Même règlement d’armoiries
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ciennelé parmi les maréchaux de camp d’artillerie, Doguereau était en droit de porter plus haut son ambition, quand il fut subitement frappé par la mort, le 20 août 1826. 11 se trouvait alors au siège de son commandement et venait de faire, avec sa femme, une promenade en voiture aux environs de la Fère; il mourut quelques instants après être rentré dans son hôtel l.
Sa veuve lui survécut pendant quarante ans, jusqu’en 1866; elle eut la douleur de voir disparaître Tunique enfant qu’elle avait eu de Jean-Pierre Doguereau. Ainsi devait s’éteindre le nom si dignement porté par ces deux vaillants soldats de la Révolution et de l’Empire.
1. L’acte de décès de Doguereau, dressé à la Fère, le 21 août, sur la déclaration du lieutenant-colonel Legriel et du capitaine Gohendet, aide de camp, porte que le général est mort la veille, à huit heures du soir. Doguereau y est dit né à Dreux, et fils « de feu Jean-Pierre-Parfait Doguereau-Desmasure et de Louise-Anne Foureau, survivante. » En réalité, les déclarants avaient commis une double erreur, qui dut être rectifiée lors de la liquidation de la pension de la vicomtesse Doguereau. 11 existe aux Archives amninislratives de la Guerre un acte dressé le 9 décembre 1831, par le sous-intendant militaire Favier, employé à Paris, et constatant « qu'il y a erreur . en ce qui concerne le lieu de sa naissance, désigné dans ledit acte comme étant né à Dreux . au lieu
d’Orléans, lieu où il est né, ainsi qu’il est constaté par son acte de naissance à l’instant déposé. » Le même acte ajoute que le surnom de Desmasure, donné au père, «n’est rapporté dans aucun acte, n’influe en rien sur l’individualité dudit et sur celle de M. le maréchal de camp, vicomte Doguereau, son fils ».
INTRODUCTION
Il nous reste à résumer la carrière de Louis Doguereau, depuis le moment où il laissa en Egypte son frère, jusqu’alors son immédiat compagnon d’armes. Nous avons dit qu’il fut admis, le 20 février 1800, comme capitaine en second dans l’artillerie de la garde des Consuls. Successivement, il y fut nommé capitaine en premier (20 octobre 1800), chef d’escadron (29 octobre 1803), major (1er mai 1806). Le 28 mars 1807, il obtint le rang de colonel. Le 15 décembre 1808, à la suite de conflits avec le général Lariboisière il dut quitter la Garde pour être employé à l’étatmajor de l’artillerie de la ligne ; le 9 mars 1809, il fut nommé au commandement du 3e régiment d’artillerie à cheval2. Il fit avec l’artillerie de la
1. Les circonstances de ces conflits ne sont pas bien connues, l’ion des Loches présente sous un jour peu favorable la conduite de Doguereau (p. 244, 247, 256, 259). 11 l'accuse d’avoir frondé l'autorité de Lariboisière et excité contre lui l'esprit des officiers du régiment : « ... On tombait sur le général Lariboisière ; il n'était pas de choses révoltantes qu’on n’inventât sur son compte ; il était le sujet perpétuel des conversations ; Doguereau l’accablait de sarcasmes, et il fallait que les officiers eussent perdu la tête pour encenser cet impertinent éhonté, sans talent ni considération, et vilipender le général le plus noble, le plus instruit et le plus considéré. »
Digeon, qui était également major dans la Garde, partagea la disgrâce de Louis Doguereau et fut, en même temps que lui, versé dans la ligne (15 décembre 1808): «Ce coup de foudre, dit Pion des Loches, écrasa tous leurs partisans qui étaient en grand nombre ; mais ils furent vite oubliés, et quatre jours après leur départ, personne n’y pensait plus. Voilà le monde. »
2. Il y remplaça le colonel d’Aboville, qui venait d'être appelé au commandement de l’artillerie à cheval de la Garde impériale.
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Garde les campagnes de 1805, 1806 et 1807, dans la Grande Armée. A partir de 1808, il servit en Espagne ; mais, au lieu d’être confiné comme son frère dans un poste sédentaire, il remplit les fonctions de chef d’état-major de l’artillerie du IVe Corps ; il prit part à plusieurs actions de guerre importantes. Il fut blessé d’un coup de feu au bas-ventre, au passage du Tiétar (24 décembre 1808) ; il eut un cheval tué sous lui à la bataille de Talavera de la Reyna (28 juillet 1809) ; à la journée d’Almonacid ( 1 1 août 1809) , il mérita d’être cité avec éloge parle général Sébastiani1.
Deux ans plus tard, le colonel Doguereau se vit obligé de quitter le service, en raison de la blessure reçue naguère en Syrie, dont la souffrance était compliquée de douleurs rhumatismales. Sa démission fut acceptée le 1er août 1811.
N’ayant pas obtenu un emploi civil qu’il avait
1. Le général Sébastiani, commandant le JV° Corps, s’exprime ainsi :
« M. le colonel Doguereau, chef d’état-major de l'artillerie, s’est distingué et a manœuvré avec une précision et une bravoure remarquables. »
On peut citer aussi l'appréciation par laquelle le général Sênarmont, commandant en chef l’artillerie de l’armée, accompagne la proposition de Doguereau pour commandant dans la Légion d’honneur : « Officier d’une valeur brillante et distinguée; il a bien conduit l’artillerie dans les deux batailles qui viennent d'avoir lieu et a constamment donné l’exemple de l'activité et du zèle dans la campagne pénible de la Manche. »
INTRODUCTION
sollicité, et comme sa santé s’était améliorée, il demanda, à la fin de 1813, à reprendre du service ; il fut admis, le 21 novembre, comme colonel dans l’artillerie à cheval de la Garde impériale. A ce titre, il eut le commandement de quelques compagnies qui furent attachées au corps d’armée du général Maison; il prit part à la campagne soutenue par ce général sur la frontière du Nord et notamment au combat de Courtrai1.
Comme son frère, il se rallia au Gouvernement de la Restauration et fut nommé maréchal de camp le 26 avril 1814. Attaché pendant les Cent Jours au IIIe corps d’observation àMézières, il ne prit aucune part à la campagne de Belgique. Mis en congé le 7 août 1815, il se vit appelé dès le 10 février 1816, au commandement de l’école d’artillerie de Metz. En 1825, il fut nommé membre titulaire du Comité consultatif de l’artillerie, dont il devait faire partie d’une façon presque ininterrom-
I. Comme récompense honorifique, Louis Doguereau fut créé baron de l’Empire, en mai 1808. Armoiries : Ecartelé, au 1er d'or, à la tour crénelée et en ruines de sable; au 2°, des barons militaires ; au 3*. de gueules au chameau d’argent ; au 4°, d’or à l'ours d’azur. Il fut successivement nommé officier de la Légion d’honneur (14 juin 1804), commandeur (29 juillet 1814), grand-officier (20 avril 1831), grand’eroix (28 avril 1843). 11 reçut la croix de chevalier de Saint-Louis, le 19 juillet 1814.
11 avait bénéficié (17 mars 1808) d’une donation de 4.000 livres de rente en Westphalie.
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pue; il en devint le président le 19 avril 1841.
Promu lieutenant-général le 30 septembre 1832; il fut, à ce titre, chargé pendant plusieurs années de l’inspection d’un arrondissement d’artillerie.
11 fut placé, à la date du 13 juillet 1845, dans la section de réserve, ayant atteint la limite d’àge de soixante-huit ans. Le 14 août suivant, il reçut la haute dignité de pair de France1, qu’il conserva jusqu’à la chute de Louis-Philippe.
11 mourut, le 19 août 1856, dans son château de Moulins (commune de Landes, Loir-et-Cher). De son mariage avec la sœur des généraux Digeon (morte en 1852), il n’avait eu qu’une fille, morte en 1824, à l’àge de dix-sept ou dix-huit ans.
L’héritage de Louis Doguereau revint naturellement au fils unique de son aîné, Maximilien. Celui-ci mourut sans postérité, en 1860, comme nous l’avons dit, et eut lui-même pour héritiers les enfants de son demi-frère Alexandre-Numance de Girardin (mort en 1851). Par un singulier concours de circonstances, la succession des deux généraux Doguereau se trouvait ainsi échoir
1. Il siégeait, depuis 1837, à la Chambre des députés, où le collège de Blois l’avait envoyé en remplacement de Pelet (de la Lozère), nommé pair de France. Il s’était présenté comme « décidé à soutenir la dynastie du Roi et son gouvernemenl. »
INTRODUCTION
aux représentants d’une famille qu’aucun lien direct ne rattachait à la leur.
Le manuscrit que nous publions est l’œuvre de Jean-Pierre Doguereau, qui l’a tout entier écrit de sa main. 11 appartient à M. de Golleville, qui avait eu naguère des relations de famille avec la vicomtesse Doguereau et avait conservé ce précieux document à titre de souvenir. L’aimable intervention de notre camarade, le chef d’escadrons de cavalerie Sauzey, nous a fait connaître ce Journal , nous a permis de l'apprécier et d’en entreprendre la publication. Qu’ils veulent bien, l’un et l’autre, agréer l’expression de nos meilleurs remerciements.
Le Journal se compose de onze cahiers formant au total 248 pages de format écolier), qui ont dû être écrits tout à fait au début du xix6 siècle, puis reliés ensemble à l’époque delà Restauration '.
Il paraît certain que Doguereau a rédigé ce docu-
1. Certains mots, à demi-coupés au bas des pages, sont la preuve que les cahiers avaient été écrits avant d’être reliés.
La reliure, qui porte au dos le simple mot « manuscrit », date incontestablement de la Restauration.
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ment à l’aide de notes très complètes qu’il avait prises au moment des événements. En raison de la précision des détails fournis au sujet de faits secondaires, et grâce aux nombreuses vérifications que nous ont permises les documents conservés aux Archives de la Guerre1, nous pouvons affirmer que ces pages n’ont pas été écrites en faisant appel à des souvenirs déjà lointains, mais qu’elles sont la reproduction d’un Journal , tenu pendant la campagne même, et dont le texte n’a pas subi de modifications importantes ; elles nous offrent par conséquent les plus sérieuses garanties de sincérité.
La date de la rédaction définitive peut être fixée au milieu du Consulat. On constate en effet que çà et là Doguereau introduit dans son récit quelques allusions à des événements survenus depuis l’expédition, mais qu’aucun de ceux-ci n’est postérieur à 1802.
D’ailleurs, si l’on étudie attentivement le manuscrit, ni dans le ton général, ni dans les ex-
1. U existe notamment aux Archives du Comité technique de l’Artillerie un grand nombre de lettres et d'ordres émanant de Doguereau. Leur examen nous a permis de vérifier l’exactitude de maints détails, peu importants en eux-mêmes, mais dont la précision prouve le soin avec lequel l'auteur a rédigé, puis coordonné ses notes.
INTRODUCTION
pressions concernant Bonaparte, l’on ne trouve rien qui trahisse l’influence de l’évolution significative qui se produisit quelque temps après la paix d’Amiens dans la période de gestation de l’Empire. Le masque étroit du Premier Consul n’était pas encore brisé par l’ambition grandissante du vainqueur des Pyramides : le futur empereur ne se laissait pas entrevoir par endroits, quand Doguereau a rédigé ces pages.
Nous pouvons encore invoquer, comme preuve secondaire, la physionomie matérielle du manuscrit et surtout la nature du papier; c’est bien celui qui était employé d’une façon générale à la fin du xvme siècle et au début du xixe siècle; ses caractères diffèrent notablement de celui que l’on voit inaugurer au cours du Premier Empire.
Quand le Journal de Doguereau est venu entre nos mains, ces garanties d’authenticité et de sincérité nous ont d’autant plus frappé que la plupart des Mémoires rédigés quinze ou vingt ans après l’expédition d'Egypte présentent de singulières déformations de la vérité, comme si la mémoire de leurs auteurs avait subi l’influence de je ne sais quel mirage trompeur. L’œuvre de Doguereau présente, au contraire, une très grande analogie avec divers documents, dont la rédaction
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est tout à fait contemporaine de ces mêmes événements : les Journaux de Belliard, de Detrove, de Damas, de Jacotin, de Kleber, de Laugier, etc., précieux recueils qui portent l’irrécusable marque des circonstances dans lesquelles leurs auteurs les ont rédigés, parfois jusqu’à la veille de leur mort 1 .
En même temps Doguereau se trouvait placé dans les meilleures conditions pour noter, en pleine connaissance, les circonstances exactes et les causes des événements. Il était investi delà confiance entière de Dommartin, que Bonaparte tenait en haute estime et avait spécialement choisi pour organiser, puis commander l’artillerie de l’armée d’Orient. Ses fonctions le mettaient en rapport constant avec l’état-major général; et l’importance capitale de la question des approvisionnements en munitions et des transports exigeait qu’il fût tenu au courant non seulement des opérations, mais encore des projets.
Pour certains événements, notamment ceux qui eurent pour théâtre la haute Egypte et dont il ne fut pas témoin, Doguereau se réfère aux
1. Ces Journaux , conservés aux Archives historiques de la. Guerre, nous ont fourni des renseignements d'une valeur inappréciable pour notre travail V Expédition d'Egypte.
INTRODUCTION
lettres de Bonaparte au Directoire, dont il reproduit les principaux passages. La plupart de ces documents ayant été imprimés au Caire, puis insérés dans le Recueil de pièces officielles, publié en l’an VIII, par Didot, Doguereau en eut facilement connaissance, en admettant même qu'il n’ait pas eu communication des minutes originales à l’état-major général de l’armée d'Orient.
Ces emprunts aux rapports de Bonaparte ou à d’autres documents similaires ne constituent, d’ailleurs, qu’une minime partie de l’œuvre de Doguereau. 11 s’attache surtout à parler îles faits auxquels lui-même a participé ou qui se sont [tassés sous ses yeux et, s’il ne fournit pas sur tous la même abondance de détails, il en relate les circonstances avec précision, sincérité, bonne humeur, sans nulle emphase ni préoccupation personnelle.
La présente publication ayant essentiellement un caractère documentaire, nous avons tenu à respecter le texte original de la façon la plus scrupuleuse. Tout au plus avons-nous, çà et là, fait disparaître quelques incorrections ou d’évidents lapsus, que l’auteur n’eùt certainement pas
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laissé subsister en relisant son œuvre pour la livrer à l’impression1.
D’autre part, en vue de faciliter la lecture et les recherches, nous avons cru devoir diviser le manuscrit en chapitres, dont la distinction est marquée par le texte même. Nous avons en même temps groupé, sous forme de sommaires, en tête des chapitres, les courtes rubriques placées, par Doguereau, en marge des principaux alinéas; cette dernière disposition eût difficilement pu être réalisée en typographie.
Notre rôle personnel s’est réduit, en définitive, à la rédaction des notes destinées à compléter, sur certains points, le texte de Doguereau. Comme il s’est proposé non d’écrire une histoire de l’expédition d’Égypte, mais d’enregistrer des événements et des impressions, il fait parfois des allusions qui appellent un commentaire. Ailleurs, à propos de questions controversées, il a paru intéressant de comparer les versions adoptées par tel ou tel historien. Nous avons enfin signalé et rectifié un très petit nombre
1. Doguereau faisant invariablement usage du calendrier républicain, nous avons eu soin d’indiquer entre parenthèses les dates grégoriennes, de façon à concilier le respect du texte et la commodité du lecteur.
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d’erreurs légères, qui ont dù se glisser au moment de la transcription des notes primitives.
Pour cette partie de notre tâche, nous nous sommes, en principe, référés aux documents originaux existant aux Archives de la Guerre ou dans les autres dépôts publics, documents qui nous ont fourni la matière d’une étude plus complète sur l’expédition d’Egypte1. Leur rapprochement permettra an lecteur d’apprécier maintes fois la valeur historique des renseignements du Journal de Doguereau; il montrera quel degré de confiance on peut accorder à ce témoin, qui a beaucoup et bien vu, dont les souvenirs sont fidèles et les affirmations toujours sincères.