NOUVEAUX ASSAUTS
On commença de nouveaux travaux pour s’avancer sur la gauche, du côté du palais de Djezzar, où l’ennemi paraissait vouloir établir une place d’armes.
Comme on vit que l’ennemi avait fait derrière la tour des retranchements, tels qu’en la supposant totalement rasée on ne pouvait pas davantage avancer de ce côté, on changea de plan d’attaque ; on résolut de battre en brèche la partie de l’enceinte qui était à sa droite, à une centaine de toises. On dirigea les embrasures des batteries de brèche vers ce poin t et l’on commença un boyau pour aller renverser la partie de la contrescarpe qui se trouvait vis-à-vis. On commença l’établissement d’une espèce de place d’armes dans la tranchée, ou parallèle, la plus près de la place. L’ennemi commença aussi des travaux extérieurs dans cette partie.
Le 11 (30 avril), on continua les travaux; l’ennemi paraissait vouloir cheminer vers le boyau qu’on faisait pour aller renverser la contrescarpe ; ses travaux extérieurs, du côté du palais de Djezzar, continuaient toujours, dirigés par des officiers anglais. Ces dispositions nécessitèrent l’établissement de nouvelles batteries vers la gauche des attaques.
Le 12 (1er mai), on établit une batterie près d’une citerne, pour battre à ricochet l’ouvrage
JOURNAL DE l’ EXPÉDITION d’ÉGYPTE
que l'ennemi continuait sur le glacis devant le palais de Djezzar. 11 démasqua dans le fossé près de là, une batterie de 2 pièces de petit calibre.
On se fusillait légèrement. Nous avions beaucoup de peineà avancer vers la contrescarpe, visà-vis l’endroit qu’on devait battre en brèche; on n'y pouvait travailler que la nuit ; encore on avançait bien peu. On était sous le feu de l’ennemi et presque absolument découvert.
Depuis le commencement du siège, nous tirions nos approvisionnements de bouche des montagnes du mont Liban, dont les habitants nous étaient favorables et désiraient beaucoup que nous prissions Acre. Tous les jours, ils venaient à notre camp et formaient un marché où ils vendaient différentes denrées. Les plus communes étaient des ligues et des raisins secs, desœufs, du fromage, du beurre et des noisettes ; ils amenaient des bœufs, des moutons, des chèvres; nous avions suffisamment de vivres. Nous mangeâmes cependant peu de pain, quoiqu'on ne manquât pas de blé ; mais on n’avait pas de moulins1. On avait établi une boulangerie dansune mosquée près du camp, mais elle fournissait peu et de très mauvais pain.
1. On utilisa cependant quelques moulins voisins de Saint-Jean d'Acre, tels que ceux de Mafchour et de Cherdam. 11 semble que leur production ait été insuffisante pour les besoins de l’armée.