‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 39 sur 171 · FLOTTILLE DE LA MEK ROUGE · texte numérisé non relu

FLOTTILLE DE LA MEK ROUGE

Quatre chaloupes canonnières partirent, le 13 pluviôse (1er février), de Suez, arrivèrent le 18 (6 février), devant Kosseir, où elles trouvèrent plusieurs bâtiments chargés des trésors des Mameluks Au premier coup de canon, unede nos chaloupes canonnières, le Tagliamento , prit feu et sauta en l’air, les trois autres furent attaquées, se retirèrent comme elles purent, et l’expédition fut manquée. Nous perdîmes l’équipage du bâtiment sauté, les soldats de la 32e demi-brigade qui formaient les troupes de débarquement et quelques savants qui étaient envoyés sur la côte de la mer Rouge.

Telle était à peu près la situation générale de nos affaires en Egypte au moment où l’on se disposait à faireune invasion en Syrie. Le Caire était assez tranquille ; les habitants avaient encore présentes â la mémoire les suites de la révolte du mois de brumaire, qui avaient été funestes à grand nombre de ceux qui y avaient pris part. D’ailleurs les cheiks et les principaux de la ville avaient une grande idée des talents de Bonaparte ;

1. D’après les rapports conservés aux Archives de la Guerre , la flottille partit de Suez dans la nuit du 13 au 14 pluviôse (l"r au 2 février), et arriva le 19 (7 février) devant Kosseir.

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ils étaient persuadés qu’il battrait Djezzar. Les préparatifs d’attaque que nous axions faits leur en imposaient beaucoup; puisque nous allions attaquer, c’est, pensaient-ils, que nous étions les plus forts. Nos troupes étaient assez bien habillées et dans les meilleures dispositions; on les exerçait souvent à faire des manœuvres en bataillons carrés. On fabriquait pour les premiers rangs des pieux qu’on devait planter en terre en avant des carrés et qui se joignaient au moyen de petites chaînes ; ces engins étaient destinés à arrêter les charges de la cavalerie h Mais en raison de la difficulté de les porter dans les rangs, de l’embarras qu’ils causaient aux soldats dans certains chemins, un grand nombre de ces pieux furent perdus, et l’on ne s’en servit point.

On estimait à 35.000 hommes les forces d’Ahmed-el-Djezzar, dont 18.000 de cavalerie. On les avait portées beaucoup trop haut, comme nous eûmes occasion de nous en assurer; son armée atteignit tout au plus ce nombre après le débarquement que les Turcs firent à Acre, et la levée des milices de Damas et de Naplouse. Il faisait réparer ses places fortes, et l’on parlait

1. La mise en service des pieux fut prescrite par un ordre de Bonaparte du lor nivôse (21 décembre). Une commission d’officiers fut chargée d'élaborer un règlement pour la manœuvre des pieux, règlement qui fut mis à l’ordre du jour de l’armée des 29 nivôse et 4 pluviôse (18 et 23 janvier 1799).

FORCES DE D.IEZZAU

beaucoup en Egypte d’un fort qu’il faisait construire en avant d’Acre sur une hauteur dominant celle place, qu’il mettait en état de défense. Nous fumes fort surpris par la suite, lorsque nous arrivâmes devant Acre, de ne point trouver le fort dont on avait tant parlé. Nous vîmes seulement les premiers travaux d’une espèce de redoute qu’on avait commencé à construire en pierres sèches et dont le plan était visible ; de petites courtines de 5 ou 6 toises étaient tlanquées par des tours plus grandes qu’elles. 11 n’y avait pas d’autres portes que les embrasures qui étaient à ras de terre et dont l’évasement intérieur était plus grand que celui de l’extérieur. Cet ouvrage était élevé de quelques pieds; on avait apporté beaucoup de pierres pour achever de le construire. Comme Djezzar fut l’ingénieur et le directeur des constructions qu’il fit dans Acre et aux environs, il est probable qu’il voulut aussi être à la tête de son génie militaire et qu’il refusa de prendre, pour ses ouvrages de fortifications, les conseils des officiers anglais, et, particulièrement, ceux d’un émigré français, officier d’artillerie qui se distingua à la défense d’Acre et qui eût été dans le cas de lui donnerun plan plus raisonnable C

1. Il s’agit de l’officier émigré Le Picard de Phélipeaux (1767-1799), naguère le condisciple de Bonaparte à l’école militaire, nommé un rang avant lui lieutenant en second d’artillerie (1er septembre 1785).

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Nous fûmes trompés dans un sens contraire sur les fortifications d’El-Arich. On n’avait jamais pensé trouver d’obstacles avant Gaza, où l’on savail qu’il devait y avoir un fort; on fut très surpris de trouver un assez bon fort (surtout en raison de nos moyens), et qui nous retint plusieurs jours.

Nous eûmes avant notre départ la vue d’une petite fête turque qui se lit au commencement du Ramadan, temps pendant lequel les musulmans font abstinence et qui est pour eux ce qu’est le carême pour les chrétiens. Pendant sa durée ils ne peuvent ni boire, ni manger, ni fumer, sauf après le coucher du soleil et avant son lever. Aussi, à cette époque, dorment-ils le jour et passent-ils la nuit à manger et à fumer dans les cafés.

La fête est une des plus brillantes de leur religion. Nous vîmes passer la procession sur la place Esbekieh. La marche était ouverte par un détachement de cavalerie que leur avait fait donner le général Bonaparte; un de ses aides de camp le représentait; arrivaient ensuite des cavaliers égyptiens, suivis par une musique extrêmement bruyante de cymbales, tambours, dûtes et autres instruments du pays dont le plus bel effet est de faire beaucoup de tapage; puis venaient des Turcs habillés en robes rouges,

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