LEVÉE DU SIÈGE
On envoya les pontonniers préparer les passages sur différents torrents qui se trouvent entre Tantourah et Jaffa.
Le 1er prairial (20 mai), l’ennemi fit une sortie dans l'après-midi, ce qui nous contraria beaucoup. On avait épuisé fous les moyens pour transporter les blessés à Tantourah et nous en eûmes encore beaucoup dans une affaire qui dura plus de deux heures; la fusillade fut très forte. L’ennemi fut obligé de se retirer.
A la nuit tombante, on fit retirer des batteries et conduire à bras, aux endroits couverts et les plus accessibles aux chevaux, les pièces de campagne qui se trouvaient encore en batterie; on observa de faire le moins de bruit possible. De là les pièces furent conduites à leurs divisions respectives. On jeta dans des citernes celles qu’on ne voulait pas emmener; on brûla au parc beaucoup d’effets qu’on n’avait pas le temps de transporter jusqu’à la mer.
Toutes les troupes se mirent sous les armes et, à huit heures, l’avant-garde se mit en marche. Lorsque la plus grande partie des troupes eut passé le pont de l’ambulance, on fit retirer les postes. Les hommes des tranchées se replièrent sur un corps qu’on avait mis en bataille au pied d’une hauteur à 800 toises de la place; le mouvement se fit dans le plus grand ordre et sans
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être inquiété. Notre camp était en feu; chacun avait brûlé ce qu’il laissait.
Le général Bonaparte resta sur la hauteur tout le temps que le mouvement de retraite s’exécuta. Lorsque l’arrière-garde commença à défiler sur le pont (qu’on eut soin de rompre ensuite), nous nous mimes en marche. Il était à peu près onze heures du soir au moment où nous quittâmes ces lieux funestes à tant de braves gens, dont beaucoup de nos amis. J’éprouvai pendant mon séjour devant Acre des sensations bien douloureuses. La mort de nos amis Detroye, Fouler,. Souhait et celle du général Caffarelli me causèrent la peine la plus vive ; chaque tente du quartier général était une ambulance, et nous avions nuit et jour le spectacle de leurs souffrances avant qu’elles ne terminassent leur vie.
Mon frère, qui m’intéressait plus particulièrement, fut souvent au moment de périr de sa blessure ; chaque fois que je recevais des nouvelles de Tantourah, je m’attendais à apprendre celle de sa mort. Il avait le courage de m’écrire pour me rassurer; le rapport de ceux qu’il m’envoyait ne s’accordait pas avec ses lettres; il était à la dernière extrémité. Comme il ne pouvait s’embarquer, je lui envoyai une tente et des chameaux pour continuer sa route en litière, et il s’en trouva fort bien.