AGIT
prince de Piémont, fils du duc de Savoie, roi de Sardai(;ne, au préjudice du prince électoral de Bavière.
— Le 31 , le Roi se trouva mal, étant à la messe cpie le clergé de la j)aroisse de Saint-Germain l'Auxerrois célébrait solennellement dans la chapelle des Tuileries, à cause .de la fête de ce saint évéque, lorsqu'on présenta l'encens
à Sa Majesté. Il pnt seulement un peu de bouillon à dîner. La fièvre survint; sur les quatre heuies apiès midi ou lui donna un remède qui ne modéra point la (lèvre ni son mal de tête. Le lendemain la fièvre redoubla sur les (piatre heures après midi. On le sai(>na du l)ras. Gomme on craignait le transport au cerveau, il fut saigné du ])ied ' à onze heures du soir. Il dormit jusqu'à deux heures du matin. On lui donna quatre lavements, l'un après l'autre, pour amollir son ventre. Sur les six heures du matin on lui fit prendre de la manne avec demi-grain d'émétique, ce qui le fit vomir. Sur les neul heures on lui en doniia un grain et demi dans du bouillon , ce qui le fit vomir trois fois , et l'évacuation par bas fut si considérable , que sur le midi on le trouva presque sans fièvre et entièrement soulagé.
— Le 2*^ de ce mois d'août, les chambres du Parlement s'assemblèrent sur les onze heures du matin ; après avoir ouï le rapport du procureur général de l'état de la maladie du Roi , la Cour ordonna par un arrêt que la châsse de sainte Geneviève serait découverte.
— Le même jour, ^I. le cardinal de Noailles envoya ordre à toutes les églises de la ville et du diocèse de Paris, de faire des prières publiques avec exposition du saint sacrement.
^ D'après l'avis de Jcan-Claude-Adrieii Ilelvétius, qui fut considéré conune le sauveur du Roi et ol^tint poiu' cette cnre une pension de dix mille livres. Ilelvétius, né en 1G85, mort en 1755, fut père de Claude-Adrien, auteur du livre de l'Esprit, qui naquit en 1715 et mourut eu 1771.
280 JOURNAL DE LA IlÉGENCE.
— Le même jour, le redoublement de fièvre arriva sur les trois heures après midi ; le soir à neuf heures , le Roi dormit jusqu'au lendemain dimanche cinq heures du matin, et s'ètant éveillé, on lui donna un bouillon, puis il dormit encore près d'une heure ; le reste de la journée il parut assez (]fai ; sur le soir on lui donna un lavement ; lé 4, on le purgea lé^jèrement.
— L(î même jour, le Parlement lit chanter le le Deum dans la grande salle du Palais.
— Madame la duchesse de Ventadour resta toujours auprès du Roi pendant cette alarme, et ne le perdit point de vue.
— M. le dnc d'Orléans y resta le samedi jusqu'à trois heures après midi.
— On assurait que, comme le Roi paraissait dangereusement malade, M. le duc d'Orléans avait, le 2 de ce mois, fait enlever tout l'argent comptant qui s'était trouvé dans les caisses des receveurs généraux et particuliers des finances et même de la Banque, pour les garantir du pillage, en cas que Sa Majesté vint à mourir.
— Le lundi 4, on fit des feux par toute la ville et dans tous les faubourgs de Paris, en réjouissance du rétablissement de la santé précieuse du Roi ' .
— Le 5 , les cor[)s des métiers s'attroupèrent avec des tambours et des timbales, ayant tous la bouteille et le verre en main , avec des cocardes de ruban bleu et blanc à leurs chapeaux, et en cet état allèrent par bandes jusqu'à la grille du Carrousel, buvant à la santé du Roi et criant Vive le Roi! de toute leur force.
Les harengères de la halle ne manquèrent pas de se distinguer en cette occasion. Elles se mirent dans des car-
' Au moment de sa giiéiison, par brevets en date du 9 août, Louis XV assigna des pensions de quinze cents livres aux médecins qui avaient été appelés en consultation près de lui , et qui étaient Silva, Gélv? Dumoulin et Ealcounet lils.
rosses avec des violons et avec une ])rovision de bouteilles de vin. Etant descendues de carrosse, elles entrèrent dans le jardin des Tuileries, et vis-à-vis de l'appartement du Roi , elles formèrent plusieurs danses en rond au son des violons, et de temps en temps se mettaient à boire à la santé du Roi et à crier : Vive le Roi, malgré la Régence au diable! Le Roi, qui ])arut au balcon, leur envoya quatre louis d'or, ce qui leur fit redoubler leurs cris de joie et promirent de lui donner un estur^jeon.
Madame de Saint-Pierre, cbarmée de la bonne bumeur de ces femmes, se mêla avec elles et se mit à danser, et les emmena dans son bôtel où elle leur donna à dîner, leur fit grande cbère et leur fit boire d'excellent vin de Bour(]0(jne , qui les fit chanter et dire bien des contes qui la faisaient presque pâmer de rire , sans épargner la Régence ni les billets de banque, qu'elles disaient n'être propres qu'à torcher leurs derrières.
Les charbonniers de la Grève , vêtus comme on les voit à leur travail, avec du linge aussi noir ([ue le charbon qu'ils portent, avec des cocardes de ruban bleu et blanc à leurs chapeaux, et ayant tous la bouteille et le verre en main, passèrent de même en revue.
Les porteurs d'eau des quartiers voisins du Louvre s'attroupèrent de même, honunes et femmes, pour solenniser la fête de la même façon.
Les charretiers des ports de cette ville y furent en corps ; le fils de l'un d'entre eux était à cheval, beau de visage, blond, et de l'âge du Roi, qui l'ayant remarqué, le fit son premier postillon, avec douze cents livres de pension.
— Le 3 , par un mandement particulier de M. le cardinal de Noailles , on découvrit la châsse de sainte Geneviève, et on fit des prières publiques dans toutes les églises, avec exposition du saint sacrement, pour obtenir de Dieu le rétablissement de la santé du Roi , et pour cet effet se trouvaient remplies de toutes sortes de personnes.
— Le G, on chantu le Te Deiwi en l'é^jlise de Notre-Dame , où toutes les cours souveraines assistèrent. Le même jour les marchands du palais le firent chanter dans la grande salle, à leurs frais communs.
— Le 5 , on continua de faire des feux par toute la ville, et les bourgeois buvaient ensemble en pleine rue à la santé du Roi.
Le même jour, on tira, le soir, un feu d'artifice devant l'hôtel de Coudé, et on y défonça deux tonneaux de vin, dont buvait qui voulait à la santé du Roi.
— Le 7, les officiers du gol)elet et de la bouche du Roi firent chanter le Te Deum en l'église des Petits-Pères de la place des Victoires , et firent des distributions de viande et de cent bouteilles de vin à ces religieux, et se régalèrent avec eux dans leur réfectoire , ce qui coûta six mille francs à ces officiers.
— Le 4, M. le duc de Chartres étant tombé malade, fut saigné du bras et du pied.
— Peu auparavant sa maladie, le Roi jouant avec M. le duc de Chartres et ayant perdu huit cents livres, le Roi lui donna un billet de banque de mille livres, et dit à ce prince : « Rendez-moi tout à l'heure deux cents livres. » M. le duc de Chartres avant dit que les billets de mille livres ne valaient plus tant, le Roi lui répliqua : « C'est la monnaie de monsieur votre père , vous ne pouvez pas refuser ce billet. » Sur quoi M. le duc de Chartres donna le supplément sans rien répliquer davantage.
— On assurait que les déclarations faites au visa par les seuls particuliers de Paris montaient à la valeur de la somme de deux milliards trois cent vingt millions deux cent soixante et onze mille cent vingt livres, en contrats et en billets de banque, et à la quantité de soixante-six mille quatre-vingts actions et deux dixièmes d'action.
— M. le cardinal Dubois se dispensa pendant quelques jours d'entrer au conseil de Régence, parce qu'il préten-
dait avoir la préséance, à cause de sa nouvelle di^jiiilc de cardinal, et M. le marquis de La Vrillière y faisait le l'apport des affaires à la place de Son Eniinence.
— Le visa des déclarations de Paris ayant fini le 2 de ce mois , on commença à viser celles des provinces du royaume.
— Le 7, il entra une troupe d'ouvriers dans la cour du Palais- Royal, criant Vive le Roi! parmi lesquels on en observa un qui était vêtu grotesquement, ayant un nez postiche d'une grande longueur, au-dessous duquel nez on voyait un écriteau qui contenait ces mots : J'ai un pied de nez, dont on faisait une malicieuse application à M. le Régent.
— Le 8 , les comédiens français donnèrent gratis la comédie au public, et le soir ils firent à leur hôtel une grande illumination et tirèrent un feu d'artifice.
— Le 9, l'académie de l'Opéra fit la même chose.
— Le même jour, les bateliers, en camisole blanche, en bas et souliers blancs , avec des cocardes de ruban bleu et blanc sur leurs chapeaux gris, marchant deux à deux avec un tambour, allèrent au Louvre crier Vive le Roi! et • ensuite au Palais-Royal, où l'on observa que M. le Régent s'était retiré par deux fois du balcon pendant leurs cris de joie.
— Le 11 , une troupe de vingt-cinq garçons, tailleurs d'habits et perruquiers , tous Languedociens , en chemise de fine toile de Hollande, avec un large ruban bleu et rouge passé en écliarpe de côté et d'autre , en culotte de futaine blanche, avec des bas blancs et des souliers blancs à talons rouges, des gants blancs à leurs mains et des plumets blancs et bleus sur leurs chapeaux, et de pareils rubans aux bras pour nouer les manches de leurs chemises , avec une douzaine de grelots à chaque jambe , tous vêtus l'un comme l'autre, à l'exception de deux d'entre eux qui avaient des rubans blancs brodés d'or en écliarpe
sur leurs chapeaux, et à côté du genou en jarretière, ayant J'un et l'autre chacun une baguette à ki main, entortillée de ruban bleu avec une étoffe de pareil ruban au bout, et un autre qui leur servait de commandant, qui semblait être monté sur un cheval artificiel, richement harnaché, dont la housse était brodée d'or, avec un caparaçon qui pendait presque à terre. En cet état ils allèrent au palais des Tuileries à quatre heures après midi , dansèrent devant le Roi la danse du cheval , auquel un de la troupe présentait de l'avoine dans un tambour de basque, en dansant comme les autres au son d'un basson et de trois hautbois. Leur appareil revenait à cinquante ou soixante livres chacun. Le Roi fut si charmé de les voir danser et de cette nouvelle galanterie, qu'il leur fit donner dix louis d'or.
— Depuis le 4 de ce mois, on ne vit que réjouissances de la part des artisans de cette ville, et qu'affiches de Te Deiim , qui se chantait tous les jours en plusieurs églises , en actions de grâces du rétablissement de la santé du Roi.
— Le 7, M. le cardinal de Noailles fit chanter solennellement le Te Deimi à Notre-Dame, en exécution de la lettre du Roi ', datée du jour précédent, auquel assistèrent M. le
* Lettre de Louis XV au cardinal de Noailles , pour faire chanter le Te Deum à Notre-Dame.
a Mon Cousin, je viens de recevoir une nouvelle marque de la protection de Dieu dans la maladie courte, mais dangereuse, dont la Providence m'a tiré. J'ai senti dans cette occasion et son pouvoir et sa bonté ; l'un et l'autre m'engagent à lui témoigner ma soumission et ma reconnaissance. C'est par d'humbles actions de grâces que je dois m'acquitter de ces justes devoirs, et les tendres témoignages que j'ai reçus de mes sujets m'assurant qu'ils seconderont avec zèle ces sentiments, je vous fais cette lettre de l'avis de mon oncle le duc d'Orléans, régent, pour vous dire de faire chanter le Te Deum dans l'église métropolitaine de ma bonne ville de Paris, au jour et à l'heure que le graud maître ou le maître des cérémonies vous dira de ma part.
duc d'Orléans, tous les princes, princesses, sei^jneiu^s et dames de la cour, (juarante-deux archevêques ou evêques, les cardinaux, le Parlement, la chambre des comptes et les autres cours souveraines, en rol^es rou^jes.
— Le G , M. le maréchal de Villeroy fut ouïr la messe à Sainte-Geneviève, pour une pareille action de (grâces. Le sacristain lui dit alors qu'un jeune homme, par un zèle particulier, lui avait coiisi^jné une somme de trente livres pour faire dire des messes à cette intention. Le maréchal en ayant fait le rapport au Roi, Sa Majesté ordonna de faire en sorte que l'on pût savoir qui était ce jeune homme si bien intentionné. Après plusieurs perquisitions , on apprit enfin que c'était le fils d'un marchand de chevaux, lequel jeune homme eut ordre de paraître devant le Roi, qui, après lui avoir témoi^jné de lui savoir bon [jré de son zèle, lui donna une charge d'écuyer de ses écuries, d'autant plus que ce jeune homme montait très-bien à cheval et se connaissait parfaitement en chevaux.
— Le 8 , les marchandes de marée de la halle, la dame Desmarets à leur tète, qui porta la parole, allèrent au palais des Tuileries, où elles présentèrent au Roi un esturgeon de huit pieds de longueur, qu'elles avaient orné de rubans et de fleurs, ce qui leur revenait à la somme de neuf cent cinquante livres.
— Le même jour, on mit à la Conciergerie le sieur Gibert, agent de change, rue de Montmorency, pour avoir payé le 7® une lettre de change de quatre cents louis d'or altérés et de marque étrangère. On trouva encore chez lui dix-sept cents pareils louis d'or, qu'il déclara lui avoir été remis par des marchands de Lille en Flandre.
Je lui ordonne d'y convier mes cours et ceux qui ont coutume d'y assister.
» Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, mon Cousin, en sa sainte et digne garde.
» Ecrit à Paris, le 4 août 1721. »
— Le Père Qiiinquet, théatin , célèbre prédicateur, fut nommé évêque de Tillopolis in pardbus infideliiini , pour être suffrngant de l'archevêché de Cambrai '.
— Le V^ de ce mois, M. le chevalier de Saintot, introducteur des ambassadeurs, présenta à l'ambassadeur turc les présents du Roi , qui consistaient en ce qui suit : Quatre grands tapis de pied , de la manvifacture de la Savonnerie de Chaillot; une ag^rafe de diamants et d'émeraudes pour servir à son porte-sabre; deux (grands miroirs, dont la glace du plus petit était de quatre-vingts pouces de haut; deux commodes; deux bureaux; une bibliothèque garnie de glaces et un grand coffre, le tout de très-belle marqueterie, garni de mufles de lions, et d'autres ornements de bronze doré; un fusil damasquiné d'or; deux paires de pistolets de la même façon; deux grandes pendules; plusieurs montres, plusieurs tabatières et autres bijoux d'or, d'argent et d'écaillé de tortue, et pour le fds de cet ambassadeur, une très-belle pendule, une lampe pour servir à lire; deux fusils; deux paires de pistolets comme ceux du père, et des bijoux d'or et d'argent.
— Le même jour, au prima mensis , le sieur Romigny, nouveau syndic de Sorbonne, notifia à l'assemblée des docteurs en grand nombre une lettre de cachet qui lui avait été envoyée le jour précédent, par laquelle il leur était fait défense, de la part du Roi, de s'assembler jusqu'au premier jour d'octobre; sur quoi ils se séparèrent aussitôt sans rien délibérer.
— Suivant les avis de Toulon, du 17 juillet, il n'y restait plus que cinq mille personnes de vingt-cinq mille habitants qu'il y avait avant la contagion, le surplus en étant mort.
Qu'à Marseille, il en était mort plus de quatre-vingt mille personnes.
' Le P. Quinquet ne fut pas nommé évoque de Tillopolis; c'était M. Marin-Labbé qui était revêtu de cette dignité.
Que dans toute la Provence, il ne se trouvait que dix villa^jes où le mal n'avait pas encore pénétré; mais (jue les habitants y languissaient de faim et d'autres misères, pour ne pouvoir tirer de provisions d'aucun endroit pour leurs besoins, tous les [)assa[jes étant (jardés par des troupes pour empêcher l'entrée et la sortie d'aucune personne, sous peine de la vie,
— Le 14, on publia un arrêt du conseil d'Etat qui faisait défense de commercer aucun billet de banque visé ou non visé, sous peine de mille livres d'amende et de punition exemplaire.
— Le 18, on con^jédia cinq cents commis du visa ^ de huit cents qui y étaient employés.
— Les troupes de France eurent ordre d'évacuer Fontarabie et le fort de Saint-Sébastien.
— Le 10, on amena ici à la Conciergerie les deux marchands de Lille en Flandre qui fournissaient des louis d'or de fausse marque au sieur Gibert , agent de change, dont on a ci-devant parlé.
— Le 18 , le Roi fut ouïr la messe à Notre-Dame, et le 22 à Sainte-Geneviève.
— Le même jour, le Parlement, la chambre des comptes, la cour des aides et la cour des monnaies furent complimenter le Roi sur le rétablissement de sa santé.
— Le 19, le grand conseil, l'Université et l'Académie française firent la même chose.
— Le 21 , on brCda à l'hôtel de ville la quantité de soixante-huit mille six cent soixante et une souscriptions de primes de mille francs chacune, pour la valeur de soixantehuit millions six cent soixante et un mille livres.
— On écrivait de Normandie que les riiarchands de la foire de Guibray avaient fait chanter le Te Deiim en pleine campagne, avant que de commencer la vente de leurs marchandises , en actions de grâces du rétablissement de la sauté du Roi.
— Le duc de Boiifflers devait ])ientôt épouser mademoiselle de Villeroy, fille de M. le duc de Villeroy '.
Le duc de Montmoreucy, fils de M. le duc de Luxembourg, devait épouser uiademoiselle d'Auvergue, fille de M. le duc de Bouillon.
Le marquis de Lan(j;eac devait aussi bientôt épouser une fille de M. le marquis de Biron.
— On écrivait de Home (jue M. le duc d'Orléans avait depuis peu fait acheter du duc de Bracciano plusieurs excellents tableaux pour une somme de quatre-vin^jt-dix mille écus romains , outre mille pistoles de présent ou de pot-de-vin. Lesquels tableaux étaient échus au duc de Bracciano, parmi les effets de la succession de don Livio Odescalchi , ([ui les avait achetés des héritiers de la reine Christine de Suède ^, qui les avait apportés de Suède à Rome, et que le grand Gustave-Adolphe, roi de Suède, père de cette princesse, avait trouvés dans Prague en Bohème, lorsqu'il se rendit maitre de cette place, où le général Gallatz ^ les avait transportés après les avoir pris à Mantoue"^.
— On apprit de Brives-la-Gaillarde en Limousin , que pendant que les habitants faisaient des feux de joie sur la nouvelle de la promotion de M. l'archevêque de Cambrai, leur compatriote, au cardinalat, un orage était survenu avec tant d'impétuosité, que le vent avait élevé des étin-
* Ce mariage eut lien; mais le duc do Bouffiers avait, il paraît, des goûts assez singuliers. Marais parle d'une aventure qu'il eut avec le marquis de Ram])ures dans un bosquet de Versailles. (Vovez Revue rélrospectlve , 2' série, t. VIII, p. 321.)
— Christine, reine de Suède, fille de Gustave-Adolphe et de Marie-Eléonore, princesse de Brandcl")oiirg, naquit le 8 décembre 1626, et mourut à Rome en 1689.
^ Mathias Gallas, feld-maréchal des armées impériales, né en 1589, mort eu 1647.
^ La collection de la reine Christine a été décrite deux fois : 1° par Ilavercamp, sons le titre Niumnophylachun re<jlnœ Clirîstùiœ, 1742, in-fol.; 2<* dans un ouvrage intitulé Miisœuin Odescalcum.
celles dans la charpente de la principale é(jlise, de telle sorte qu'elle en avait été entièrement brûlée, malgré tout ce qu'ils avaient pu faire pour empêcher cet incendie.
— Le jour de saint Louis au soir, il y eut un concert de voix et d'instruments aux Tuileries, n'ayant j)u se faire la veille à cduse d'un grand orage de pluie, de vent impétueux et de tonnerre. Et au milieu du concert on tira un feu d'artifice sur le bord du bassin, qui représentait les travaux de Vulcain , et l'artifice fut en si grande quantité et si vif, que quatre artificiers en furent dangereusement blessés et portés à l'hôpital de la Charité.
— Le même jour au matin, M. le prince de Gonti fit présenter au Roi pour son bouquet plusieurs cages qui renfermaient cent dix perdreaux rouges, que Sa Majesté fit aussitôt porter au château de la Muette, pour les lâcher dans le parc du bois de Boulogne.
— La veille de saint Louis, les garçons ouvriers de tous les métiers du faubourg Saint-Antoine, proprement vêtus, au nombre d'environ quatre cents, avec timbales, tambours , fifres , trompettes et hautbois , allèrent au Louvre présenter au Roi un oranger très-bien rempli de fleurs et orné de quantité de rubans bleus et blancs, avec de pareilles cocardes à leurs chapeaux. Sa Majesté leur ayant fait jeter phisieurs poignées de pièces de cinquante sols, fut étonnée de ce qu'aucun de ces jeunes gens ne s'était baissé pour en ramasser. M. le maréchal de Villeroy leur en ayant fait demander la raison, ils répondirent qu'ils suppliaient seulement Sa Majesté de leur accorder la continuation de leurs privilèges et de la franchise du faubourg Saint-Antoine, que M. le duc d'Orléans voulait faire supprimer, ce que Sa Majesté eut la bonté de leur accorder.
— Le 4 de ce mois, le régiment d'Orléans et un autre régiment d'infanterie, avec un autre régiment de dragons, eurent ordre de marcher dans le Gévaudan , pour en occuper- les passages, afin d'empêcher la communication
de la peste, que l'on assurait faire du rava(je dans le Gévaudan, à Saint-Flour, à Riom en Auverg^ne , et au voisinage de Glermont.
— M. l'abbé de Saint-Albin reçut alors de Rome la dispense d'âge pour être admis aux ordres sacrés et à celui de la prêtrise.
— On mit à la Bastille un chanoine de Presbourg en Hongrie, pour l'obliger de rendre compte des sommes qu'il avait touchées pour le prince Ragotzki , depuis que ce prince est hors de France et à Gonstantinople, lequel avait chargé ce chanoine de gérer ses affaires à Paris, n'ayant, depuis tout ce temps, rien envoyé à ce prince, qui avait cent cinquante mille livres de rente sur l'hôtel de ville de Paris.
— Le 31 août, les bateliers tirèrent l'oie au-dessous du pont Royal ; plusieurs jeunes gens d'entre eux se jetèrent ensuite dans l'eau en nageant, pour exciter des chats et des canards qui faisaient plonger les chats malgré eux. Ce qui donna beaucoup de plaisir au Roi , qui regardait ce spectacle étant au pavillon qui est en cet endroit. Ensuite, une fdle, une femme et trois hommes dansèrent et voltigèrent sur une corde tendue au-dessus de la rivière; leur Gilles vêtu grotesquement y dansa aussi à son tour avec des sabots à ses pieds.
— Le fils du sieur Bizoton, commissaire au Chàtelet de Paris, obtint alors la charge de procureur général et de garde du sceau du conseil souverain établi à Saint- Domingue à la Nouvelle-France, et épousa une nièce du sieur de La Forcade, premier commis du bureau de la marine.
— Au commencement de ce mois, on distribua aux commis employés au visa du Louvre une somme de deux cent soixante-dix mille livres pour leurs salaires du mois de juillet, et l'on en congédia un grand nombre, de sorte qu'il n'y en restait plus que soixante.
— Comme on parlait depuis quelque temps du mariage du Roi , voici la lettre que le roi d'Espa^jne lui écrivit à ce sujet : « C'est un (jrand plaisir et en même temps un grand bonheur pour moi, que la première lettre que j'écris de ma main à Votre Majesté soit sur un sujet si conforme aux liens du sang qui nous unissent, et à la tendre inclination de mon cœur pour elle. Les sentiments conformes à ma naissance que j'y ai conservés, et les paroles pleines de sagesse et de bonté que le feu Roi mon grand-père me dit dans le temps de notre séparation et qui y sont profondément gravées, aussi bien que dans mon esprit, m'ont toujours fait souhaiter avec ardeur de voir affermir et fortifier par de nouveaux liens l'union étroite et l'amitié qui doit toujours subsister dans notre maison. Dieu semblant donc en avoir préparé les moyens en me donnant une fille dont l'âge est proportionné à celui de Votre Majesté, je crois remplir les desseins du feu Roi mon grand-père et même ceux de la Providence, et satisfaire en même temps aux mouvements de ma tendre amitié pour elle, en lui proposant, comme je le fais aujourd'hui , d'assurer dès à présent son mariage avec l'infante ma fille, et de la faire passer en France pour y être élevée et formée dans les principes conformes à l'état où elle sera appelée, et qui puisse remplir les vœux sincères que je ferai toujours pour le bonlieur de Votre Majesté et pour les avantages d'un royaume où j'ai pris naissance et qui a tant contribué à me maintenir sur le trône où Dieu m'a appelé. J'espère que Votre Majesté recevra avec plaisir une proposition si conforme à notre proximité et à l'amitié parfaite qui doit êtie entre nous, et qui me comblera de joie par le désir que j'ai de lui marquer toute la sincérité de mes sentiments pour elle.
» Signé Philippe.
') Ecrit à l'Escurial, le 3 de septembre 1721. »
Cette lettre fut lue le 14 au conseil et approuvée gcnéraiement, et il y fut aussitôt résolu d'accepter la proposition du roi d'Espa^fjne.
L'infante n'avait pas encore quatre ans accomplis', et le Roi était né le 15 de février 1710.
— Le même jour 14 de septembre, il fut résolu au conseil que les notaires seraient contraints de fournir des déclarations de tous les contrats d'acquisitions qu'ils avaient passés depuis l'établissement de la Banque rovale.
— Madame la duchesse de Ventadour fut nommée gouvernante de l'infante d'Espa^jne.
— Le 19, M. l'abbé de Saint-Albin fut ordonné prêtre par M. l'évêque de Viviers, au séminaire des Bons-Enfants.
— M. le maréchal de Tallard fut nommé pour aller à Madrid en qualité d'ambassadeur de France.
— Le 18, on brûla à l'hôtel de ville soixante-quatorze mille neuf cent quarante-six actions de la Compagnie des Indes et d'Occident ; cinquante mille trois cent trente-six actions qu'on appelait dividendes, et quatre-vingt-treize mille dixièmes d'actions intéressées.
— Quelques jours auparavant on enregistra au Parlement les lettres patentes qui ordonnaient la démolition du petit Clîàtelet , et qui en donnaient l'emplacement à l'Hôtel-Dieu ^
On avait aussi résolu la démolition des deux pavillons du collège Mazarin , comme étant trop avancés sur le quai et le rendant trop étroit.
— Une compagnie de gens d'affaires offrit deux cent cinquante millions au conseil pour équivalent de ce qui
^ Mai'ie-Anne-Victoire, née le 31 mars 1718.
^ Lettres patentes de Louis XV portant don à l'Hôtel-Dieu de Paris de l'emplacement du petit Cliâtelet et des démolitions qui en proviendront, et décharge de bâtir des prisons. Données à Paris, au mois de septembre 1721, registrées au Parlement le 6 septembre de la même année.
pourrait revcînir au Roi ou à l'J'.tat des taxes qui devaient s'imposer sur les millionnaires, sur les agioteurs et sui* les acquisitions faites à la Louisiane, qu'on appelle du lujm de Mississipi.
— Le 13 de ce mois, madame la grande-duchesse de Toscane mourut, âgée de... ans. Elle était fille de Gaston, duc d'Orléans, frère du roi Louis XIII '. Ainsi par sa moit le (>rand-duc de Toscane se trouva déchargé d'une pension de quarante mille livres qu'il faisait tous les ans à cette princesse depuis leur séparation.
— Le dimanche 21, M. le cardinal Duhois fut saluer le Roi en céiémonie. Son corté(>e était composé de cinq carrosses magnifiques et de soixante domestiques vêtus de sa livrée rou(;e avec un (jalon d'argent, et ses caudataires, gentilshommes et aumôniers remplissaient quatre de ces carrosses.
— Le 23, on puhlia un arrêt du conseil d'État, rendu le 14, relatif aux vérifications des déclarations fournies au sujet des hillets de hanque , des actions de la Compagnie des Indes et des autres papiers, etc.
— Le 26 août, les garnisons françaises de Fontarabie et de Saint-Sébastien évacuèrent ces deux places, en conséquence du traité d'accommodement fait entre les deux couronn(îS de France et d'Espagne.
— L(; 8 de septembre, M. le duc de Bourbon donna le soir une fête magnifique en sa maison de Vanves, à deux lieues de Paris, qu'il avait depuis peu achetée de M. de Moiitargis, ci-devant l'un des gardes dn Trésor royal. Le Roi s'y rendit sur les six heures, et à son arrivée il eut le plaisir d'une chasse de perdreaux qui avaient une aile rognée et d(; lapins qu'on avait tenus prêts dans lesjar-
' Marguerite-Louise, dite jMadeinoiselIc d'Orléans, née le 28 juillet 1645, avait épousé, le 19 avril 1661, Gosme III de Médicis, grand -duc de Toscane; elle avait par conséquent soixante-seize ans.
dins. Il y eut une sp]endid(^ collation , et à huit heures on y tira un très-heau feu d'artifice. Le château était comme en feu , y ayant des lampions à toutes les fenêtres et sur le toit de tous côtés, ce qui faisait un agréable spectacle, avec des terrines pleines de suif allumées qui produisaient une grande clarté. Trois cents ouvriers furent employés à allumer les lampions , les terrines , et dix-huit artificiers firent jouer le feu d'artifice. Cette fête coûta enviroji quarante mille francs.
— Le 12, on apprit que M. le cardinal de Mailly était mort le 11, à Reims. Voici comme on racontait le sujet ([ui avait causé la maladie qui termina ses jours. Ce cardinal étant à Paris, avait obtenu trente-deux lettres de cachet pour exiler un pareil nombre d'ecclésiastiques de son diocèse. Etant arrivé à Reims au commencement de septembre , il envoya seize de ces lettres de cachet à seize curés de campagne , ayant réservé les autres seize lettres de cachet pour autant de chanoines de son église cathédrale. Le chapitre en étant informé, s'assembla et résolut de ne se point trouver dans l'église le lendemain, qui était le jour de la Conception de la sainte Vierge, et envoya prier les religieux de l'abbaye de Saint-Remy de vouloir leur accorder le chœur de leur église pour y faire le service divin le jour de cette fête solennelle ; ce que les chanoines firent le matin et l'après-dînée. Le même jour, M. le cardinal de Mailly étant entré au chœur et surpris de n'y pas voir les chanoines, dit : « Est-ce qu'on n'a point sonné les cloches? » Lui ayant été répondu qu'on avait sonné comme de coutume, il s'habilla pontifîcalement. Étant à l'autel, et ne voyant au chœur que les chapelains et les enfants de chœur, il parut troublé et dit hautement : « Je m'en vengerai. » La messe étant finie, il s'en retourna et revint au chœur après dîner pour les vêpres, qui se chantèrent aussi sans l'assistance des chanoines. On assurait même qu'on n'y avait vu
que quelques femmes du commun , aussi bien qu'à la messe , au lieu que l'é^^lise de Saint-Remy était si pleine de monde qu'à peine on pouvait se tourner.
Le lendemain, il e'crivit à M. le duc d'Orléans et à M. le comte de Mailly pour se plaindre de cette nouveauté du chapitre. M. le Régent dit au comte de Mailly : « Votre oncle est un fou; écrivez-lui cela de ma part; il ne sait ce qu'il veut, il ne veut pas de son chapitre et il le demande. » Cette réponse apparemment le frappa sensiblement, de sorte que le 9 de ce mois il tomba en apoplexie, et le 10 en paralysie avec une grosse fièvre. Il parut même sur son corps quantité de bubons rouges de la largeur d'un liard, qui s'ouvrirent et d'où il sortit des vers, et le 1 1 , il mourut dans l'abbaye de Saint-Thierry, d'où son corps fut porté le soir à Reims.
M. le comte de Mailly, son neveu, ayant appris sa mort, prit la poste, et étant arrivé à Reims, il s'empara du peu d'argent comptant et des pierreries qu'il trouva, sans avoir égard aux créanciers, à qui le cardinal devait environ quatre cent mille livres , dont moitié appartenait aux pauvres du diocèse, dont Son Eminence s'était emparée peu après qu'il eut pris possession de cet archevêché, en disant qu'il saurait bien remplacer cette somme de deux cent mille livres. Les jésuites du collège de Reims lui avaient aussi prêté quarante-deux mille francs, dont on les plaignait fort peu dans cette ville.
Le Roi , informé de la mort de ce cardinal , destina l'archevêché de Reims pour M. l'évêque de Fréjus , son précepteur, qui en remercia Sa Majesté.
— Le marquis de Verceil , maréchal de camp , partit alors pour aller commander à une barrière du Gévaudan.
— M. le marquis de Saumery, sous-gouverneur du Roi , eut la permission de se retirer en Rourgogne à cause de ses infirmités , et obtint la survivance de cette charge en faveur du marquis son fils.
— On assurait que la femme du sieur Guillaume Law était arrivée de Venise avec des lettres de change pour de grosses sommes, afin de dégager son mari du For-l'Évéque en payant ses créanciers.
— Les actions visées de la Compagnie des Indes se vendaient alors pour transport à raison de cinq cents livres chacune en deniers comptants.
— Le 19, le corps de madame la grande-duchesse de Toscane fut porté avec peu de pompe et inhumé dans le cloître des chanoinesses de Picpus, comme elle l'avait ordonné par son testament, dont M. le chancelier d'Aguesseau était l'exécuteur, à qui elle avait légué son cahinet de curiosités, parmi lesquelles il y avait des tableaux considéral)les. Elle légua des pensions à chacun de ses officiers et à chacune de ses dames ou demoiselles, et trois mille livres une fois payées à chacun de ses gens de livrée. Elle légua deux cent mille livres au prince Gaston ^ et une pareille somme à l'électrice palatine^ douairière, ses enfants ; son beau collier de perles , estimé vingt-cinq mille écus, à madame la duchesse d'Orléans; elle fit légatrice universelle de ses autres biens madame la princesse d'Epinoy, qu'elle appelait sa parente et sa bonne amie. Elle jouissait de cent dix mille livres de pension du Roi, de quarante mille livres de pension que lui faisait le grandduc de Toscane depuis leur séparation , et de soixante-dix mille livres de rente, dont cinquante mille livres sur l'hôtel de ville de Paris, en échange d'une terre qu'elle avait cédée au feu Roi.
— M. le duc de Saint-Simon fut nommé ambassadeur extraordinaire pour aller à Madrid faire la demande de l'infante d'Espagne.
^ Jean-Gaston, né le 24 mai 1G7L
2 Marie-Anne-Louise, née le II août JGG7, veuve alors tlo Jean-Guillaume, électeur palatin.
— liC sieur de Belleguise disparut pour éviter la prison, ayant été accusé par le sieur de Lorenclière, commis du Trésor royal, et par le sieur Fremont, notaire, cpii étaient alors à la Bastille, d'avoir servi d'entremetteur au sieur de Lorenclière et d'être un (jrand agioteur de la rue Quincamj)oix.
— Le 13, le conseil d'Etat rendit un arrêt qui ordonna le transport des livres qui composent la Bibliothèque du Roi , de la rue Vivienne à l'hôtel de Nevers , où se tenait la Banque royale, en la rue de Richelieu.
— Le dimanche 14, M. le cardinal Dubois fut avec tout son cortège au palais des Tuileries, où le Roi lui donna la barrette ou le bonnet rouge qu'un camérier du Pape avait apportée de Rome, et quelques jours auparavant ce cardinal avait été déclaré principal ou premier ministre d'Etat ', comme étaient autrefois les cardinaux de Richelieu et Mazarin. Depuis laquelle déclaration les quatre secrétaires d'Etat allaient travailler chez ce cardinal et conférer avec lui sur les affaires dont ils étaient chai'gés.
— Madame la maréchale de Boufflers eut ordre de se disposer à partir pour aller à Bayonne y recevoir l'infante d'Espagne.
Madame la princesse de Soubise devait succéder à la duchesse de Ventadour, eu cas de mort, pom^ être la gouvernante de l'Infante.
Madame la duchesse de Mazarin et madame la duchesse de Falari '^, furent nommées dames du palais de cette prin-
^ Il y a ici confusion dans les dates : Dubois ne fut nommé premier ministre (|iic le 22 août de l'année suivante.
^ On écrit aussi Phalaris. Madame de Phalaris, l'un des derniers caprices du Régent, moiuut en 1771). On peut lire quelques détails sur sa vie et sa mort dans le t. I, p. 14, des Soirées de Sa Majesté Louis XVIII, recueillies et mises en ordre par le duc de... (M. de Lamothe-Langon); Paris, Werdet, 1835, 2 vol. in-8».
cesse, et M. l'abbë de Varenne, chapelain du Roi, devait faire les fonctions d'aumônier durant toute la route.
— Le 24, on chassa du visa le sieur Launoy, chef des commis , pour avoir tourné à son profit la moitié de leurs appointements, qui étaient à raison de deux cents livres par mois.
— Le Père Duclos, religieux de la Mercy, que le sieur Launoy avait chargé de lui procurer des commis, avait eu de son côté l'adresse de tirer dix écus ou trente-six livres de chacun de ces commis, sous prétexte d'aumône pour contribuer au rachat des captifs.
— Le sieur Grozat, dit le Pauvre, ci-devant receveur général du clergé , assigna mille francs de pension viagère à chaque femme veuve de quatorze ou quinze ouvriers qui furent tués le quatre de ce mois à la chute d'un bâtiment qu'il faisait ajouter à sa belle maison de la porte de Richelieu , dont la ruine venait de la faute de l'architecte nommé Roquet, pour n'avoir fait faire qu'un mur de neuf pouces d'épaisseur, au lieu de trente pouces qu'il devait avoir, pour soutenir le poids de la charpente de la couverture, qui tomba à huit heures trois quarts du matin, pendant que les couvreurs v travaillaient, ce qui fit un bruit de tonnerre le plus éclatant.
— L'abbé de Mérinville, neveu de M. l'évêque de Ghartres, après avoir enlevé la demoiselle de Laigle, passa à Londres \ où l'on assurait qu'un ministre huguenot les avait mariés peu après leur arrivée.
— Le 25 de ce mois, à quatre heures après midi, on comniença le transport des estampes de la Bibliothèque du Roi à l'hôtel de Nevers, par ordre de M. l'abbé Bignon, conseiller d'Etat et bibHothécaire du Roi. Il y avait plus de soixante ans qu'elle était établie en la rue Vivienne,
^ Marais appelle le ravisseur Tabbé de Primelay, et dit que la demoiselle était belle comme le jour. {Revue rétrospective^ 2« série, t. VIII, p. 4L)
dans deux maisons appartenant aux héritiers de feu M. le marquis de Sei(>nelay, où M. Golbert, contrôleur général des finances, l'avait fait placer, et dont le Roi payait quatre mille cincj cents livres de loyer pour chacun an.
— Le 27, on pubfia une déclaration du Roi qui permettait aux particuliers qui avaient encore des billets de banque non visés, de les porter à la Monnaie avec deux tiers de leur valeur en vieilles espèces d'or ou d'argent, c'est-à-dire un billet de cent livres avec deux cents livres en espèces.
— Le 28, M. le duc d'Orléans déclara au conseil que le mariage de mademoiselle de Montpensier, sa fille, était conclu avec le prince des Asturies, fils aîné du roi d'Espagne.
— Le 24, une femme connue d'un charron l'étant allé voir, lui raconta son arrivée depuis deux jours à Paris, dont elle avait été absente pendant quelques années pour suivre son mari qui était mort en Provence ; que pour s'en revenir, elle avait traversé l'Auvergne, le Gévaudan et le Limousin , qu'elle avait passé par plus de vingt villages dont les habitants étaient tous morts de la peste; que se voyant dans un grand besoin, elle était entrée proche de l'église drms la maison du curé d'un de ces villages , dont ayant trouvé la porte ouverte elle était montée dans une chambre où elle avait vu le curé mort dans son lit, rongé de vers; qu'ensuite elle était entrée dans une autre chambre où la servante du curé était en pareil état; qu'ayant ouvert un coffre, elle y avait trouvé une somme de cinq cents livres en or et en argent monnayé dont elle s'était saisie pour ses besoins ; qu'elle avait poursuivi son chemin avec beaucoup de peine et dans un grand besoin , sans trouver personne qui pût lui donner à manger; qu'elle avait trouvé du pain dans quelques maisons ouvertes dont les particuliers étaient morts et pourris chez eux et dans les rues, et qu'elle avait donné quelque argent
à des soldats de (>arde pour la laisser passer, comme elle avait fait pour s'en revenir à Paris.
— Le rapport que le charron fit du retour de cette femme à un conseiller du Parlement et à un abbé qu'il servait de son métier, donna lieu à ce conseiller et à cet abbé de dire au charron qu'il avait eu grand tort de n'avoir pas conduit cette femme chez un commissaire pour l'obliger de se retirer jusqu'à ce que ses habits fussent purifiés et parfumés, cela seul étant capable de causer la peste à Paris, quoique cette femme parût être en bonne santé, ses bardes pouvant avoir contracté le mauvais air et le conserver durant trois mois.
— Les officiers de la Monnaie se transportèrent chez le sieur Bézin, marchand de vins, proche de Saint-Gervais , où ils saisirent soixante-quatre marcs de louis d'or de fabrique étrangère, et ensuite chez le sieur Cottin, banquier, rue Thibautodé, où ils saisirent aussi cinquantedeux louis d'or de pareille marque , avec une autre somme considérable de vieilles espèces.
— M. le marquis de Biron remit alors le détail de l'infanterie à M. Leblanc, secrétaire d'Etat, et fut admis au conseil de la régence.
— Le V d'octobre, on commença le transport des manuscrits de la Bibliothèque du Roi à l'hôtel de Nevers.
— On apprit alors que la peste faisait du ravage dans Avignon et dans tout le comtat d'Avignon , et que sur cet avis on ne laissait plus entrer personne du côté du Rhône dans Lyon.
— La ferme du tabac fut rétablie à raison de trois millions par an durant neuf années à une société, dont était le sieur de La Tuilerie, fils du feu sieur Savalet, notaire.
— Le 4, à huit heures du soir, le sieur Chublet, prêtre habitué à Saint-Roch, revenant des Porcherons où il avait été confesser un Suisse moribond , fut arrêté par trois filous proprement vêtus, qui lui demandèrent la bourse,
sur quoi il leur abandonna dix écus qu'il avait , eu leur disnnt qu'ils pouvaient le fouiller et qu'il n'en avait pas davantage; ils s'en contentèrent eu lui disant : « Monsieur l'abbé, vous êtes trop honnête homme; nous vous croyons sur votre parole, vous pouvez vous en aller; et si vous êtes rencontré par nos confrères, réclamez-vous de Saint- Etienne, et sur ce mot ils vous laisseront passer. »
— Les gravem's en lettres étaient alors tous occupés à (jraver des planches qui devaient servir à l'impression de quantité de billets de confiance, qu'on avait résolu de donner en payement des billets de banque et des autres papiers.
— Le 12, la surintendance des postes fut donnée à M. le cardinal Dubois, et en échange on assigna une pension de trente mille livres à M. le marquis de Torcy, cidevant secrétaire d'Etat '.
— Le 14 , le fameux Cartouche, insigne voleur et assassin , fut arrêté à la Courtille, dans un cabaret dit la Grande- Motte à la Haute-Borne, par une brigade de vingt-sept grenadiers du régiment des gardes et par quatre exempts. Ce scélérat était encore? au lit. Un soldat, vêtu en officier, entra le premier dans la chambre, et saisit d'abord au collet deux complices qui se chauffaient auprès du feu, quoiqu'il y eût plusieurs armes à feu sur la table et sur la cheminée. Quatre grenadiers entrèrent en même temps, ayant la baïonnette au bout du fusil, et garrottèrent les deux complices qui se chauffaient. L'officier prétendu alla ensuite au lit où Cartouche s'était comme enseveli la tête entre les draps , le garrotta et ne lui laissa mettre que sa culotte et des pantoufles à ses pieds nus, avec un bonnet de nuit sur la tête, et en cet état il fut conduit à pied chez M. Leblanc, qui voulait voir ce scélérat, et ensuite au Chàtelet, au milieu d'une foule de gens qui lui firent de
^ La surintendance des postes fut donnée au cardinal Dubois par lettres patentes du 15 octobre.
grandes huées; étant proche du Châtelet, il renversa d'un coup de pied un exempt qui voulait le complimenter sur sa détention \
— Le 20, M. le duc de Saint-Simon partit pour son ambassade d'Espagne.
Madame la comtesse de Ghiverny fut nommée pour conduire mademoiselle de Montpensier à Madrid.
— Le Roi accorda à M. le marquis de Torcy une pension de vingt mille livres, à la dame son épouse une de neuf mille livres, et au marquis de Groissy, leur fils aîné, une de six cents livres. Le tout assigné sur la ferme des postes, avec une somme de vingt mille livres comptant pour le brevet de retenue qu'il avait sur la surintendance des postes.
— On fixa seulement quinze jours aux fermiers généraux qui se trouvaient à Paris, pour financer chacun la somme de cent cinquante mille livres d'avance, et un mois à ceux qui étaient alors dans les provinces pour un pareil contingent; toute laquelle somme fut destinée pour la dépense de la conduite de l'infante d'Espagne en France et de mademoiselle de Montpensier'en Espagne.
— Le 21, sur les trois heures du matin, le fameux Gartouche s'était sauvé du cachot, ayant néanmoins les fers aux pieds; mais il eut le malheur d'être rattrapé par le guet avec un autre prisonnier, vêtu de toile, qui avait descellé une pierre de taille avec une lime douce, que ces deux scélérats firent tomber dans la fosse des lieux communs, où Gartouche étant tombé, avait eu la force et l'adresse de se retirer malgré l'embarras de ses fers. Puis on le garrotta plus qu'auparavant avec des chaînes de fer sur le ventre , aux pieds et aux mains, couché sur un grabat avec une paillasse.
' Il existe sur Cartouche une monographie aussi intéressante que consciencieuse, de M. A. Fouquier; elle se trouve dans le recueil du môme auteur, intitulé Causes célèbres.
— Le 22, M. le nonce du Pape présenta au Roi la bulle du jubilé que Sa Sainteté avait accordé à la France et à toute la chrétienté.
- — Le même jour, ou con^^édia tous les commis qui étaient employés aux re(jistres du visa par colonnes, et dont le travail paraissait fort inutile.
— On publia un arrêt du conseil d'Etat qui nommait cinquante maîtres des requêtes pour commissaires de la liquidation des déclarations portées au visa des billets de banque et des autres papiers, lesquels commissaires devaient avoir chacun un secrétaire avec le titre de commissaire-adjoint, et trois autres commis, dont un devait faire le dépouillement desdites déclarations , pour lesquels emplois on ne devait prendre que des gens de probité, suivant la teneur de cet arrêt.
— Le 10 de ce mois, le Iloi d'Espa^jne nomma les seigneurs et les dames qui devaient composer la maison du prince des Asturies et celle de la princesse sa future épouse.
— Le 23, le sieur Legrand, comédien et auteur de la comédie de Cartouche ^ alla voir ce scélérat dans son cachot; il le trouva lié par le milieu du corps, par les deux poignets et par les deux pieds avec deux chaînes de fer qui traversaient la paillasse sur laquelle il était étendu, et qui étaient rivées à la poutre du plancher de dessous. Et le lendemain, les comédiens français envoyèrent vingt francs d'aumône à ce héros des filous de Paris.
— Le 9 de novembre, M. l'abbé de Tavannes ^ fut sacré évêque de Chàlons en Champagne, dans l'église des Tlîéatins, avec pompe.
— Le 16, M. le cardinal de Noailles fit la cérémonie du mariage du Iloi avec l'infante d'Espagne, dont madame la duchesse d'Orléans, la douairière, représentait la
' Marc-Aotoine Le Grand, comédien et auteur dramatique, né le 17 février 1673, mort le 7 janvier 1728. ^ Gharles-rsicolas de Saulx-Tavannes.
personne, et de marier ensuite mademoiselle de Montpensier, quatrième fdle de M. le duc d'Orléans , régent, avec le prince des Asturies, fils aîné du roi d'Espa(>ne Philippe V et de la feue reine d'Espagne, représenté par M. le duc d'Ossonne, ambassadeur extraordinaire de Sa Majesté Catholique. Laquelle cérémonie se fit en la chapelle du palais des Tuileries, Le curé de Saint-Germain l'Auxerrois et celui de Saint-Eustache y avaient apporté leurs registres pour y insérer ces deux illustres mariages.
Le soir du même jour, IG*' de ce mois, il y eut un grand régal au Palais-Royal, avec un bal à l'Opéra, que le Roi honora de sa présence ; au Palais-Royal , qui fut illuminé au dehors comme au dedans, il y eut une superbe collation de toutes sortes de fmits , de confitures et de sucreries, et loie si grande profusion de liqueurs que le lendemain on jeta ce qui était resté d'orgeat et de limonade avec des seaux , par les fenêtres , ce qui revenait à la somme de quatre- vingt mille livres.
— Le 18, la princesse partit de Paris, et M. le duc d'Orléans la conduisit. M. le duc de Chartres était à une des portières du carrosse , où étaient aussi la duchesse de Ventadour, la princesse de Soubise et la comtesse de Chiverny , sa gouvernante.
M. le prince de Soubise l'accompagnait à la tête de cent cinquante gendarmes qu'il avait fait équiper superbement à ses dépens, ainsi que M. de la Billarderie, à la tête de quatre-vingts gardes du corps; lesquels devaient ensuite escorter l'Infante depuis Rayonne jusqu'à Paris.
Dans plusieurs autres carrosses étaient les officiers et les dames destinées pour le service de l'Infante. Tout cet appareil étant arrivé au Bourg-la-Reine , M. le duc d'Orléans quitta la princesse, lui dit adieu, et s'en revint à Paris dans une chaise de poste.
— On apprit alors de Londres que le sieur Law y était depuis peu arrivé d'Italie avec l'amiral Norris.
— Quelques jours auparavant on amena au Cliàtelet cinq complices du fameux Cartouche, qui s'étaient retirés à l'abbaye de la Trappe où ils postulaient l'habit de relifjieux, s'imaginant par là se soustraire aux poursuites et aux ri(jueurs de la justice, et trois autres qu'on avait arrêtés à Lyon.
— Le sieur abbé Prévost, célèbre prédicateur du Roi et chanoine de l'église cathédrale de Chartres, en étant parti avec le coche , fit arrêter la voiture afin d'obéir à la nature qui le pressait, et comme le jour ne commençait qu'à paraître, s'étant mis pour cela auprès de la maison d'une ferme, deux (>ros chiens qu'on n'avait pas encore remis à l'attache se jetèrent sur cet abbé et le déchirèrent en pièces avant qu'on pût le secourir, de sorte qu'il expira (pielques moments après cette funeste et triste aventure. Il fut extrêmement regretté de tous ceux qui connaissaient son rare mérite.
— Le 17, le prévôt des marchands et les échevins de l'hôtel de ville de Paris allèrent au Palais-Royal, où ils complimentèrent mademoiselle de Montpensier sur son mariage avec le prince des Asturies, et lui présentèrent de la part de la ville six corbeilles couvertes de taffetas blanc, portées par six archers; elles étaient remplies de flambeaux, de bougies et de confitures sèches. La princesse donna vingt louis aux archers pour leur peine.
Les ambassadeurs ordinaire et extraordinaire d'Espagne furent aussi la complimenter.
La dot de cette princesse fut de cinq cent mille écus d'or, outre les pierreries, les bijoux et ce qu'on appelle le trousseau. Il était stipulé dans le contrat de maria^je que le tout serait restitué en cas de dissolution de mariage par la mort du prince des Asturies, avec la dispense du Pape.
— M. le prince de Rohan refusa généreusement une
somme de cinquante mille écus que M. le duc d'Orléans
lui avait ordonnée pour les frais de son voyage ; et pour T. II. 20
cette générosité le Roi lui donna le privilège de présenter les ambassadeurs étrangers à l'audience de Sa Majesté, de la même manière que font les princes de la maison de Lorraine.
— Le 18, le procureur général du Parlement, suivi d'un greffier et d'un médecin, fut à la tour de Montgomery visiter Cartouche, qui fut trouvé avoir une grosse fièvre, sur quoi on lui ordonna des bouillons et de la gelée.
— Le sieur Samuel Bernard prêta une somme de douze cent mille livres aux fermiers généraux, afin de commencer le payement des avances qu'on leur avait demandées pour les frais du voyage des princesses.
— Le 20 , on brûla dans la cour de la Banque ou de l'hôtel de Nevers pour la valeur de quatre millions de dixièmes d'actions dans une espèce de cage de fer haute de dix pieds et d'une pareille largeur, grillée de tous côtés avec de gros fils de fer; cette cage était au miHeu de la cour. Quelques jours auparavant, on y avait aussi brûlé pour la valeur de quatre cents millions d'actions. Laquelle cage de fer était environnée d'archers et de soldats des Invalides avec leurs armes à feu pour empêcher les particuliers d'en approcher.
— Le 19, les officiers de l'hôtel de ville donnèrent au duc d'Ossone un pareil présent qu'à mademoiselle de Montpensier, et ce duc donna douze louis d'or aux archers qui avaient porté les six corbeilles.
— Le bruit courut alors qu'il y avait un projet sur le tapis pour que le royaume de Naples et de Sicile fût cédé au chevalier de Saint-Georges qui résidait à Rome , à condition qu'il renoncerait à toutes ses prétentions sur le royaume de la Grande-Bretagne, et que M. le duc d'Orléans aurait les Pays-Bas avec le titre de comte de Flandre.
— On prétendait aussi que l'Empereur avait écrit le 15 d'octobre au cardinal d'Althan, son ambassadeur à Rome, avec ordre de faire de vives instances au Pape de ne
point faire publier la constitution Unigenitus dans tout l'Empire, ni dans ses Etats héréditaires, Sa Majesté Impériale étant informée des troubles que cette bulle avait causés en France, dans les Pays-Bas catholiques et dans les diocèses de Trêves, de Colog^ne, de Munster et de Ratisbonne, où les ecclésiastiques laissaient mourir les personnes sans vouloir leur donner l'absolution pour ne vouloir point adhérer à cette Constitution ; et qu'en même temps l'Empereur avait envoyé au cardinal d'Althan un écrit de trois cents feuilles qui contenait tout ce qui s'était passé au sujet de cette bulle , afin que ce cardinal en fût amplement instruit et pût en représenter les conséquences au Saint-Père avant que Sa Sainteté se fût embarquée dans cette affaire.
Routes et séjours de mademoiselle de Montpensier jusqu'à Bayonne. '
Le premier jour, de Paris à Chastres, qu'on appelle présentement Arpajon, depuis que M. le duc d'Arpajon en a fait l'acquisition, et qui est à sept lieues de Paris. Quelques filous ayant suivi les équipafjes en cet endroit y volèrent neuf assiettes et deux plats d'argent, et enlevèrent trois malles sur des, fourgons.
Le deuxième, à P^tampes, six lieues.
Le troisième, à Toury, neuf lieues.
Le quatrième, à Orléans, neuf lieues; la princesse y devait séjourner un jour.
Le cinquième, à Saint-Laurent des Eaux, huit lieues.
Le sixième, à Blois , huit lieues.
Le septième, à Amboise, dix lieues; elle y séjourna.
Le huitième, à Loches, huit lieues.
Le neuvième, à la Haye, en Touraine, huit lieues.
Le dixième, à Ghâtellerault , six lieues.
Le onzième^ à Poitiers, sept lieues; la princesse séjourna trois jours.
Le douzième jour de marche, à Lusig^nan, sept lieues.
Le treizième, à Saint-Léger de Melle, six lieues.
Le quatorzième, à Aulnay, quatre lieues.
Le quinzième, à Saint-Jean d'An^jély, cinq lieues.
Le seizième, à Saintes, cinq lieues; où elle séjourna.
Le dix-septième, à Saint-Pons, six lieues.
Le dix-huitième, à Mirebeau, six lieues.
Le dix-neuvième, à Blaye, sept lieues.
Le vingtième, à Bordeaux, où elle resta trois jours.
Le vingt et unième, à Podensac, sept lieues.
Le vingt-deuxième, à Bossart, sept lieues.
Le vingt-troisième , à
Le vingt-quatrième, à Rochefort, sept lieues.
Le vingt-cinquième , à Mont-de-Marsan , cinq lieues.
Le vingt-sixième, h
Le vingt-septième, à Poulon , trois lieues.
Le vingt-huitième, à Acqs, trois lieues.
Le vingt-neuvième, à Saint-Vincent, quatre lieues.
Et le trentième, à Bayonne, quatre lieues.
Ce qui faisait en tout trente jours de marche, neuf de séjour et cent quatre-vingt-sept lieues de chemin.
Quoique la route fût ainsi réglée, M. le duc d'Orléans en quittant madame la duchesse de Ventadour au Bourgla-Reine, la laissa cependant la maîtresse des séjours de la princesse, et la pria seulement de faire en sorte qu'elle pût arriver à l'île des Faisans, où la paix des Pyrénées fut conclue en 1660, en même temps que l'infante d'Espagne.
— Le 13 de ce mois, on porta à la Monnaie quantité de lingots d'or qui furent fondus la nuit suivante, et dont on fabriqua des louis d'or.
— Le 17, le prince de Carignan ayant commencé à faire démolir les loges du jardin de son hôtel de Soissons qui avaient servi à l'agio en 1720, l'exécution en fut suspendue par une lettre de cachet.
— Le 22 , le {"ameiix Cartouche et quarante de ses complices furent jugés à la chambre de la Tournelle criminelle, et le 25 ils furent appliqués à la question ordinaire et extraordinaire.
— Un cabaietier de la Villette, à l'ensei^jne du Chaiidron, étant parti avec un de ses confrères pour aller ensemble acheter du vin pour leur né(»oce, couchèrent à Pantin , et après avoir soupe ils se mirent à jouer. Le maître du Chaudron perdit tout son ar(jent. Le lendemain, comme ils passaient par le bois de Bondy, il tua son ami d'un coup de pistolet et s'empara de tout l'argent et poursuivit son chemin , qui ne fut pas lon^j . Une brix^ade de la miaréchaussée qui était proche, accourut au coup de pistolet et arrêta l'assassin , qui nia d'avoir ouï tirer. Le brigadier ayant su son nom et celui du mort, et ayant appris de la veuve qu'elle avait donné douze cents livres à son mari en espèces d'or et d'argent, cela se trouva conforme avec ce qu'on trouva dans la poche du maître du Chaiidron, plus son pro])re argent. Il fut conduit au Chàtelet, et le 18 il fut condamné à être rompu vif.
— Le 27, à cinq heures du soir, on mena Cartouche dans un tombereau à la place de Grève, où l'échafaud était dressé, pour y être rompu vif. Lorsque ce criminel y arriva, il dit avoir bien des choses à déclarer qu'il n'avait pas voulu avouer à la question. Sur quoi on le fit monter à l'hôtel de ville , où il passa la nuit en déclarant aux juges plusieurs de ses complices et de ceux à qui il avait vendu ses larcins, comme orfèvres, marchands, fripiers, revendeuses et plusieurs particuliers de Paris, de Pontoise et d'autres lieux voisins. La même nuit, on envoya des archers chez les accusés, qui furent amenés à l'hôtel de ville pour être confrontés à ce scélérat, qui fut enfin exécuté le 28, à deux heures après midi, et expira bientôt parce qu'il était encore malade et en mauvais état, pour avoir beaucoup souffert à la question.
— Il se répandit dans le public un extrait du montant des effets portés au visa par les particuliers.
— Le sieur de La Madeleine, gentilhomme de Lorraine, complice de Cartouche, mourut à la question, ainsi que quelques autres qui ne purent pas y résister.
— Le 26 , on exécuta sur le préau de la Conciergerie un autre complice, pour épargner une plus grande infamie à la famille, que l'on disait de distinction.
— Cartouche et ses complices, outre leurs vols et brigandages, étaient accusés de plusieurs crimes énormes. On leur attribuait la mutilation de plusieurs corps et d'avoir porté dans l'église de Saint-Etienne des Grès un paquet de plusieurs bras, jambes, têtes et tronçons de corps d'hommes et de femmes qu'ils avaient massacrés après les avoir dépouillés, le tout enveloppé dans un grand linge.
— Le 29, à minuit, on pendit le nommé Maissier, qui étant à l'hôtel de ville , dénonça aussi un grand nombre de gens.
— On apprit de Bourges qu'on y avait arrêté trente personnes accusées d'avoir eu part au vol qui s'était fait le 28 de novembre, d'une somme de soixante-dix mille livres en or à la Monnaie de la même ville.
— Le 5 décembre, on publia un arrêt du conseil d'Etat qui réglait la liquidation des billets de banque, des actions intéressées, rentières et viagères de la Compagnie des Indes et des comptes en Banque.
— Le 6 , on arrêta un particulier accusé de plusieurs vols; c'était un ecclésiastique, fils d'un secrétaire du Roi, natif de Riom en Auvergne, âgé de vingt-trois ans, lequel après avoir demeuré quelque temps au séminaire de Saint- Sulpice, à Paris, sous le nom du sieur de La Motte, passa dans celui des Missions étrangères. Au bout de quinze jours, ayant appris que l'on avait apporté à M. l'abbé Brisacier, supérieur de ce séminaire, une vingtaine de montres
à boîte d'argent pour les envoyer aux missionnaires qui étaient aux Indes, il fut sur le minuit à la chambre du supérieur, dé(juisant sa voix, jurant, blasphémant et le menaçant de le tuer avec un pistolet qu'il tenait en main , et l'obhgea de lui donner toutes ces montres, avec une somme de six mille trois cent quarante livres que l'abbé Brisacier avait aussi reçue. On disait même que pour mieux se déguiser il s'était mis un nez et une barbe postiches. Peu de jours après, il se saisit la nuit de deux cent vingt-cinq cuillers et fourchettes d'argent qui étaient dans le réfectoire; ce qui déconcerta la communauté.
Etant sorti du séminaire en carrosse , on apprit du cocher qu'il l'avait descendu chez un perruquier de la rue Montmartre, proche de Saint-Joseph, où il fut surpris à deux heures après minuit. On l'accusait aussi d'avoir encore fait deux autres larcins considérables. Et, le 13, il fut pendu à la Croix-Rouge du faubourg Saint-Germain.
— Le 3 de ce mois, la charge de garde du Trésor royal fut rétablie en faveur du sieur Paris de la Montagne, l'aîné des quatre frères.
— Le 5, M. d'Aguesseau, fils aîné de M. le chancelier, fut présenté au Roi , et le lendemain , au Parlement , il fut reçu comme avocat général.
— Le 9 et le 10, le prince Dolgorouki , ambassadeur du Czar, donna de grands repas aux seigneurs, dames de la cour et aux ministres étrangers , avec un bal la nuit de ces deux jours, en réjouissance de la paix faite entre la Suède et la Moscovie.
Et, le 11, il fit donner à la populace, suivant la coutume de son pays, un bœuf entier rôti, dont les cornes étaient dorées et ornées de branches de laurier, avec quatre veaux, huit moutons, douze cochons de lait, cent dindons , trois cents poulets rôtis et mille pains d'une livre chacun, et quantité d'autres viandes, avec quatre fontaines, l'une de vin rouge, l'autre de vin blanc, la troi-
sième de cidre, et la quatrième d'eau -de-vie, dont les passants, crocheteurs et autres [jens burent et maup^èrent à discrétion , dont plusieurs pouvaient à peine se soutenir pour avoir trop bu.
— On arrêta le nommé Liard et sa femme, qui tenaient depuis longftemps un gros cabaret au Roule. Ce Liard était l'un des Gent-Suisses du Roi. On arrêta aussi l'un de ses frères, qui était un des Gent-Suisses de M. le duc d'Orléans , et deux laquais de madame la duchesse de Ventadour, qui étaient tous trois à la suite de mademoiselle de Montpensier. Tous les quatre étaient accusés par le nommé Ralagny, complice de Cartouche.
— Le 8, le duc de Fitz-James mourut, et le 9 il fut porté en l'église des Bénédictins anglais , au faubourg Saint-Jacques, pour y rester en dépôt avec les corps du roi Jacques II, de la reine d'Angleterre et de la princesse de Galles , leur fille ' . Il était mestre de camp d'un régiment d'infanterie et fils aîné de M. le maréchal de Berw^ick , à qui le Roi accorda la survivance du gouvernement du Limousin en faveur du frère puîné du défunt , et le régiment de Berwick en faveur du cadet.
— Le 14, les commissaires du conseil pour le visa de la Banque reçurent un imprimé pour leur servir d'instruction dans la liquidation des effets de la Banque, et eurent ordre de finir cette affaire dans l'espace de deux mois au plus tard.
Suivant cet imprimé , les actions à deux timbres qui se trouveraient avoir été portées au visa sous d'autres noms que de ceux qui avaient signé au dépôt de la Banque , devaient être annulées en cas que celui qui s'en trouverait chargé eût déclaré qu'elles lui tenaient lieu de plus de six mille livres, et celles qui se trouveraient tirées en ligne pour une somme au-dessous de six mille livres devaient
* Louisc-l\Iaiie Stnart, morte à Saiiit-Gennaiii en Laye le 12 avril 1712.
être réduites à moitié, parce qu'en ce cas elles devaient être considérées comme achetées ou né^jociées pendant leur plus (jrand discrédit.
— M. le marquis de la Carte, maréchal de camp, partit pour aller en Poitou commander les troupes destinées à garder les passages, afin d'empêcher la comnmnication de la peste, qui continuait de désoler diverses provinces voisines, sous M. le marquis de Châtillon, lieutenant général.
On assurait aussi que cette cruelle maladie faisait de terribles ravages dans Avignon , et que j)ar un autre malheur le feu s'était mis à l'Hôtel-Dieu de la même ville , de telle sorte que plus de six cents personnes avaient péri dans cet incendie.
— Le nommé Balagny, fils d'un tabletier de Paris, proche de Saint-Jacques de la Boucherie, étant à l'hôtel de ville, avant d'être romjm vif, après avoir accusé plusieurs personnes , déclara anx juges qu'il ne se verrait point alors exposé à ce supplice s'il avait été pendu trois ans auparavant, comme il y avait été condamné au Chàtelet , mais qu'on lui avait obtenu sa grâce moyennant une hypothèque de douze mille livres que son père avait donnée sur une sienne maison au lieutenant criminel, et une autre hypothèque de trois mille livres au procureur du Roi.
— Le 18, MM. les commissaires du conseil commencèrent leur première séance à la Banque pour liquider les papiers. Il y avait alors plus de quinze cents commis employés à cette opération. On y consommait trois cents livres pesant de chandelle et quinze ou vingt voies de bois par jour. Il y avait soixante Savoyards gagés à raison de quarante sols chacun par jour, les uns pour moucher les chandelles, les autres pour nettoyer les bureaux et pour garnir de bois les cheminées.
On assurait que la dépense montait à six cent mille livres par mois.
— Le 17, les mêmes commissaires commencèrent à signer les liqniclations de cinq cents livres et au-dessous de cette somme. On assurait qu'il y en avait trois cent mille de cette qualité, qui devaient les occuper pendant six semaines, à raison de vingt mille par jour.
— M. le marquis de Puységur, lieutenant général, fut chargé de donner des leçons au Roi sur ce qui concerne l'art militaire.
— M. le duc de Montfort quitta l'épée et se retira au séminaire d'Issy, et son régiment fut donné au frère de M. le duc de Gliaulnes.
— Le 21, on brûla à l'hôtel de ville des billets de banque pour la valeur de deux millions sept cent cinquante-cinq mille livres de cinq mille livres chacun, et de neuf millions de dix mille livres chacun.
— M. le marquis de Sillery épousa mademoiselle de Souvré, fille du marquis de Souvré.
— On apprit alors de Londres que les lettres de grâce que le roi d'Angleterre avait accordées au sieur Jean Law pour avoir tué en 1700 le chevalier Wilson, avaient été entérinées le 7 de ce mois à la Cour du banc du Roi. Le sieur Law^ y était présent, suivant l'usage ^
LeVeni, creator du visa (paraphrase allégorique).
Es|3rit d'équité , de clémence , Qui formez seul les empires heureux; Vous, que l'on vit aimer toujours la France,
Accourez, secondez nos vœux.
Fils de Thémis , descendez avec elle ;
> On sait que ce fut à la suite de ce duel que Law se vit forcé de se réfu(jier sur le continent.
Cent ju(îes convoqués, tous sortis de vos mains,
Vont fixer le sort des liumains ; Venez les éclairer et soutenez leur zèle.
Vous nous consolerez dans nos douleurs extrêmes ;
Rien de plus grand , du haut des cieux. Ne peut nous être offert de la bonté des dieux ; Vous donnant aux mortels, ils se donnent eux-mêmes. Vous êtes de leurs faveurs La source vive et féconde, Vos feux consument du monde Les crimes et les erreurs.
L'homme, sans vous, dans l'abîme se plonge : Vous inspirez les pieux sentiments.
L'homme, avec vous, découvre le mensonge; La vérité brille en ses jugements.
Jadis, les sept sages de Grèce
Furent vos divins truchements;
Contre tous les événements
Ils armèrent notre faiblesse.
Vous nous marquez la puissance des dieux
En nous indiquant leurs miracles :
Leur volonté se déclare à nos yeux ;
Vous faites parler les oracles...
Servez de guide redoutable
A nos dignes sénateurs; De leur tribunal respectable
Écartez les suborneurs , L'avarice et la flatterie.
Gravez au fond de leur cœur
L'amour de la chère patrie, Dans CCS instants il faut de la vertu. Faites-nous supporter nos malheurs en silence Le vaisseau qui perd espérance Quand il a longtemps combattu Contre les vents, contre l'orage.
Et, lançant vers le ciel mille soupirs amers, Il immole ses biens à la fureur des mers.
Repoussez loin de nous du captieux système Les attentats et les horreurs :
Que de l'autorité suprême Tombent sur lui les trop justes rigueurs. Tonnez, frappez : votre présence De nos libérateurs accroît la fermeté.
Vengez-nous ; ramenez une heureuse abondance
Et la tranquillité.
L'Usure au front d'airain, et sa funeste suite
A votre aspect s'éloignent de ces lieux -, Les ministres proscrits, confondus, odieux. Ne trouvent de salut que dans leur prompte fuite. Nous sommes craints de l'étranger, Le calme succède au danger.
Dites au Roi qu'il est le père Des peuples soumis à sa loi :
Apprenez au sujet qu'il doit aimer son Roi, Même le plus sévère , Et caresser la main qui le punit.
A ces traits on connaît le nœud qui les unit; C'est vous qui le serrez : quel encens, quel hommage Ne méritez-vous pas, grande divinité?
Votre approche nous ménage La liberté.
Gloire à Louis, notre monarque,
Dont l'aveugle et cruelle Parque
Osa menacer les beaux jours ; Que de ses jeunes ans rien ne trouble le cours.
Gloire à Philippe ! sa mémoire
Se conservera dans l'histoire.
Que nos Iloraces, dans leurs vers.
Chantent de ce héros la force et la prudence.
Gloire à l'esprit de la Ré[}^ence ; Il sait donner une reine à la France
Et la paix à tout l'univers.
On attribua cette pièce à un connnis employé à la liquidation des effets visés à la Banque, qui s'avisa de la composer sur l'idée que lui en fournit M. l'abbé Crozat, l'un des commissaires, cet abbé ayant fait mettre à genoux les commis de son bureau pendant qu'il récitait hautement le Veni, Creator Spirilus, avant que d'en venir à l'opération, qui commença le 4 de novembre de cette année 1721.
— Le 19 décembre, le marquis de Surville, lieutenant général des armées du Roi, qui se nommait Charles de Hautefort, mourut à Paris, âgé de soixante-trois ans.
— Le même jour, la femme du sieur Durand, avocat au Conseil, proche de Notre-Dame, accoucha de trois garçons et d'une fille, qui reçurent le baptême et vécurent trois jours.
— Plusieurs marchands ou négociants de Paris et de Rouen s'associèrent pour tâcher de rétablir le commerce de Marseille, et pour cet effet ils envoyèrent des sommes considérables.
— Madame la marquise du Boullay, allant se mettre au lit et entendant du bruit dans sa chambre, demanda :
« Qui est là? » Sur quoi un de ses laquais, qui la servait depuis huit ans, dit : « C'est moi, madame, qui depuis plusieurs années soupire pour l'amour de vous, et j'ai pris ce moment pour vous le déclarer. » La dame , qui était très-sa^je et qui avait beaucoup d'esprit, sans se démonter, dit que de son côté elle n'avait pas d'indifférence pour lui, et lui demanda s'il avait du linge blanc; à quoi il dit en avoir mis le matin. « Eh bien, lui répliqua-t-elle , entrez dans ma garde-robe, et prenez une de mes chemises. » Y étant entré, elle l'y enferma, sonna aussitôt, et, ses gens étant survenus, ils se saisirent du laquais. On le fouilla, et on lui trouva un poignard et deux pistolets dans ses poches. Il fut conduit au Châtelet par une brigade d'archers.
— On apprit de Bordeaux que cette ville s'était beaucoup signalée à la réception de Mademoiselle, qui, pour passer le Bec d'Ambez , s'était embarquée dans un bac orné superbement, suivi de plusieurs barques remplies de musiciens et de joueurs d'instruments.
On construisait alors un pont sur la rivière de Bidassoa, pour joindre l'île des Faisans du côté de la France et du côté de l'Espagne. Dans cette île, on préparait un logement pour servir à l'entrevue et à l'échange de Mademoiselle et de l'Infante, qui devait se faire le 1 1 de janvier 1722. Le mariage du prince des Asturies et de mademoiselle de Montpensier devait se faire à Lerma , où le Roi et la reine d'Espagne étaient arrivés avec leur cour.
— Le sieur Paris obtint alors de Rome une dispense pour épouser sa nièce, fille du sieur Paris de La Montagne, son frère aîné, moyennant une somme de deux cent mille livres que le Pape avait fait distribuer à un grand nombre de filles pauvres pour les marier ou pour payer leur dot en religion.
— On amena de Lyon à la Conciergerie le nommé Pélissier, l'un des complices de Cartouche.
— Un (;entilhominc ayant été arrêté le soir dans la rue des Mathurins par deux voleurs qui lui enlevèrent son chapeau , sa perruque , son épée , sa montre et sa bourse , où il y avait douze louis d'or; saisi de frayeur, et n'osant plus avancer de peur d'être assassiné, il frappa à la porte de M. de Vertamont, qui occupait un hôtel dans la même rue, et demanda à lui parler. Le portier le fit présenter à son maître, lequel le lit entrer dans son cabinet, lui fit donner une de ses perruques, le fit mettre auprès du feu, et le pria gracieusement de se rassurer en attendant le souper, après lequel il le ferait conduire chez lui dans son carrosse. Gomme on allait se mettre à table, le [gentilhomme reconnut d'abord ses deux voleurs, qui étaient du nombre des amis de M. de Vertamont, et qui avaient changé d'habits. Le gentilhomme feignit de se trouver mal ; M. de Vertamont le fit entrer dans son cabinet, où étant, le gentilhomme lui déclara qu'il venait de reconnaître ses deux voleurs, quoiqu'ils eussent changé d'habits, parmi les personnes qui étaient à table. Sur quoi le conseiller lui dit : « Pensez bien , monsieur, à ce que vous dites, d'autant plus que ces deux messieurs sont de ma maison. » Ce que le gentilhomme ayant assuré comme très-certain, M de Vertamont fit venir un serrurier pendant que la compagnie achevait de souper, et fit ouvrir la porte de leurs chambres en sa présence , où l'on trouva tout ce qu'ils avaient volé à ce gentilhomme. Sur quoi un commissaire étant venu avec des archers, les deux voleurs, qui ne s'étaient doutés de rien , furent arrêtés et conduits au Ghâtelet, au grand étonnement de M. de Vertamont et de la compagnie.
— On apprit alors que, le 16, la diligence de Lyon avait été arrêtée par des voleurs, qui après avoir égorgé les personnes qui étaient dans le carrosse, le cocher, le postillon et les chevaux, avaient enlevé tout ce qui s'y était trouvé de plus précieux.
— M. le prince de Gonti, après avoir assisté à la messe de minuit en l'église de Saint-Gervais, fiit se régaler dans une maison voisine, puis il s'en retourna en son hôtel; et étant entré dans l'appartement de la princesse , son épouse , dans un mouvement de jalousie , ayant l'épée nue à la main , se mit à chercher partout s'il ne s'y trouverait pas quelque galant, quoique la princesse ait toujours passé pour très-sage , laquelle étant alors dans le septième mois de sa grossesse, se leva, après qu'il se fut mis au lit pour faire évaporer les fumées du vin, dont il avait un peu trop bu, et alla se réfugier chez madame la Princesse ^, au petit Luxembourg. Le Prince étant éveillé et ayant appris cette retraite, monta en carrosse, et s'étant rendu au petit Luxembourg, madame la Princesse lui dit, d'un ton qui marquait son indignation : « Ne vous avisez plus de mettre le pied chez moi , À moins que vous ne soyez plus sage. » De là il courut au Palais-Royal, où il raconta le fait à M. le duc d'Orléans, que cela lui était arrivé parce qu'il avait trop bu, dont trente de ses domestiques étaient témoins, disait-il. Sur quoi M. le Régent lui dit : « Monsieur, je me souviens d'avoir lu dans un livre, sans le chercher, que quand un homme est ivre il faut qu'il aille se coucher sans en rien dire à sa femme. Pour moi, quand je suis dans cet état, ce qui m'arrive assez souvent, comme vous savez, je me garde bien de l'aller dire à madame la duchesse d'Orléans, ni de le lui faire connaître : je fais le tapinois, je vais chercher mon lit, où je me couche alors sans bruit. Je reviens quelquefois tout seul, afin que mes gens ne s'en aperçoivent pas. Il y en a pourtant, peut-être plus de quarante, qui me voient malgré moi, parce qu'ils m'attendent. » Après ce discours, M. le prince de Gonti ayant prié M. le Régent d'employer ses bons
' Anne, palatine de Bavière, douairière de Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé, née le 13 mars 1648.
offices et 1 autorité du Roi pour apaiser madame la Princesse et madame la princesse de Gonti, M. le duc d'Orléans lui répli(pia : « Monsieur, je ne me mêle jamais des affaires de famille; ne savez- vous pas le proverbe qui dit : Entre l'écorce et le bois, il ne faut mettre le doigt ' ? »
M. le comte de Gharolais était à table lorscpi'il apprit cette équipée de M. le prince de Gonti; il en fut si ému de colère, qu'en se levant il culbuta la table avec ce qui était
' Voici en quels fermes Marais raconte cette scène : u Madame la princesse de Gonti a quitté son mari et son hôtel , et s'est retirée chez madame la Princesse sa grand'mère. Depuis quinze jours son mari la tourmentait beaucoup : il est bizarre, jaloux, amoureux, et d'un esprit difficile. Il lui demanda un jour à quoi elle rêvait, et comuie elle ne lui répondait rien, il dit : u Vous » pensez que vous voudiiez bien être défaite de moi. » Elle lui a dit que cela était vrai et qu'elle serait bien heureuse. Il a voulu savoir d'elle si elle le faisait c... Elle lui a répondu qu'elle en saurait dix manières dont il ne s'apercevrait pas. « Mais le » suis-je? — Il faudra bien que vous le soyez un jour, si vous » me traitez toujours de même. » Cela l'a piqué; il a eu des soupçons contre M. de Clermont, qu'il a fait sortir de sa maison. Enfin , la nuit de Noël , il défendit à la princesse d'aller à la fête de minuit, ni de faire réveillon avec aucun homme. Elle suivit son ordre. Il va, de son côté, se réjouir dans une maison qu'il a au Marais, et demeure à boire jusqu'à sept heures du matin. La Autier et Thévenart, de l'Opéra, y étaient. Il revient à sept heures à l'hôtel de Gonti; il n'était pas de sang-froid; il entre dans l'appartement de la princesse qui était endormie, tire ses rideaux, l'éveille, et dit qu'elle a été avec des hommes à la messe de minuit, contre sa défense : il la maltraite beaucoup de paroles, lui jette un rideau sur le visage : il y avait une frange d'or qui l'a blessée. La princesse, grosse de sept mois, lui dit que dans l'état où elle est il va la faire mourir, qu'il devrait s'aller coucher et la laisser tranquille; il se retire. L'après-dînée, elle prend son parti, va chez madame la Princesse, renvoie ses équipages et ne revient point. » {Revue rétrospective, 2^ série, t. VIII, p. 50. Voyez aussi Barbier, t. I, p. 121.)
dessus, et courut chez uiadame la duchesse, sa mère \ où il protesta que s'il y rencontrait le prince de Gonti, il lui casserait la tête d'un coup de pistolet.
— Le 30, deux voleurs, proprement vêtus, allèrent à la boutique du sieur Sauvage, gros marchand mercier, rue Saint-Denis, à l'enseigne du Chien noir, où ayant demandé à sa femme si son mari y était, pour lui faire accepter une lettre de change , elle les fit conduire par un laquais au cabinet du sieur Sauvage. Le valet s'étant retiré , un de ces voleurs , feignant de chercher la prétendue lettre de change dans son portefeuille, l'autre ayant en même temps tiré de sa poche un portefeuille, il en prit un poignard et un pistolet, et dit, en tenant l'un et l'autre d'une main : « Voilà, monsieur, de quoi il est question : Il faut, tout alors, nous compter deux cents louis d'or en espèces, autrement je vous brûlerai la cervelle, si vous faites le moindre bruit, sans nous soucier de ce qui pourra nous arriver dans la suite, comme à nos confrères, qu'on fait mourir publiquement depuis quelque temps. » Le sieur Sauvage obéit à cette triste sommation pour sauver sa vie. Les deux voleurs repassèrent par la boutique, et la marchande leur ayant demandé si son mari avait accepté la lettre de change, ils lui dirent : « Oui, madame, il l'a fait fort agréablement « , et s'en allèrent : quelques moments après, un particulier étant survenu, le laquais le conduisit à son maître , qu'on fut bien étonné de trouver tout de son long évanoui dans son cabinet, de la frayeur qu'il avait eue de ces deux scélérats.
' Louise-Françoise de Bourbon , douairière de Louis de Bourbon, née le 19 décembre 1673.
— Le 2 de janvier 1722, d'autres voleurs trouvèrent le moyen d'entrer dans la belle maison du sieur Grozat le cadet, proche de la porte de Richelieu, et d'en enlever, la nuit, la plus grande partie de son ar^j^enterie.
— Le jour de l'an, on apprit par l'arrivée de M. l'évêque de Sisteron, qui venait de Rome, que M. le cardinal de Rohan avait eu beaucoup de peine à réconcilier le prince de Modène avec la princesse , son épouse ' .
— M. le duc de Saint-Simon étant à Madrid, fut attaqué de la petite vérole, dont il guérit en même temps. Ainsi M. le duc de Lorges fut chargé de faire ses fonctions à la cérémonie du mariage du prince des Asturies et de mademoiselle de Montpensier.
Cette princesse coucha, le 30 du mois de décembre, à Rayonne, ayant fait de plus longs séjours qu'il n'était marqué par la route, afin de donner le temps à l'Infante d'arriver le même jour au lieu de l'échange de ces deux princesses.
— Le 2 de ce mois , il se passa en Sorbonne une chose qui fit du bruit, au sujet de quelques chandelles que le dépensier faisait mettre le soir sur un escalier de la maison pour éclairer ceux qui montaient et descendaient par cet escalier, et qui furent volées.
Les provisions de doctorat données par M. le cardinal de Noailles, comme archevêque de Paris et comme proviseur de Sorbonne , y ayant été portées le matin du même jour, afin d'y être enregistrées en faveur de M. de Mon-
^ Voyez dans Lemontey, Histoire des filles du Régent, de curieux détails sur ce ménage malheureux.
teiipiiys', chanoine de Notre-Dame, et de M. de Réauville; le conseil de Sorbonne étant assemblé pour cet enre(>istrement, quelques docteurs dirent qu'avant d'y procéder il fallait éclaircir le vol des chandelles. On en avait d'abord soupçonné M. de Montenpuys, qui passait pour un grand économe , lequel avait son logement vers l'escalier en question, aussi bien que M. de Réauville. On cita M. l'abbé du Bourg comme ayant ouï de M. de Réauville, peu de jours auparavant, qu'il était certain que M. de Montenpuys emportait les chandelles de tous les étages. Le conseil ayant demandé à l'abbé du Bourg s'il était le seul qui eut ouï cette accusation ; celui-ci ayant répondu que son valet de chambre l'avait entendue comme lui , on manda le valet de chambre, qui avoua le lait, et ajouta qu'il avait lui-même vu M. de Montenpuys plusieurs fois emporter une chandelle allumée pour allumer la sienne dans sa chambre, mais qu'il l'avait aussi vu la rapporter dans la lanterne ; ce que trois ou quatre autres valets de chambre avaient vu comme lui , pour s'être mis en embuscade afin de pouvoir découvrir le voleur de chandelles, dans la crainte qu'ils avaient qu'on ne les en^iccusât; qu'enfin ils avaient vu plusieurs fois celui qui les emportait, et que c'était M. de Réauville qui les prenait des lanternes de tous les étages de l'escalier, et qui ne les rapportait pas.
' Petit de Montenpuys était chanoine diacre de Notre-Dame. En 1726, il lui arriva une aventure singulière. Désireux de voir un théâtre avant de mourir, et ne voulant pas donner le scandale d'un prêtre à la comédie, il s'avisa de s'habiller en femme et de s'y rendre en cet état; son étrange tournure le fit remarquer; on l'arrêta, et il fut conduit chez le lieutenant de police; là, il déclina son nom et on le renvoya. On fit courir alors la chanson suivante :
Question rare et nouvelle Parmi les savants de Paris :
Dira-t-on mademoiselle Ou monsieur de Montenpuys?
Ce qui fut confirmé par tous ces valets de chambre, qui furent mandés l'un ajîrès l'autre et qui furent ouïs séparément. De sorte que le conseil délibéra aussitôt l'enregistrement des provisions de M. de Montenpuys comme déchargé de ce vol des chandelles, et refusa d'enregistrer celles de M. de Réauville, comme calomniateur et indigne de la société de Sorbonne.
Cette alBiire fut aussi portée au Parlement par M. de Montenpuys, pour obliger M. de Réauville à lui faire réparation d'honneur.
— Le 4, on apprit que le carrosse public de Vendôme, et trois rouliers qui venaient de Tours, avaient péri par l'inondation extraordinaire que le débordement des eaux du Cher avait causée à la Loire.
— Le même jour, M. Feydeau de Vaugien, grand bailli de Morée et commandeur de Saint-Jean de Latran de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, mourut âgé de quatrevingt-treize ans. Son corps fut exposé durant trois jours dans l'église de cette commanderie , qui est considérable à Paris pour ses grands revenus, et y fut ensuite inhumé avec beaucoup de pompe.
— M. le chevalier Perrault fut nommé à cette commanderie de Saint-Jean de Latran, qu'on estimait valoir vingtcinq mille livres de rente.
— La nuit du 5 au 6 , le feu prit par accident sur le quai de Gesvres, dans la maison de la Rose blanche, occupée par deux filles qui exerçaient la quincaillerie. La maison fut ruinée , et les maisons voisines furent endommagées et quantité de marchandises perdues, volées ou consumées par l'incendie.
— Les consuls de Marseille envoyèrent à M. le maréchal de Villars, gouverneur de Provence, au commencement de cette année, une pièce d'étoffe d'or estimée à raison de trois cents livres l'aune, qu'ils avaient fait fabriquer à Lyon , pour madame la marquise de Villars sa bru , avec une lettre
des plus respectueuses par laquelle ils priaient ce maréchal de vouloir accepter ce présent,
— Le curé de Saint-Gôme de Paris ^ fut beaucoup réprimandé de ce qu'il avait traduit en latin la lettre des sept évêques au Pape, par laquelle ces prélats avaient renouvelé leur appel de la constitution Unigenitus.
— Le 10, M. le duc de Chartres fut saigné du bras et du pied , et le lendemain purgé ; on disait qu'il était incommodé pour avoir trop caressé la demoiselle Quinault'^, comédienne, à qui il envoya une bourse de mille louis d'or pour les frais de sa couche.
— Le 11, M. l'abbé de Matignon fut sacré évêque de Goutances dans l'église des Carmes deschaux du faubourg Saint-Germain, par M. l'ancien évéque de Fréjus^.
— Dans le mois de décembre dernier, la Compagnie des Indes fit vendre à Nantes des marchandises pour la valeur de sept millions six cent mille livres, sans compter les étoffes qui convenaient à des ameublements.
— Les ministres de l'Empereur, d'Angleterre et de Hollande, déclarèrent à M. Amelot, conseiller d'Etat, que les princes leurs maîtres étaient résolus d'appuyer de toutes leurs forces les marchands, négociants et autres particuliers leurs sujets, pour obliger la France de leur faire raison des billets de banque et d'autres papiers dont ils se trouvaient chargés pour des sommes immenses, sans pouvoir alors en faire aucun usage. Sur quoi M. Amelot leur dit avec beaucoup de fermeté et de gravité que le Roi ni l'Etat n'étaient nullement responsables du sort des
* Gotleau.
^ Marie-Anne Qninault l'aînée, qui débuta au théâtre en 1715, et se retira vers 1722. Après le duc de Chartres, elle fut en relations avec le duc de Nevers, père du duc de Nivcrnois, et mourut en 1791 , âgée de cent ans.
^ Fleury, qui devint ensuite cardinal et premier ministre; Pieric-Joseph de Casteîlane lui avait succédé à l'évêché de Fréjus.
effets dont ces né(jociants on particuliers se tronvaient char^jés , d'antant pins qne Sa Majesté avait payé en espèces ce qu'elle était convenue d'en payer aux étrangers, et que les sujets du Iloi qui avaient reçu des billets de banque en payement de ce qui leur était dû, avaient eu des occasions pour les placer et pour en constituer des rentes à leur profit perpétuelles ou viagères; qu'ainsi il ne voyait pas que les prétentions des princes leurs maîtres fussent bien fondées, et qu'ils pouvaient leur écrire ce qu'il venait d'avoir l'iionneur de leur déclarer là-dessus.
— Le 16, par une lettre de cachet, le Roi nomma M. de Francine-Grand-Maison , M. de Targny, docteur en théologie et préposé à la garde de la bibliothèque de Sa Majesté, et M. Le Normand, pour conscripteurs et pour censeurs de discipline, à la place de M. Cosse, principal du collège de Lisieux, de M. Robe, professeur en théologie, et de M. Huby, professeur en théologie au collège de Navarre , en cas que la Sorbonne ne fût pas disposée à en nommer; mais la Sorbonne en étant informée, elle nomma aussitôt pour censeurs de discipline M. Lepage, M. de Francière et M. Léridan, alors bibliothécaire de M. le duc de Noailles , et pour conscripteurs M. Thébert, M. de La Vigerie et M. Salmon, bibliothécaire de la maison de Sorbonne.
— On mit alors à la Conciergerie un marquis du voisinage de Lyon qu'on avait amené dans son carrosse à six chevaux, accompagné d'un exempt. Il était accusé d'avoir fait assassiner une demoiselle de qualité dont il avait abusé, à laquelle exécution il avait employé le fameux Cartouche, qui, avec trois de ses complices à cheval et masqués, arrêtèrent la diligence de Lyon en 1 720, où était la demoiselle, qu'ils firent descendre du carrosse, lemmenèrent, et, après l'avoir violée, ils la massacrèrent et ne firent aucun tort aux autres personnes qui étaient dans la voiture. Lorsque la demoiselle se vit ainsi obligée d'eii descendre
sans pouvoir être secourue, elle s'écria : « Ali! mon Dieu, je suis perdue. "
— Le 9 , on fit l'échange des princesses à l'île des Faisans.
— Le 15, à dix heures du matin, on saigna du pied pour la sixième fois M. le duc de Chartres, pour s'être trouvé fort incommodé d'une esquinancie dont il parut beaucoup soulagé le soir.
— M. de Morsay eut ordre d'aller commander les troupes en Poitou.
— M. le comte de Tavannes eut aussi ordre d'aller à Dijon, dont il était gouverneur, et où sa présence paraissait nécessaire à cause d'un mandement que M. l'évêque de Langres ' avait nouvellement publié, par lequel ce prélat défendait, sous peine d'excommunication, le port d'armes à tous les ecclésiastiques de Dijon et de son diocèse , quoique le parlement de Dijon ne les eut point exceptés de la garde que les habitants de celte ville faisaient alors depuis quelque temps , pour prévenir la communication du mal contagieux.
— Le 16, un marchand chapelier de la rue de Coudé, à l'enseigne de la Source des bons Castors, après s'être donné sept coups de couteau, sans en dire le sujet, fut conduit en cet état à la prison du For-l'Evêque.
— Le même jour, on y conduisit aussi le sieur Le Lièvre, qui se disait gendarme du Roi, après avoir été arrêté chez M. le cardinal Dubois, par ordre de M. Leblanc, secrétaire d'Etat, et le lendemain on le mit aux fers pour avoir donné une fausse pièce de cinquante sols à un fiacre, et pour s'en être trouvé sept ou huit autres de la même façon dans une de ses poches.
— Le 22, le comte de Pentierrender, envoyé de l'Empereur, partit de Paris pour se rendre au congrès de Cambrai en qualité de plénipotentiaire,
' François de Clermont-Tonnerre.
Le comte d'Acuiiha, [)léiiipotentiaire du roi de Portugal , partit aussi pour s'y rendre.
— Le 20, le duc d'Ossone ayant eu son audience de congé, le Roi lui fit présent de son portrait enrichi de diamants, qui formaient une couronne avec ciuq pierres de grand prix, avec deux médailles d'or, dont l'une représentait l'alliance de la France avec l'Espagne, et l'autre représentait des emblèmes qui y avaient rapport.
— Le chevalier de Marsieux, brigadier, partit pour aller commander en Dauphiné sous M. le comte de Médavi, lieutenant général, au sujet de la contagion de Provence.
— On supprima les seize caissiers qui avaient été nommés pour la liquidation des effets de la Banque, et les notaires furent chargés de rendre à leurs parties ce qui devait leur revenir du visa.
— Le 20, il mourut une femme fort âgée demeurant dans un grenier chez un apothicaire, rue des Vieux-Augustins, qui faisait profession de mendier publiquement et qui était huguenote de religion, à qui une dame du voisinage faisait tous les jours part de son diner et de son souper. On assurait alors que dans le galetas de cette femme on avait trouvé une somme de soixante-dix mille livres en vieilles espèces d'or et d'argent, avec une grande (juantité de vaisselle d'argent, comme plats, assiettes, cuillers, fourchettes, etc., tous lesquels effets et espèces furent portés à la Monnaie comme tombés en aubaine * et confisqués au profit du Roi.
— On apprit de Rayonne que la reine douairière d'Espagne^ qui y tenait sa cour depuis longtemps, avait fait donner un fauteuil pareil au sien à mademoiselle de Mont-
^ La succession d'iui étranger qui mourait dans un pays où il n'était pas naturalisé était dévolue au Roi. C'est ce qu'on appelait le droit tV aubaine .
^ Marie-Anne, palatine, de la brandie de Neubonrg, veuve de Charles II, roi d'Espagne^ née le 8 octobre 1(J67.
pensier dans les visites qu'elles s'étaient rendues réciproquement, et que cette reine lui avait fait présent d'un diamant de grand prix, d'une montre et d'une tabatière d'or, le tout enrichi de diamants, avec une commode remplie de porcelaines de la Chine , avec une épée et une canne à poignées d'or, enrichies de diamants, pour le prince des Asturies, et que mademoiselle de Montpensier avait fait présent d'une belle épée à chacun des ga'rdes du corps qui l'avaient escortée.
— Comme la santé de M. le duc de Chartres se fortifiait de jour en jour, M. le comte de Clermont fut chargé de l'accompagner partout, et de veiller à sa conduite.
— On porta à l'hôtel des monnaies quantité de lingots d'or pour la valeur de cent dix-huit millions, afin de les convertir en espèces.
— On assurait que la Compagnie des Indes avait alors pour plus de vingt-cinq millions en caisse, tant en espèces qu'en lingots d'or et d'argent.
— Le procès du sieur Monnerat, commissaire aux saisies réelles, qui était détenu en prison depuis plusieurs années , fut enfin jugé en sa hiveur et en celle de ses associés ; il fut déchargé de l'accusation d'avoir détourné une somme de dix-huit cent mille livres.
— On vendait alors sous cape une estampe qui représentait un âne borgne , sur lequel étaient montés les quatre fils Aymon , pour faire allusion aux quatre frères Paris , comme revenus de leur exil et remis en exercice, avec le sieur Samuel Bernard et le sieur Crozat l'aîné. A côté on voyait M. Lepeletier de la Houssaye, contrôleur général des finances, qui menait l'âne par la bride, et le cardinal Dubois , avec son chapeau rouge sur la tête , qui tenait un fouet à la main pour obliger l'âne de marcher plus vite. On donna ordre de rechercher l'auteur, le graveur et l'imprimeur de cette estampe, qui paraissait des plus entreprenantes.
— Le 28, on piihlia un arrêt du conseil d'État, rendu le 4 de ce mois, qui portait règlement des billets de banque et des autres papiers visés, et qui ordonnait que les particuliers qui en étaient les porteurs les remettraient à ceux qui leur seraient indiqués et qui leur en donneraient la valeur.
— Le duc d'Ossone reçut ordre de rester à Paris en qualité d'ambassadeur ordinaire de la cour d'Espagne '.
— Le Roi Catholique donna l'ordre de la Toison d'or au duc de Saint-Simon et au marquis de La Fare, et fit grand d'Espagne le marquis de Ruffec, second fils du duc de Saint-Simon.
— Madame la marquise de Ghiverny, gouvernante de mademoiselle de Montpensier, accompagna cette princesse jusqu'à Lerma.
— Le 26, un prêtre de la paroisse de Sainte-Marguerite, au faubourg Saint-Antoine, portait le saint viatique à un malade , lorsqu'une servante se mit à genoux et s'écria : « Je vous adore, 6 mon Dieu, quoique vous soyez entre
les mains d'un hérétique. » A ces mots le prêtre s'arrêta, et dit à cette imprudente : « Qui vous a si bien instruite , ma fille? — C'est mon maître » , répliqua-t-elle sans s'étonner; et elle dit son nom et sa demeure. Le prêtre poursuivit son chemin, et après avoir administré les saints sacrements au malade , fit rapport de la chose à son curé ^, sur quoi on alla chez le maître de la servante, lequel avoua ingénument qu'il regardait comme hérétiques tous ceux qui avaient juré la constitution Unigenitus ; mais le lendemain il fut logé à la Bastille pour lui apprendre à parler plus modestement.
' Il n'avait été jusqu'alors qu'ambassadeur extraordinaire, envoyé pour négocier les deux mariages de Louis XV avec l'infante , et de mademoiselle de Montpensier avec le prince des Astnries. L'ambassadeur d'Espagne avait été jusqu'à ce moment don Patritio Lan lès.
2 Gov.
— M. le maréchal de Berwick ayant commencé, par ordre de la Cour, à faire des lifpies pour séparer le haut et le bas Languedoc, les états de cette province qui étaient alors assemblés écrivirent que cette séparation allait infailliblement mettre la famine dans l'une ou l'autre de ces deux contrées. Sur lesquelles remontrances le maréchal eut ordre de discontinuer et de laisser les choses comme elles étaient auparavant, d'autant plus qu'il n'y avait dans toute cette province aucune maladie contagieuse et qu'elle avait cessé dans le Gévaudan.
— Les sieurs Paris apprirent alors agréablement qu'ils avaient eu un lot de cinq cent mille livres à la loterie qui s'était depuis peu tirée en Hollande, dont les billets étaient de cinquante francs chacun, et dont les receveurs s'étaient obligés de rendre vingt-cinq livres à chacun des intéressés qui n'auraient eu aucun lot.
— Comme les acceptants de la constitution Unigenitiis doutaient de la résolution de l'Empereur' à cet égard, et prétendaient que c'était une supposition de la part des appelants, comme on a ci-devant dit touchant l'instruction de Sa Majesté Impériale et le décret du conseil aulique envoyés à Rome au cardinal d'Althan , madame la princesse de Brunswick , qui tient depuis plusieurs années sa cour au palais du Luxembourg, écrivit là-dessus à l'Impératrice ^ pour en savoir la vérité ; sur quoi l'Impératrice l'assura par sa réponse que la chose était véritable , et que l'Empereur ne l'avait fait qu'après une mûre déclaration du conseil de Sa Majesté Impériale.
— Le 28 au soir, M. le cardinal de Rohan arriva de Rome à Paris.
— Le 30, on publia un arrêt du conseil d'Etat, rendu
' Voyez au mois de novembre I72L
^ Elisabeth-Christine de Brunswick de Wolfenbuttel , née le 28 août 1691, et mariée à l'empereur Charles W. Elle était la sœur de la princesse de Brunswick.
le 4 de ce mois, qui nommait le sieiii' Brchamel pour principal commis comptable, avec seize commis sous lui pour signer tous les certificats de liquidation des effets visés et liquidés ; et le sieur Daudé pour contrôleur en chef, avec seize autres contrôleurs sous lui pour contrôler les mêmes effets.
Le même jour, on en publia un autre, rendu le 13, qui ordonnait que les certificats qui seraient délivrés par le sieur Bréhamel et les autres ci-dessus nommés, seraient reçus comme deniers comptants pour acquisitions de rentes au denier cinquante , faisant partie des huit millions de livres aliénés par édit du mois d'août 1720, sur les tailles et sur les autres impositions, tant des pays d'élection que des pays d'Etat.
Le même jour, on en publia un autre qui ordonnait que les mêmes certificats de liquidation seraient aussi reçus pour acquisitions de rentes viagères au denier vingt-cinq, jusqu'à concurrence de ce qui restait à remplir des quatre millions de rentes créées sur les aides et gabelles par le même édit du mois d'août 1720.
Le même jour, on en publia un autre, rendu le 25, qui augmentait le nombre des commis pour signer et contrôler les certificats de liquidation jusqu'au nombre de trentedeux commis en chef et de trente-deux contrôleurs.
— Le 27, on arrêta un carrosse qui venait de Flandre, pour s'y être trouvé une quantité de mille louis d'or de marque étrangère, et ceux qui étaient dans, cette voiture furent menés à la Bastille.
— On apprit de Nantes qu'un vaisseau avait été mouiller secrètement dans un petit port de Bretagne, afin d'éviter les droits qu'il aurait fallu payer pour une somme de huit cent mille pistoles, dont il était chargé pour le compte de plusieurs particuliers.
— On parlait alors d'un projet formé depuis quelque temps par les sieurs Paris, Samuel Bernard et Grozat,
avec quelques juifs, pour fournir au Roi dix millions par mois sur le prix clu bail des fermes et des recettes générales et de la capitation ; auquel traité les trésoriers et les receveurs généraux des finances s'étaient fortement opposés pour en empêcher l'exécution.
— Le 28, ou mit au Gbatelet le sieur Lambon, notaire, rue et proche Saint-Honoré , en vertu d'un décret du lieutenant civil.
— Le 30, le Père de La Santé ', professeur de rhétorique au collège des Jésuites de Paris, prononça un discours latin en présence des cardinaux de Bissy, de Pohgnac et Dubois, de onze archevêques ou évêques, du duc d'Ossone, ambassadeur d'Espagne, et d'un grand nombre d'autres personnes de distinction. Il commença par faire l'éloge du cardinal de Bissy sur son zèle pour la pureté de la foi , du cardinal Dubois sur ses talents, et du cardinal de Polignac sur sa grande réputation parmi les gens de lettres.
Puis, dans la première partie de son discours, il rapporta plusieurs faits d'histoire de nos rois qui avaient rapport à son sujet touchant l'abattement des Français et leur joie à l'occasion de la maladie et de la convalescence de nos rois , et touchant l'amour que les Français ont toujours eu pour la personne de leurs souverains, et touchant les preuves éclatantes qu'ils en avaient données en 1 721 , ayant commencé par Glovis et fini par Charles VII, à cause de la Pucelle d'Orléans, qui lui avait fourni de quoi réveiller l'attention des auditeurs.
La seconde partie du discours servit à peindre les différentes démonstrations de joie des Parisiens et des habitants des provinces du royaume. Les dames de la halle y parurent aussi sous des couleurs et des grâces qui leur convenaient fort peu.
^ Gilles-Anne-Xavier de la Saute, célèbre poète latin et professeur distingué de l'Université de Paris, né près de Redon en 1684, mort en 1762.
[1122] [ËVRIEU. 335
Enfin, l'orateur finit en passant adroitement sur la double alliance des deux maisons de Bourbon de France et d'Espagne.
Le duc d'Ossone était séparément placé dans une tribune.
On observa que le seul cardinal Dubois, avec son caudataire, avait voulu passer au travers de l'assemblée pour aller se placer dans le fauteuil qui lui avait été préparé proclie de ceux des deux autres cardinaux, ce qui obligea toute la compagnie de se lever pour saluer Son Éminence avec plus de distinction.
— Le 4 de ce mois de février, le sieur Paris l'aîné commença à se parer du cordon rouge, pour avoir acheté de M. de Montargis la charge de greffier de l'ordre de Saint- Louis, et le 29 de janvier ses provisions de garde du Trésor royal furent scellées à la chancellerie.
— Le nommé Leroux, exempt de feu M. d'Argenson, qui par le crédit de ce magistrat avait été mis en liberté en 1720, fut de nouveau mis au Ghàtelet dans un cachot.
— Le Roi ordonna une somme de vingt mille livres pour servir à la construction de la voûte de l'église de Saint- Roch de Paris. M. le duc d'Antin y destina dix mille livres, M. le duc de Noailles une pareille somme, M. le cardinal Dubois six mille livres, M. de la Jonchère, trésorier de l'extraordinaire des guerres, cinq mille livres, et M. de Fontanieu autant.
— Le chevalier de Pezé, capitaine de cavalerie au régiment de Saint-Simon, arriva le 31 janvier, et rapporta que la nuit du 20 au 21 le mariage du. prince des Asturies avec mademoiselle de Montpensier s'était consommé durant une demi-heure qu'on les avait laissés ensemble au lit , pour laquelle nouvelle cet officier eut une gratification de quinze mille francs.
— Le même jour, un exempt chargé d'une lettre de cachet arrêta le nommé Belnau, suisse ou portier de la
Banque, et le conduisit au Châtelet, pour avoir été accusé par un clerc de notaire qui avait été pendu le 30 à Li j^lace Maubert, à onze heures du soir.
— Le même jour, on y conduisit aussi un orfèvre de la rue de l' Arbre-Sec, proche l'église de Saint-Germain l'Auxerrois, accusé d'avoir acheté une tabatière d'or deux cents livres seulement, laquelle avait coûté quatorze cents livres.
— Le 3® de ce mois , on pendit à la place Maubert le complice de celui qu'on y avait exécuté le 30 de janvier. Le suisse de la Banque lui ayant été confronté, celui-ci, ne reconnaissant pas Belnau, dit seulement qu'une somme de quarante mille livres avait été déposée à Belnau par un de ses complices, mais qu'il ne savait pas en quelles mains cette somme avait passé. Sur quoi, Belnau demandant à se retirer, puisque le criminel avouait ne pas le connaître , le lieutenant criminel lui répliqua : « Mon ami , étant arrêté par une lettre de cachet , il en faut une autre pour vous faire élargir. »
— Le 4, on publia un arrêt du conseil d'État, rendu le 27 janvier, qui ordonna que dans l'espace de quinze jours les intéressés de l'ancienne Compagnie des Indes , établie en 1664 et confirmée en 1685, produiraient devant les commissaires du Roi leurs titres et leurs raisons légitimes , tant de leur part que de celle des anciens actionnaires, contre la nouvelle Compagnie des Indes orientales et occidentales, et qu'ils nommeraient des syndics pour agir en cette affaire en leur nom et au nom des actionnaires.
— Le 5 , madame la princesse de Gonti accoucha d'un prince chez madame la Princesse.
— Le même jour, il fut résolu au Conseil que la caisse générale des finances resterait entre les mains des frères Paris.
— Les états de Languedoc accordèrent au Roi un don gratuit de quatre millions.
— M. le duc d'Orléans établit alors un nouveau conseil des finances, composé de Son Altesse Royale, de ^I. le duc de Bourbon, de M. le cardinal Dubois, de M. le chancelier, de M. le maréchal de Yilleroy, de M. Lepeletier de La Iloussaye et de M. Fa^jon.
— Le Roi accorda à M. de Brillac, capitaine de grenadiers au régiment des gardes françaises, une gratification de vingt-cinq mille livres, qui lui fut payée comptant.
— Le sieur Chevalier, cabaretier dans l'intérieur du Ghàtelet, et le nommé Leroux, exempt de feu M. d'Argenson , dont on a parlé ci-devant, et six autres particuliers, furent mis dans les cachots de cette prison, ])our avoir été tous accusés par celui qui fut pendu le 3^ de ce mois à la place Maubert.
— On assurait que la contagion recommençait avec fureur en Provence, aux environs d'Aix; qu'elle continuait de désoler Avignon, Orange, Alais, Marvejols et autres endroits du Languedoc, et qu'elle s'était communiquée à Montpellier.
— Le 8 , M, le cardinal de Rohan entra pour la première fois au conseil de la Régence, et prit place immédiatement après les princes du sang, ensuite duquel se posta le cardinal Dubois. M. le chancelier étant arrivé, il fit entendre au cardinal de Rohan que la place qu'il occupait devait lui appartenir comme chancelier de Fiance. Sur quoi le cardinal dit qu'il ne la lui céderait pas. M. le chancelier s'étant adressé aux seigneurs du conseil pour décider sur cette préséance, M. le maréchal de Villerov dit que l'usage était que le chancelier siégeait toujours après les princes du sang. Sur quoi M. le Régent répliqua qu'il fallait remettre la question à une autre séance. Ainsi les cardinaux restèrent comme ils se trouvaient. Ce qui donna lieu de conjecturer par avance que M. le chancelier serait obligé de leur céder le })as, et de s'en retourner bientôt à sa maison de Fresnes.
— Le 11, il y eut une grande assemblée de ducs et pairs et de maréchaux de France chez M. le chanceher, au sujet de cette nouveauté.
— Le prévôt des marchands et les échevins de l'hôtel de ville enjoi(jnirent au sieur Beausire \ habile architecte, de disposer toutes choses pour dresser cinq arcs de triomphe dans les rues du passage de l'Infante à son arrivée à Paris, avec un feu d'artifice à neuf piliers à la Grève.
On travaillait alors au vieux Louvre à mettre les appartements en état de la recevoir, et à paver tout le devant de la porte de cet ancien palais et au dedans , et afin qu'il y eût plus d'espace pour les carrosses, on combla une partie du fossé, qui fut mis au niveau de cette place.
— Le 17, le comte de Ghatellux^, capitaine des gendarmes de Berry, épousa, en l'église de Saint-Roch , mademoiselle d'Aguesseau, fille de M. le chancelier, qui lui donna deux cent mille francs pour sa dot, et le Roi accorda une pension de six mille livres à ce capitaine, que l'on disait de son côté avoir vingt-cinq mille livres de rente. Il a droit d'entrer dans l'église cathédrale d'Auxerre, ayant l'épée au côté , le casque en tète , botté et éperonné et revêtu d'un surplis, avec voix délibérative au chapitre dans les élections de chanoines ; il descendait du maréchal de Ghatellux, qui vivait en 1402 ^.
— Le sieur de Cour, chanoine de l'église cathédrale de Reims , fut amené le 9 à la Bastille pour avoir fait, disaiton, une épitaplie satirique contre la mémoire du feu cardinal de Mailly.
^ Jean-Baptiste-Augustiii Beausire, architecte du Roi, maître général, contrôleur et inspecteur des bâtiments de la ville.
^ Guillaume-Antoine de Ghatellux; il avait trente-huit ans et sa future vingt et un. (Aboyez, sur ses droits singuliers dans la cathédrale d'Auxerre, le Dictionnaire de lîayleau mot ChateUiix.)
^ Claude de Beauvais, seigneur de Ghatellux, maréchal de France vers 1418.
— On mit aussi à la Bastille l'auLeiir de l'estampe de l'âne l)or^ne, dont on a donne ci-devant la description.
— Le dimanche 15 de ce mois , comme le Roi entrait dans la treizième année de son â(je, Sa Majesté reçut à cette occasion les compliments de madame la douairière , de M. le Régent, de tous les princes, princesses, sei^jneurs et dames de la Cour, et des ministres étrangers.
Le soir il y eut salut et bénédiction du saint sacrement, avec le Te Deum, en l'église de Saint-Leu, rue Saint-Denis, pour la conservation de la santé du Roi, Sa Majesté ayant depuis peu fondé ce salut à perpétuité pour le jour de sa naissance, en actions de grâces du recouvrement de sa santé.
Le même jour, le Roi assista au salut en l'église des Jésuites de la rue Saint-Antoine.
— Le sieur Guillaume Law, qui était encore détenu prisonnier au For-l'Evêque, reçut alors deux malles remplies d'effets considérables qu'il avait eu permission de faire venir à l'adresse de M. le duc de Vendôme, avec un sauf-conduit de M. le duc d'Orléans.
— Suivant les avis de Londres du 9 de ce mois, le sieur Jean Law^ avait donné une somme très-considérable pour contribuer au bâtiment d'une nouvelle église que ceux qui professaient la religion anglicane faisaient construire à Aberdeen en Ecosse, au lieu de leur église dont les pres^ bytériens s'étaient emparés. Ce qui devait rendre sa mémoire aussi recommandable qu'en France parmi les agioteurs qui lui sont redevables de leur fortune.
— On travaillait à cinq arcs de triomphe , proche l'Estrapade, à la porte Saint-Jacques, au petit Ghâtelet, sur le pont Notre-Dame, en la rue de la Ferronnerie et proche du Palais-Royal ^ .
' Ordre du Roi pour la réception de t Infante à Paris. u Sa Majesté ayant donné différents ordres pour que l'entrée de l'Infante d'Espagne soit accompagnée de toute la ma^nifi-
Extrait du cérémonial pour la réception de l'injante à son arrivée :
Après avoir couché à Chastres elle devait coucher à Berny, eu la maisou de campagne du cardinal de Bissy, comme abbë de l'abbave de Saint -Germain des Prés, située vis-à-vis de Sceaux, et que le feu cardinal de Furstemberg ' fit mettre en l'état où on la voit à présent.
Elle devait dîner à IJerny, où Madame et les princesses du sang, M. le Régent, M. le duc de Chartres et les princes du sang devaient aller la complimenter, avec leurs carrosses de suite pour lui faire cortège.
Le Roi devait se rendre avec un détachement de ses gardes du corps en la belle maison du sieur Marchais, sise
cence convenable, Sa Majesté a ordonné que le jour de son entrée à Paris, tontes les rues et places qui se trouveront sur son passage soient ornées et les fenêtres illuminées, savoir : depuis la porte Saint-Jacques, suivant la rue jusqu'au Petit- Châtelet; dudit lieu, le long des rues de la Lanterne, le pont Notre-Dame, Planclie-Mibray, des Arcis, des Lombards, retournant par la rue Saint-Denis à celles de la Ferronnerie, de la Chausseterie , Saint-Ilonoré, jusques et compris la rue du Chantre et jusqu'au vieux Louvre : comme aussi que ledit jour, toutes les fenêtres des maisons et faubourgs de Paris soient illuminées, et des feux allumés devant toutes les portes, à la manière accoutumée dans les occasions de réjouissance publique. Mande , Sa Majesté, au sieur de Beaudry, conseiller du Roi en ses conseils, maître des requêtes ordinaire de son hôtel, lieutenant général de la police, de tenir la main à l'exécution de la présente ordonnance, qui sera publiée et affichée partout où besoin sera, à ce que personne n'en ignore. Fait à Paris le 23 février 1722. »
Pareille lettre fut adressée aux prévôts des marchands et échevins, et au gouverneur de Paris.
' Guillaume Égron de Furstemberg, connu d'abord sous le nom de prince Guillaume, né en 1629, fut successivement évêque de Metz et de Strasbourg, cardinal eu U)8(), et enfin abbé de Saint-Germain des Prés, où il mourut en 1704.
[H±2] FÉVIUEU. 341
au Bouro-la-Reine, cl recevoir l'Infante à la descente du carrosse et la conduire en cette maison , ou après s'être reposée une demi-heure, elle devait se remettre en marche et passer entre les deux files du régiment du Roi , et le Roi devait la quitter en cet endroit pour revenir au (j^rand trot pour la recevoir au vieux Louvre et la conduire dans son apj)artenient.
Leduc de Tresmes, (gouverneur de Paris, accompagné de ses gardes, nouvellement vêtus, superbement à cheval ; le prévôt des marchands, les échevins et le corps de ville, tous à cheval, devaient aller lui offrir leurs respects à Montrouge et l'accompagner, marchant des deux côtés de son carrosse.
En passant devant l'Observatoire on devait mettre le feu à cinquante boîtes, et le canon de la Bastille devait tirer en même temps pour la saluer * .
En passant sur le pont Notre-Dame on devait tirer celui de la Grève.
Toutes les rues de son passage devaient être ornées de tapisseries avec des tapis aux fenêtres des maisons.
En entrant dans la rue Saint-Honoré, on devait tirer le canon des quais des Tuileries, et en arrivant à la place du Palais-Royal on devait tirer celui des Invalides.
• Lettre du Boi au cjouverneur de la Bastille, pour faire tirer le canon le jour de Centrée de tinfanle :
« M. de Laiinay, voulant que ITnfante d'Espa(;ne, après avoir été accompagnée sur sa route des plus tendres et des plus icspectueuses acclamations, soit reçue dans Paris avec la magnificence convenable à la dignité de sa personne et à la qualité de ma future épouse et conqoagnc, j'ai donné mes ordres à cet effet, et je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous fassiez tirer le canon de mou château de la Bastille le jour de son entrée. Sur ce, je prie Dieu, Monsieur de Launay, qu'il vous ait en sa sainte garde. Ecrit à Paris, le 23 février 1722. »
Pareille lettre fut adressée au duc du Maine pour faire tirer le canon de l'Arsenal, dont il était gouverneur.
Le même jour, au soir, ou devait tirer uu feu d'artifice aux Tuileries, le leudemaiu uu autre à la Grève, et trois jours après un autre à la place du Palais-Royal.
Les gendarmes et les chevau-lé^ers avec cent mousque taires des deux compa(jnies eurent ordre d'aller au-devant de cette princesse.
Quatre bataillons du rè^j^iment du Roi devaient être en haie sous les armes depuis Longjumeau jusqu'au Rourgla-Reine.
Les régiments des gardes françaises et suisses devaient être postés en deçà, de la même manière.
Les archers de ville et du guet à pied et à cheval de^ vaient border les rues depuis la porte de Saint-Michel jusqu'au Louvre.
Et les autres troupes ci-dessus spécifiées devaient suivre la princesse en bon ordre.
— Le Roi reçut alors un bref de Rome par lequel le Pape rendit la chapelle de Sa Majesté indépendante de la juridiction des ordinaires.
— On vit alors dans le public une première liste contenant trois mille quatre-vingt-deux numéros des déclarations visées, laquelle fut donnée aux notaires. On devait en donner une pareille toutes les semaines. Il fut ordonné aux porteurs des effets visés qui trouveraient leurs numéros sur ces listes, d'aller retirer les certificats de caisse qui devaient leur revenir dans la quinzaine de la publication, faute de quoi ils ne seraient plus reçus qu'à la fin de tout le visa.
— Suivant les avis d'Avignon, du 28 janvier, il y mourait très-peu de monde depuis quinze jours, et la maladie était entièrement cessée à Ghàteamieuf , à Rédarrides , à Sorgues et autres lieux du comtat d'Avignon et à Orange, et on y avait commencé la quarantaine de santé.