d’Arabes qui étaient en paix avec nous.
Après dix heures de marche, nous nous arrêtâmes pour attendre les équipages qui, marchant beaucoup plus lentement que nous, étaient fort en arrière. Nous ne campâmes que très tard; nous nous ennuyâmes beaucoup d’attendre, ce soir-là 1 .
Le 12 (1er janvier), au matin, nous partîmes avec un piquet de guides. Bonaparte laissa la cavalerie en arrière pour aller plus vite; nos Arabes nous avaient dit que nous n’avions plus que quatre lieues pour arriver à Belbeis; il voulait les faire d’une seule haleine.
Au bout de quelques heures de marche, on découvrit quelque chose dans le lointain ; bientôt on ne douta pas que ce fussent des Arabes. Nous étions en très petit nombre; on envoya à toute bride chercher la cavalerie restée en arrière. Nous poussâmes jusque près d’une petite hauteur, derrière laquelle nous cachions le véritable état de nos forces ; nous nous disposâmes à recevoir l’attaque; ils s’approchaient toujours. La reconnaissance fut faite, et les guides, chargés de l’exécuter, rapportèrent que c’était une caravane d’Arabes sur des chameaux. Aussitôt
1. Le 31 décembre, Bonaparte campa dans le désert, à peu près à mi-distance d’Adjeroud à Belbeis.
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l’ordre de l’attaquer fut donné; mais Ibrahim, cheik des Arabes Bily, ayant reconnu qu’ils étaient de sa tribu, on cessa de les poursuivre et ils s’arrêtèrent; déjà ils étaient éparpillés, quelques-uns de leurs cavaliers avaient pris la fuite. Ils venaient d’El-Aricb, ils étaient dans l’état le plus misérable, la plus grande partie nus. Ils avaient caché leurs armes dans le sable ; nous les trouvâmes, et on les leur rendit. Bonaparte leur acheta quelques dromadaires, et ils furent très satisfaits d’en avoir été quittes pour la peur et de recevoir encore de l’argent. Nous les quittâmes et on continua de marcher. Nous avions déjà fait plus de chemin qu’on ne nous disait y en avoir pour arriver à Belbeis, et nous n’apercevions rien. On força les chevaux; souvent on allait au galop; et il nous fallut plus de sept heures d’une telle marche pour que nous arrivions en vue de Belbeis; la route devint très sablonneuse à mesure que nous avançâmes. 11 resta en arrière beaucoup de chevaux qui ne pouvaient plus suivre; Bonaparte arriva avec très peu de monde. Nous visitâmes les fortifications, qui n’étaient pas fort avancées, et nous fûmes dîner chez le général Reynier, qui commandait la province1.
1. La journée du 2 janvier fut consacrée par Bonaparte à la visite des fortifications de Belbeis.