‹ Journal de l'expédition d'EgypteChapitre 90 sur 171 · ARRIVÉE A JAFFA · texte numérisé non relu

ARRIVÉE A JAFFA

qui put brûler. Nous regagnâmes près de là le rivage dans des sables très mouvants, et nous rencontrâmes un convoi de vivres allant à l’arrière-garde. Ce chemin, couvert de chevaux morts, annonçait les difficultés que l’artillerie avait trouvées pour y passer. Nous vîmes bientôt les minarets de Jaffa, et nous traversâmes un torrent considérable, où l’on avait établi un pont de bateaux.

A deux heures, nous arrivâmes à Jaffa ; j’éprouvai la plus vive joie en apercevant mon frère hors de sa tente et venant au-devant de moi. En peu de jours, son état avait extrêmement changé; il était déjà hors de danger; il dut en partie son rétablissement aux soins qu’eurent de lui les généraux Lannes et Veaux, qui étaient aussi blessés et qui campaient près de lui.

Nous campâmes près des jardins sur un monticule.

Les 6, 7 et 8 (25, 26 et 27 mai), nous restâmes à Jaffa. On fit embarquer une partie des attirails d’artillerie et une partie des blessés. Rien de plus horrible que le spectacle que nous eûmes sur le port de Jaffa, tout le temps que nous y restâmes; il était couvert de morts et de mourants qui priaient tous les passants ou de les panser, ou de les faire embarquer; ils avaient la plus grande crainte d’être abandonnés.

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On trouvait des pestiférés dans tous les coins, sous des tentes et sur le pavé ; les hôpitaux en étaient remplis. A notre départ on en laissa beaucoup; on m’a assuré qu’on avait pris des moyens pour qu’ils ne tombassent pas vivants entre les mains des Turcs L

Les mineurs furent continuellement occupés à l’établissement de fourneaux de mines pour faire sauter les fortifications.

Le 9 (28 mai), au matin, nous vîmes sauter en un clin d’œil les tours et une partie de l’enceinte de la place. Des pierres vinrent jusqu’au camp et tuèrent plusieurs personnes ; un officier eut la cuisse coupée et mourut de suite. On avait fait partir depuis plusieurs jours des convois de blessés sur des chevaux et des baudets. Quatre cents prisonniers turcs, pris sur un bâtiment par nos frégates1 2, nous furent très utiles pour soutenir ou porter sur des brancards les hommes les plus malades; ils en eurent le plus grand soin le long de la route.

Nous partîmes l’après-midi après avoir tiré de

1. De l’examen impartial des divers témoignages relatifs à cette question très controversée, on peut conclure que Bonaparte a réellement donné l’ordre de distribuer de l’opium aux pestiférés trop malades pour être évacués. Le nombre des hommes ainsi abandonnés à Jati'a ne paraît pas avoir dépassé 50.

2. Le o mai, Pcrrée s’était emparé, au large de Tantourah, d’un bâtiment turc qui amenait 450 canonniers et du matériel d’artillerie à Saint-Jean d’Acre. 11 avait débarqué ses prisonniers à Jati'a.

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