OCCUPATION DE SAFED ET DE NAZARETH
lendemain malin, si les travaux étaient poussés assez vivement pour pouvoir renverser la contrescarpe (ce qui était impossible). On lit aussi construire, à la hâte, des échelles beaucoup plus grandes1; on envoya prendre pour cela les bois de bâtiments échoués sur le rivage.
Le 9 (29 mars), la contrescarpe ne fut point renversée el l’on ne recommença pas un nouvel assaut. On sentit que la réunion de tous les moyens qui nous restaient, tant à Jaffa que devant Acre, pouvait seule nous donner quelque espoir de réussir. On lit partir la nuit un convoi pour Jaffa, conduisant les pièces qui nous devenaient inutiles faute de munitions, et l’on donna ordre d’en ramener 10 pièces de 4 turques, approvisionnées chacune à 300 coups, des cartouches, du plomb, de la poudre et différents autres objets d’artillerie qui nous étaient nécessaires. On fit aussi venir une compagnie d’artillerie; nous avions perdu beaucoup d’hommes. On s’occupa à réparer toutes les batteries.
Le 10 (30 mars), l’ennemi fit une sortie assez vigoureuse; il fut repoussé après plusieurs heures de combat. On commença des travaux pour
1. Les échelles employées la veille n’étaient pas assez longues : « Ces échelles, bonnes pour descendre dans le fossé, se sont trouvées trop courtes pour arriver à la brèche. » ( Journal du sièye de Saint-Jean d' Acre, conservé aux Archives du Comité technique du génie.)
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s’approcher davantage de la place, et on creusa un puits pour aller faire une mine sous la tour.
Le 11 (31 mars), le général Murat s’empara de Safed, l’ancienne Béthulie. Depuis le commencement du siège, il était resté avec sa cavalerie en observation sur la route de Damas. Le même jour, le général Junot prit possession de Nazareth.
On tirailla toujours un peu devant la place; l’ennemi nous envoyait des bombes ; nous ripostions faiblement ; nous tirions seulement quelques coups de canon.
Le 12 germinal (1er avril), nous établîmes une batterie entre l’aqueduc et la batterie de brèche; elle devait contrebattre un liane près de la grande tour, dont le feu devait être très dangereux au moment d’un assaut, parce qu’il découvrait parfaitement la crête du glacis et la partie du fossé où nos troupes devaient passer pour arriver à la brèche. On prit la résolution de battre en brèche le lendemain et de tenter un nouvel assaut, si l’on pouvait pendant la journée mettre le feu aux bois avec lesquels les Turcs avaient réparé la brèche faite à la tour. On y jeta toute la journée des obus chargés de matières incendiaires; plusieurs s’y nichèrent; mais tout cela n’aboutit pas à grand’chose; l’ennemi avait bouché le trou d’une manière très solide, avec
COMBAT DE LOUBIA
des poutres, des sacs à terre et du coton mouillé. On changea d’avis le soir, quand on vit le peu d’effet qu’avait produit le tir de toute la journée. On ordonna la construction d’une nouvelle batterie entre les batteries de mortiers et la Tour Maudite.
Le 13 germinal (2 avril), on fut assez tranquille; on changea la répartition des pièces entre les différentes batteries.
Le 15 (4 avril), on tira peu ; les travaux de la mine continuaient toujours1.
Les 16 et 17 (5 et 6 avril), on tira peu de part et d’autre.
Le 18 (7 avril), l’ennemi lit une sortie vigoureuse, il repoussa nos postes du côté de la Tour Maudite; quelques compagnies de grenadiers le rejetèrent dans la place; il y eut de part et d’autre des hommes tués et blessés. On lit partir le soir un convoi pour Jaffa, afin de faire arriver à l’armée quelques bouches à feu et des approvisionnements qui y restaient.
Le 19 (8 avril), on fut tranquille. Nous apprîmes le lendemain que le général Junot fut attaqué par l’avant-garde d’une armée nom-
1. On rencontra, dans l'exécution de ce travail, des difficultés qui le ralentirent. Les assiégés surent d’ailleurs, très habilementt contrarier les travaux de l’attaque ; la guerre de mines a toujours été en honneur chez les Turcs.
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breuse, partie de Damas et qui avait passé le Jourdain le 17 (6 avril). 11 soutint le choc d’une nuée de cavaliers avec 500 hommes des 2e et 15e demi-brigades, la mit en déroute, lui prit cinq drapeaux1 2.
Le 20 (9avril),on continua les réparations de l’ancienne batterie de brèche et l’on commença les travaux pour la construction d’une deuxième batterie de brèche, à la gauche du Santon. On fit réparer toutes les batteries. On augmenta d’une pièce la batterie du réservoir; l’ennemi l’inquiétait par quelques pièces des canonnières et de la tour qui est dans le port.
Le général Kleber partit le soir avec sa division, pour marcher au-devant de l’armée ennemie venant de Damas; il la rencontra près de Cana'-’, le 22 (11 avril); il forma ses troupes en deux carrés; et, après s’être canonnés el fusillés une partie de la journée, chacun rentra dans son camp.
1. Parti de Nazareth, Junot rencontra l’ennemi près du village de Loubia (8 avril), lui tint vigoureusement tête et parvint à regagner Nazareth sans avoir été entamé. Bonaparte donna à cette affaire le nom de « combat de Nazareth », sous lequel l’histoire l'a enregistré.
2. La rencontre eut lieu près de Chagarah. Comme pour le combat de Nazareth, Bonaparte préféra adopter une dénomination plus généralement connue.