‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 45 sur 171 · HALTE AUX DATTIERS · texte numérisé non relu

HALTE AUX DATTIERS

rieemployatoutelanuitàle passer, nos chameaux arrivèrent à minuit.

Nous faisions du feu avec des broussailles et des bruyères qu’on trouvait là ; nous vîmes sortir tout à coup un gros serpent qui y était caché; nous le tuâmes sans qu’il ait fait de mal à personne. Nous dressâmes nos tentes et nous demeurâmes jusqu’au jour.

Le 26 (14 février), au matin, quand tout fut passé, nous partîmes; nous traversâmes beaucoup de sables, nous arrivâmes à une heure après midi dans un endroit où il y a des dattiers et de l’eau très saumâtre. La cavalerie, qui y avait passé quelques heures avant nous, avait tellement épuisé l’eau qu’il nous fallait pressurer la boue pour en avoir un peu ; nos chevaux voulaient à peine en boire. Nous souffrîmes beaucoup de la soif dans cet endroit; une langue salée en pâté nous avait très altérés, et l’eau détestable que nous bûmes n’étanchait pas notre soif. A trois heures nous nous mîmes en route ; nous rencontrâmes, en sortant des dattiers, des monticules de sables que l’artillerie eut mille peines à passer, en doublant les attelages; les roues enfonçaient dans les sables jusqu’au moyeu ; nous eûmes le même chemin jusque près de Katieh, il fallait toujours monter et descendre. Nous trouvâmes, au milieu de ces sables, le parc qui ne

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pouvait plus aller; il était arrêté près de dattiers où, en creusant des trous, on avait trouvé un peu de mauvaise eau. A chaque instant, je descendais de cheval et me couchais sur le sable, enveloppé dans mon manteau. J’étais harrassé de fatigue, à peine commençais-je à dormir qu’il fallait repartir. I jes voitures et les chameaux avaient tant de peine à se tirer des sables que je fis plus de cinquante pauses semblables. Enfin nous arrivâmes entre minuit et une heure à Katieh. Nous dressâmes nos tentes au premier endroit et nous nous couchâmes. On comptait 16 à 18 lieues de Salheyeh à Katieh.

Le 27 (15 février), au matin, je fus trouver le général Dommartin, qui me dit que le quartier général allait partir et qu’il fallait me disposer à le suivre. J’avais deux chameaux, trois chevaux et ni un grain d’orge ni paille ; il me fut impossible de rien trouver aux magasins de Katieh, tout avait été pris par la cavalerie. J’étais dans un embarras extrême; partir sans vivres pour mes chevaux, c’était m’exposer à rester à moitié chemin à pied, après qu’ils fussent morts de fatigue et de faim ; j’étais cependant monté achevai et allais me mettre en route, lorsque le général Bonaparte1, qui voulait aller très vite, pres-

1. Bonaparte quitta Katieh le 15 février, vers dix heures du matin.

SÉJOUR A KATIEH

crivit aux équipages de rester jusqu'à nouvel ordre à Katieh . Mon général, dont tous les effets restèrent aussi et qui n’emmena que ses dromadaires, sentant qu’il était impossible que nous puissions passer le désert sans vivres pour nos chevaux, n’emmena que mon frère et un secrétaire, me disant de partir aussitôt que je pourrais. Je fus très contrarié de me trouver dans la nécessité de rester. Je dressai ma tente dans le fort sur le terre-plein ; le beau-frère du général ', les secrétaires et les domestiques campèrent en dehors. On nous promettait toujours qu’il viendrait des vivres de Tineh. C’est là que devait aborder une flottille venant de Damiette par le lac Menzaleh. Une partie avaitfait naufrage. Le premier convoi fut distribué sans que nous pussions rien avoir. Quoiqu’il n’y eut que 4 lieues de Tineh à Katieh, il fallait deux jours pour aller et venir. Nos chevaux furent trois jours sans manger autre chose que des feuilles de dattier, ils dépérissaient, et nous ne faisions que d’entrer en campagne. Tout cela me donnait beaucoup d’inquiétude. Nos chameaux furent requis pour aller chercher des vivres ; on ne leur donnait rien à manger et nous avions la crainte de les

J. Châteauvieux. Il était directeur de l'enregistrement et des domaines nationaux. Voir un état signé par le payeur Estève, du 6 fructidor an VI (23 août 1798), où il iigure aux appointements de 300 livres par mois ( Arcli . histor. de la Guerre).

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voir périr sans pouvoir les remplacer. Enfin, le troisième jour, j’obtins avec les plus grandes peines de l’orge en quantité suffisante pour aller jusqu’à El-Aricli.

Il arrivait chaque jour des détachements d’El- Arich escortant des chameaux qui venaient chercher des vivres. Nous apprîmes que la cavalerie de Djezzar, soutenue par un fort parti d’infanterie, avait pris position sur nos derrières, à une lieue, et avait bloqué l’armée assiégeante, mais que le général Kleber, étant arrivé, avait fait exécuter un mouvement par le général Reynier. Le camp ennemi avait été cerné à minuit, attaqué et enlevé; un des beys avait été tué ; effets, armes et bagages, tout leur avait été pris1. La plupart des hommes avaient eu le temps de se sauver ; plusieurs kachefs d’Ibrahim-Bey avaient été faits prisonniers. On avait commencé les travaux pour l’établissement des batteries de siège, on comptait beaucoup sur l’etïet d’une mine.

Nous restâmes à Katieh, les 27 et 28 (15 et 16 février).

Le 29 (17 février), je partis à midi avec le parc et l’artillerie des guides. Après avoir marché au

1. Cette surprise eut lieu dans la nuit du 14 au 15 février; elle fut très habilement exécutée par le général Reynier. Dans ses Campagnes d'Egypte et de Syrie , Napoléon l’a qualifiée « une des plus belles opérations de guerre qu’il soit possible de faire ».

DÉPART DE KATIEH

moins six heuresdans les sablespour faire 2 lieues et demie ou 3 lieues, nous campâmes dans un endroit où il n'y avait point d’eau sur le bord de la route.

Le 30 (18 février), au matin, au soleil levant, nous nous mîmes en route ; nous eûmes toujours des sables très mouvants et, après six heures de marche, nous campâmes au puits de Bir-el-Abd h Nous fatiguâmes peu dans cette journée. Nous arrivâmes de bonne heure et notre campement fut bien disposé. Nous ne manquions point de vivres pour nous; toutes les provisions nous étaient restées, le général n’ayant pu presque rien emporter. Le sucre, le café et l’eau-de-vie nous étaient d’une grande ressource ; nous en faisions une grande consommation. Un détachement, venant d’El-Arich et allant chercher des vivres à Katieh, nous dit qu’on continuait le siège et que les mineurs ennemis avaient rencontré les nôtres; on manquait de vivres à l’armée.

Le 1er ventôse (19 février), nous partîmes assez tard; il fallait monter dans les sables en sortant de Bir-el-Abd, et, comme on était obligé de doubler les attelages, nous n’abattîmes nos tentes que lorsque les chevaux qui avaient conduit la moitié des voitures à une lieue et demie, vinrent

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