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vient bientôt si désordonnée qu’aucune plume n’oserait en entreprendre la description.
Le 3o le prince sort en calèche à six heures du matin pour visiter les camps de l’ouest. Il passe au pied du fort de l’Empereur, qui domine Alger. Le pays est boisé, pittoresque, animé aux portes de la ville; les aloès jettent leurs feuilles élégantes qui se mêlent, se courbent gracieusement et forment des haies impénétrables; le cimetière turc émaillé de ses pierres blanches le versant d’un coteau que nous contournons, entre Alger et les jardins du dey : de nombreux musulmans sont en prière aux pieds de ces simples monuments; le bruit de la cavalcade les distrait à peine de leur pieuse occupation; ils lèvent la tête, puis reprennent aussitôt leur posture méditative. A une lieue de là on traverse Delhi-Ibrahim , village allemand de sept à huit cents âmes. A une demi-lieue plus loin, les cultures deviennent rares; bientôt elles cessent complètement, et les burnous rouges et bleus des spahis et des gendarmes maures qui composent l’escorte se détachent sur la triste verdure des palmiers nains et sur la teinte uni-
de l’homme. A droite, on aperçoit dans le fond Torre-Chica, et le marabout auprès duquel s’opéra le glorieux débarquement de 1 83o. La belle route que l’on parcourt est due aux travaux du génie; quelques blockhaus la protègent de loin en loin.
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forme d’un terrain brûlé, qui n’attend, pour devenir productif, que la présence et les travaux
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Douera, où l’on parvient ensuite, est un camp qui abrite un village de trois çents habitants, presque tous Français, dans lequel on remarque un joli café entouré de palmistes; de là on descend rapidement les versants du Sahel. Derrière ces monticules sauvages apparaît tout à coup la belle plaine de la Metidja , dont l’aspect magnifique est trop souvent voilé de vapeurs insalubres, mais qu’une culture assidue rendra aussi saine que productive. Elle s’ouvre et s’étend devant nous, largement tigrée de bois touffus qui tranchent sur un sol desséché. Au milieu de l’espace on distingue Boulfarik, et plus loin, au pied des montagnes, les minarets blancs de Blidah, et ses maisons à terrasses hardiment découpées sur la belle verdure qui descend des sommets de l’Atlas comme un splendide manteau. En suivant la route de Coléah, on traverse des pâturages couverts de troupeaux nombreux, mais chétifs. Un peu plus loin commence le bois de Massafran. Ses massifs impénétrables sont dominés par les cimes de quelques beaux arbres qui protestent contre l’abandon de cette terre riche et féconde.
Le prince visite à Coléah de belles casernes toutes françaises et construites par l’armée.
Le régiment des zouaves, commandé par le jeune et brave Lamoricière, est passé en revue
par le prince, qui déjeune ensuite avec le corps des officiers, à l’ombre de magnifiques orangers,
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dont l’un porte ses rameaux à quarante -cinq pieds d’élévation.
Le jardin du régiment est superbe; la ville, dont l’accès est interdit aux Européens, n’a de remarquable qu’une jolie mosquée et de belles eaux ombragées de saules pleureurs. Sa population se compose d’un millier de malheureux, dont la vie se passe à cultiver avec une molle insouciance le champ qui les nourrit.
De Coléah on voit le Kuber-Romiah , ou tombeau de la chrétienne , étrange et informe monument qui a de tout temps excité la curiosité des
voyageurs, et qui exerce encore l’érudition des savants. On sait qu’il n’a pas été oublié par Cervantes. Nous redescendons dans la plaine en suivant
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sur sa longueur la belle partie de la Metidja qui appartient aux Hadjoutes. Au delà des cultures de Coléah et du bois de Massafran , s’étend le pays qui borde la Chiffa, et qu’ont dépeuplé les brigandages des Hadjoutes et les ravages de la guerre. Il n’y reste pas un homme, pas un troupeau qui anime la solitude de ses belles fermes délaissées. Des bois d’orangers, étouffés par des chardons géants, attestent cependant son ancienne fertilité, en même temps que son abandon et sa misère. Sur ce terrain uni qui s’étend à perte de vue, on ne rencontre que deux blockhaus gardés
par les coulouglis d’Oued-Zeytoun. La garnison passe les jours couchée au pied du rempart,
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tandis que la sentinelle en haillons fait sa faction sur le sommet.
Bientôt l’herbe devient si touffue et s’élève si haut, que la route semble taillée dans un fourré compacte de verdure. Le fenouil aux fleurs jaunes, les jacées aux fleurs rouges et bleues, des ombellifères d’un blanc mat , des radiées d’un blanc glacé , d’innombrables graminées de toutes les nuances du vert, qui bercent au-dessus de toutes les autres plantes leurs panicules et leurs épis, donnent à la plaine l’aspect d’une riche palette chargée de mille couleurs. Malheur cependant au voyageur téméraire qui s’aventure avec confiance dans ces solitudes pendant les chaleurs de l’été; les crevasses de la terre altérée exhalent alors de toutes parts un gaz pestilentiel qui porte avec lui la fièvre et la mort : et plus tard, quand la saison des pluies sera venue, tout cet espace doit se changer en marais perfides, qui recèlent des pièges plus redoutables que la fièvre elle-même.
A mesure que l’on s’approche du poste français d’Oued-Laleg, l’Atlas montre ses coteaux boisés et chargés de belles cultures. Nous laissons Bli-
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dah à gauche pour monter au camp supérieur. Le prince passe la revue du 2 4e régiment. Ce corps, d’une belle tenue, est tout méridional : il est composé de Languedociens, de Gascons et de Corses.
Après une soirée d’abord pure, et resplendissante d’étoiles, le ciel s’obscurcit tout à coup. Un ouragan furieux s’élève, roule devant lui tout ce qui s’oppose à son passage , assiège de quartiers de pierres et de rochers les baraques du campement, et enlève une partie de leurs toitures. C’est le terrible vent du désert qui souffle du sudouest, et ne s’apaise que le matin.
Blidah , si brillante de loin , s’annonce plus mo-
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(lestement quand on est près d’y arriver. Deux ou trois minarets blancs fort simples et quelques grands cyprès dominent les orangers et les oliviers qui entourent la ville maure; peu à peu les minarets s’abaissent, et il reste encore un quart d’heure de marche à faire dans de petits sentiers bordés d’arbustes verdoyants, d’amandiers, de caroubiers, aux rameaux desquels se marient les jets annuels de la vigne, qui rappelle ici les lianes et les plantes grimpantes des tropiques. De vastes jardins s’étendent de là jusqu’au pied de l’Atlas; ils sont presque tous entourés de murs élevés qui dérobent la vue de la ville. Tout à coup enfin on débouche sur un cimetière au delà duquel s’élèvent les fortifications qui protègent Blidah.
A Blidah, comme à Coléah, l’entrée de la ville est interdite aux Européens.
Blidah, renversée par un tremblement de terre en 1825, est une ville entièrement neuve , ou, pour en donner une idée plus juste, c’est un sol jonché de ruines entre lesquelles s’élèvent peu à peu de nouvelles habitations.
Après avoir remis le brevet de maréchal de
camp au général Duvivier, dont la promotion a été si vivement accueillie par l’armée, le prince reçoit la visite et les hommages des grands personnages du pays. Le hakem Jiorg-Mahammed
marche à leur tête. Ce vaillant soldat a reçu de nombreuses blessures en combattant contre les
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Français; un dernier coup de sabre qui lui a laissé une large et profonde cicatrice sur le visage l’a définitivement conquis à notre alliance. Le kaïd Ben-Ammar vient ensuite baiser la cuisse et la main du prince, et frappe du front son genou :
Ben-Ammar représente dignement par son embonpoint oriental la nouvelle prospérité de Bli-
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dah. Les rabbins le suivent et baisent le genou; les chiaoux les imitent et baisent la main et l’étrier.
Le prince distribue des présents et adresse quelques mots arabes aux visiteurs; il accorde ensuite leur grâce à une douzaine de prisonniers, qui se précipitent sur le cou de son cheval en le couvrant de baisers.
Blidah est une cité maure pure dont la population s’élève à plus de cinq mille habitants. Les
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mosquées exceptées, elle ne compte pas un seul édifice de dix pieds de haut. Ses maisons, qui ressemblent aux loges d’une ménagerie , se composent d’un simple rez-de-chaussée. D’un toit ou plutôt d’une terrasse à l’autre s’étendent des branches d’arbres, chargées de feuillages, qui entretiennent une constante fraîcheur, et sous lesquelles un homme à cheval ne peut passer sans incliner la tête. Les habitants accourent en foule, mais restent immobiles et silencieux.
Le cortège sort par la porte d’Alger qu’une mosquée domine. C’est là qu’en i83o une colonne du 3 5e régiment, commandée par le colonel Rulhières , tua quatre cents Kabyles à la baïonnette.
Au sud-ouest Blidah est dominée par le blockhaus de Michmich : de ce point élevé, la ville apparaît tout entière avec ses quatre mosquées, ses maisons à terrasse, dont chaque cour repose à l’abri d’un bel oranger, et les nombreux cyprès qui se dressent majestueusement autour de ses murailles comme pour en faire ressortir l’éblouissante blancheur.
Blidah est embrassée d’une large et splendide
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zone de verdure, dont la fraîcheur est entretenue par une infinité de petits ruisseaux qui serpentent capricieusement dans ce labyrinthe délicieux. On raconte que les Maures, pour qui
Blidah est un paradis, passent de longues heures, les pieds dans l’eau courante, à l’ombre parfumée des orangers, livrés à cette vague et douce rêve-
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rie que l’on respire avec l’air dans les pays méridionaux. Au delà de cette admirable oasis, se déroule la plaine de la Metidja. Au milieu de ce vaste désert, s’élève Bouflarik avec sa colonie récente, encore mal défendue contre les influences d’une terre sans culture. Le Massafran et les contre-forts du Sahel limitent la Metidja, et, par la vallée de Massafran , l’oeil va se reposer à l’horizon sur la teinte azurée de la mer.
Du haut de son poste élevé, le factionnaire de Michmich peut suivre au loin la trace des navires qui retournent vers la patrie.
A dix minutes à l’est de Blidah , le grand blockhaus domine la ville du feu de ses canons.
Le prince se dirige vers Bouffarik , ville d’un bel avenir; les cavaliers des Beni-Khetil exécutent une fantasia, et se rangent à la suite de l’escorte.
Le prince passe rapidement à Douera, et revient le soir même à Alger par la descente du fort de l’Empereur.
Le 2 octobre, le bateau à vapeur qui porte le courrier de France conduit le maréchal Clauzel, M. de Loynes et M. de Mirbel.
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Le même jour le prince visite successivement l’hôpital civil, le collège et le môle, dont les importants travaux attirent toute son attention.
En rentrant au palais, S. A. R. admet en sa présence l’ambassade d’Abd-el-Kader; Kouderben-Redah, kaïd des Hadjoutes et l’un de nos plus mortels ennemis, remet les lettres et les
présents de l’émir, quatre autruches, quatre gazelles, deux chevaux, un bel équipement de
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cheval et des peaux de lions. Les envoyés se retirent comblés de riches cadeaux pour l’émir et pour eux.
Cette journée est terminée par une grande réception des officiers, des colons et des Maures.
Le prince part le lendemain pour les camps de l’est. Le temps est chaud, lourd et nuageux. Un soleil brûlant se montre par intervalles à travers les pesantes vapeurs de l’atmosphère. L’orage gronde pendant toute la journée, et nous suit à travers tout le pays de Hamma.
Après avoir laissé derrière nous le délicieux café des Platanes, nous arrivons aux marais de la Maison carrée, où, sous un bois de lauriers roses
en fleurs, l’Aratch endormi répand ses exhalai-
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sons pestilentielles : les indigènes seuls peuvent résister, dit-on, à ses mortelles influences.
Nous traversons un pont turc jeté sur cette rivière pernicieuse, et nous atteignons au galop le
sommet d’une montagne où s’élève la Maison carrée, ancienne caserne de la milice turque : elle est gardée aujourd’hui par les coulouglis d’Oued- Zeytoun , qui se promènent lentement sur les murailles, le fusil appuyé sur l’épaule d’une
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main nonchalante , tandis que l’autre main se cache sous les plis de la ceinture démesurée qui leur sert à peu près de vêtement.
On aperçoit, à gauche, la ferme de la Rassauta, cultivée par des Français. Après cela, les cultures disparaissent graduellement; elles sont remplacées par un long espace aride ou négligé, au delà duquel se découvrent enfin de nouveau quelques champs cultivés par les Arabes de cette contrée qui se sont rangés à notre domination. La route est excellente, et nous franchissons dix lieues en trois heures.
Les camps de l est se composent du camp du Fondouck, du camp de Kara-Mustapha, et des postes détachés de Boudouaou, occupés par les Oued-Zeytoun.
Les ouvrages des camps de l’est ont, comme ceux de Blidah et de Coléah, ce caractère de régularité , de force , d’ordre et de stabilité que le brave et habile maréchal Valée a su imprimer à toutes ses œuvres dans ce pays. Les positions sont élevées et à plus de quatre lieues de tout marais, dans une terre salubre et fertile.
Au nord du Fondouck, on aperçoit la mer, dont on n’est plus séparé que par la riche plaine de Boudouaou, théâtre mémorable d’un glorieux combat livré aux Arabes par le chef de bataillon la Torré du 2e léger, qui, avec neuf cents hommes de ce régiment, quarante-cinq cavaliers et deux obusiers de montagne, repoussa victorieusement l’attaque de cinq mille fantassins et de quelques
centaines de cavaliers. Boudouaou, qu’un moment d’erreur nous avait fait abandonner, fut enlevé par une vigoureuse chargea la baïonnette,
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et l’ennemi, après un combat acharné, s’enfuit en désordre, en abandonnant une partie de ses morts sur le champ de bataille.
En suivant de l’œil le tour de l’horizon, on aperçoit cet amas de pierres blanches qui annonce Alger de si loin , la plaine immense qui l’entoure et va se perdre dans l’azur du ciel, et puis l’Atlas; et, sur sa droite, le Gibel ou Djebel- Ammal, montagne aux formes anguleuses et brisées, dont la pente abrupte est parcourue par la route qui mène à Hamza, en traversant Benini et Aïn-Sultani. Sous ses pieds coule l’Oued-Kaddara, dominé par un blockhaus. Jusqu’ici la rive française de l’Oued-Kaddara est presque déserte, et la rive opposée se couvre d’une population nombreuse qui préfère le joug pesant de l’autorité orientale à la douceur de nos lois. Une administration paternelle, comme on pourra l’obtenir de la pacification , étendra facilement cette portion de nos conquêtes. L’art de soumettre définitivement un peuple, c’est celui de s’en faire aimer.
Le jeudi 3 octobre, c’était jour de marché au F ondouck. Le long du cours desséché de l’Hamise ,
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autour d’un palmier chargé de régimes de dattes, se pressaient un millier d’Arabes avec leurs chevaux, leurs chameaux, leurs ânes, leurs marchandises, et tout l’attirail de tapis et de sacoches que ces populations nomades traînent après elles; pas un Européen, pas un musulman dçs villes ne se faisait remarquer dans cette multitude mobile qui vient, qui campe et qui passe après avoir repris haleine, incessamment tourmentée du besoin de se répandre et de changer de ciel et de solitude.
En passant au milieu de ces groupes , nous observons avec surprise que les femmes kabyles, qui marchent le visage découvert, ont, pour la plupart, une croix bien marquée parmi les ta-
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louages de leur front. On dit que cet usage remonte à l’invasion des Vandales. Les vainqueurs ayant exempté de tout impôt les populations chrétiennes, celles-ci, pour éviter toute contestation, adoptèrent généralement le signe d’une croix tatouée sur le front, et les Kabyles ont conservé cette coutume en changeant de religion , comme ils avaient conservé jadis, pendant qu’ils étaient chrétiens, plusieurs pratiques du paganisme. Ces traces intéressantes du règne des idées chrétiennes parmi les peuples du littoral de l’Afrique, burinées sur le front en caractères que les générations se transmettent sans en comprendre le sens, sont peut-être une espérance pour l’avenir, en même temps qu’un témoignage du passé.
Le 48e de ligne et deux compagnies de la légion étrangère occupent les forts de l’est. Auprès d’un bois de lauriers roses sont rassemblés les soldats de la tribu d’Oued-Zeytoun , qui fut presque entièrement massacrée, il y a dix-huit mois, par Abd-el-Kader, en châtiment de son alliance avec les Français. Le maréchal a recueilli les dé-
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bris de ce peuple fidèle et malheureux dans des terres situées au delà de la ferme de Ragahia.
La revue des troupes nous présente, unis sous notre drapeau, mais aussi distincts d’aspect que de caractère, les cavaliers arabes, toujours à cheval, toujours enveloppés de leurs amples burnous, et les coulouglis turcs, coiffés dénormes turbans , affublés plutôt qu’habillés de vestes courtes, de larges ceintures et de culottes flottantes. Ceux-ci sont à pied, et cette dernière milice est renommée par son dévouement, comme l’autre par son inconstance. L’appel à la nationalité arabe dut paraître, aux premiers jours de la conquête, une idée féconde et puissante, mais
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ce fut une grande faute. Cet appel, trop bien entendu, nous fit perdre d’utiles alliés, et nous donna de dangereux ennemis.
A notre retour vers Alger, cent cinquante cavaliers de Krachna nous procurent le spectacle d’une razzia; ils simulent l’enlèvement d’un troupeau qu’ils ne tardent pas à chasser devant eux au galop de leurs chevaux, en tournant autour de lui comme les chiens du berger. A cette allure, les bestiaux font plus de deux lieues à l’heure; et c’est ce qui rend les vols de ce genre si fréquents et si faciles chez ces peuplades accoutumées depuis l’enfance à cet exercice.
L’orage qui nous menaçait depuis le matin fond sur nous à notre arrivée à Alger, et cette journée fatigante se termine par une tempête.
Après une longue pluie nocturne, la température redevient, comme à l’ordinaire, d’une pureté délicieuse, et l’air rafraîchi se charge d’exhalaisons parfumées, mais la terre détrempée ne permet plus d’excursion.
Le 5 octobre le prince, accompagné du général Rulhières et du comte Guyot, visite quel-
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ques fermes européennes situées dans le cercle de Beni-Moussa. Après Kouba et avant le gué de l’Aratch, on traverse des pays cultivés avec soin, auxquels succède une campagne couverte de palmiers nains, et on descend de là dans la plaine. C’est un de ces jours météoriques où les phénomènes du ciel ajoutent encore à l’imposante majesté de la nature. De nombreux arcs-en-ciel, et surtout un spectre solaire d’une grande étendue, peignent de lumières fantastiques la surface immense de la Metidja. Une vaste prairie se déploie devant nous, couverte de riches troupeaux.
Un pont romain, qu’avoisine un groupe de sept palmiers dont les fines aigrettes se découpent de loin sur le fond resplendissant de l’horizon , nous
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On compte ainsi près de cinquante fermes habitées par des Européens : chacune est d’une contenance moyenne de deux mille arpents , disposés d'une manière presque circulaire autour de l’orangerie , avec une prise d’eau régulière et un bouquet de bois, qui est communément d’une cinquantaine d’arpents.
Le point dont nous parlons, Bouffarik et la Regaliia, sont les centres futurs de la colonisation dans la Metidja.
Les belles fermes de MM. de Saint-Guilhem , de Montagu, Tobeler et de Vialar, attirent particulièrement l’attention du prince royal. Un déjeuner lui est servi sous un quinconce de bergamotiers chez M. de Saint-Guilhem.
A l’un de ses précédents voyages à Bouffarik , le prince avait vu entrer un jour, dans la maison où il était descendu, une négresse de la tribu de Baïdala. Cette femme éplorée montrait un bras
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ankylosé qu’un maître barbare avait rompu quelques mois auparavant, clans un accès de fureur. La malheureuse fuyait de nouvelles tortures, et son bourreau entra bientôt, réclamant la pauvre esclave. La garder c’était porter atteinte à la propriété ; la rendre c’était la livrer cà une mort cer taine : le prince la racheta au prix élevé que le maître fixa lui-même.
Ce n’était pas assez, car cette infortunée devait retomber tôt ou tard sous une nouvelle servitude. Le prince, vivement ému, pria le colonel Marey de trouver un mari à la négresse parmi les spahis noirs. Un maréchal des logis la conduisit le soir même chez le cadi, libre, consolée et joyeuse.
Cette circonstance s’étant représentée à la mémoire du prince, il s’informe du couple noir, et apprend avec satisfaction que ce ménage improvisé est parfaitement heureux.
L’orage nous accompagne à notre retour à Alger, comme il l’avait fait après notre visite des camps de l’est.
Le dimanche 6 octobre, le prince se dirige
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vers le Phare, accompagné par le maréchal gouverneur comte Valée et par le maréchal Clauzel, en traversant avec peine la foule qui couvre les quais et les terrasses.
On remarque dans le port le bâtiment des pèlerins de la Mecque; des figures bizarres se pressent confusément sur le pont pour voir le fds du sultan français. Bientôt le Phare et le Crocodile doublent le môle; le ciel, menaçant dès le matin, se dégage peu à peu des vapeurs qui font obscurci, le temps s’embellit et s’éclaire, le vent est debout, la houle est forte, Alger s’éloigne et
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s’efface, et nous ne tardons pas à voir disparaître entièrement ce vieux nid des vautours de la navigation dont nos armes ont délivré la Méditerranée.
CONSTANTINE