‹ Journal de la régenceChapitre 15 sur 32 · NOËL NOUVEAU · texte numérisé non relu

NOËL NOUVEAU

Le petit La Vrillière,

Plein d'orgueil et de vent,

Offre son ministère

A Jésus-Christ naissant :

u Faut-il courir pour vous

Ou porter quelque lettre -?

Je suis bon postillon, don, don; Dans ce seul emploi-là, la, la,

Je sais serA ir mon maître, n

' Ce parieur intrépide se nommait Billot et était d'Uzès; c'était un fou qu'il fallut faire interdire. (Voyez jMarais, Revue rétrospective , 2*= série, t. YIII, p. 32.)

^ M. de La Vrillière avait été chargé par le Régent de porter à Pontoise, où le Parlement se trouvait exilé, des lettres patentes pour l'enregistrement de la conciliation snr la constitution Uni- (jenitus. (Voyez Barbier, t. I, p. 5L)

Fleuriaii vient en Sorbonne

En pas de président ;

« Je sais qu'on nie l'ordonne,

Dit-il au Parlement;

Sei(Tneurs, excusez-moi

Si, pendant les vacances, J'ai pris la fonction , don , don ' ; J'ai cru venir par-là, la, la,

A ré(}ir les finances. ;>

De son apostasie

D'A{juesseau, tout confus.

Se cache et s'humilie;

« Sortez , lui dit Jésus.

— Si je me montre à vous,

Seigneur, c'est avec peine :

Sans vertu, sans renom, don, don, J'ai perdu tout cela, la, la,

En revenant de Fresne. »

Plein d'audace et de zèle.

Prélat contre les lois.

En vrai polichinelle

Parut l'abbé Dubois.

Le bœuf s'épouvanta ;

L'âne, effrayé, recule.

Quand il eut dit son nom, don don, Un chacun s'écria : a La, la.

C'est Dubois, qu'on le brûle! »

* Fleuriau d'Armenonville était un des membres de la Chambre royale que le Ré(»(Mit nomma pour tenir les vacations pendant l'exil du l^arlement à Pontoise; cette chambre était, comme oii l'a vu plus haut, composée de conseillers d'Etat et de maîtres des requêtes.

[1721] JUILLET. 2o5

Exempt de tout reproche,

Leblanc vient en ce lieu :

D'abord, à son approche :

« Ainsi, dit l'EnFant-Dieu ,

Toi seul avec l'honneur

Unis la politique, Sans trancher du Caton, don, don; Tu te distingf lieras, la, la.

De cette indi[;ne clique. »

— Le 8, on publia une déclaration du Koi qui ordonnait que les billets de banque qui étaient actuellement entre les mains des receveurs des consignations, seraient convertis en constitutions de rente au denier cinquante.

— Parmi les déclarations qui s'étaient faites au visa par les particuliers, les j)lus remarquables furent celles qui suivent : celle de la dame Ghaumont, de Mous en Llainaut, fut de cent vingt-sept millions; celle du sieur Fargès, de vingt millions; celle du sieur Vincent Leblanc, célèbre agioteur, de dix-sept millions; celle du sieur de Yerrus, de vingt-huit millions; celle du sieur de La Faye, secrétaire du cabinet du Roi, fut de dix-sept millions; celle du sieur André fut de deux cent cinquante et tant de mille livres en billets de banque, avec cent cinquante actions qu'il disait lui tenir lieu de deux millions.

— Le chevalier de Nangis, capitaine de vaisseau, fut nommé pour conduire l'ambassadeur turc à Gonstantinople.

— Le marquis de Beaufort, fds du comte de Saulx- Tavannes, étant passé à Madrid au service du roi d'Espagne, son régiment fut donné au duc de Boufflers.

— Le samedi 1 2 de ce mois , l'ambassadeur turc eut son audience de congé du lloi. Les archers du guet et de l'hôtel de ville bordaient les rues de son passage. Son fils , son médecin, son écuyer et un autre de ses officiers, étaient

dans le carrosse de M. de Sainctot, l'introducteur. Lequel carrosse était précédé de la compa(>nie des inspecteurs de police, vêtus d'écarlate et galonnés d'or avec des plumes sur leurs chapeaux, ayant un timbalier et deux trompettes à leur tête ; puis on vit marcher seize valets de pied turcs avec les gens de livrée du prince de Lambesc; huit pages et douze officiers turcs à cheval, suivis d'une brigade de dragons d'Orléans; puis le carrosse du Roi à six chevaux, où était l'ambassadeur à droite avec le prince de Lambesc à gauche , et sur le devant était l'intendant de l'ambassadeur avec M. de Sainctot. Le carrosse était suivi d'une compagnie d'archers de la connétablie, superbement vêtus d'habits neufs et de deux brigades de dragons d'Orléans. En cet état et avec ce cortège , l'ambassadeur arriva au Carrousel, où les troupes de la maison du Roi étaient en ordre de bataille.

— Le même jour, l'affaire du duc de La Force fut décidée au Parlement , dont le premier président exhorta ce seigneur à se mieux comporter dorénavant selon sa qualité. Il fut ensuite ordonné que le chevalier de Landais et le sieur Rernard, avocat, son intendant, et le sieur Duparc, piisonniers à la Conciergerie, seraient aussi admonestés en Parlement, et condamnés solidairement à la somme de six mille livres de dommages -intérêts et aux dépens du procès, à une amende de cent livres et à vingt livres d'aumône chacun , pour avoir agi au nom du duc de La Force dans l'achat et dans la vente des marchandises qui furent déclarées par cet arrêt bien et dûment confisquées, dont le tiers fut adjugé au profit des hôpitaux de cette ville de Paris , et le sieur Orient , que le duc de La Force avait fait recevoir marchand épicier, déclaré déchu de la maîtrise, avec défense de jamais se mêler d'aucun négoce, pour avoir débité une partie de ces marchandises confisquées, et la vente des mêmes marchandises faite par le duc de La Force déclarée nulle et simulée.

On assurait que Uis épiciers avaient fait pour dix-sept mille francs de frais dans la }>oursuite de cette affaire importante, en y comprenant trois (grands mémoires qu'ils avaient fait imprimer, dont un contenait plus de cent cinquante pages in-folio, et dont ils avaient répandu trois mille exemplaires.

— M. le comte de Toulouse résolut de faire instruire un certain nombre de jeunes gens au collège des Jésuites de Paris, dans les langues turque et arabe, pour servir un jour d'interprètes, au lieu d'en envoyer à Gonstantinople et dans les Echelles du Levant, comme on faisait ci-devant, pour éviter la dépense et la débauche où se jetaient la plupart de ces jeunes gens, au lieu de s'appliquer à l'étude des langues orientales.

Le sieur Barout, natif d'Alep en Syine, âgé d'environ trente ans, fut choisi pour les enseigner à ces jeunes gens au collège des Jésuites, avec six cents livres d'appointements, outre mille francs qu'on lui a fixés pour être un des interprètes en la bibliothèque du Roi, où M. l'abbé Bignon, conseiller d'Etat et bibliothécaire de Sa Majesté, le reçut il y a quelques années. Lequel sieur Barout entend aussi très-bien le persan , le latin , l'italien , l'anglais, et parle assez bien français, s'applique même à la médecine, à la chirurgie et à la botanique ; il a même composé une grammaire turque et française, ce qui prouve sa capacité contre le sentiment de ses envieux , et justifie le choix qu'en a fait cet illustre abbé. Il est même certain que l'ambassadeur turc dit un jour à M. le duc d'Orléans et à M. le cardinal Dubois, que le sieur Barout était très-intelligent dans les langues orientales, et qu'il «ne croyait pas qu'il y en eût d'aussi capable en France.

Le sieur de Fienne ^ , interprète du Roi en turc et en arabe, et professeur en ces langues au Collège royal, fut

' Jean-Baptiste de Fiennes, né à Saint-Germain en Laye le 9 octobre 1669, mort en 1744, célèbre drogman.

aussi nommé pour inspecteur et pour être présent aux leçons que le sieur Barout donnerait aux jeunes (jens du collé(je des Jésuites.

= — Le comte de Roure , neveu du duc de La Force, épousa, le 16 de ce mois, une des fdles de M. le marquis de Biron , lieutenant général des armées du Roi et premier écuyer de M. le duc d'Orléans.

— Le chevalier de Lorraine, frère du prince de Pons, devait épouser mademoiselle de Craon ; en considération duquel mariage le duc de Lorraine devait donner à ce chevalier la charge de grand maître de sa maison.

— Le marquis de Rebenac, capitaine au régiment du Roi , âgé de vingt ans , fils ahié du marquis de Souvré , frère du marquis de Gourtanvaux, eut le malheur de se noyer le 8 de ce mois eu se baignant dans la rivière de Marne, entre Ay et Epernay, sans avoir pu être secouru.

— Le 20, le sieiu' de Sourdeval, gentilhomme normand et écuyer de M. l'archevêque de Gambrai, secrétaire d'État, partit pour aller à Madrid complimenter le roi d'Espagne au sujet du dernier traité que ce prince avait conclu avec l'Angleterre, par lequel on assurait que les Anglais devaient garder Gibialtar et Port-Malion, et que la France devait donner au roi d'Espagne une somme pour l'équivalent de ces deux postes.

— M. de Boissy fut fait conseiller d'État à la place de feu M. de Gaumartin , son oncle, et le Roi lui accorda le bureau qu'avait M. de Gaumartin.

— On travaillait alors à fabriquer la quantité de cinq cent mille marcs de monnaies de cuivre qui devaient avoir seulement cours dans les îles de la Nouvelle-PYance.

— On assurait que madame la comtesse de Parabère s'était retirée dans un monastère, résolue d'y passer le reste de ses jours , pour réparer sa vie scandaleuse , ayant été vivement touchée de la mort subite de son valet de chambre qui était tombé mort en lui versant du café, et pénétrée

des avis salutaires que le curé de Boran-sur-Oise lui avait donués eu particulier avec beaucoup de zèle, et du parallèle que ce pasteur avait j)ul)liquement fait daus son é(jlise de la vie de ce monde avec celle de l'éternité, que cette dame avait entendu lors(pi'il y prêchait.

— Le marquis de Po)i(jnac, capitaine réformé à la suite du ré(jiment du Roi, fut cassé pour avoir enlevé à Mantes la fille du sieur de La Roque, officier de M. le duc d'Orléans.

— Le 18, l'ambassadeur turc, avec son fils, son ministre ou iman , et autres officiers, fut à la Bibliothèque du Roi, où il demeura plus de deux heures, où il parut étonné d'y voir quantité de manuscrits turcs et arabes et d'Alcorans éciits en ces langues, et tant d'autres livres rares qu'on lui fit voir. On lui donna tous les ouvragées d'Aristote imprimés qu'il avait témoigné être bien aise d'avoir, de l'ancienne édition latine. On lui fit voir aussi plusieurs autres manuscrits en vélin enrichis de très-belles miniatures, touchant l'histoire de la Bible, depuis la création du monde et du Nouveau Testament, en quoi il parut n'avoir aucune intelli^jence, comme n'étant pas l'Alcoran.

— On publia un mandement de M. le cardinal de Noailles , par lequel Son Kminence exhortait tous ses diocésains d'assister de leurs aumônes les habitants des villes affli(jées de la peste, principalement ceux d'Arles et de Toulon.

— Le 21 , M. le duc du Maine fit la revue du régiment des gardes suisses dans la plaine des Sablons.

— Le 20, le sieur Jollain, fameux graveur, achevant de souper avec sa famille en veste et en pantoufles, avec un léger bonnet noir sur la tête, à dix heures et demie du soir, fut bien étonné de voir entrer chez lui un exempt avec trois archers. L'exempt lui ayant montré une estampe, lui demanda s'il l'avait gravée et s'il en avait encore la planche. Ayant dit que non , il ouvrit son cabinet et une

armoire, où il conservait d'autres estampes pour la valeur de plus de quarante mille francs, qu'il avait autrefois gravées, ajoutant qu'ils pouvaient les visiter et chercher dans son logement si cette prétendue planche s'y trouverait; qu'il n'en avait aucune connaissance, ni de l'auteur, ni du graveur. Sur quoi l'exempt dit que cela serait trop long , et qu'il n'avait qu'à le suivre pour aller parler à M. de Baudry, alors lieutenant général de police, dans l'état où il se trouvait, sans lui permettre de prendre de souliers ni autre chose. Ils montèrent tous en carrosse qui les mena droit à la Bastille, sans s'arrêter chez M. de Baudry. Étant arrivé à la Bastille, le sieur Jollain, qui C'tait naturellement jovial, dit au gouverneur : « Vous m'excuserez, s'il vous plaît, monsieur, de ce que je parais devant vous en habit si peu décent, ces messieurs l'ayant trouvé bon. Mais, monsieur, ajouta-t-il , ne craignez-vous pas vousmême, étant revêtu d'une pareille robe de chambre, en n'obéissant pas à la dernière ordonnance du Roi qui défend de porter aucune indienne sous peine de mort? » Ce qui fit rire lé gouverneur de la naïveté de ce nouveau venu. Pendant son séjour à la Bastille, il s'ennuyait beaucoup de ne rien faire; il tourmentait un homme qui le servait de lui donner une plume, de l'encre et du papier pour s'amuser. Et comme on ne lui donnait point de couteau pour couper sa viande , il disait à cet homme : « Je ne suis pas fou, ainsi donnez-moi un couteau, voilà une pièce de cinquante sols pour m'en acheter un. » A force de répéter la même chose, l'homme prit l'argent et lui apporta un couteau.

Le jeudi 23, après dîner, le valet dit au sieur Jollain : « Depuis que vous êtes ici , vous n'avez fait que me rompre la tête pour vous donner du papier, une plume et de l'encre; mais je vous dis à mon tour que vous en alliez quérir chez vous. — Par quel endroit? dit le graveur. — Vous n'avez qu'à me suivre, dit l'autre. — Allons, dit-il.

j'y consens de bon cœur; anssi bien, je perds mon temps à chasser aux mouches. » Il hii ouvrit la porte et le mit hors de la Bastille dans le même équipa(je où il y était entre. Il envoya chercher un fiacre qui le mena chez lui, pour la consolation de sa lemme et de ses enfants, qui ne s'étaient pas coucliés la nuit de son départ, sur ce qu'il leur avait dit, comme il l'avait cru, qu'il reviendrait dans une heure. Avant que de sortir de ce lieu mystérieux, on lui fit prêter serment de ne rien dire de ce qu'il y avait vu, ni de la nourriture qu'on y servait. Sur quoi il dit : « Je dirai partout, sans blesser ma conscience , que le cuisinier est un mauvais marmiton, parce que ses ragoûts ne m'ont aucunement plu. » L'estampe dont il était alors question avait pour titre : Le Tombeau de la constitution Unigenitus. Le défunt Père Quesneî y était représenté au naturel, tenant un miroir ardent d'une main , sur lequel les rayons du soleil se concentraient de manière que les partisans de la Constitution semblait être consumés et anéantis.

Cette estampe s'était vendue d'abord cinquante sols secrètement sous cape, et peu après se vendit une pistole, et ayant été présentée à M. le duc d'Orléans, ce prince en parut si indi^jné, qu'il menaça de mort et l'auteur et le graveur, et donna ordre d'en faire perquisition. Sur quoi le sieur JoUain fut aussitôt soupçonné de l'avoir gravée, à cause de son humeur goguenarde.

— Le 23, on monta la garde aux Tuileries sans faire sonner le tambour, parce que le Roi était malade.

— M. le duc de La Force fit une protestation devant notaires contre la teneur de l'arrêt du Parlement qui l'avait condamné avec ses associés, prétendant par ce moyen faire remettre la cause sur le tapis à la majorité du Roi.

— M. d'Ormesson fut fait conseiller d'Etat' à la place de feu M. Trudaine , ci-devant prévôt des marchands.

' Par lettres patentes en 'late du 22 juillet.

— M. Ra(juet', qui avait l'honneur d'cMiseifjner la (|éo- (jrapliie au Roi, fut nommé à l'ahbaye de Rlanclielande, de l'ordre des Prémontrés; ce qui lui donna lieu de remercier M. l'abbé Ri^jnon de la place que cet illustre abbé lui avait donnée en la Bibliothèque du Roi , pour ce qui concerne la géo(jraphie, avec mille livres (ra])pointements.

— Le commissaire Gailly ayant été mis en liberté, eut une pension de deux mille livres^ pour le consoler d'avoir été si longtemps prisonnier à la Goncier^jerie.

— Le 22, il V eut conseil des finances au sujet des billets de banque et des autres papiers, et les commissaires du visa eurent ordre de donner le 29 leur avis par écrit sur les propositions qui suivent : 1° Si les notaires seraient tenus de donner copie de tous les actes qu'ils avaient passés depuis deux ans , tant pour remboursement de rentes que pour acquisitions; 2" si l'on obliquerait les particuliers de fournir des déclarations de leurs immeubles, meubles et marchandises par eux acquis, depuis l'établissement de la Gompa^jnie des Indes ; ^° si l'on établirait une chambre royale pour procéder extraordinai rement contre ceux qui auraient fourni de fausses déclarations; 4" si on dresserait une liste de tous ceux qui auraient fourni de fausses déclarations, pour les en punir par la perte des effets par eux déclarés par taxe ou autrement; 5" si l'on discontinuerait de payer à l'hôtel de ville les rentes de ceux qui n'auraient pas déclaré que les contrats par eux nouvellement acquis provenaient de remboursements de contrats de pareilles sommes.

Dans ce conseil, M. le duc de Bourbon dit, en apostrophant M. Lepeletier de La Houssaye, contrôleur général

' Gilles Beriiartl Ra(}uet, né en 1668, à Namur, mort le 20 juin' 1748, prit part à la querelle du P. Geriuon contie Mabillon; Ra(;uet était eu outre un des collaborateurs du Journal (les Savants.

2 Par brevet du 4 juillet.

(les finances : « Dans qnelle vue et par quelle raison avezvons établi le visa? — Pour en vetn'r à un arran (cernent, inonsei^^iîeur, dit M. de La Jloussaye. — N'en avez-vous pas eu tout le temps depuis un an? dit ^I. le Duc. — Et ])our en venir à la taxe de certains particuliers, dit M. de La Houssaye. — Ne ])ar!ez point de taxe, reprit le prince; on sait trop les malversations qui se sont faites dans la dernière chambre de justice; ainsi, dans celle (pie l'on prétend créer de nouveau, il airivera le même inconvénient. La moindre lémme obtiendra ce (pi'elle voudra de M. le duc d'Orléans, pour faire déchar[jer ceux dont elle espérera récompense, afin de les favoriser. Ne croyez pas que je dise ceci parce qu'il n'est ])as ici présent, j(î le soutiendrais à lui-même. » Sur quoi M. le chancelier fit un (jrand élo^je de la fermeté et du zèle que M. le Duc faisait pamître en faveur de l'Etat et du public.

On assurait aussi que M. le duc d'Orléans avait protesté qu'il n'écouterait personne pour favoriser aucun de ceux qui seraient taxés.

— Le 26, M. le duc de Bouillon, [>rand chambellan, mourut âgé de soixante-dix-huit ans ; M. le duc d'Albret prit alors le titre de duc de Bouillon, et succéda à la charge de grand chambellan , dont il avait obtenu la survivance.

— Le 29 , l'ambassadeur turc avec son fds et toute sa suite à cheval, fut à Chantilly, où M. le duc de Bourbon le reçut magnifiquement, et y coucha deux nuits.

— Le 26 , on publia à son de trompe une ordonnance du lieutenant général de j>olice qui fit défense aux porteurs de chaises et aux meneurs de brouettes d'exposer dorénavant leurs voitures sur le parvis de l'église Saint- Eustache, sous peine de cinquante livres d'amende et de punition exemplaire, en cas de récidive, et aux décrotteurs de souhers, vagabonds et gens sans aveu, de s'attrouper davantage sur le même parvis, à peine de punition. Cette

ordonnance fut sagement rendue sur les plaintes des marguilliers de cette église paroissiale, à cause du scandale, des jurements et des blasphèmes que ces sortes de gens faisaient tous les jours en cet endroit , et de ce qu'ils troublaient souvent le service divin.

— Le 27, un courrier extraordinaire de Rome arriva au Palais-Royal, avec avis que sur les instances du Roi et de M. le duc d'Orléans, le Pape avait enfin bien voulu comprendre M. l'archevêque de Cambrai, secrétaire d'Etat, dans la promotion que Sa Sainteté avait faite de plusieurs cardinaux.

— Le même jour, le sieur de Lorenchère, premier commis de M. de Turmenyes de Nointei, garde du Trésor royal, fut mis à la garde de quatre exempts : il était accusé d'avoir pastagé avec huit notaires de Paris les souunes qu'ils exigeaient mal à propos des particuliers qui prenaient des rentes nouvellement créées sur les aides et sur les gabelles. M. le contrôleur général des finances manda ces notaires pour rendre compte de leur conduite, pour avoir en cela contrevenu à l'édit de création.

— M. de Pontcarré , premier président du parlement de Pvouen , afin de prévenir la communication du mal contagieux, fit faire alors de grandes provisions de blé et d'autres choses nécessaires à la vie en faveur des pauvres; de quantité d'habits, de chemises et d'autres linges, pour en distribuer aux matelots à mesure qu'il en arrivait à Rouen sur des bâtiments, afin de leur faire quitter leurs bardes à leur débarquement, ainsi qu'il se pratiquait en Hollande. On faisait monter cette dépense à six cent mille livres, et les frais de la garde à douze mille livres, qui se prenaient sur les revenus de la province de Normandie.

— Le Roi donna à M. le cardinal de Polignac des assignations pour la somme de cinquante mille livres par an, à prendre sur les revenus des domaines de Sa Majesté pour

[1721] JUIJ.LET. 275

plusieurs années, afin de faciliter l'acquit des dettes de ce cardinal.

CHANSON

Sur l'air : Ton humeur, etc.

Or, écoutez la nouvelle Qui vient d'arriver ici ; Rohan, le commis fidèle, A Rome a bien réussi :

Chargé par Dubois , son maître , Pour acheter un chapeau , Nous allons le voir paraître Sans couvrir son (jrand cerveau.

Vous pouvez, avec justice,

Admirer Sa Sainteté,

Qui transforme en écrevisse

Un vrai maq passé.

Après un si beau miracle, Son infaillibilité Ne doit pas trouver d'obstacle Dans aucune Faculté.

Les mœurs de cette Eminence,

Son esprit, sa probité,

Sont aussi connus en France

Que sa grande qualité;

L'on sait aussi les services

Qu'il a rendus au Régent;

L'on dit qu'à de tels offices Fillion ' à Fontevraiilt prétend -.

— Le 30, il y eut une {grande fête à Saint-Cloud en la maison qui a servi de lo(jement à l'électeur de Bavière , que M. le duc d'Orléans avait fait acheter et payer pour y lofjer la dame d'Averne, dont le mari était lieutenant au ré(jiment des (jardes , et à qui ce prince fit donner le [gouvernement de Navarrens en Béarn ; laquelle dame eut assez d'a^jréments pour plaire à Son Altesse Royale depuis la retraite de la comtesse de Parabère ^. Les personnes invitées à ce repas furent, M. le duc d'Orléans, M. de Vendôme, ci-devant (jrand prieur de France, le duc de Brancas,

* Célèbre entremetteuse.

2 Voici une autre chanson qui fut faite à ce sujet :

Oi', écoutez, petits et {jrauds,

Un adinirahle événement,

Car l'antre jour notre Saint-Père,

Après une courte; prière,

A, par un miracle nouveau,

Fait un rouget d'un maq

Pour célébrer plus dignement Un miracle si surprenant.

Seigneur, écoutez ma requête, Et, dans l'antienne de la (cte, Exemptez-nous du Reriuiem.

Domine y saluuni fac Regcm.

^ Le mari de madame d'Averne tombait du haut mal, et celle-ci s'en consolait avec le marquis d'Allincourt, lorsque le Régent jeta les yeux sur elle. Outre les cadeaux dont il est parlé ici , madame d'Averne reçut encore du duc d'Orléans une corbeille de noces; ce fut alors qu'elle se rendit et que d'Allincourt fut délaissé. Cette affaire se traita comme se traitent de nos joins les mariages d'argent; il y avait seulement dans ce contrat un avanta^je, c'est qu'il était résiliable à la volonté des parties.

Mathieu Marais, Revue rétrospective , 2*^ série, t. VIII, p. 25, et Barbier, t. I, p. 94, racontent aussi ce fait.

le maréclial et la maréchale d'Estrées, madaine de Flavacourt, madame de Tilly, madame du Déliant ', le maic[uis de Biron , le marquis de La Fare, le marquis de Simiane, le comte de Grancey, le comte de Senneterre, le marquis de Lambert, le comte de Miton , le comte de Giermont, M. de Far(jès. On disait que madame la douairière n'y fut pas oubliée. Après le souper, (|ui fut des plus somptueux, et où chacun était bien reçu, il y eut un bal où se trouvèrent un très-(jrand nombre de personnes de Paris en masque, et qui dura jusqu'au lendemain matin. La maison fut illuminée de quatorze mille lampions , ajustés en diverses figures, pour donner d'autant plus d'éclat. On assurait que cette fête avait coûté cent mille écus.

La dame d'Averne eut la précaution de se faire assurer un fonds de vingt -deux mille livres de rente, avec une maison à Paris, rue de lUchelieu, vis-à-vis la rue Saint- Marc, que le comte de Reynolds, colonel suisse, tenait à loyer et qu'il fut obligé de céder; avec une autre maison en la même rue de Richelieu, proche la fontaine, qui appartient à la dame Blain. Elle se fit aussi donner des habillements superbes, et entre autres une robe longue enrichie de boutons de diamants, estimés seuls cent mille francs.

— Par le contrat de mariage conclu entre M. le marquis de Villars, fils de M. le maréchal de Villars, et de mademoiselle d'Ayen, fille de M. le duc de Noailles, il était stipulé qu'elle aurait pour sa dot quatre cent mille livres en contrats de rente, créées sur l'hôtel de ville et sur le clergé, et que M. le duc de Noailles lui abandonnait ses prétentions siu' la succession du feu duc de Mantoue.

— Le feu duc de Bouillon, par son testament, légua une somme de quarante mille livres, une fois payée, au comte d'Auvergne, second fils du duc d'All)ret, et une

' Marie de Yichy-Gliaiuroncl , marquise du Deffand , née en 1G97, morte en 1780, eut, dit-on, une liaison avec le duc d'Orléans, à qui succéda le président Iléiiault.

pareille somme au fils du prince d'Au\er(^ne, qu'on appelait ci-devant le chevalier de Bouillon , qui n'avait alors que six mois, quinze cents livres de pension viagère au sieur Falconnet ', son médecin, et différents legs à ses domestiques.

— M. l'abbé de Saint- Albin fut nommé coadjuteur de l'évêché de Laon, et en cette qualité il alla faire sa profession de foi entre les mains du nonce du Pape.

— M. le duc de Chartres acheta la maison de Ménilmontant, qui appartenait à M. Lepeletier de Souzy. On devait en agrandir le parc et le pousser jusqu'à Bagnolet, afin de le joindre à celui de madame la duchesse sa mère ; et pour cet effet acheter les terres qui se trouvaient entre ces deux parcs, à raison de quatre cents livres l'arpent.

— Le 27, le Roi fit l'honneur de donner la calotte au cardinal Dubois , après laquelle cérémonie il détacha sa croix d'archevêque, et en fit présent à M. l'évêque de Fréjus, qui ne voulut l'accepter qu'à condition d'en donner la valeur aux pauvres.

— Suivant les avis d'Aix en Provence, la contagion y étant presque cessée , les bourgeois se régalaient entre eux en pleine rue , et qu'à Toulon il n'y avait aucun malade depuis le 17 juillet, et que les environs commençaient aussi à se nettoyer.

— On apprit alors de Vienne en Autriche que le mariage de l'archiduchesse Joséphine était résolu avec le

' Camille Falconnet, né à Lyon le 1" mars 1681, mort le 8 février 1762. « Sa riche collection de livres se trouve à présent, dit M, Ravenel dans ses notes sur Bacliaumont, à la Bibliothèque impériale, et y forme \e fonds Falconnet. On les distin(j^ue aux crochets dont leurs titres sont entourés. »

L'auteur du Journal fait peut-être ici une confusion; il est probable que les quinze cents livres de pension viagère dont il parle comme ayant été légués à Falconnet par le duc de Bouillon, sont ceux que le Roi lui assigna au mois d'août 1721 pour les soins qu'il reçut tle lui pendant sa maladie.

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