CAMPEMENT A GAZA
feux. On faisait brûler les oliviers en entier. En partant, on embrasa la campagne et le village. Quelque éloignés que fussent les habitants, ils durent être avertis par les flammes de leur ruine et de la destruction de leurs chaumières. Ces malheureux, qui détestaient plus que nous le tyran qui les opprimait et à qui nous annoncions lors de notre arrivée en Syrie que nous venions pour leur rendre le bonheur, furent ruinés par notre retraite, dans laquelle nous portâmes partout le fer et la flamme. 11 fallait ôter à l’ennemi les moyens de pouvoir de longtemps rien entreprendre contre nous.
Nous rencontrâmes à une lieue de Gaza des Arabes qui voltigeaient dans le lointain, attendant l’occasion favorable pour tomber sur quelques traînards.
A midi, nous traversâmes les beaux bois d’oliviers qui sont aux environs de Gaza; je les revis encore avec plaisir. Après avoirété en ville, nous fûmes nous arrêter enavant des jardins, dans un fort joli emplacement sous des arbres; c’était à l’endroit où avait campé longtemps Ibrahim-Bey avec ses Mameluks. Je fus dans un des jardins qui nous environnaient, où étaient bivouaques des convois de malades et de blessés ; j’en trouvai beaucoup qui étaient étendus morts; ils étaient pêle-mêle avec les vivants. Tout le long de la
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route on distinguait de cette manière les endroits où campaient ces malheureux.
Nos équipages arrivèrent de bonne heure, et nous dînâmes de fort bon appétit. J’appris du capitaine d’artillerie qui commandait à Gaza que mon frère allait de mieux en mieux et qu’il s’était promené avec lui quand il avait passé. Cette nouvelle me fut très agréable; je ne doutai plus dès lors de sa guérison.
On fit jeter dans une citerne des pièces et d’autres effets d’artillerie qu’on ne pouvait emmener ; tous les jours, nous perdions des chameaux et des chevaux, de sorte que nos moyens de transport diminuaient.
Les mineurs commencèrent à travailler pour culbuter le fort.
Le 12 (31 mai), au matin, on fit sauter le fort, on distribua les vivres à l’armée et nous nous mîmes en marche à onze heures pour Ivhan- Younès. On eut avis que le long de Ja mer, assez à l’écart de la route, les habitants avaient réuni leurs bestiaux ; on y envoya des troupes et l’on enleva chameaux, baudets et bestiaux1 ; on mangea de la viande fraîche ce jour-là. Nous rencontrâmes quelques Arabes à pied; ils furent questionnés et fusillés de suite.
1. L'ingénieur-géographe Jacotin note, dans son Journal , qu’on enleva 30 chevaux et 300 bœufs.
CAMPEMENT A KHAN-YOUNÈS
Nous arrivâmes de bonne heure àiKhan-Younès, nous campâmes dans un jardin; on chassa toute la soirée les bœufs et les veaux qui couraient tout effarouchés dans les environs.
Comme j’eus plus froid qu’à l’ordinaire et qu’il n’y avait plus de paille pour coucher, je passai la nuit sous la tente du général.
Le 13 (1er juin), au matin, notre camarade Digeon se plaignit beaucoup de fièvre. Comme il avait été blessé, nous regardions que ce malaise était une suite des fatigues de la route.
Les Arabes voltigèrent sur la crête des hauteurs bien près de nous ; nous ne fûmes pas hors du camp qu’ils y caracolaient déjà, ramassant toutes les guenilles qu’on y abandonnait. Nous avions trouvé la veille un soldat dans le puits de Khan-Younès; resté en arrière de sa colonne et poursuivi probablement par ces mêmes Arabes, il avait trouvé son salut en s’y précipitant; il fut assez heureux pour ne se faire que peu de mal ; ceux qui les premiers coururent chercher de l’eau furent extrêmement surpris d'entendre parler un Français au fond du puits; on le retira sain et sauf.
Nous commençâmes à entrer dans les sables du désert. A huit heures du matin, nous étions au puits près des colonnes1; il était environné
1. Le puits de Refah, situé près des deux colonnes qui marquent 3a limite de l’Asie et de l’Afrique.
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de cadavres, les convois de malades y avaient couché. Après une petite halte, nous continuâmes à marcher. Nous trouvâmes sur la route beaucoup de morts ; plusieurs avaient été tués par les Arabes. C’étaient probablement des soldats que la peste prenait en marche et qui, restant en arrière, avaient été assaillis par ces brigands.
A dix heures, nous fîmes une balte près du Santon et nous déjeunâmes sous des palmiers. Nous eûmes, pendant tout le temps que nous restâmes là, des Arabes près de nous; on fut obligé de tenir toujours un piquet de cavalerie à cheval.
Après deux heures de repos, nous nous mîmes en route. Bonaparte monta son dromadaire, ce qui forçait nos chevaux à prendre une allure fatigante. A 3 lieues d’El-Arich, nous aperçûmes sur notre droite quelques chameaux ; nous les poursuivîmes et on les enleva après avoir tué les Arabes; il y avait un dromadaire bien équipé et quelques chameaux et baudets portant des cruches d’eau ; nous en bûmes quoiqu’elle fût très chaude, nous étions très altérés. Nous trouvâmes caché sous un buisson un volontaire malade qui, excédé de fatigue, avait été obligé de quitter la colonne et de rester dans le désert ; on lui ht donner une monture, et il suivit. Nous rencontrâmes plusieurs troupes et un convoi de blessés ; les hommes ne pouvaient plus marcher;