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e lundi 7 octobre , vers le matin, le vent tombe ; nous doublons le cap Carbon pour donner dans la baie de Bougie : le Cocyte, ggP qui marche moins que le Phare, passe derrière la grande ardu cap Carbon au moment où nous nous
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trouvons du côté opposé, et cette évolution produit un effet très-pittoresque.
Derrière cette large voûte de roches calcinées et d’un rouge ardent, apparaît Bougie; ses maisons, entremêlées de verdure et disposées en amphithéâtre, ses constructions romaines, sarrasines, vandales, espagnoles, génoises, françaises,
sont dominées par le fort de la Gouraya, qui s’élève à deux mille deux cents pieds au-dessus du niveau de la mer.
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Le prince et le maréchal, conduits par le colonel Bedeau, visitent Bougie, ce point intéressant de l’ Afrique française, ce champ de bataille souvent ensanglanté, où les combats furent longs, acharnés, terribles. Les Kabyles ne se consolent pas de voir les Français occuper en maîtres la ville la plus importante de leur nation, et ne cessent de la convoiter : les tentatives multipliées, les coups de main imprévus, la patience infatigable et obstinée du désespoir, tout a échoué contre la bravoure de nos soldats. Cette ville doit nécessairement un jour, par sa situation, acquérir une grande importance, lorsque l’occupation de la province intérieure de Constantine sera assez solidement établie pour relier Bougie avec les points internes par des routes qui traversent le pays des Kabyles.
Nous visitons la ligne de blockhaus et les remarquables constructions de Pierre de Navarre. Les troupes en garnison à Bougie sont belles. La légion étrangère sous les armes est d’une tenue superbe; son aspect guerrier répond à sa renommée. Babel armée, cette agrégation d’hommes
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de tous les pays, qui ont parcouru les cinq parties du monde, offrirait aux romanciers d’inépuisables sources d’intérêt et de terreur.
Presque tous ont fait partie de cette malheureuse légion qui combattit en Espagne, et dont l’héroïque conduite et les souffrances inouïes sont un sujet de gloire et de tristesse pour la France.
Après avoir visité l’hôpital, nous remontons à bord, et nous disons adieu à cette belle station militaire, qui doit un jour acquitter, à force d’u-
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tilité réelle, le lourd impôt que la France lui paye en hommes et en argent.
Le vent saute cap pour cap et enfle toutes nos voiles; nous filons dix nœuds : après quatre heures de traversée, nous descendons à Dgigelly avant la chute du jour.
La mer est très-grosse au delà de la ligne de récifs qui forme une jetée naturelle en avant de la presqu’île sur laquelle est bâtie Dgigelly; cependant le mouillage estparfaitement sûr, circonstance digne d’attention et qui est fort rare en Afrique.
La ville n’est qu’un amas de masures kabyles et moresques, grises et ternes comme le rocher sur lequel elles reposent, et avec lequel elles se confondent de loin : les rues à peine tracées , les murs crevassés ou renversés, et ce misérable assemblage de huttes, préparent tristement à l’aspect hâve et flétri , à la vue de la détresse déguenillée des malheureux habitants de Dgigelly, qui végètent dans la plus hideuse malpropreté, sans que l’exemple des Européens amène chez eux aucune amélioration. Une grande porte sarrasine, ombragée par quelques palmiers , est la seule
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entrée de cette place du côté de la langue de terre qui s’avance dans la mer.
Nous trouvons là le reste de la légion étrangère; nous parcourons la ligne des avant-postes, avantageusement placés par le colonel de Salles; nous visitons avec un vif intérêt tous les lieux où des combats se sont livrés, et particulièrement l’endroit où tomba le malheureux commandant Horain .
Les fortifications nouvelles ont été élevées par les troupes sur les anciens tracés qu’en avaient
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faits Duquesne et le duc de Beaufort, lorsqu’en 1661 le régiment de Picardie emporta Dgigelly sur les Kabyles.
Ainsi que Bougie, Dgigelly ne pourra servir qu’à relier à la mer les lignes de communication qu’on établira à l’intérieur.
A huit heures du soir nous nous rembarquons, et on met le cap sur Stora.
Le mardi 8 octobre, par un calme plat, à six heures du matin, nous mouillons dans la large baie de Stora, bordée de montagnes escarpées. Au milieu de la rade s’avancent des masses de rochers qui proviennent sans doute de quelque éboulement.
Nous descendons à terre près de ruines romaines bien conservées. Le prince est reçu par le général Galbois , et par tous les grands chefs de la province de Constantine.
Les naturels de cette province n’ont pas l’air martial de ceux d’Oran et de Maroc, mais, pour l’aspect, le costume et l’arrangement, il est impossible de voir de plus beaux Arabes. Sous leurs haïks d’une finesse extrême, ils portent plusieurs
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vestes brodées d’or et d’argent; leurs burnous, de couleurs éclatantes et variées, sont également brodés, garnis de franges, ornés de glands; les cordons qui ceignent le haïk autour de leur tête sont d’une remarquable élégance. Les plus recherchés dans leur parure portent de riches
candouras de velours, longues et traînantes, à manches courtes, larges et ouvertes; leurs chevaux sont parés de housses d’or entourées de gre-
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lots et d’autres ornements bizarres et splendides , et les pieds de ces nobles coursiers sont teints en rouge avec du henné, comme les ongles des femmes; c’est le raffinement le plus exquis du luxe d’un cavalier arabe.
Les quatre grands chefs, Ben-Aïssa, chef du Sahel, le même qui défendit deux fois Constantine contre nos troupes; Ben-Hamelaouï, caïd du Ferjourah; Caïd-Aly, chef des Aractas, et Boazis-ben-Ganna, chef du désert, viennent protester de leur dévouement au Roi et à la France.
Ils paraissent profondément touchés de la visite dont les honore le fils du roi des Français, et
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l’expansion vive et franche de leurs sentiments nous garantit le bon accueil des populations.
La suite de ces quatre personnages est somptueuse et considérable. Deux cents beaux cavaliers, de nombreux chameaux, des tentes élégantes, des drapeaux, et une grande quantité de domestiques attachés à la conduite de ce brillant équipage, couvrent au loin un espace considérable. Le chef du désert surtout est accompagné d’un cortège digne du rang important qu’il occupe dans la contrée; sa famille gouverne depuis six cents ans le Beled-el-Djérid, et il amène après lui dix-huit chefs des tribus du désert qui reconnaissent l’autorité de la France.
Le prince les accueille avec une bienveillance qui paraît gagner leur cœur, et dont l’effet naturel, qui entre pour beaucoup dans les vues de son voyage, sera plus sensible ici que partout ailleurs, la population y étant d’un naturel plus doux que dans les autres provinces. Bien conduite dès le commencement de l’occupation , elle semble tout à fait soumise et sincèrement attachée à notre domination.
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Le prince reçoit à Stora une grande députation de la ville de Constantine, conduite par le caïd Sidy-Hammondah , le même qui fut admis près de M. le duc de Nemours après l’assaut.
S. A. R. après cette réception, qui s’est passée avec une dignité tout orientale, remonte à bord pour se rendre à Philippe ville.
Déjà Pliilippeville compte mille sept cents âmes, outre la garnison et le personnel de l’administration ; et lorsqu’on voit cette cité européenne s’élever sur un point où le drapeau français ne flotte que depuis un an, jour pour jour, on croit à peine à cette espèce de miracle de la volonté persévérante de l’administration, secondée par le zèle et le courage des colons.
Le premier soin du prince est d’aller visiter les hôpitaux, dont le déplorable aspect devait lui causer une profonde affliction. Il reste heureusement aux princes, et c’est une des plus douces attributions de la grandeur, le pouvoir de réparer, jusqu’à un certain point, les maux encore réparables. Le mal dont nous parlons n’était pas sans remède , et on n’en conservera bientôt d’autre
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souvenir que celui de la constance héroïque avec laquelle il a été supporté.
Le 6 ic régiment a été atteint presque entièrement par la maladie, mais le ciel a permis que la mortalité ne fût pas grande. L’insalubrité de cette année, les grands travaux et les immenses constructions que les troupes ont terminés, en trop peu de temps peut-être, ont contribué à augmenter le nombre des malades dans une proportion aussi extraordinaire.
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M. le duc d’Orléans passe en revue la première compagnie du génie, la première section d’artillerie, le 2e léger qui forme son escorte, le 61e de
ligne et le 3e de chasseurs. Après la revue, il parcourt la ville.
Un grand mouvement commercial tend à s’y établir : le port, les rues sont encombrés de marchandises. Le Roi pourra bientôt être fier de cette ville qui porte son nom, et dont la population, toute méditerranéenne , est animée d’un excellent esprit. Elle est uniquement gouvernée par le commandant de place, qui cumule avec l’autorité
militaire toutes les fonctions judiciaires et administratives, et ce pouvoir exceptionnel, indispensable aux cités naissantes , a déterminé dans celleci les plus rapides progrès.
Le prince s’établit dans le logement qui a été préparé pour lui. La présentation des chefs arabes se fait avec gravité. S. A. R. accepte leurs présents, des chevaux blancs peints en rouge et en jaune, des dattes du désert et d’autres productions du pays. Les dons que leur rend le prince, et qui sont d’une magnificence vraiment royale, paraissent leur causer le plus grand plaisir. Malgré le respect que leur impose la présence du fils du Roi, et le cérémonial observé jusqu’alors, ils ne peuvent contenir l’expression de leur joie.
Les Kabyles seuls , groupés derrière Ben- Aïssa, conservent une attitude austère; ils affectent d’éviter tout contact avec les Arabes, et rien ne peut adoucir l’humeur ombrageuse et farouche qui caractérise cette race indomptée.
M. le duc d’Orléans tient à ces guerriers un langage digne et sévère, auquel répond avec
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verve et éloquence le chef des Kabyles de la Sassef, jeune homme basané, dont l’air martial est
rendu plus sombre encore par un coup de yatagan qui sillonne sa figure et lui a emporté un œil.
Les discours des Arabes ont un caractère remarquable d’expansion et de dévouement : « Ils
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sentent, disent-ils, que le régime français est plus juste et plus doux que celui des Turcs. La France peut désormais compter sur eux; s’ils l’ont servie d’abord par soumission , ils la servent et la serviront désormais par reconnaissance. Leur intérêt personnel, ajoutent-ils, répond de la sincérité de leurs paroles ; car ils ont compris , à n’en pas douter, que toute espèce de changement se¬
rait désormais aussi funeste à la prospérité de la province qu’à son repos. » Le prince justifie les
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sentiments de confiance et d’affection qu’il inspire, en entrant avec bonté dans les moindres détails des alfaires du pays.
Les Kabyles, peu nombreux il est vrai (ce sont trois chefs des environs de Philippeville ) , se tiennent obstinément à l’écart, et ne prennent aucune part aux conversations familières qui ont suivi les discours officiels.
Le mercredi 9 octobre, nous visitons la position militaire de Stora à Philippeville : l’ensemble en est beau , la défense en est facile ; mais le développement des travaux est si peu avancé, qu’il serait prématuré de porter un jugement sur ces créations pleines d’espérance. On a peine à concevoir que les troupes soient parvenues à hisser des blockhaus , portés pour ainsi dire à dos d’hommes, jusqu’au sommet des montagnes à pic, et cependant le zèle et la gaieté n’ont jamais fait défaut.
Les officiers sont des hommes d’une rare énergie; les soldats sont excellents, pleins d’ardeur et de constance, aussi bons, aussi soumis, aussi dociles que braves. En général, cette armée, éprou-
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vée par la fatigue et le feu, bronzée par le soleil, endurcie au bivouac, leste, robuste et décidée, porte un cachet frappant de force et de résolution.
La route jusqu’à Stora suit l’ancienne voie romaine; Stora est pour le voyageur un Hercula-
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num africain ; les murailles de plusieurs maisons de campagne sont debout, ainsi qu’une partie des quais de Stora et de Rusicada, qui devait être une ville considérable. Ses arènes subsistent encore ; des citernes et des magasins immenses sont en état de service ; on traverse les ravins sur des ponts antiques , et partout on heurte du pied des fûts de colonnes et des pierres tumulaires chargées d’inscriptions.
L’apathie des Arabes, leur dédain pour les débris des monuments d’un autre âge, leur ignorance des arts, tout les porte à voir ces ruines avec insouciance, et sans qu’un zèle malhabile ou une fureur insensée de destruction leur inspire l’idée de réédilier ou de détruire : l’action du temps n’est aidée ni contrariée par personne.
De Philippeville à Stora, les coteaux que nous suivons sont couverts de bois de myrtes en fleur ; la clématite, et plusieurs autres plantes odorantes dont l’aspect est nouveau pour nous , embaument l’air; nous traversons de belles forêts de liège, sur les bords d’une mer calme dont pas un souffle de vent ne ride la surface, et nous nous reposons
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çà et là, en lisant les lettres et les journaux que l’Achéron vient d’apporter de France.
Dans la journée, le prince visite de nouveau les hôpitaux et tout l’établissement militaire. 11
obtient du maréchal, i° l’évacuation sur Alger du tiers des malades, qui vont être emmenés par tous les bâtiments du commerce , que la vapeur remorquera; 2° l’envoi d’urgence, par des bâtiments à vapeur, de médicaments, de baignoires, et de médecins accompagnés d’un intendant
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chargé d’inspecter extraordinairement le service; 3° le changement de logis d’une foule d’employés trop préoccupés de leurs aises , qui ont pris les belles habitations pour eux et ont laissé les mauvaises aux malades ; 4° l’annulation des marchés sur le vin et sur le bois , qui sont en général monstrueusement abusifs; 5° la diminution de postes inutiles et la construction de baraques pour ceux qui restent; 6° la diminution des corvées, qui paraissent avoir produit le plus grand nombre des maladies; enfin , 70 S. A. R. pour encourager les colons qui ont montré de l’activité et de l’intelligence, leur fait concéder définitivement le terrain sur lequel ils ont bâti et qui n’était que prêté.
Cet ensemble de mesures produira une amélioration infaillible dans l’état des choses, et le prince annonce, pour en assurer l’exécution, qu’il ne tardera pas à renouveler sa visite. Il fait prendre, en outre, quelques dispositions de police, et entre autres, en ce qui concerne les abattoirs. Ces charniers infects et hideux, où les oiseaux de proie viennent disputer la viande aux
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soldats, étaient tenus jusqu’ici avec une négligence pernicieuse pour la santé des hommes.
Le jeudi 10, par un temps magnifique, nous nous mettons en route au son de la marche du 2 e léger, que le duc d’Orléans a fait battre à Mascara , qui depuis a retenti à Tlemcen , et qui s’est fait entendre deux fois à Constantine et à Boudouaou. Nous laissons à gauche les belles carrières qui sont aux portes de Philippeville.
La caravane , qui couvre une demi-lieue de route, s’organise dans une jolie plaine ombragée
de très-beaux arbres et qui ressemble à un parc anglais; l’ordre de marche est superbe.
Après deux lieues on quitte la plaine et nous entrons dans un pays montueux. A Eddis, nous déjeunons au milieu du camp; de là jusqu’à l’Arouch, on descend constamment de colline en colline ; la terre présente de fréquentes traces de culture et les troupeaux sont considérables. Le sol, d’une fertilité remarquable, pourrait nourrir une population dix fois plus nombreuse ; le pays arabe surtout, qui commence à Eddis, est surprenant de richesse et de beauté ; on le reconnaît facilement aux tentes qui remplacent les gourbies ou maisons kabyles. Sur toute la route la population accourt au-devant de nous.
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Les Kabyles de Menona, qui n’avaient jamais été soumis, apportent processionnellement au camp d’Eddis des vases remplis de couscoussou : cette scène curieuse est empreinte d’un caractère simple et primitif. Le prince reçoit les présents, distribue de l’argent aux Kabyles, puis fait partager les mets entre les voltigeurs du 2 e léger. Habi¬
tués au repas d’Afrique, ils s’asseoient en cercle, entourés par les Kabyles, qui se tiennent debout.
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Le gibier est abondant sur ce territoire, mais il est expressément défendu de tirer un coup de fusil.
Après sept heures de marche, par un temps chaud et lourd, nous arrivons à l’Arouch, occupé par un bataillon du 22e; une caravane arabe nous apporte des provisions. On plante les drapeaux des tribus devant la tente du prince, qui va visiter les bivouacs français et arabes ; il s’arrête particulièrement à ces derniers et cause avec les grands chefs de la province, dont les dispositions sont toutes favorables , et qui ont étalé , pour honorer
le passage de leur hôte royal, le luxe le plus éblouissant.
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Les idées de ces belles et puissantes tribus n’ont rien de commun avec les préventions antifrançaises que nourrissent encore les populations soumises à la domination ou à l’influence d’ Abd-el- Kader. Ici les indigènes semblent avoir compris que notre autorité est plus douce à supporter que celle des Turcs, et ils s’y soumettent avec un empressement plein de zèle, qui a sa source dans leur intérêt, c’est-à-dire, dans la garantie la plus sûre de la fidélité politique. Il est permis de croire que, dans cette partie importante de la conquête, les personnes nous appartiennent comme le sol.
Le soir, le vent du désert, qui a régné toute la journée, souffle avec force; la chaleur nous accable et nous force à prendre du repos.
Vendredi i 1 , nous sommes levés avant le jour. La chaleur étouffante, même de nuit, les insectes qui pullulent , les chants du coq , les hurlements des hyènes et des chacals, les aboiements des chiens, tout a contribué à rendre cette nuit d’une longueur désespérante ; personne dans le camp n’a pu donner un seul instant au sommeil.
La caravane se remet en marche et conserve
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