‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 89 sur 171 · DE CÉSARÉE A JAFFA · texte numérisé non relu

DE CÉSARÉE A JAFFA

de ces gaillards, que nous resserrâmes entre la mer et nous, s’y jetèrent, et surent éviter les balles que nos soldats leur tirèrent pendant longtemps; ils plongeaient à chaque instant et laissaient à peine paraître leur tête ; quand ils revinrent sur l’eau, on ne put les atteindre

Nous nous arrêtâmes près de lâ. 11 faisait très chaud et, comme on voulait faire beaucoup de chemin, on se reposa pendant la chaleur pour pouvoir continuer plus tard. Nous dressâmes nos tentes et, après avoir un peu dormi, nous dînâmes. Nous vîmes les Naplousains caracoler à 500 toises de nous, tout le temps que nous restâmes là. Bonaparte se baigna dans la mer; nous campions sur le rivage.

A trois heures, nous nous mimes en route. Nous entrâmes dans les terres cultivées; on brûla des moissons de blé et de lin, ainsi que deux villages qui se trouvèrent sur notre route1 2. Nous eûmes des sables à traverser et, avant la nuit, nous arrivâmes dans des prairies garnies d’arbres au milieu desquels j’eus beaucoup de

1. Ces agressions des Naplousains se produisirent près d’Abou- Saliourah, petit port de la côte. Voir à ce sujet les détails analogues fournis par lîourrienne, Louis Reybaud et Niello Sargy.

2. Cet incendie eut un double objet : priver Djezzardes ressources que le pays aurait pu lui fournir pour faire vivre ses troupes; châtier les habilants qui, pendant le siège de Saint-Jean d’Acre, avaient commis de fréquentes agressions contre les convois français.

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plaisir à voyager ; il y avait longtemps que je n’avais fait de route si agréable; la prairie était émaillée de fleurs; nous avions un ruisseau à notre droite. A la nuit, nous arrivâmes près d’une hauteur sur laquelle nous nous arrêtâmes pour camper ; il y avait au bas une espèce de marais qu’il nous fallut traverser1. Le passage étroit retarda beaucoup l’arrivée de nos équipages.

On envoya de suite à Jaffa, dont nous n’étions qu’à 5 ou 6 lieues, donner l’ordre d’apporter le lendemain des vivres pour l’arrière-garde ; celleci, obligée d’escorter le parc, ne pourrait pas arriver à Jaffa et n’avait plus de vivres que pour le soir.

Le 5 (24 mai), on battit la diane de très bonne heure. Nous fûmes obligés d’abandonner là beaucoup de nos effets, car nos chameaux étaient blessés et ne pouvaient plus porter leur charge. L’artillerie trouva, en sortant du camp, quelques mauvais pas qui nous retardèrent un certain temps. Nous laissâmes la campagne en feu ; avant de partir, on incendia les moissons qui environnaient le camp. Nous arrivâmes à neuf heures à un village assez bien bâti en pierres 2 ; il n’y avait pas un habitant, on mit le feu à ce

1. On campa près de la rivière El-Haddar. Cette étape avait été longue et très fatigante.

2. C’est probablement le village que la carte des ingénieurs-géographes porte sous le nom d’Ali-Ebn-Itarami.

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