‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 86 sur 171 · CHAPITRE YI II · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI II

Retraite de l’armée. — Evacuation des blessés à Tantourah. — Campement sur les ruines de Césarée. — Arrivée à Jatla. — Séjour. — Départ de Jaffa. — Campement à Gaza. — Campement à lvhan-Younès. — Entrée dans le désert. — Halte au Santon.

— Séjour à El-Arich. — Séjour à Katieh. — Arrivée à Salheych.

— Séjour à Belbeis. — Entrée au Caire.

Nous continuâmes notre route jusque près de Haïfa où nous prîmes quelques heures de repos sur le rivage en attendant l’arrière-garde. Vers les deux heures du matin, nous entendîmes, du côté de Saint-Jean d’Acre, le bruit du canon et de la fusillade. Nous avions vu précédemment tirer des bombes de la place; cela nous avait fait présumer que l’ennemi nous croyait encore dans nos postes ou, du moins, attendait le jour pour s’assurer de notre retraite, car il semblait impossible qu’il n’en ait point eu connaissance.

Des ordonnances venant de l’arrière-garde annoncèrenl que tout avait passé le pont sans être inquiété et qu’on l’avait ensuite rompu. Nous montâmes alors à cheval. Nous fûmes obligés de nous arrêter quelque temps à Haïfa, qui offrait

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encore le spectacle le plus effroyable : les rues étaient encombrées de blessés et de pestiférés, morts ou mourants ; on parvint à emporter les premiers à bras sur des brancards ; on abandonna les pestiférés; ces malheureux, désespérés de se voir abandonnés, excitaient la plus vive compassion.

Près de là, sur le mont Carmel, il y avait encore un hôpital de pestiférés dans un couvent; le manque de moyens de transport, ainsi que la nécessité de ne point encombrer l’armée d’hommes atteints d’une maladie aussi terrible et aussi contagieuse, avait fait donner l’ordre de les y laisser '. Ceux dont les forces n’étaient point encore assez affaiblies pour les empêcher de se traîner, descendaient de la montagne, pouvant à peine se tenir debout, et marchaient en suivant l’armée, jusqu’à ce que la fatigue et la maladie les fissent succomber ; quelques-uns furent assez heureux pour avoir des baudets, suivre l’armée et guérir en route. On trouvait souvent sur la route des pestiférés qui, tombés par terre, le sac au dos, réclamaient de chaque personne qui passait de lui donner les moyens de continuer à suivre

1. Cet abandon est confirmé, entre autres, par Peyrusse, secrétaire du payeur en chef Estève [lettre à sa mère, du 6 messidor (24 juin)]. Plusieurs de ces malheureux voulurent rejoindre néanmoins l’armée, et se tuèrent en descendant les escarpements rocheux du mont Carmel.

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