‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 60 sur 171 · JAFFA · texte numérisé non relu

JAFFA

approvisionnementpour l’artillerie des divisions; il nous arriva un convoi d’objets d’artillerie, venant de Gizeh à dos de chameaux.

Nous passâmes la nuit à faire une bouillotte dans ma tente; les joueurs étaient les citoyens Cœuret, Digeon, mon frère et moi.

Le 19 (9 mars), nous continuâmes à camper devant Jaffa. Il se déclara déjà des accidents de peste dans la division du général Bon et dans la ville. Le soldat avait trouvé les germes de la peste dans les vêtements des Osmanlis b

On envoya des troupes, avec une pièce de 3, faire une reconnaissance du côté de Jérusalem; les chemins qui y conduisent sont si mauvais et si étroits que la pièce ne put pas aller bien avant; on revint sans avoir rien vu.

Bonaparte lit des proclamations aux cheiks, ulémas et commandant de Jérusalem, pour les engager à la soumission ; il écrivit aussi à ceux de la Palestine pour les prévenir de la prise de Jaffa et de la terrible punition que devaient attendre ses ennemis.

1. Quelques cas suspects s’étaient déjà produits à Damiette et à Mansourah, avant la mise en marche de l'armée de Syrie; on en avait aussi constatés à El-Arich. Mais, si des germes morbides existaient dans les troupes, la manifestation violente de l’épidémie se produisit après la prise de Jaffa. Les désordres qui suivirent cet événement et le contact avec les Turcs (chez lesquels régnait la maladie) contribuèrent certainement au brusque et effrayant développement du fléau.

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Les 20,21, 22(10, 11, 12 mars), nous restâmes campés à Jaffa. Nous eûmes presque continuellement de la pluie, et comme nos tentes, faites pour un climat sec, en étaient traversées, nous étions fort mal. Dès qu’il faisait un peu de soleil pendant le jour, nous en profitions pour sécher nos effets toujours mouillés.

Pendant notre séjour à Jaffa, on avait voulu pousser une reconnaissance dans la montagne jusqu’à Naplouse. Le général Damas, avec un corps de la division Kleber *, en fut chargé; il s’enfourna dans la gorge qui y conduisait et fut bientôt assailli par une nuée de paysans qui, grimpés sur des montagnes dont ils connaissaient parfaitement les tours et détours, tiraient en plongeant sur nos troupes et nous blessèrent beaucoup de monde. Le parti le plus prudent fut celui de la retraite, encore fut-elle fort difficile. Engagées dans ces montagnes, nos troupes eurent mille peines à en sortir ; le général y fut dangereusement blessé. On se loua beaucoup des Moghrebins qui étaient avec nous depuis El-Arich

1. Après avoir pris position, le 3 mars, au sud de la rivière Nahar-el-Ougeh, Kleber avait reçu l’ordre de pousser des détachements au-delà de cette ligne, pour surveiller les mouvements de l'ennemi et préparer la marche de l’armée. Il chargea, le 6 mars, le général Damas d’exécuter une reconnaissance dans les montagnes habitées par les Naplousains, qui semblaient animés d’intentions hostiles. La petite colonne lut obligée de battre en retraite avec des pertes sérieuses ; Damas eut le bras cassé (1 et 8 mars).

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