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ne but que du cidre, et son fils but de la bière, et tous deux mandèrent proprement à la française. Après le repas , les officiers de cet ambassadeur et de son fils leur savonnèrent et leur lavèrent les mains et le visage , suivant l'usage des Turcs, qui s'en font un point de religion.
— Le vicaire de Saint-Gyr présenta au Roi un globe, dont les ressorts marquaient les heures du jour et de la nuit dans tout l'univers. Il y a un réveil qui y est attaché , une figure de singe qui tire un pistolet et allume une bougie à l'heure qu'on veut se réveiller. Cette machine parut nouvelle et très-bien inventée.
— On arrêta, dans l'île Notre-Dame, un particulier que l'on disait avoir été du nombre des six voleurs qui volèrent la diligence de Lyon, dont on a ci-devant parlé.
— On publia un arrêt du conseil d'Etat qui permit aux receveurs généraux des finances d'emprunter trois millions, à raison de cinq pour cent d'intérêt, sur leurs billets ou obligations solidaires, payables dans l'espace de dix mois; lesquels receveurs avaient déjà fait une avance de cinq cent mille livres, qui avaient été envoyées en Provence pour en soulager les habitants, par ordre de M. le duc d'Orléans ; et les receveurs généraux des finances des généralités voisines de la Provence eurent aussi ordre de se transporter dans ces provinces , afin d'y travailler avec le sieur Paris de La Montagne à établir des magasins de toutes sortes de provisions, pour le soulagement de la Provence et les habitants des provinces voisines, en cas que la contagion s'y répandît, comme on avait lieu de l'appréhender.
— Le 25, le marquis de Rangoni, envoyé de Modène, donna un grand repas aux ministres étrangers, et à plusieurs autres seigneurs et dames ; son hôtel et le jardin étaient remplis d'illuminations, en réjouissance de l'exaltation du pape Innocent XIII , comme parent du duc de Modène son maître.
— Le Roi décida que pendant la minorité du marquis de Louvois, alors ii^6 seulement de trente mois, j)etit-fils du feu marquis de Gourtanvaux, le sieur Bo(]ue, lieutenant de la compagnie des Gent- Suisses , recevrait les ordres immédiatement de la bouche de Sa Majesté, et la prestation de serment des nouveaux officiers, en cas de mort ou de mutation des anciens officiers de la même compa[}iiie, comme faisait le feu marquis de Gourtanvaux.
— M. le duc du Maine eut alors la permission de venir de Versailles à Paris, et d'aller à l'Arsenal.
— Le 125 , l'aml^assadeur turc alla voir le jardin royal des Plantes, j)roche de Saint-Victor, où M. l'archevêque de Gambrai, secrétaire d'Etat, lui donna splendidement à dîner.
— Le 31, veille de la Pentecôte, sur le midi, le chevalier de Breteuil, fds de l'introducteur des ambassadeurs, qui avait eu ci-devant ordre de se défaire de sa charfje de capitaine au ré<)iment des (gardes françaises, fut tué par le comte de Gravelle, lieutenant d'une compa^jnie de (grenadiers au même régiment, étant tous deux descendus de carrosse pour se battre dans la rue de Richelieu, proche l'hôtel de la duchesse de La Ferté, et pour vider la querelle qu'ils avaient ensemble depuis quelque temps, et pour laquelle le comte de Gravelle avait donné quelques coups de canne au chevalier de Breteuil, dans la rue Saint- Honoré, trois semaines auparavant, pour avoir refusé de mettre l'épée à la main en disant qu'il avait trop bu. Le comte de Gravelle, après cette expédition, se letira tranquillement dans le jardin du Palais-Royal avec son épée tout ensanglantée, en attendant la décision de M. le duc d'Orléans , qui le lendemain lui fit accorder sa grâce '.
' iMarais, Revue rétrospective , 2' série, t. VII, p. 393, donne f[uelqnes détails plus circonstanciés sur ce duel, dans lequel le chevalier de Breteuil ne joua pas un beau rôle, et qu'il appelle plaisamment défunt poltron.
— ()ji apprit (le Toulon que l'évêque de cette ville inibitimee avait iait une procession pour implorer la uîiséricorde de Dieu envers les habitants désoles par la peste, accompa(jné de ses deux aumôniers , d'un jacobin , d'un jésuite, (Vun capucin et d'iui feuillant, tous les autres religieux étant morts; des curés de la ville et d'un aumônier de marine , du gouverneur, des magistrats et d'un grand nombre de personnes ; après laquelle procession , le vent du nord, qui soufflait depuis quatre mois sans relâche, avait cessé tout à coup, de sorte que depuis le 15 de mai que la procession s'était faite, il n'était mort que cent cinquante personnes en plusieurs jours.
— De quarante chirurgiens qui étaient allés de Paris à Marseille, par ordre de la Cour, trente- deux y étaient morts de cette contagion , qui s'étant communiquée à Toulon, les huit autres furent obligés de s'y ti^ansporter malgré eux, et peu de jours après y être arrivés il en mourut sept. Sur cet avis, tous les garçons chirurgiens de l'Hôtel-Dieu de Paris refusèrent d'v aller, nonobstant les récompenses avantageuses qu'on leur faisait espérer.
— Le 4 de ce mois de juin, les intendants des provinces eurent ordre de discontinuer l'établissement de la dîme, ou taille réelle et proportionnelle ;, dans les provinces de leurs départements, où l'on travaillait depuis quelques années pour l'établir; avec ordre, néanmoins, de la laisser dans les pays d'élection comme elle s'y trouvait établie, et dont les habitants se trouvaient beaucoup mieux.
— Il parut un anagramme sur le nom du pape Innocent XIII, nouvellement élu, tel qu'il suit :
Mlchai'l Anr/elus de Comlllbiis (Michel-Auge de Gonti.) Gens et cœlum dablt nillii claves.
— Le 7, l'abbé de Lyonne * fut inhiuué avec beaucoup
' Jules-Paul Je Lyonne, prieur conniiandataiie de Saiul- Martiii des Champs.
de pompe au prieure de Saint-Martin des Champs, dont il jouissait, qui vaut quarante mille livres de rente; le même prieuré fut aussitôt conféré à M. l'abbé de Saint- Albin ', fils naturel de M. le duc d'Orléans, lequel était depuis quelques jours au séminaire des Bons-Enfants, proche de Saint-Victor^, pour recevoir le sous-diaconat; et l'abbaye de Marmoutier, dont jouissait aussi i'abbé de Lyonne, fut conférée à M. le comte de Clermont^, frère de M. le duc de Bourbon.
— Le conseil de santé qui fut alors établi se tenait le lundi matin chez M. le chancelier, et était composé de M. le chancelier, de M. le contrôleur [général des finances, des quatre secrétaires d'Etat, de M. Amelot , d'un autre conseiller d'Etat, et de M. Dodart , premier médecin du Roi.
— Le 4 , on saisit chez un boulanger, rue Saint- Honoré , vis-à-vis la fontaine du Diable , pour plus de deux cent mille livres de bardes, de bijoux et d'autres choses précieuses, que le fils de ce boulanger recelait et qui était disparu , et que l'on disait complice de plusieurs larcins.
— Le 7, on pubha un arrêt du conseil d'Etat qui réduisit les douzains ou pièces de deux sols trois deniers à deux sols un denier.
— L'ambassadeur turc alla dîner avec son fils à Meudon , et souper à Versailles , où ils couchèrent dans l'ap-
^ Fils naturel du Régent et de la Florence, danseuse de l'Opéra.
2 Le séminaire des Bons-Enfants était situé dans la rue de ce nom, près du Palais-Royal et non près de l'abbaye de Saint- Victor; c'était un ancien collège qui fut converti en 1625 par le comte et la comtesse de Joigny en congrégation, dont la principale occupation était d'envoyer des miissionnaires dans les campagnes.
^ Louis de Bourbon-Gondé, comte de Clermont, né le 15 juin 1709.
parlement de M. le comte de Toulouse, qu'on avait préparé pour les recevoir, et ses officiers couchèrent dans des chambres voisines : il était dans un carrosse à six chevaux; son fds et son intendant précédaient le carrosse à cheval. Les archers de la connétablie suivaient le carrosse. En descendant de carrosse, lui et son fds entrèrent dans la salle des bains, où ils firent la prière avec leur ministre ou grand vicaire de la loi mahométane. Tous ses gens suivaient à cheval , avec plusieurs chariots remplis de coffres et d'ustensiles de cuisine. Les officiers du Roi avaient ordre de ne laisser entrer personne dans le château, ni dans le parc, ni dans les jardins , sous peine de cassation de leurs charges. M. Blouin, gouverneur de Versailles, en habit superbe, reçut cet ambassadeur et son fils. Les eaux jouèrent à leur arrivée. Après la prière, ils parcoururent les appartements du château, puis ils entrèrent dans les jardins. Le lendemain ils les parcoururent encore à loisir; puis il fut à Trianon et à la ménagerie, où lui et son fils se firent mouiller à plaisir, et leurs principaux officiers; le 10, il fut à Marly ; le 11, il fut voir la machine de Marly, et revint à Paris après diner. Il serait resté plus longtemps à Versailles si quatre de ses gens, enivrés, ne se fussent battus et blessés à coups des couteaux qu'ils portent à leur ceinture , et si l'un d'eux ne se fût trouvé coupable d'avoir volé un plat de l'argenterie du Roi.
— Le 7 et le 8 , il y avait un si grand nombre de personnes de Paris à Versailles, qu'un lit se louait six francs pour une nuit.
— M. le duc de La Force publia un grand mémoire pour justifier sa conduite, et dans lequel il prétendait que le chevalier de Landais n'arvait fait venir les marchandises dont il était question que suivant la permission qu'il en avait obtenue de M. le Régent.
— On prétendait alors (|ue ce prince avait dessein de
faire revivre, en sa faveur, la char^je de maire du palais, et celle de connétable de France, dans la vue, disait-on, de rendre l'autorité du Roi moins despotique et moins absolue que sous le règne précédent.
— Le 11 de ]uin , jour de saint Barnabe, M. le chevalier d'Orléans, grand prieur de France, suivant la coutume des grands prieurs ses prédécesseurs, donna splendidement à dîner au grand prieuré du Temple , à tous les présidents et conseillers du grand conseil ; à la fin duquel repas on sert à tous ces magistrats une corbeille remplie de toutes sortes de fruits et de confitures, et après qu'ils sont levés de table, les domesti(]ues prennent chacun la place de son maître, et on leur sert aussi à dîner avec une bouteille de vin chacun.
— L'abbaye d'Ourscamp, de vingt-deux mille livres de rente, fut donnée à M. le cardinal de Rohan , et celle de Ghaalis, de vingt-cinq mille livres de rente, à M. le comte de Glermont.
— Suivant les avis de Rome, le caidinal Alberoni avait été privé de l'honneur d'assister au couronnement du Pape, et avait été obligé de sortir de Rome, avec ordre de n'y pas rentrer jusqu'à ce que son affaire fût terminée.
— Le Roi avait ordonné mille francs par jour pour la dépense de l'ambassadeur turc et de ses gens, et quinze cents livres par jour pour celle de la table de M. de La Baume , gentilhomme de la chambre du Roi , qui accompagnait partout cet ambassadeur; laquelle table se tenait à l'hôtel d'Entraigues , en la même rue de Tournon', où se trouvaient tous les jours plusieurs personnes de distinction.
— Le 11 , le Roi accorda la survivance de la charge de lieutenant général au gouvernement de Ghampagne , à M. le marquis de Ghoiseul, capitaine de cavalerie au régiment d'Orléans, fils de M. le comte de Ghoiseul-Beaupré, lieutenant général des armées du Roi.
— M. le comte d'Argenson, intendant à Tours, prêta,
le 8 , serment de fidélité entre les mains du Roi , pour la cliar(]c de clianeelicr et de (jarde des sceaux de l'ordre militaire de Saint-Louis, dont l'intendant de Maubeug^e lui avait fait sa démission.
— Gomme la peste continuait avec violence à Toulon, les sieurs Lemoine et liailly, médecins de la faculté de Paris, en ])iirent la route le 8 de ce mois, par ordre de la Cour, et le Iloi leur fit donner à chacun cinq mille livres pour leur voya^je, et mille francs par mois, avec leur log^ement et leur nourriture gratis, dans tous les lieux qu'ils seraient obligés de visiter; et en cas qu'ils en revinssent. Sa Majesté leur fit espérer à chacun une pension via(>ère de douze cents livres par an , avec un brevet de médecin ordinaire du Roi pour les pestiférés. Chemin faisant, ils devaient passer à Mende pour examiner les maladies qui y ré^^naient avec fureur, et qui enlevaient bien du monde tous les jours ; ce qui avait donné lieu au bruit qui courait alors, que la peste était aussi dans le Gévaudan , où la ville de Mende est située.
— Suivant quelques avis de Toulon , du 29 mai, il ne restait plus que six personnes sur pied dans quatre rues, la maladie ayant ravagé le reste ; et que M. Dussault était mort à la fin du môme mois, au voisinage de Toulon, où il avait eu ordre de rester à son retour de Barbarie, où il avait été envoyé, par ordre du Roi, pour des négociations à Tunis, à Alger et à Tripoli.
— Le 11 de juin, M. d'Armenonville, secrétaire d'Etat, ayant mandé par ordre de Sa ^lajesté les maîties et gardes de la communauté des marchands épiciers, les obligea de donner un désistement des poursuites qu'ils faisaient contre M. le duc de La Force.
— Le IG, il fut résolu au conseil de santé de renouveler les anciennes défenses aux particuliers de la ville et des faubourgs de Paris, de nourrir chez eux ni poules, ni pigeons, ni lapins, etc.
— Le 13, les chambres du Parlement assemblées en la grand'chambre, on y examina l'affaire du comte de Gravelle, qui avait tué peu auparavant le chevalier de Breteuil.
— Le nommé Grivet, qui pratiquait ici la médecine, fut condamné par arrêt du Parlement à rentrer dans l'ordre des Capucins, pour y subir la pénitence de son apostasie, et son maria^je déclaré nul et les enfants qui en étaient provenus déclarés bâtards ; celle qu'il avait épousée poursuivait la cassation de cet arrêt.
— Le 17, on publia un arrêt du conseil d'Etat qui renouvelait les défenses ci-devant faites par d'autres arrêts, de porter et de mettre en usa(je aucune toile peinte, ni indienne ni mousseline des Indes.
— On apprit alors de la Rochelle que plusieurs habitants de l'île de Ré, qui s'étaient embarqués pour aller faire viser leurs billets de banque chez l'intendant de cette province, et pour en faire leurs déclarations, avaient péri par un coup de vent qui avait renversé leur bâtiment, et qu'il ne s'en était sauvé que quatre hommes à la na^e.
— Le marquis de Coetquen, le fds, obtint alors la survivance du gouvernement de Saint-Malo, qui vaut vin (jtcinq mille livres de rente, et le 16 de ce mois il épousa mademoiselle de Nicolaï, fille du premier président de la chambre des comptes, estimée la plus riche héritière de Paris.
— Le 21 au soir, l'ambassadeur turc se rendit avec sou cortège ordinaire à l'Opéra, qui se joua extraordinairement en voix et en instruments de musique, dont les paroles étaient en langue turque, et qui fut suivi d'un bal magnifique qui dura jusqu'au lendemain dimanche, 22, à six heures du matin, où se trouvèrent les princes,les princesses , les seigneurs et les dames de la Cour, et autres personnes de distinction , tous déguisés en masques, au nombre, disait-on, de plus de seize cents, qui payèrent
chacun cent sols en entrant, comme si c'eût été un dernier jour de carnaval, tant il y eut d'empressement de voir le spectacle du divertissement donné à l'ambassadeur ' ; deux jours auparavant il était allé voir le cabinet curieux de M. d'Ozombrai ^, qui lui donna somptueusement à dîner. ^
— Le 21 , on publia à son de trompe une ordonnance du lieutenant général de police, qui faisait défense à tous rôtisseurs, charcutiers, et à toutes autres personnes, sans exception, de nourrir dans leurs maisons aucune volaille, ni pi(]eons ni autres animaux, sous peine d'amende et de confiscation d'iceux, au profit des malades de l'Hôtel-Dieu, afin d'empêcher la corruption de l'air.
— Le même jour, on en publia une autre, aussi à son de trompe, qui faisait défense à tous marchands merciers ou artisans d'étaler aucune sorte de marchandise sur les quais, sous les piliers des halles, sous les portes de la ville, ni dans les rues, les jours de fête et de dimanche, à peine de prison et de confiscation.
— On continuait, au vieux Louvre, de fabriquer et de marquer des pièces de cuivre rouge.
— Sur une somme de quinze mille francs , qu'un particulier reçut au Trésor royal, on lui en compta pour cinq mille livres en pareilles espèces, de dix-huit deniers, de neuf deniers et de quatre deniers, et pour les porter il eut besoin de cinq ou six crocheteurs.
— Le 23, veille de la Saint-Jean, l'ambassadeur turc,
' On avait en effet résolu de donner à l'Opéra une représentation en musique turque, mais cela n'eut pas lieu; ee fut au Palais-Royal et non à l'Opéra que se donna le bal masqué dont il est fait mention ici.
— Sans doute il s'n^jit ici de Pajol d'Ons eu Bray, intendant général des postes, qui fit don de diverses machines à l'Académie des sciences, machines qui furent plus tard transportées au Conservatoire des arts et métiers.
son fils et ses officiers furent à l'hôtel de ville pour voir tirer le feu d'artifice, qui se fait ordinairement à pareil jour, et on lui servit une collation mafjuifique.
— Les Chartreux firent alors présent au Roi d'une ruche de bronze doré, avec des glaces de cristal, par le moyen desquelles on vovait ti*availler les mouches à miel, et cette ruche fut aussitôt envoyée au château de la Muette du bois de Boulogne.
— Le sieur Firmin, sculpteur du Roi, partit alors pour aller à Madrid , travailler aux ouvrages du roi d'Espagne , avec quatre mille livres d'appointements.
— Le nommé Cartouche, fameux chef de voleurs, que l'on tâchait d'arrêter depuis plusieurs mois, était, le 22, à l'Opéra avec huit de ses camarades, où ils n'oublièrent pas d'exercer leurs talents. Douze grenadiers du régiment des gardes furent chargés d'essayer de s'en saisir; on leur fit espérer une récompense.
— Le 25 , l'ambassadem' turc et ses gens commencèrent leur ramazan ou carême, qui dure ordinairement parmi eux pendant toute la lune de juin, et qui finit en piillet. Pendant lequel temps les Turcs ne mangent ni ne boivent durant la journée, et s'abstiennent même de fumer du tabac. Mais le soir étant venu, ils mangent et boivent à discrétion , et se relèvent à minuit pour boire et manger, afin de passer plus commodément la journée.
— Le 26, on envoya six lettres de cachet à Reims, pour exiler les sieurs Baudouin, Gillot, Legros, Geoffroi, Hilet et un autre, tous chanoines de l'église cathédrale de Reims ; le sieur Gillot à Conserans, le sieur Legros à Saint- Jean de Luz. Lorsque la lettre de cachet fut envoyée à Reims, M. Legros était à Troyes, où il avait prêché pendant l'octave du Saint-Sacrement avec un aj)plaudissement général , et avec une édification extraordinaire de tous ses auditeurs.
— Le 30 de ce mois, le visa des billets de banque et
des autres papiers ("ut terminé. On y avait emj)loyé jiis(pi'à huit cents commis, tant à la Jianque royale (ju'au vieux Louvre, à raison de deux cents livres chacun par mois, pour les simples commis, et de quatre cents livres par mois pour chaque chef de hureau, qui diri[]^eait environ vin(jt-cinq ou trente commis. On y employa trois mille registres.
On assurait alors qu'il y avait pour la valeur de plus de trois ou quatre millions de ces pa])iers répandus dans le puhlic, et qu'à peine le tiers en avait paru au visa.
— On a[)prit de Lyon que le sieur Durand, commis par le conseil de santé de la même ville pour apposer le cachet ou le sceau de ce conseil sur les hallots de marchandises étrangères exemptes de quarantaine, y avait été arquebuse sur les remparts, après avoir été convaincu d'avoir reçu de l'argent pour apposer le même cachet sur des ballots de marchandises qui venaient des lieux suspects.
— Un courrier extraordinaire de Rome rapporta que le Pape avait donné le chapeau à dix cardinaux , et entre autres à M. le cardinal de llohau et à M. le cardinal de Bissy, et que le jour de la cavalcade M. le cardinal de Hoban avait donné un repas qui avait coûté vingt mille écus romains.
— Le P"" de juillet, le sieur de Romigny, docteur et neveu du sieur Charton, doyen de la Facult(i de théologie, nommé syndic de Sorbonne par une lettre de cachet, ayant commencé à parler, un docteur étonné, dit : « Quis hic loquitur? » Le nouveau syndic répliqua : « Quem rex loqui jubet. » Il y eut dans cette assemblée cent vingt-cinq docteurs qui opinèrent à faire des remontrances au Roi , et quarante-huit à n'en point faire '.
' Par lettres patentes du 30 juin, le sieur Jollain, syndic de la Faculté de théologie, avait été révorpié de cette fonction pour s'être « échappé en termes indiscrets et directement contraires
— M. de Fieubet vendit sa char^^^e de président de la chambre des comptes, moyennant cent mille livres comptant, quarante mille écus en contrats de rente sur l'hôtel de ville de Paris, et sept mille francs de pension viag;ère, que M. Mallot s'engagea de lui payer par le contrat de vente.
— Le 2, on commença à la Banque royale à faire le dépouillement des déchirations faites au visa des billets de banque et des autres papiers.
— On assurait que les commissaires du conseil avaient une liste de trente-cinq mille personnes qui avaient fait des gains immenses au commerce de toutes ces sortes de papiers, et qu'on avait résolu au conseil d'obliger ces agioteurs et les autres gens d'affaires à donner des déclarations au vrai des acquisitions qu'ils avaient faites depuis l'année 1716.
— Le 2, toutes les chambres du Parlement s'assemblèrent, les princes du sang et les ducs et pairs se trouvèrent aussi en la grand'chambre, pour juger l'affaire du duc de La Force. Mais elle fut remise au lundi suivant, à cause d'une requête qui venait d'être présentée au Parlement au nom de la communauté des marchands faïenciers, au sujet d'une nouvelle saisie de vingt-deux caisses remplies de porcelaines, et il fut ordonné que cette requête serait communiquée au procureur général et à la partie saisie qui v était dénommée.
— Gomme le temps avait été beaucoup pluvieux pendant le mois de mai et celui de juin , et qu'il avait beaucoup plu le 19 de juin, jour de saint Gervais, un officier des gendarmes fît sottement une gageure de cinquante mille francs qu'il s'obligea de payer en cas qu'il manquât de pleuvoir un seul jour pendant la quarantaine, s'étant mal à propos fondé sur l'ancien proverbe qui dit : Quand il
aux volontés du Roi, au prima mensis du mois de juin »; le sieur de Romigny avait été nommé pour le remplacer.
])leut le jour de saint Gervais , il pleut quarante jours après. Ainsi il se trouva que le temps fut très-beau et fort chaud de[)uis le 2 jusqu'au 12 juillet, comme il était arrivé plusieurs autres années, quoiqu'il fut tombé de la pluie le jour de saint Gervais; ce qui fit repentir l'officier de son mauvais pari, qui lui coûta si cher '.
— On apprit de Rennes en Bretagne, que le 28 juin il avait fait un ora(>e extraordinaire de vent, de pluie et de grêle, que les grains et les fruits de la terre avaient été entièrement ravagés dans une étendue de vingt lieues de pays entre Nantes et Vannes, et qu'à peine trois cents arbres étaient restés sur pied d'une forêt de deux lieues de longueur, ainsi que la plupart des maisons et des autres bâtiments de la campagne et des villes, qui en avaient été renversés et fort endommagés.