‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 81 sur 171 · RAPPEL DE LA DIVISION KLEBER · texte numérisé non relu

RAPPEL DE LA DIVISION KLEBER

gien qu’il n’y avait qu’une contusion et que la balle n’était pas entrée. Il fut pansé dans cette supposition. Une demi-heure après qu’il fut couché, nous connûmes le danger dans lequel il se trouvait ; une hémorragie considérable indiqua que la blessure était plus dangereuse qu’on ne l’avait jugée et que la balle était dans le corps; le chirurgien en chef fut appelé et, malgré qu’il sondât profondément, il ne put rencontrer la balle. Je crus mon frère perdu, j’eus un chagrin mortel. Le chirurgien nous donnait cependant espérance. Je passai nne cruelle nuit près de son lit; malgré ses souffrances, il endurait tout avec une patience héroïque.

Les troupes de la division Kleber arrivèrent1 et il fut décidé qu’elles monteraient à l’assaut le lendemain. On espérait que, n’ayant point éprouvé les mêmes malheurs que les troupes assiégeantes, qui étaient rebutées, elles réussiraient mieux. Elles attendirent avec impatience le lendemain pour attaquer; elles dansèrent la farandole toute la soirée.

Il arriva, ce même soir, 30 bâtiments turcs chargés de troupes fraîches, circonstance qui

1. Jugeant que la mise en jeu de tous ses moyens était nécessaire pour réussir, Bonaparte avait prescrit, le 8 mai. à Kleber, de renvoyer le plus tôt possible devant Acre la brigade Verdier (25' et 75° demi-brigades de ligne). Ces troupes, parties du camp du Bazar, le 9 mai dès le matin, arrivèrent dans l'après-midi.

2“2<S JOURNAL DE L’EXPÉDITION ü’ÉGYPTE

n’a pas peu contribué aux revers que nous éprouvâmes le lendemain. Une grande partie de la garnison d’Acre avait péri , etelle comptait beaucoup de blessés; ce renfort de 5 à 6.000 hommes ranima le courage des Turcs et les disposa à bien se battre.

Le 21 (10 mai), de grand matin, le feu commença de toutes nos batteries; toutes les troupes furent sous les armes dans les tranchées et disposées à donner l’assaut. A la pointe du jour, elles y montèrent; quelques-uns entrèrent dans la ville; mais, assaillis par des feux de mousqueterie et la mitraille, et trouvant de nouveaux retranchements en dedans, ils furent obligés de revenir sur la brèche. On s’y battit pendant deux heures avec la plus grande valeur. On voyait nos rangs s’éclaircir sous des feux qui les prenaient de tous côtés ; rien ne les ébranlait ; l’ordre seul de se retirer put leur faire abandonner la brèche que nous laissâmes encombrée de cadavres français. Il périt là nombre de braves, parmi lesquels notre malheureux ami Fouler. Notre camarade Digeon y fut blessé.

C’était la dernière tentative; on voulut encore essayer après avoir de nouveau battu en brèche pendant quelques heures; on y fut engagé par l’arrivée de quelques compagnies de grenadiers, qui demandèrent à monter à l’assaut. A deux

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