PRISE DU FORT D EL-ARICH
beaucoup de biscuit, du riz, 500 Albanais, 500 Moghrebins, 200 hommes de l’Anatolie et de la Caramanie. Les Moghrebins prirent service avec nous. Les provisions de bouche qu’on trouva furent du plus grand secours ; on manquait déjà de vivres; une tlottille qui devait apporter des vivres ue put approcher de la côte ; le général en chef devait être dans la plus grande inquiétude; on avait déjà commencé à manger les chevaux et les chameaux; les vivres qui venaient des magasins de Katieli étaient bien peu de chose pour une armée de 12.000 à 14.000 hommes.
Je lis dresser ma tente près de celle du général Dommartin, qui, impatient de ce que je n’arrivais pas, m’en avait envoyé plusieurs fois l’ordre, que je n’avais pas reçu.
Je fus voir les prisonniers, ils étaient au milieu de carrés que formaient nos troupes; ils avaient tous leurs armes, qu’ils n’abandonnaient pas un instant et qui leur faisaient encore conserver beaucoup de la fierté mahométane.
Le 4 ventôse (22 février), nous restâmes à El- Arich. Je fus voir le fort qu’on commençait à déblayer et dont on fermait la brèche. L'intérieur était rempli de petites chambres très malpropres, où l’on respirait encore l’air le plus méphitique; nous sûmes qu’il y était mort des hommes de la peste; nous trouvâmes, dans un
150 JOURNAL DE L’EXPÉDITION d’ÉGYPTE
des petits réduits, un soldat français déjà mourant de cette maladie. J’en sortis bien vite, peu disposé à gagner cette maudite épidémie. Bonaparte ordonna qu’on séparât les Mameluks des autres prisonniers; on les amena devant sa tente et on les désarma, ce à quoi ils se prêtèrent de très mauvaise grâce. On leur donna ensuite la liberté. J’y remarquai deux jeunes Mameluks circassiens de la plus belle figure, portant les armes et paraissant très peu intimidés, quoiqu’à peine âgés de dix ou douze ans. Chaque officier de l’état-major du général en chef et du nôtre eut un sabre et une paire de pistolets provenant de ce désarmement.
Le 5 ventôse (23 février), l’armée partit de bonne heure. La division Kleber formait l’avantgarde1. Les prisonniers de guerre appuyèrent à droite dans le désert, se dirigeant sur Bagdad. Au moment où le quartier général partait et où nous étions à cheval, le directeur du parc2, â
1. La division Kleber partit, en réalité, le 3 ventôse vers midi, avec ordre de se rendre à Cheik-Zawi, d’où elle devait, le lendemain, se porter sur Khan-Younès. Bonaparte, avec le reste de l'armée, partit le 4 ventôse.
L'erreur commise parDoguereau résulte sans doute de ce qu'il se sera référé, en rédigeant ses notes, soitàla Relation des Campagnes d'Égypte et de Syrie, par Berthier (publiée en l’an VIII), soit à la lettre de Bonaparte au Directoire du 23 ventôse (13 mars).
Il y a lieu, en conséquence, de rectifier ainsi les dates données par Doguereau jusqu’à la prise de Gaza: 5 ventôse, campement à Khan-Younès; 6 ventôse, combat de Gaza.