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CONSTANTINE
pendant toute la journée le même ordre que la veille. A chaque instant le nombre des chefs grossit le cortège du prince ; bientôt il voit réunis autour de lui tous les grands de la contrée qui s’étend depuis Djimilah jusqu’à Guelma. On remarque beaucoup de personnages qui n’avaient pas encore fait leur soumission aux Français, et qui même ne reconnaissaient guère le pouvoir du bey. Les populations se portent sur la route que suit S. A. R. Elles offrent des moutons, des poules, du couscoussou, des pastèques, du miel, etc. Il est inutile d’ajouter que tous ces hommages coûtent fort cher et ne tarderaient pas à épuiser un trésor mieux fourni que celui du prince ; mais ce sont là les obligations inévitables d’un voyage utile à la France, et qui produit un effet inappréciable sur l’esprit des habitants. Les incursions que faisaient autrefois les deys dans les mêmes lieux n’étaient guère qu’un prétexte de vexations et de rapines. Celle du prince ne se manifeste que par des libéralités, des grâces, des faveurs, des actes de bienfaisance et de justice , infiniment propres à concilier ces populations naturellement
CONSTANTINE
douces, et qui n’ont pas été inquiétées jusqu’ici, ce qu’on ne pourrait malheureusement pas dire de toutes les parties de la Régence.
Notre première halte est au camp de Tou-Miet ou des Deux-Mamelles, nom imposé à cet endroit, en raison de deux montagnes jumelles qui s’élèvent à l’entrée du col de l’Atlas.
Le camp est occupé par les Zéphirs, troupe de composition hybride, mais qui se fait aimer par son esprit tout français; les Zéphirs parcourent seul à seul les tribus à quinze lieues à la ronde ; les Kabyles les appellent les Kabyles français et les traitent comme des frères. Nous levons le camp, pour avoir quelques-uns de ces braves gens avec
CONSTANTINE
nous dans les opérations qui nous occuperont après Constantine.
Nous abandonnons le camp, le prince à cheval, le maréchal dans sa voiture ; nous gravissons le col de Kantours par une route bien tracée, et nous franchissons le petit Atlas.
De cette hauteur on découvre la mer, dont on
C0NSTANT1NE.
est séparé par une masse confuse de collines arrondies et pelées.
Après avoir suivi pendant quelques lieues une voie romaine, l’expédition la quitte pour descendre au camp d’Oued-Smendou.
A partir d’Oued-Smendou, le pays change d’aspect; c’est un immense tapis jaune, sillonné de petites lignes vertes, qui indiquent de nombreuses rivières bordées de nérions, et parsemé de taches noires qui marquent les douairs des Arabes nomades et leurs troupeaux. Le canip de Smendou est fort triste. Ces postes sont une rude épreuve pour le moral du soldat. Le maréchal y fait faire des travaux immenses. Après avoir marché longtemps encore, on s’arrête auprès d’un
grand douair, orné de beaux arbres , sur les bords de l’Oued el-Adjar, et on y établit le bivouac.
CONSTANTINE
Le ie léger n’a pas laissé un seul homme en arrière, et cependant la chaleur est intolérable, la charge des soldats pesante , et le chemin long et rigoureux. Un dîner joyeux en répare les fatigues.
Samedi 1 2 , dès le matin, les soins donnés à la toilette des hommes et au choix des chevaux annoncent l’approche de Constantine. On se remet en route à sept heures, au bruit de la brillante
fanfare des chasseurs à cheval. On continue quelque temps à parcourir une voie romaine
CONSTANTIN?]
jalonnée de postes en bon état, et qui conduit à une plaine qu’arrose un affluent du Rummel. Ce vallon, couvert de bois de palmiers, de cyprès, d’orangers, d’oliviers, avec des douairs étendus et de grandes sources d’eaux chaudes, renferme les ruines d’une ancienne station, appelée encore ad Palmas dans la langue de ses fondateurs.
Après avoir reposé nos yeux sur ce délicieux oasis, qui a au moins une lieue détendue, nous tournons brusquement à gauche dans la vallée du Rummel. La Casbah de Constantine, avec ses escarpements effroyables et la coupure de Sidy- Men, se découpe alors fièrement sur le ciel.
A la vue de Constantine, si préparé que l’on soit à l’aspect de cette ville par les récits, les descriptions des voyageurs et les dessins des artistes , sa situation extraordinaire produit une impression soudaine et profonde. Un cri unanime d’admiration s’élève dans toute la colonne. Autant les yeux sont frappés par la sévère beauté du site, autant l’imagination est exaltée à la pensée des guerriers plus heureux que nous qui ont conquis à la France ce boulevard imposant et presque
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CONSTANTINE
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Nous suivons quelque temps encore la vallée fertile et verdoyante du Rummel, sans détacher nos yeux des rochers qui servent de base à Constantine; leur couleur sombre et brûlante ajoute encore à la fierté de leur forme : les Arabes qui en couronnent la crête agitent leurs burnous blancs, comme des alcyons qui déploient leurs ailes pour prendre leur vol. Enfin, nous traversons le fleuve à gué pour gagner la belle rampe qui mène à Constantine.
Nous passons trop rapidement devant la maison d’Englis-Bey, en détournant à regret nos yeux du ravissant spectacle qu’éclaire un soleil éblouissant.
A moitié de la côte, le prince trouve la grande députation de toutes les tribus de la province, depuis Sétif jusqu’à Guelma et jusqu’au désert.
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CONSTANTINE
Là commence une réception extraordinaire par l’indescriptible variété des ligures et des costumes. Les deux côtés de la route sont couverts d’une foule compacte, que nous évaluons à vingt mille indigènes au moins, car il n’y a pas deux cents Européens à Constantine. Les hommes saluent de la main et de la tête, les femmes font entendre le gloussement accoutumé; les chefs complimentent S. A. R. ; le canon gronde et réveille les échos des gorges encaissées du Rumine]. Le salut de la musique française se mêle aux cris des troupes et aux sons si caractéristiques de la musique du bey,
qui marche devant le prince, et dont l’escorte, il faut bien l’avouer, est plus agréable pour les yeux
CONSTANTINE
que pour les oreilles. Tout cet ensemble compose une scène étrange, que la beauté du lieu, son aspect sauvage, et les grands souvenirs qu’il rappelle, rendent imposante et solennelle.
Après la grande députation , le prince accueille les muphtis, les ulémas et les gens de loi, conduits par le vénérable cheikh El-Islam, vieillard de quatre-vingt-quinze ans, à la figure patriarcale, qui marche soutenu par deux ulémas.
La maison du cheikh est un hospice ouvert à tous les pauvres; la rue même qu’il habite était un asile sacré, du temps d’Achmet, qui n’osait s’attaquer au chef héréditaire de la religion, et son nom est respecté jusqu’au delà des limites du dé-
CONSTANTINE
sert. Le muphti qui l’accompagne porte un drapeau tricolore. Plus loin est rangé le corps municipal de la ville de Constantine, présenté par le
liakem, fds du cheikh El-Islam; les corporations de tous les métiers, au nombre d’environ deux mille, forment la haie des deux côtés, chaque
amyn déployant au vent notre drapeau français; au dernier rang sont groupés les juifs, à
CONSTANTINE
une portée de fusil du minaret qui termine la rampe.
Tous les discours adressés, soit par les grands de la province, soit par le cheikh El-Islam, soit par le hakem ou par le chef du commerce, au nom de toutes les corporations, soit enfin par le chef des juifs, sont empreints de la plus vive reconnaissance pour la France et d’un sincère attachement au régime nouveau. Il est doux de voir les vaincus oublier leur défaite et bénir le vainqueur. Cet élan, dont rien ne peut faire suspecter la franchise, doit être pour le maréchal la plus flatteuse des récompenses.
Au sommet de la rampe, les troupes, peu nombreuses, mais en grande tenue, forment un carré, qui se compose de trois bataillons des 17e léger,
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22e et 2 3e de ligne, d’un escadron de chasseurs, et enfin de l’artillerie et du génie.
Les Arabes auxiliaires, accourus de dix lieues à la ronde, viennent se réunir à cette belle troupe, si compacte, que le prince n’y pénètre pas sans difficulté. Au centre de ce carré s’élève le minaret, sur lequel on lit cette inscription :
AUX BRAVES DE L’ARMEE FRANÇAISE MORTS DEVANT CONSTANTINE EN MDCCCXXXVI ET MDCCCXXXVII.
Le prince court ensuite à la brèche qui rap-
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pelle tant d’actions d’éclat et la mort de tant de braves; puis il entre dans la ville par la porte
Valée (Bab-el-Djedid), en passant sous les deux arches romaines, et après avoir longé le bazar devant lequel fut livré un combat sanglant. Toutes les boutiques sont rebâties.
Les chiaoux ont peine à contenir les curieux dont les rues sont inondées; à chaque instant la foule augmente sur les pas du prince, qui arrive enfin au palais du bey, presque enivré d’un accueil qui passe toutes les espérances, et dont rien ne saurait exprimer l’expansion et l’allégresse.
Pour répondre dignement à l’enthousiasme public et rendre ce jour heureux pour tous, S. A. R.
CONSTANTINE
prend sur elle d’accorder leur grâce à des hommes condamnés à mort pour correspondance avec Achmet, et le Roi daignera sans doute acquitter l’engagement pris en son nom; puis le prince envoie une forte somme au hakem pour être répartie entre les pauvres. Le conseil municipal n’a pas plus tôt pris connaissance de cet acte de libéralité , qu’il fait distribuer mille pains aux familles les plus indigentes, par les mains des sœurs de Saint-Joseph.
Entré dans le palais, le prince reçoit d’abord le corps d’officiers, et ensuite tous les musulmans
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CONSTANTINE
sans distinction. L’esprit qui dictait les discours de Stora et de Philippeville se fait remarquer également dans ceux de Constantine; chaque chef est heureux d’exprimer les sentiments de reconnaissance qu’il éprouve, de rendre témoignage de la prospérité du pays, et d’en rapporter le bienfait à la sagesse du gouvernement du Roi.
Nous parcourons ensuite le palais, qui a été le sujet de tant de descriptions; il est bien entretenu, et l’on comprend sans peine ce qu’ont dû éprouver en y entrant nos soldats vainqueurs, à la suite de plusieurs nuits de bivouac, d’accablantes fatigues, de mortelles angoisses et d’un assaut long et terrible.
Ce n’est point un monument ancien; son érection date du siècle dernier : le plan n’en est pas parfaitement étudié , les ornements en sont lourdement sculptés; et cependant, du nombre et de la dimension des cours, de la multitude des colonnes, de la variété des marbres, des peintures et des dorures qui rehaussent les arabesques, des fleurs, des arbustes odorants, des animaux curieux rassemblés à grands frais, des eaux j ail-
lissantes, du soleil de feu qui éclaire tout cela, il résulte un enchantement incomplet sans doute, mais qui séduit avant que le goût et l’analyse viennent diminuer la vive impression de plaisir que l’on a ressentie.
Après la réception , nous montons à cheval pour reconnaître, dans une espèce de pèlerinage militaire, tous les lieux signalés par les divers accidents des deux grands drames auxquels le duc de Nemours a pris une si belle part. Nous voyons les tombeaux, vides aujourd’hui, du colonel Combes et du général Perregaux, les emplacements de toutes les batteries, la route qu’a suivie l’artillerie, la place enfin où fut tué le général Danrémont, à côté de M. le duc de Nemours.
Le prince témoigne au maréchal le désir que ce lieu mémorable soit marqué par une pierre monumentale.
Nous montons à Coudiat-Aty; une masse d’Arabes escalade au même moment la pente abrupte du monticule pour voir de près le prince royal.
Nous passons ensuite sur le Mensourah , en suivant le bel aqueduc romain, et nous descendons
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CONSTANTINE
au pont d’El-Cantara, après avoir étudié l’attaque de 1 836.
On ne se lasse pas d’admirer les pertes et les chutes du Rummel, qui peuvent être rangées au nombre des plus imposants spectacles de la nature.
Longtemps retenus par l’intérêt qu'offrent tous les points de notre excursion dans les environs de Constantine, nous ne rentrons qu’avec peine dans cette ville extraordinaire, dont la situation n’a d’analogie qu’avec celle de Ronda en Espagne, et nous nous accordons à former des vœux empressés pour que ce point important, centre futur de la résistance de l’Algérie en cas de guerre avec une puissance maritime, puisse bientôt recevoir les compléments de défense qui le rendraient inaccessible.
Une contrescarpe avec glacis devant la brèche, deux flanquements qui avancent la porte Valée, un bastion à l’endroit où commence l’escarpement de rochers qui mène au Rummel, le Coudiat-Aty occupé enfin par un ouvrage mieux conçu que celui qui le défend maintenant, et il faudrait une armée d’aigles pour surprendre Constantine.
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Le dimanche 1 3 , notre première pensée est pour ce magnifique fait d’armes, si bien combiné par le maréchal et si vaillamment exécuté par le prince qui combattait sous ses ordres. Mgr le duc d’Orléans court à son réveil chez le maréchal pour le féliciter, et se jette dans ses bras avec des larmes de joie. Ils organisent ensemble la fête qui doit solenniser l’anniversaire de l’assaut.
La distribution des vivres commence, et l’on prépare pour le soir de brillantes illuminations. A dix heures, le prince se rend à Notre-Dame de Constantine et assiste au Te Deam. M. l’abbé Suchet prononce un discours remarquable et présente l’eau bénite au bout d’une palme.
La charmante église où s’accomplit cette intéressante cérémonie, et qui est aujourd’hui remplie d’olficiers et de soldats, était, il y a peu de temps, une mosquée.
L’œuvre pieuse qui la régénère sous de si glorieux auspices commence et s’achève au milieu d’un profond recueillement. Le prince passe ensuite la revue des troupes, qui sont belles et bien
tenues.
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CONSTANTINE
11 distribue des récompenses, et décore Ben- Aïssa, Ben-Ganna, Ben-Hamelaouï, en présence de plus de trois cents cavaliers, tous personnages importants de la province. S. A. R. tient à chacun des nouveaux promus un discours, dont la loule écoute avidement la traduction ; cette allocution simple et touchante, appropriée avec une juste sollicitude au caractère de chaque chef et aux mœurs des tribus qu’il gouverne, paraît produire une vive impression sur les auditeurs.
Après le défdé, les troupes forment un carré, dans lequel entrent les chefs arabes, au nombre de deux cents, et là commence un e fantasia, plus extraordinaire qu’aucune de celles qui ont frappé nos yeux : chaque chef, monté sur un cheval ardent, couvert d’une housse richement ornée, est revêtu d’un costume brodé d’or et d’argent, de l’élégance la plus distinguée ; les étoffes sont d’une vive couleur et d’une finesse extrême, les armes resplendissantes et d’un travail exquis. On ne peut se lasser d’admirer la tenue de tous ces cavaliers, dont l’adresse et la bonne mine donnent à ce spectacle, si étrange et si nouveau pour nous,
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un caractère chevaleresque qui charme et qui étonne à la fois. Un jeune militaire français, Mustapha Bonnemain , se distingue entre tous par son adresse dans ces brillants exercices.
Le prince rentre à Constantine. Les marchands répandent des parfums sur ses pas; la foule fen-
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traîne presque malgré lui dans les quartiers qu’il n’a pas encore visités, et il en est de fort curieux.
Dans une partie de la ville, les rues sont presque entièrement voûtées, et le jour, n’y pénétrant que par intervalle , et par des ouvertures plus ou moins grandes, donne lieu à de piquants effets de lumière.
Les chefs arabes font apporter un repas qu’ils ont demandé la permission d’offrir au prince royal, et qui est relevé, selon l’usage, par des aromates exaltés, dont la saveur enivrante n’est
CONSTANTINE
pas du goût de tous les convives; mais la singularité du spectacle et l’originalité tout à fait excentrique de la conversation dédommagent assez les assistants, qui se promettent intérieurement de dîner ailleurs. Cette prétention outrée et souvent chimérique aux honneurs d’une illustre origine, qu’on appelle chez nous l’orgueil nobiliaire, est un des traits les plus décidés du caractère arabe. Elle s’exhale à la fin du banquet en vanteries généalogiques qui nous amusent sans nous convaincre.
Lundi i4, la journée tout entière est consacrée «à la visite des hôpitaux et des établissements militaires. Les hôpitaux sont malheureusement dans un état déplorable : une partie des bâtiments qui leur sont affectés tombent en ruines; et la concentration des troupes ayant fait évacuer sur Constantine les malades des troupes campées , qui, dans cette année désastreuse, sont près de quatre fois aussi nombreux que dans les années précédentes, les hommes, trop pressés et presque entassés partout, manquent d’air.
Cependant la mortalité est heureusement trèsfâible, mais l’état morbide ne peut céder qu’à des
soins attentifs et prolongés, dont l’administration sent profondément l’importance.
Aux bazars près , tous les quartiers de la ville sont d’une saleté repoussante. La malpropreté musulmane , qui est presque passée en proverbe, est portée ici à un excès hideux. Les chiens errants, les vautours, les aigles, ne suffisent pas à nettoyer ces charniers infects, qu’une bonne police ne tarderait pas à faire disparaître entièrement.
Le prince, vivement ému de l’état des choses, fait transporter dans le vaste palais que nous occupons un grand nombre de malades , et donne des ordres exprès pour le prompt assainissement
des hôpitaux provisoires. Il pose la première pierre de ceux qui doivent être établis à la Casbah, sur
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l’emplacement du grand temple romain , dont les colonnes de soixante et douze pieds de haut sont encore éparses sur le sol.
Ce monument, qui dominait une crête de rochers de plus de cinq cents pieds d’élévation , devait produire, au point de vue de la campagne, l’effet le plus imposant.
S. A. R. fait une grande distribution de présents aux chefs arabes.
Le 1 5 le maréchal et le prince royal tiennent conseil. S. A. R. a jugé qu’il était convenable de relever aux yeux de l’armée la valeur des travaux pacifiques , moyens et garants à la fois d’une occupation permanente. Elle se propose d’accoutumer les chefs et les soldats à tenir compte avec intérêt de toutes ces utiles opérations, qui ne sont que le préliminaire glorieux des grands faits d’armes, et qui ont couronné d’une renommée si durable les expéditions des anciens. C’est dans ce but que le prince se décide à prendre un commandement d’exploration. Sa division s’organise définitivement à Milah, et le 2 e léger est appelé avec le 2 3e régiment de ligne à en faire partie.
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Rien ne peut se comparer à l’ardeur et à la gaieté des corps désignés pour cette expédition.
Après avoir rempli les devoirs de cette journée, le prince entreprend une promenade laborieuse, mais magnifique, et telle qu’aucune partie du monde ne peut en olFrir de plus intéressante.
Il descend à cheval jusqu’au moulin du Rummel, où il met pied à terre en face de la grande cascade formée par les eaux du fleuve , et qui soutient avantageusement la comparaison avec les cataractes les plus renommées de la Suisse. De là nous remontons à pied, et souvent à l’aide de nos mains, du Rummel jusqu’à la Casbah,
par les restes d’un admirable escalier romain , taillé dans le roc; puis nous descendons sous la première des grandes arcades , et nous parvenons, avec beaucoup de difficultés et de précautions, à une seconde arcade dont la beauté est au-dessus
de toute expression. A notre aspect, une bande de vautours , retirée dans ces imposantes ruines de
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CONSTANTINE
l’art et de la nature, s’émeut, s’ébranle et prend son vol. Six de ces énormes oiseaux se perdent au-dessus de nous dans les nues.
Nous faisons le tour de la ville en passant par les bains romains, et en laissant derrière nous la fontaine chaude, près de l’entrée du gouffre où le Rummel s’engloutit avec un horrible fracas. Nous visitons les curieux bas-reliefs que l’on remarque sous l’antique pont, et nous nous laissons
glisser, à travers les rochers et les cactus, jusqu’aux bords d’une fontaine d’eau vive, entourée
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de jolis arbres, au niveau du Rummel, et à peu près aux trois quarts de la gorge qui mène d’El- Cantara à Coudiat-Aty.
Jamais plus beau site , peut-être, ne s’est offert à la vue des hommes. Ce pont, jeté à deux cents
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pieds au-dessus de nos têtes, et suspendu sur un gouffre sans fond; ces pignons de rochers surmontés d’aloès en fleurs , qui balancent leurs longues tiges à six cents pieds perpendiculaires sur le torrent ; ces groupes de maisons pittoresques et de beaux palmiers éclairés par le soleil couchant, qui se découpent sur le ciel, et opposent aux sombres mystères de l’abîme leur décoration merveilleuse , tout cela forme le spectacle le plus imposant, le plus riche et le plus varié. Ce n’est pas sans de grands efforts que nous revînmes sur nos pas jusqu’à notre point de départ, mais nous avions été payés d’avance de nos fatigues.
Le prince se livre avant son départ à une étude approfondie des principaux besoins de la province et des détails de son administration. Différentes mesures sont adoptées, soit dans le but d’éviter les exactions des chefs indigènes, soit dans celui d’assurer la rentrée régulière des contributions. S. A. R. obtient du maréchal de prolonger jusqu’au terme de neuf années les concessions, faites jusqu’ici aux Européens pour un an seulement, de manière à leur donner le temps de fonder des
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constructions ou de former des établissements durables, et d’en retirer les avantages. Cette laveur est du reste accompagnée de la défense de faire aucune vente de terrains ou de maisons.
A Constantine comme partout, le prince regrette de n’avoir pas fait tout le bien qu’il aurait voulu faire. Tout le bien qu’il a pu faire, le prince emporte de Constantine le sentiment de l’avoir fait.
Tout se prépare pour le départ. Nous avons déjà dit de quel zèle la troupe est animée, et avec quelle confiance on peut se reposer sur les dispositions de ces excellents soldats, depuis longtemps exercés, pour la plupart, au climat de l’Afrique, ainsi qu’aux fatigues et aux privations qu’il impose.
Qu’il nous soit permis de le rappeler : cette troupe, c’est le 2 e léger, un des premiers corps de l’armée qui ait touché le sol africain; ce sont les vainqueurs de Staouely, de Sidy-Kbale, de Delhy - Ibrahim , de l’Habrah , de Tlemcen, de Téniali, de Constantine ; ce sont ces mêmes braves auxquels le commandant Changarnier adressait cette admirable harangue : « Mes amis,
CONSTANTJNE.
« regardez ces gens-là en face ; ils sont six mille , « nous sommes trois cents ; vous voyez bien que « la partie est égale. Attention à mon commande- « ment : Vive le Roi ! »
C’est le 17e léger, appelé en 1 83 5 de la division des Pyrénées-Orientales pour venir venger en Afrique les revers de la Macta, ce régiment qu’immortalisent l’occupation de Mascara, l’expédition de la province d’Oran, pendant février et mars 1 836; le fait d’armes presque miraculeux du camp de la Tafna, la prise de Constantine, à laquelle il a tant contribué.
C’est le 2 3e de ligne, un des régiments conquérants d’Alger, dont le noble numéro rappelle la première expédition de Médeah, la bataille de la Sickak, le ravitaillement deTlemcen, la soumission de la province de Constantine.
C’est le ic‘ de chasseurs d’Afrique, dont tous les jours ont été des combats, dont presque tous les combats ont été des victoires. C’est le 3e de chasseurs d’Afrique, essaim sorti du 1", et si digne de son origine.
Nous allons désormais souffrir de leurs soûl-
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frances, vivre de leur vie, et porter avec eux le poids et les chances du jour. Nous serions heureux de pouvoir les faire mieux connaître, si les bornes étroites et la simplicité de notre cadre nous permettaient de faire entrer dix ans d’histoire dans les épisodes d’un court récit. Ces fastes glorieux de l’armée africaine trouveront leur place ailleurs, et nous ne craignons pas de promettre que l’inspiration et le génie y puiseront un jour le sujet d’une épopée.