BELBEIS
Le 14 (3 janvier), Bonaparte prit une escorte de dragons pour aller reconnaître la vallée de Sababiar1 dans le désert, et une suite du canal dont on retrouvait les traces dans cette partie. Le général Dommartin, qui avait déjà perdu un cheval dans cette course et dont les autres étaient très fatigués, ne fut point de la partie; nous restâmes à Belbeis, ce qui m’arrangeait fort; car la difficulté de porter de l’eau m’avait engagé à ne prendre qu’un cheval, qui était hors d’état de continuer de pareilles courses.
Le 15 (4 janvier) nous fumes bien mouillés dans nos tentes, qu’une pluie très forte traversa; nous nous trouvâmes à la suite de cet orage dans une mare d’eau ; fort heureusement que le soleil avait encore beaucoup de force et que l'évaporation nous remit à sec dans la journée. Il arriva quelques cavaliers de l’escorte de Bonaparte, avec des chameaux; ils nous dirent qu’ils les avaient enlevés à des Arabes qu’ils avaient rencontrés dans le désert, et que Bonaparte était encore à la poursuite d’une autre caravane. On l’attendit en vain jusqu’au soir.
Le 16 (5 janvier), nous fûmes visiter les magasins d’artillerie et les casernes des canonniers à Belbeis. Le soir, Bonaparte arriva avec partie
I. Ou les Sept Puits. Cette vallée est dite aussi : de l’Ouadi.
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de son escorte; ils amenaient encore une centaine de chameaux; tous les chevaux étaient éclopés; il s’était égaré la veille et avait passé la nuit à courir dans le désert; ce n’était qu’au jour qu’ils s’étaient orientés; leurs chevaux n’avaient ni bu ni mangé.
Le 17 (6 janvier), au matin, nous partîmes de Belbeis. Bonaparte devait aller visiter le camp des Arabes Bily , dont le cheik l’avait invité à venir déjeuner. Nous partîmes au galop; mais à peine avions-nous fait une lieue que le général Dommarlin, à qui on avait sellé un mauvais cheval, voulut en monter un autre. Le retard que nous éprouvâmes dans cette circonstance pensa nous être funeste; car, lorsque nous remontâmes à cheval, nous n’aperçûmes plus le quartier général, qui n’avait pas suivi la route et avait appuyé vers le Nil 1 2 .
Nous nous décidâmes à suivre la route du Caire, comptant trouver à un village nommé El-
1. Bonaparte avait donné la chasse à des bandes d’Arabes Soharras. Voir le Courrier de l'Egypte [n° 24, du 27 nivôse, an Vil (16 janvier 1799)].
2. Conformément à un ordre de Bonaparte à Belbeis [du 16 nivôse (o janvier)], un détachement commandé par le chef de brigade Dupas, et comprenant les guides à pied, 100 hommes de la 9“ et une pièce de 3, avait dû partir de Belbeis dès cinq heures du matin pour se rendre à El-Menaïr. La cavalerie, partant à six heures, devait également aller dans ce village. Bonaparte et le quartier général partirent à sept heures. Les équipages suivirent avec une petite escorte.