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naturalisé en Afrique, qui sait profiter de tout pour s’abriter : les grosses pierres des ruines servent de fond à la tente formée avec les couvertures, ou d’âtre à la cheminée; et les dispositions intérieures marquent une étude attentive de la pente des terrains et de l’écoulement des eaux;
souvent on voit le sol humide creusé jusqu’au point où il se rencontre avec la terre sèche; les
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pelletées, jetées symétriquement sur les côtés élevés, reçoivent l’eau du terrain; une rigole conduit plus loin celle que déverse la couverture, et le soldat dort sainement dans cette cavité, au fond de laquelle il a étendu quelques chardons ou une poignée de paille. Le lendemain ce matelas improvisé servira d’aliment au feu qui fait cuire la soupe au biscuit, mets salubre que l’appétit assaisonne.
Dans cette promenade militaire, on est à tout moment frappé des réparties, des saillies, des mots heureux qui échappent au soldat français : « La pluie ne mouille que les armées qui battent en retraite, » disent les plus résolus. « En France, disent les plus chagrins, le soleil luit pour tout le monde; il ne luit ici pour personne. » « On veut nous envoyer des colons de tous les états, dit un autre; ayez soin, mon prince, qu’on n’oublie pas les marchands de jDarapluies. » Et ces traits de la gaieté nationale font sourire l’esprit au milieu des fatigues mêmes du voyage. Le soleil se montre enfin, et ceux qui accusaient son absence sont les premiers à sortir de leurs tentes faites à la
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hâte, pour venir jouir de ses rayons, les uns drapés de couvertures à la manière antique, les autres à demi enveloppés de leurs capotes jetées à la hussarde. On allume des feux passagers, mais ardents, avec de grands chardons, haute futaie du pays, la fiente sèche du chameau qui remplace la tourbe et le charbon de terre, et des amas de sauterelles mortes , nouveau combustible dont la découverte appartient à l’esprit inventeur du soldat.
Bientôt les rayons réparateurs ont pompé toute l’humidité de la nuit ; les souffrances passées s’oublient, les malades mêmes se plaignent de l’inaction dans laquelle on veut les retenir, et demandent à marcher. Le camp devient une salle de fêtes et de concerts.
Nous examinons en détail le bataillon turc, institution utile et qui peut rendre de grands services. La compagnie de canonniers et la compagnie de réserve sont très-belles : presque tous ces hommes ont soutenu contre les Français le siège de Constantine. Nous remarquons entre autres le Bach-Todji d’Achmet, et le soldat funestement
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habile par qui fut pointé le canon qui tua le général Danrémont. Ces guerriers, nouvellement réconciliés avec nos armes, demandent à donner au prince et au maréchal un divertissement tout à fait primitif : c’est une lutte entre leurs plus vigoureux athlètes. Bach-Palawan, chef des exercices, le Nestor de ce bataillon, s’avance le
premier. Il ne conserve qu’un large pantalon ; ses bras nus, sur lesquels son œil brillant se fixe avec
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satisfaction, semblent lui promettre la victoire; sa barbe grise ne rassure pas ses antagonistes, et leur défaite prompte et facile justifie l’opinion qu’ils se sont formée de la vigueur du vétéran; mais un noir taillé en Hercule ose se présenter à son tour, poussé par ses camarades , qui paraissent compter sur un adversaire digne de Bach-Palawan et peut-être même sur un vengeur de leur défaite. Le noir hésite; l’œil assuré de Bach-Palawan, son attitude victorieuse, les anxiétés du cercle attentif, stimulent son ardeur : il se décide. Tous deux se placent à la circonférence du cercle qui les entoure et marchent lentement l’un contre l’autre, les bras pendants et le torse balancé sur leurs jambes à la manière des ours, dont ils ont la sauvage énergie. Après le premier tour, Bacli- Palawan adresse une courte invocation à Mahomet, dispensateur de la victoire; le noir se livre de son côté à des conjurations mystérieuses, à des pratiques inconnues, qui rappellent aux spectateurs son origine païenne; il frappe la terre de ses mains à coups réitérés, tourne lentement sur lui-même, élève tour à tour les bras et la tête vers
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le ciel, arrache au sol des poignées de sable dont il se frotte la poitrine et les mains; puis tous deux recommencent le tour de l’étroite arène.
Bientôt ils se saisissent de leurs bras robustes et musclés, arrondissent leur dos en arc-boutant, appuient mutuellement leur tête contre l’épaule de l’adversaire, le pressent, l’agitent, l’ébranlent; leurs mouvements sont lents, mesurés, réfléchis; parfois une vigoureuse secousse semble décider de la victoire; la ruse s’oppose à la force; un soupir profond , une exclamation qui part du cœur, dénotent l’énergie de la lutte; l’immobilité succède à l’effort, la sueur ruisselle sur les muscles tendus; les mains se séparent et se cherchent convulsivement; enfin la victoire se décide, le noir est vainqueur; Bach-Palawan, le dos sur la poussière, pour la première fois peut-être, est réduit à s’avouer vaincu, et va, comme le héros d’Homère, consoler sa douleur en rappelant luimême à ses amis les jours nombreux où la fortune ne trahissait pas ses forces.
Le reste du jour est employé à visiter les ruines. On distingue à quatre journées de marche le
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sommet du mont Aurès, sur lequel s’élève Lamba ; les monuments romains que renferme cette cité sont certainement les plus importants de l’Algérie. On tient pour certain que les ruines sont absolument dans le même état où Peyssonel les trouva en 1725.
Parmi ces antiques vestiges , qui couvrent une superficie de plus de trois lieues de tour, s’élèvent quarante portes ou arcs de triomphe , dont quinze en bon état; les cinq temples, les bains, le beau temple d’Esculape sont debout encore, quoique le tremblement de terre de 1825 ait fait tomber quelques pierres. Quand on voudra contempler ces restes imposants, on pourra s’y rendre de Sétif ou de Constantine avec une petite escorte.
Toute l’exploration de ce pays est à faire avec les auteurs à la main. Il existe deux fois plus de ruines qu’il n’y a de noms sur la carte, et la plupart des voyageurs en parlent fort inexactement.
Peyssonel est peut-être le seul qui donne des détails exacts et fidèles; tout ce que nous avons vu se rapporte parfaitement à ses descriptions. Les Actes des martyrs de Numidie sont aussi rem-
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plis de renseignements intéressants. Les mœurs des Arabes qui nous entourent sont dignes d’être étudiées; ce sont là les Bédouins proprement dits, les habitants de la tente , qui vivent sous la tente, les vrais Arabes nomades.
Au marché , où ils sont réunis au nombre de près de deux mille, on remarque un très-grand
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nombre d’hommes blonds ou roux; quelques-uns ont la croix tatouée sur le front, comme ceux qui se réunissent sur les bords de l’Hamise , près du Fondouck, et que nous avions déjà distingués; ils viennent d’au delà du mont Aurès.
Est- ce l’action de la température des montagnes qui donne à leur chevelure cette teinte du nord? Ou bien cette race particulière descendrait-elle des Vandales? Ce qu’il y a de certain, c’est que les Romains ne reprirent ni Djimilah, ni le mont Aurès. C’est pour cela que les ruines romaines y sont pures et n’ont été altérées par aucune reconstruction.
Bélisaire reprit Sétif par la plaine des Abd-el- Nour; il enferma à Papua , près de Stora, les derniers Vandales, et les détruisit; mais il ne put forcer le col de Mons ni le mont Aurès.
Les lions qui figurèrent à son triomphe venaient de Sétif; il y en a encore beaucoup dans cette contrée, et, pendant l’été de cette année, le fils d’El-Mokrani, que nos soldats appellent Macaroni, en a tué sept, dont il conserve les peaux comme un trophée de victoire.
Le maréchal et tous les officiers supérieurs de l’armée donnent sérieusement à ce chef le titre de Monsieur de la Medjana.Ben-Hamelaouï est le plus distingué parmi les chefs arabes; son gendre Kaïd- Aly est un brave soldat qui nous est tout dévoué.
Le jeudi octobre, la diane réveille le soldat; le ciel est pur, le beau temps est revenu; les travaux seront terminés le soir, grâce à l’activité du génie et des douze cents travailleurs, qui se relèvent sans interruption. L’enceinte est complétée partout à une hauteur de douze pieds , aux deux endroits les plus bas, et de trente-deux pieds ailleurs. Un réduit a été construit, des baraques préparées, une porte, des magasins, tout a été créé comme par enchantement.
Le bataillon turc sera installé ici avec toutes les familles , de manière à fonder une petite colonie militaire , centre futur d’une population dévouée , dans ce poste important qui est la clef de l’Algérie. Cette opération éminemment utile rend impossible l’invasion et l’occupation de la Medjana par les troupes d’Abd-el-Kader, qui l’a souvent tentée sans succès.
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M. le maréchal ordonne de laisser dans le fort d’Orléans les hommes malades ou qui paraissent disposés à le devenir. Les projets du maréchal sont ignorés dans la colonne; le bruit se répand que le prince royal veut pénétrer dans le pays kabyle par la vallée de l’Oued-Bousselab, pour s’embarquer à Bougie. Le général Galbois reçoit l’ordre de faire arriver sur Sétif, à marches forcées, un bataillon du 62e de ligne, qui vient de débarquer à Philippeville , un bataillon venant de Constantine et un escadron de cavalerie de Bône. Ces troupes, avec le bataillon de tirailleurs de Constantine, en garnison à Sétif, formeront un corps de réserve destiné à couvrir les communications de l’armée et à lui servir de point d’appui pour les opérations ultérieures.
Le vendredi 2 5 octobre, à sept heures, la colonne se met en marche par un brouillard si épais qu’à dix pas on ne se distingue point les uns les autres, et qu’il faut battre la marche particulière de chaque régiment pour le rallier. Bientôt cette vapeur se dissipe graduellement. « Voilà la tente bleue qui tamise, » disent les soldats. Plus tard
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la chaleur prend tout son empire. Nous passons à côté d’un monument funéraire romain qui est assez bien conservé. Plusieurs vautours immobiles sur les crêtes arides des rochers s’envolent à notre approche en déployant leurs vastes ailes.
Un défilé long et difficile nous conduit à l’Oued- Kheroua , où nous faisons halte pendant une heure. Des dépôts de tuf et de poudingue couvrent les collines que traverse la route; l’escarpement de ces collines est presque toujours à l’ouest-nordouest; le côté opposé est en pente douce : dans la gorge qui aboutit à l’Oued - Kheroua , les deux
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berges de la vallée sont formées par des calcaires marneux à silex ; au-dessus sont des marnes argileuses noires et bleues, puis des calcaires. Sur les rives de l’Oued-Kheroua, on remarque des marnes grises et violettes en couches relevées, avec des brèches qui paraissent tertiaires.
Notre colonne manœuvre très-facilement maintenant, et, à la sortie d’un défdé, nos quatre mille hommes prennent camp avec bagages, dans l’ordre le plus parfait, sur l’Oued- Bousselah, au confluent de cette rivière et du ruisseau d’Aïn-Turco,
affluent de droite, dont le nom est donné à ce campement.
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Le sol de l’Oued-Bousselah est tertiaire. On voit sur la rive droite un dépôt d’argile bleue trèspure recouverte par des travertins , et renfermant beaucoup de coquilles d’eau douce.
L’Oued-Bousselah, qui passe auprès de Sétif, rassemble toutes les eaux de cette partie de la plaine jusqu’au pied de Bou-Taleb, et, en outre, celles qui sortent des montagnes de Zamorah et de Dra-el-Amar. Ce cours d’eau, qui forme à Bougie le Bou-Messaoud, doit devenir considérable, même avant d’avoir traversé le Suergour.
Le samedi 1 6 octobre , à six heures du matin , le prince met sa division en mouvement; il place M. de Salles avec son peloton à la tête de la colonne, en ordonnant au reste de suivre la direction donnée. Pendant une heure, nous marchons sur la route de Zamorah, en laissant à droite l’Oued- Khele, dont le lit est à sec; vers sept heures et demie, la colonne prend à gauche, et se porte rapidement vers le marabout de Sidy-Embarek. Mais on ne trompe pas longtemps des hommes aussi sagaces que les soldats d’Afrique, accoutumés à tout observer, à tout deviner, à consulter
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sans cesse le ciel, d’où ils attendent la pluie ou le beau temps, cette grande affaire de l’armée. Les chasseurs qui ont occupé Sétif cet été s’écrient bientôt : «Nous allons au sud. » Les soldats s’en
aperçoivent aussitôt que les colonels, toutes les boussoles sont enjeu; l’éveil est donné; déjà les troupes murmurent le nom de Babazoun; il est facile de prévoir l’enthousiasme qui s’emparera bientôt de cette petite armée, dévorée du désir de se signaler par l’accomplissement de choses neuves et grandes.
Nous apercevons une belle panthère près de l’avant-garde, mais on n’ose la tirer de peur d’a-
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lerte. Dans le pays que nous parcourons, les populations, inquiètes et effrayées de cette marche en dehors des routes frayées, se sont éloignées en emmenant leurs troupeaux; mais elles ne sont qu’étonnées et point hostiles, et, sur la demande du kalifat de la Medjana, elles fournissent à tous nos besoins.
A onze heures, les deux divisions font halte sur la rive gauche de l’Oued-Chéer, faible ruisseau qui se jette à peu de distance dans FOued-Mehadjar, affluent de gauche de lOued-Bousselah.Nous rencontrons bientôt sur notre route le marabout de
Sidy-Embarek , pauvre et misérable monument, dont les dégradations amèneront bientôt la chute.
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La division parcourt un pays coupé de collines, et traversé par un grand nombre de sentiers qui se dirigent presque tous vers Zamorah; elle traverse quelques cours d’eau bordés de plantes aromatiques, et débouche dans la plaine de la Medjana; puis vient s’établir, à six heures du soir, sur la rive droite des ruisseaux de Bouaridj , près du château de Bordji (nom qui lui a été donné par les voyageurs européens).
Les sources du Bouaridj sont abondantes. Le fort a été construit par les Turcs avec des matériaux romains; il s’élève sur un rocher calcaire noir avec débris de bivalves. Il sera possible de le réparer, et d’en former un point d’appui. D’après les renseignements fournis par les Arabes, un second fort existe plus au sud, mais il n’a pas été possible de l’apercevoir; le brouillard qui régna pendant la matinée du 27 ne l’a pas permis.
La distance parcourue est d’environ dix lieues , pendant lesquelles nous avons été dirigés par la boussole. Le trajet direct que nous avons pris par ce moyen nous fait gagner une journée, et d’une
journée dépend peut-être le succès de l’expédition.
Le prince a compris combien il était important de conserver, par la rapidité de la marche, l’avantage du secret si scrupuleusement observé jusqu’à ce jour; il redouble de soins, de prévoyance, d’activité. Aussi, malgré la grande chaleur, est-il parvenu à faire faire à sa colonne, sans laisser un seul homme ni un seul mulet en arrière, dix lieues en dix heures et demie. La division Galhois, si bien conduite par ce militaire distingué, arrive bientôt après dans un excellent ordre.
Pendant la nuit qui précède le 27 octobre, nos muletiers arabes, que le seul nom de Biban a effrayés, tentent de déserter; mais le Batli-Amar, qui est excellent, et le Kaïd-Aly, dont le zèle est toujours à la hauteur des circonstances, les retiennent. A six heures, le départ s'effectue par un brouillard intense et froid. Les soldats, s apercevant que l’on prend la roule ouest-sud-ouest, s’écrient : « Nous allons à Alger! » Il n’est question dans les rangs que du Biban et des Portes de Fer. Plus de doute, plus d’irrésolution; l’enthousiasme
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est à son comble. Le soleil dissipe bientôt le brouillard, et la colonne s’engage dans les premières collines du massif de Dra-el-Amar. Le 2e léger demande d’une seule voix la marche du régiment,
qui a la propriété d’exciter le zèle des soldats, ou plutôt de répondre à leur élan. Une approbation unanime accueille, dans la première division, cette belle opération, qui a pour objet de tenter, par un pays inconnu et redouté, le chemin de Philippeville à Alger. La deuxième division com-
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prend, de son côté, qu’un rôle moins brillant, mais non moins utile, lui est réservé. M. le maréchal fait connaître que son intention est d’emmener avec lui les détachements du 3e chasseurs el du 1 7° léger.
Vers neuf heures, les cavaliers d’El-Mokrani , qui battaient la plaine, viennent annoncer que Je camp de Ben-Amar, kalifat d’Abd-el-Kader, se trouve à peu de distance vers le sud : les Arabes donnent ici une nouvelle preuve de l’aptitude à l’observation minutieuse et intelligente dont la nature les a doués, et que la vie nomade a développée en eux; de légères traces d’hommes et de chevaux, laissées sur un sol aride, avaient éveillé leur attention; leurs recherches vives et agiles justifient cette espèce de pressentiment. Le lieutenant-colonel Miltgen reçoit l’ordre de marcher contre ce chef avec deux cents chevaux de la deuxième division. Malheureusement le brouillard se dissipe trop vite, et les gens de Ben-Amar ont le temps de monter à cheval, et de jeter leur infanterie dans les ravins, où elle ne tarde pas à échapper aux chasseurs; ceux-ci toutefois s’em-
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parent du butin qu’avait fait la colonne. Les renseignements recueillis dans les journées suivantes apprennent que Ben-Amar a quitté la province.
Nous laissons à gauche la voie romaine de Carthage à Césarée, au dehors de laquelle sont les Bibans, que les Romains ne passèrent jamais.
Après avoir traversé un ruisseau rocailleux entouré de lauriers-roses, nous gravissons une pente abrupte qui conduit à un plateau d’où jaillissent quelques petites fontaines : c’est Dra-el-Amar, la station ordinaire des caravanes qui vont passer les Portes de Fer.
La montagne de Dra-el-Amar est principalement de grès ferrugineux. Les calcaires se montrent vers le point de partage qui sépare l’Oued- Bouketon de l’Oued-Mancheton. Le porphyre vert antique forme un sillon dans les marnes du revers nord de la montagne. La beauté de plusieurs échantillons recueillis donne lieu de croire qu’ils proviennent de quelques monuments romains, tant il serait surprenant de trouver dans un semblable gisement cette roche, d’ailleurs si rare. (On croit qu’il n’en existe que trois carrières.)
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La colonne fait halte à Dra-el-Amar; elle descend ensuite dans la direction des Bibans.
Du pic de Madjel, sur lequel le prince esl monté en éclaireur, nous distinguons, au milieu d’un immense horizon que dominent les crêtes chauves du Jurjurah, les sommets des rochers du Biban. Le maréchal ne suppose point qu’il soit possible de les atteindre aujourd’hui; mais il veut forcer la marche autant que possible. Sur son ordre , le duc d’Orléans .prend seulement avec lui le 2e léger, deux obusiers, cent cinquante chasseurs, le génie, et se porte en avant, en laissant le reste de la colonne au colonel Gueswiller. La nuit nous surprend au plateau de Sidy-Hasdan , sur la rive droite de l’Oued-Biban , au-dessous de son confluent avec l’Oued-Bouketon.
Le reste de la colonne et le général Galbois arrivent à neuf heures du soir dans le plus grand ordre , après trois heures de marche de nuit. La cavalerie de la deuxième division, qui formait l’arrière-garde, n’arrive au camp qu’à dix heures.
En quittant Bordj-Medjana, le sol est d’abord en pente douce. Après deux heures de marche, on
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parvient à des ruines romaines peu étendues, mais dont la position est importante, car elles sont la dernière trace des Romains que l’on doive rencontrer sur cette route jusqu’à Alger, preuve à peu près évidente que la communication entre Sétif et Julia Cæsarea ne se faisait pas par les Portes de Fer. De cette position on aperçoit le Djébal- Morizan , dont précédemment on n’avait vu qu’une extrémité, et qui forme une petite chaîne est et ouest. Les ruisseaux qui en sortent sont légèrement salés; les indigènes placent au pied des petites chutes naturelles des buissons épineux sur lesquels le sel se dépose et se cristallise.
Dans la direction que suit la colonne, comme dans toutes celles qui conduisent des plateaux supérieurs vers le littoral, on aborde le point de partage par de légères pentes; on descend ensuite dans le bassin de l’Oued-Ouflard, formé par les affluents des versants nord et est du Dra-el-Amar. Cette rivière se jette dans l’Oued -Mahadar, affluent de gauche de l’Oued-Bousselah.
Après avoir franchi le Dra-el-Amar, on a devant soi la chaîne élevée qui en s’abaissant et se
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morcellant vers l’ouest forme les Bibans. La vallée de Bouketon lui est parallèle. La fracture qui
la dessine s’étend vers l’ouest, beaucoup au delà du coude que fait la rivière. On voit, dans des horizons éloignés, des pics rocheux qui accompagnent cette fracture, et sont dominés euxmêmes par des montagnes moins nues. Le pin de Jérusalem domine dans la végétation de cellesci, mais on y rencontre aussi une grande quantité de lentisques arborescents.
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Depuis Dra-el-Amar, le pays est magnifique et surpasse en beauté le reste de l’Algérie : la vue des sables déserts de l’Afrique est moins triste que celle d’un pays fertile sans habitants.
Un peu au delà de cette montagne, après avoir franchi des contre-forts pelés, tachés de rouge, dont l’aspect sanglant a quelque chose de sinistre, on traverse successivement plusieurs vallées étroites couvertes des plus beaux arbres, pins, oliviers, genévriers, qui s’élèvent jusqu’à cinquante pieds au-dessus du sol. Sur les coteaux on voit se développer de grands villages composés de maisons couvertes en tuiles, et qui ont souvent deux étages comme les maisons de la Provence. Dans les plis du terrain, des bouquets d’oliviers, d’orangers, de citronniers, annoncent une culture perfectionnée; çà et là paissent des bestiaux plus beaux et plus vigoureux que ceux d’aucune des régions du pays que nous avons jusqu’ici parcourues. C’est ce curieux pays des Kabyles de pure race que les voyageurs n’ont pu visiter encore, et sur lequel on n’a que des renseignements incomplets. Tout en admirant cette végétation abon-
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dante et variée, qui repose si agréablement nos yeux et qui contraste si vivement avec les contrées d’où nous sortons, nous rencontrons des difficultés réelles, et nous suivons des contre -forts sur les crêtes desquels on ne marche pas aisément. Les montagnes élevées de l’Oued-Bouketon se rattachent par un nœud au pic qui domine le marabout de Colla ou sa tour. Ces montagnes se composent d’une partie abrupte et rocheuse, d’un plan incliné sur lequel se trouvent, en allant de l’esta l’ouest, les villages deFaradj-Oulad-Rachid et Bouketon que nous distinguons parfaitement, et d’une pente très-rapide qui conduit au lit du torrent. Les villages sont dans des positions trèsardues, couvertes de front par le fossé profond de l’Oued-Bouketon , à droite et à gauche par de grands ravins, et en arrière par la crête de la montagne; on aj)erçoit cependant à mi-côte un chemin qui les unit et se dirige vers Zamorah.
La descente de Cheragrag (saut du geai) , que nous suivons pour atteindre le lit de l’Oued-Bouketon , est courte, mais rapide et bordée de précipices profonds, dont les pentes sont presque
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verticales. Le sol est formé à la surface par des argiles altérées, et à la base par des marnes bleues,
de sorte qu’une pluie de quelques heures rendrait le passage impraticable. Encore quelques années, et les pluies auront entraîné la rampe par laquelle on descend actuellement; un tracé nouveau devra donc être étudié, si la route de Constantine à Alger doit traverser les Portes de Fer. Cette question si importante sera l’objet d’une étude particulière. La connaissance du pays acquise pendant cette expédition porte à croire que
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c’est par le sud, et en se rapprochant du désert pour tourner les montagnes d’Ouennougah , que l’on doit chercher un passage. Les restes de la voie romaine seront facilement retrouvés, et nous conduiront aux ruines d’Auzia, dont l’emplacement n’est pas encore connu. Peyssonel, pendant son beau voyage d’exploration exécuté en 1 7 2 5 , campa sur les bords d’un petit ruisseau, dans un lieu appelé Ampsa (probablement l’ancienne Auzia), mais il ne donne aucune indication sur l’état des ruines ou leur importance; cet infatigable voyageur n’eut peut-être pas le loisir nécessaire pour faire des recherches, ou bien les vestiges de cette antique cité ne lui parurent pas dignes d’une description.
Le camp occupé par l’armée est situé au-dessus du confluent de l’Oued-Mellah et de l’Oued- Bouketon, deux rivières qui se jettent à angles droits au même point dans l’Oued-Biban ; l’eau de ces ruisseaux coule sur des marnes bleues qui produisent une grande quantité d’efllorescences de magnésie, et elle en est tellement imprégnée, que sa saveur saline et styptique la rend impotcible. Cette circonstance inspire d’abord quelque
inquiétude; mais bientôt les habitants indiquent de faibles sources qui désaltèrent le soldat , sans
être toutefois assez abondantes pour suffire à ses besoins.
Des feux brillants de genévriers, qui pétillent en parfumant l’air d’une odeur aromatique, s’élancent de tous les points, et raniment les forces et la gaieté des troupes éprouvées par une journée
Le lieutenant général Galbois reçoit l’ordre de faire venir près de lui les cheikhs des Portes de Fer, qui doivent le lendemain servir de guides à la colonne.
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laborieuse, en même temps qu’ils servent de fanaux pour guider l’arrière-garde.
Les Kabyles viennent faire leur soumission au prince, et les Arabes des Beni-Bouketon ainsi que les Beni-Abbas abondent dans le camp, où ils apportent des vivres, des raisins, de l’orge, de la paille.
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La diane nous annonce le lever du soleil du 28 octobre. Nous sommes aussitôt debout, habillés, équipés; les Kabyles de Bouketon et les Beni-Abbas, gardiens des Portes de Fer, viennent au réveil du prince lui offrir des raisins et d’autres fruits.
Le corps expéditionnaire est prévenu par l’ordre du jour que la division du prince royal passera les Bibans pour se porter sur Alger par la route de Hamza, et que la seconde division rentrera dans la Medjana, et continuera les opérations qui ont pour but de faire connaître l’autorité de la France aux tribus du sud. D’après les ordres de M. le maréchal, le 17e régiment d’infanterie légère passe dans la première division ; la cavalerie de ce corps est composée de l’escadron du 1 er de chasseurs, d’un escadron du 3e et d’un escadron de spahis de Constantine. Le lieutenant-colonel Miltgen a le commandement de cette cavalerie; le colonel Laneau et le 3e de chasseurs, moins un escadron , font partie de la division Galbois.
Les troupes de toutes armes reçoivent des vivres pour dix jours; les chevaux, de l’orge pour
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quatre. L’administration militaire forme, des mulets appartenant à l’état, un convoi chargé de vivres et d’orge pour deux jours; les mulets arabes sont laissés avec la division Galbois. Cet officier général reconduit aussi avec lui les hommes malingres des régiments de la première division, M. le maréchal ne voulant avoir dans la colonne que des hommes valides et capables de supporter des marches longues et pénibles.
Le quartier général devant marcher avec la première division , aucune modification n’est introduite dans son organisation. M. le sous-intendant militaire Darricau est chargé de la direction des services administratifs; M. Hausman, sousintendant de la province de Constantine, reste avec le général Galbois.
A sept heures, les officiers de la division Galbois, le général en tète, se présentent pour faire au maréchal la visite d’adieu. Ce n’est pas sans peine que tous ces braves nous quittent au pied des Portes de Fer, après nous avoir conduits, depuis Philippeville , à travers quatre-vingt-six lieues d’un pays soumis et tranquille. Mais, s’ils ne
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peuvent faire partie de notre aventureuse et belle entreprise, ils laissent du moins des gages du zèle, du courage et de la patience avec lesquels ils sauront s’acquitter du devoir de conserver à la France l’immense province confiée à leur garde, et qu’ils ont tant contribué à soumettre.
Une pluie heureusement fort courte nous donne quelque inquiétude, car, en se prolongeant, elle rendrait le passage impraticable. Bientôt elle a cessé, et nous nous mettons en marche
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à dix heures. Les cheikhs des Beni-Abbas, qui de tout temps ont défendu les Portes de Fer contre les Turcs, marchent à notre tête, à pied, en burnous bleus et jaunes. Une avant-garde composée de troupes légères se porte rapidement vers les Portes de Fer pour en couronner les hauteurs, au cas où cette disposition deviendrait nécessaire. Après deux heures de marche, l’horizon se rétrécit autour de nous; nous pénétrons dans une vallée humide, et nous voyons se dresser devant nos yeux des espèces de murailles gigantesques, formées par des parois de rochers rouges et dentelés, dont les crêtes festonnent le ciel d’une manière bizarre.
Nous gravissons à gauche du torrent un rude sentier, que les sapeurs sont obligés de déblayer pour donner passage à nos mulets , chargés à la française.
Après une assez longue alternative de montées et de descentes pénibles, nous nous trouvons enfin au milieu de ces rochers, que dominent de tous côtés des escarpements séparés les uns des autres par des murailles naturelles, qui les
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LES PORTES DE FER
coupent en ressauts infranchissables. Les stratifications qui vont en deux sens , dans cette première partie du défilé, se flanquent naturellement, et rendent à peu près impossible le couronnement régulier des hauteurs. Nous descendons par un sentier à pic toujours à gauche du ruisseau, et l’aspect du lieu devient plus sauvage et plus terrible. Bientôt les cimes se rapprochent et s’élèvent de plus en plus au-dessus de nos têtes ; les arêtes vives et crues déchirent le ciel ; les arbres arrachés par ]a tempête et amoncelés au-devant de nos pas ajoutent à la sinistre solennité de ce tableau. A mesure que nous avançons, les stratifications des rochers paraissent plus marquées : ce sont de véritables murailles perpendiculaires, distantes les unes des autres, tantôt de dix, tantôt de quarante, plus loin de cent pieds, et dont l’élévation varie depuis quatre cents jusqu’à huit ou neuf cents pieds au-dessus du fond de la vallée. Souvent la terre végétale ou les parties marneuses qui les séparent ont été emportées par les pluies ou par le temps, de manière qu’il ne reste plus que des remparts échelonnés les uns derrière les autres et
LES PORTES DE FER
courant tous de l’est dix degrés nord à l’ouest dix degrés sud.
Enfin , après avoir marché pendant plus de dix minutes dans une sorte de corridor formé de rochers énormes , dont le surjDlomb va toujours s’exhaussant, et après avoir tourné à droite, à angle droit, dans le lit même du torrent, nous descendons au fond d’un ravin étroit, dominé de toutes parts, d’où la moindre résistance serait impossible contre les défenseurs du défilé, s’il s’en présentait quelques-uns. Là se trouve la première porte. C’est une ouverture de huit pieds de large pratiquée perpendiculairement entre deux de ces couches de roches parallèles, rouges dans le haut et d’un gris de fer vers leur base.
La terre végétale ayant cédé partout sous l’action des eaux, des ruelles latérales se succèdent jusqu’à la deuxième porte, qui est tout au plus assez large pour qu’un mulet chargé puisse la franchir; la troisième est à quinze pas plus loin, en tournant à droite, et la quatrième porte, plus large que les autres, est à cinquante pas de la troisième.
La base de ces roches est baignée par le lit de
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