‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 80 sur 171 · SORTIES DE LA GARNISON · texte numérisé non relu

SORTIES DE LA GARNISON

Le 19 (8 maij, on continua, et, vers les quatre heures du soir, il tomba une dizaine de toises de maçonnerie ; on eut alors, pour entrer dans la ville, une ouverture suffisante et telle que, si l’on eût fait une brèche aussi belle au premier assaut, la ville eût été certainement emportée d’emblée. On assembla de suite les troupes de la division Lannes, que l’on fit marcher à la tranchée. L’assaut fut donné et les premières compagnies de grenadiers, malgré les obstacles qu’elles rencontrèrent derrière les murs où l’ennemi avait fait d’autres retranchements, pénétrèrent dans la ville; plusieurs furent jusque sur la place et près de la mer1. Au moment où toutes les troupes arrivaient et où celles de la division Lannes étaient presque déjà toutes entrées, l’ennemi fit une sorlie dans les fossés et vint prendre les nôtres par leur flanc. Elles s’arrêtèrent de suite, quelques-uns rétrogradèrent, et bientôt ce mouvement fut communiqué aux troupes qui étaient dans la ville et craignirent d’être coupées. Tous refluèrent vers la brèche et rentrèrent dans nos lignes, en se battant avec les Turcs, qui les poursuivirent aussitôt qu’ils s’aperçurent de leur retraite. Nous perdîmes beaucoup de monde dans la ville; plusieurs assuraient avoir entendu longtemps

I. Ces compagnies étaient commandées par le général Rambeaud, qui fut tué après avoir pénétré dans la place.

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faire la fusillade et prétendaient que des troupes françaises, renfermées dans des maisons, s’y défendaient. La place était prise ce jour, sans la sortie que firent les Turcs dans leur fossé; ce mouvement très militaire eut tout l’effet qu’il devait nécessairement produire.

Le 20 (9 mai), l’ennemi fît une vigoureuse sortie1, il délogea nos troupes de la tour et s’empara de tous nos ouvrages avancés; après une heure de fusillade, nos grenadiers marchèrent la baïonnette en avant et reprirent nos postes et la tour. Mon frère, qui s’élança à leur tête, y reçut un coup de feu au travers du corps. Nos hoyaux furent comblés des cadavres des Turcs.

J’étais au camp lorsque le citoyen Cœuret vint annoncer que mon frère était blessé; je fus de suite au-devant de lui avec la plus grande inquiétude, je le rencontrai assez près du camp, porté par des canonniers sur un brancard. Aussitôt qu’il me vit, il chercha à me rassurer sur sa blessure, m’assurant qu’elle était légère. Arrivé à la tente, il eut la force de se soutenir et j’eus la plus grande satisfaction en apprenant du chirur-

1. Le Journal du siège ne parle pas de cette sortie. 11 en est question dans une lettre d’André Peyrusse (secrétaire du payeur Estève) à sa mère, du 23 floréal (12 mai). Les états de service de Louis Doguereau le portent blessé d’un coup de feu à travers les épaules, le 19 floréal (8 mai) ; ils ont été établis d'après les contrôles de l’artillerie, où une erreur d’un jour a bien pu se produire.

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