‹ Journal de la régenceChapitre 13 sur 32 · MAL · texte numérisé non relu

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— Le même jour, M. le marquis de Fénelon', capitaine au ré(»iment des (gardes françaises, voulant passer dans la salle où se tenait le ballet du Hoi , par-dessus vni (;rilla.<je de fer pointu , le pied lui manqua , de sorte qu'une des pointes lui entra dans la cuisse et lui ouvrit la veine cave si profonde'ment qu'il mourut au bout d'une demi-beure cbez un cbirurgien voisin des Tuileries, à l'àfje de vin^^^tquatre ans.

L'ambassadeur turc assistait à ce ballet avec son fils, et ceux de sa suite en furent tous cbarmés.

— Le 11, sur les qiuitre beures du soir, le coclier de M, Berfjeron de la Goupillière, conseiller au Parlement en la première des enquêtes, lui ayant représenté (|ue ses chevaux manquaient d'avoine depuis (juatre jours et le priant de penser à trouver de l'aqjent pour en acheter pour les empêcher de dépérir davanta[>e et de lui en donner à-compte de ses [ja^jes , ce conseiller au désespoir prit un pistolet et le tiia sur le cocher, qui par bonheur n'en fut que lé(}èrement blessé. Le cocher en fut aussitôt porter sa plainte à un commissaire, qui se transporta chez le conseiller; et ayant trouvé la porte du cabinet sans clef et fermée des deux verroux, un serrurier fut mandé pour l'ouvrir, et étant ouverte on fut bien étonné de trouver le conseiller mort de deux coups de pistolet, l'un dans l'estomac et l'autre sous le menton. Ce n'était nullement par nécessité d'ar(jent, puisqu'on trouva dans ses poches la valeur de cin(j cent cinquante livres en or et en ar^jent monnayé, et qu'il jouissait de vin(];t-cinq mille livres de rente en fonds de terre, cpioiqu'il ne fût pas encore marié. On attribua son désespoir à une lettre qu'il venait de recevoir de la part d'une demoiselle qui le menaçait de le faire assassiner pour se ven^jer de l'avoir tenue enfermée dans sa maison après l'avoir débauchée, et d'où elle avait

' 11 était neveu du célèbre Fénelon, arclievèc^ue de Caïubrai.

trouvé le moyen de s'échapper. Cependant le Parlement s'étant assemblé au sujet de cette triste mort, il permit que le corps fût inhumé honorablement, ayant eu égard à une aliénation d'esprit ^

— Le 12, M. le marquis de Courtanvaux mourut à Tonnerre", d'une troisième attaque d'apoplexie, âgé de cinquante-huit ans. Il était fils aîné de M. le marquis de Louvois, célèbre ministre et secrétaire d'État. M. le chevalier de Louvois obtint l'agrément du Roi et de M. le duc d'Orléans pour faire les fonctions de capitaine des Gent-Suisses de la garde de Sa Majesté, jusqu'à ce que le marquis de Louvois^ fût en âge d'exercer cette charge, qui rapporte quatre-vingt mille livres par an.

— Le Roi accorda une pension de huit mille livres au marquis de Maillebois ; une de quatre mille livres au baron de Châteauneuf, et une pareille au chevalier Desmarets.

— Le 7, l'affaire de M. le duc de La Force fut agitée au Parlement, et il fut ordonné qu'il serait récolé et confronté avec les témoins qui avaient déposé contre lui et contre ses domestiques; que le scellé de la salle des Grands-Augustins serait levé et que les marchandises seraient mises en bonne et sûre garde et vendues à l'encan au profit de qui il appartiendrait.

— Le 11, le Roi donna à M. le duc de Chartres le brev'et de la charge de colonel général de l'infanterie de France, qui avait été supprimée depuis la mort du duc de Caudale, fds du fameux duc d'Épernon. Mais les régi-

' Marais, Revue rétrospective, 2" série, t. VII, p. 385, prétend que ce conseiller se tua de chagrin d'avoir vendu sa charge en billets de banque. Rarbier, t. I, p. 86, donne une version du même fait, un peu différente.

"^ A Ancy-le-Franc, dit Marais; la famille de Louvois possède en effet un château dans cette commune.

3 Petit-fds du marquis ac Courtanvaux; il avait, jusqu'à cette moit, porté le titre de marquis de Montmirail.

[1721] MAI. '2il

ments devS g^ardes françaises et suisses furent exceptés de l'autorité de cette char(>e dont ce jeune prince venait d'être pourvu.

— Quelques jours auparavant , on paya aux entrepreneurs et pourvoyeurs des lits pour les troupes du Roi qui sont dans les places en garnison, une somme de cent mille francs en espèces de cuivre ou en Laiv et demi-Law, à vingt deniers ou dix deniers, et il fallut plus de trente tombereaux pour transporter cette somme en leur bureau ; et trois ou quatre jours après ce payement, les mêmes espèces furent réduites à dix-huit et à neuf deniers chacune.

— Le 15, on apprit au Palais-Royal, par un courrier extraordinaire, que le 8 de ce mois, le cardinal Gonti, âgé de soixante-six ans, avait été élu pape sous le nom d'Innocent XIII ; il était né à Rome le 13 de mai 1655 et sortait de l'une des quatre plus illustres familles de Rome , qui sont : Savelli , Gonti, Golonna et des Ursins.

— On déhvra pour lors dix lettres de cachet pour exiler autant de docteurs de Sorbonne, qui furent : M. l'abbé d'Asfeld , à Saint-Florentin , diocèse de Sens ; le Père Boyer \ de l'Oratoire, à Rodez; M. Tabourin, qui dirigeait les études du collège de Lisieux, à Luçon ; le Père Gaffarel, de l'Oratoire, à Aires en Flandre; M. Bégon , à Quimper-Gorentin ; M. Maillard, à Dôle en Franche- Gomté; M. Lefèvre, à Tréguier en Bretagne; M. Raulin ^, à Tulle en Limousin; M. de La Ghassaigne ^, à Ghâteaudun en Beauce. La dixième lettre de cachet était destinée

^ Pierre Boyer, né à Ariane en 1677, mort à Yincennes le 18 janvier 1755; auteur de la Vie du parfait ecclésiastique , qui n'est autre que la vie du diacre Paris.

- Gharles Rollin, né à Paris le 30 janvier 1661, recteur de l'université de Paris, auteur du Traité des études., mort le 14 septembre 1741.

^ Antoine de La Ghassaigne, né en 1682, mort le 22 janvier 1760.

au Père dom Thierry, bénédictin, mais il l'avait j3révenue, ainsi que M. Fouillou ', qui se retirèrent du royaume pour éviter leur emprisonnement; et tous pour avoir de nouveau appelé de la constitution Unigem'tus , et des explications qui en furent données en mars 1720 par M. le cardinal de Noailles, et acceptées par les prélats qui avaient reçu la même bulle dès l'année 17L4.

— Le même jour, 15 de ce mois, l'ambassadeur turc étant allé rendre visite à M. le marquis de Ganillac, commandant la compagnie des mousquetaires noirs, madame de Canillac, qui avait épousé en piemières noces leii M. de Girardin , ambassadeur de France à la Porte Ottomane, reçut cet ambassadeur à la manière des Turcs; en entrant dans la salle on lui jeta un voile de mousseline sur la tête, puis on le parfuma d'odeurs très-a^jréables, ensuite on lui servit une superbe collation à la mode de Turquie, ce qui l'étonna beaucoup pour l'attention sin(>ulière que cette dame avait eue à son égard, et en fit de grands éloges.

— Le 21, on publia un arrêt du conseil d'État qui prorogeait le l'i'sa des billets de banque et des autres papiers jusqu'au dernier jour de juin suivant, et déclarait que depuis le l"" juillet jusqu'au 15 on perdrait le tiers du total de ces effets qui n'auraient pas été portés pour les viser, et depuis le 15 jusqu'au 30 du même mois on perdrait un autre tiers, après lequel temps ils seraient de nulle valeur pour ceux qui auraient négligé de les faire viser.

— La dame Law^, femme du sieur Jean Law, fut

' Jacques Fouilloiix, né à La Rochelle, mort à Paris eu 173(3.

— Catlicrino Knowel. u Cette femme, dit Saint-Simon, avait lui œil et le haut de la joue couverts d'une vilaine tache de vin ; du reste, bien feite, hante, altière, impertinente en ses discours et en ses manières, recevant les hommages, rendant peu ou point, et faisant rarement quelques visites choisies, et vivant avec autorité dans sa maison. » Mémoires, t. XXXIV, p. 184.

obligée dv sortir de l'hôtel de Lan(|Iëe, nu; Neuve des Petits-Champs, où l'on mit des (jardes pour la conservation des ameublements sujX'rbes de cette maison , et elle se retira dans un(; maison garnie , rue du Colombier, au faubour(> Saint-Germain, avec la demoiselle sa fille, n'ayant (>ardé qu'une fille de chambre et un laquais pour tout équi])a(je.

Le sieur Guillaume Law^ fnt transfëié de la Bastille au For-l'Evéque ; on le disait redevable de plusieurs millions envers la Banque royale et envers plusieurs particuliers.

— Le 23 , on arrêta trente-six voleurs, dont huit superbement vêtus, furent pris dans la rue aux Ours; dans ce j<jrand nombre il y en avait un et sa sœur qui étaient tous deux en habits de capucin , qui en cet état volaient sur les (grands chemins.

— Le 22 , un particulier demeurant proche l'hôtel de Condé ', ayant donne à déjeuner à trois amis, sortit avec eux; sa servante étant ensuite allée ouïr la messe en la chapelle de cet hôtel , à son retour fut étonnée de ne plus voir aucune ar^jenterie sur la table qu'on y avait laissée, ni dans l'armoire. Dans cet étonnement, elle alla trouver son maître , qui était chez un de ceux qu'il avait ré[jalés, et lui demanda s'il était revenu au lo^jis pendant qu'elle avait ouï la messe? Ayant répondu que non, elle s'écria : « Monsieur, vous êtes volé, on a enlevé votre argenterie (qu'on disait valoir plus de quinze mille francs), et cependant j'ai trouvé la porte fermée à double tour comme je l'avais fermée. » Il retourne aussitôt chez lui, il ouvre son bureau, et il n'y trouve ni argent ni montres d'or, ni autres choses précieuses qu'il y tenait enfernu''es. En sortant de sa chambre, il trouva une clef sur l'escalier, et vit que cette clef était send)lable à la sienne et dont les

^ Situé rne de Condé et acheté en 1()12 par Henri de Bonrbon, prince de Condé, à Jcan-Baptist(; de Goiidy. (Piganiol de La Force, t. VII, p. 308.)

voleurs s'étaient apparemment servis pour ouvrir et pour fermer sa porte après leur vol. Il s'en alla chez le lieutenant criminel pour l'en informer, et en obtint permission de faire fouiller où bon lui semblerait. On fut étonné de ce que ce larcin si considérable avait pu se faire en plein jour et en si peu de temps, et seulement pendant que la servante avait ouï la messe.

— Un officier gascon , pour obtenir une pension qu'il sollicitait depuis longtemps, s'avisa d'attacher son placet au cou d'un barbet favori de M. le duc d'Orléans, étant dans son antichambre avant son lever. Le chien étant entré dans la chambre , saute sur son lit pour le caresser. Le prince lui voyant un papier au cou, le détacha, et ayant lu le placet, s'écria : « Voici un plaisant tour de Gascon ; pour cette nouveauté j'accorde volontiers à cet officier ce qu'il demande , pour le récompenser de son invention. »

— Le 25 , l'ambassadeur turc alla voir l'hôtel royal des Invalides et la nouvelle église, qui est un raccourci de celle du Vatican ou de Saint-Pierre de Rome. Et avant tout vu, M. Leblanc, secrétaire d'Etat, lui donna une collation superbe, qui revenait, disait-on, à plus de vingt mille francs.

— Le 28, M. le maréchal de Villeroy lui donna splendidement à dîner. L'ambassadeur fut placé du côté de la cheminée, entre les marquises de Villeroy et d'Harcourt, l'interprète ensuite, puis le maréchal de Villeroy, la duchesse de Ventadour, la duchesse de La Ferté , la maréchale de Boufflers, l'évéque de Fréjus, M. Hope, ambassadeur de Hollande , le maréchal de Tallard et le duc de Lauzun ; à la gauche étaient le fils de l'ambassadeur turc, puis le marquis de Biron, le chevalier d'Asfeld, le prince de Tingry, M. de Gély, conseiller d'État, et M. de La Baume , gentilhomme de la chambre du Roi , qui accompagnait partout l'ambassadeur turc, qui pendant le repas

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