‹ Journal de la régenceChapitre 2 sur 32 · LISTE DES LIVRES · texte numérisé non relu

LISTE DES LIVRES

QLE l'on disait ÊTRE SOUS LA PRESSE EN HOLLANDE.

Dissertation de la pierre philosopJiale, par le sieur Law; dédiée à M. le duc d'Orléans, Régent du royaume de France.

Nouveau moyen par lequel un tuteur peut ruiner son pupille en lui co?iserva?it ses effets, par le même sieur Law; dédié au même Prince régent.

Traité de V existence de Dieu et de la religion chrétienne , par Lévêque Sacre-Dieu '; dédié au même Prince régent.

Les merveilles d'une terre inconnue, par un comédien ; dédié au même prince.

L'art de convertir ceux qui nont point de religion, par l'abbé de Tencin ; dédié à M. Law.

Paraphrase sur les Lamentations de Jérémie, par M. d'Argenson ; dédié au Parlement.

Remarques sur les différents mouvements de la pirouette , par M. le président de Mesmes; dédié à M. le cardinal de Noailles.

L'Oraison funèbre du saint père Clément XI, par les sept vieillards de la Compagnie de Jésus; dédié au cardinal de Bissy.

Les directeurs de la retraite, par MM. Paris; dédié «à M. Law.

' Surnom donné par ironie à l'abbé Dubois. Mattbieu Marais raconte, à la date du 9 juin 1720, qu'un laquais du cardinal de Mailly, arcbevêque de Reims, s'étant pris de querelle sur les qualités avec un laquais de l'abbé Dubois, celui-ci dit à son camai'ado : » Ton maître sacre les rois, mais le mien sacre Dieu tout ](; long du jour, n (Voyez aussi le Journal de Rarbier à la date «111 7 juillet 1720.)

[1720] lÉVRIEll. 9

L'art d'usé?' dit poison suivant les espèces de qualité particulière, avec un raisonnement physique sur leur efficacité , enrichi d'histoires remarquables arrivées dans l'Europe, par le tluc de Noailles.

Démonstratio7i des aventures que procure le papier, par le duc d'Antin, dédiée au duc de Bourbon.

Les abus de la science astrologique, œuvre posthume de la parodie de Mithridaie, dédiée à M. le duc d'Orléans, ré(]ent.

Éloges de la soumission et de la fermeté avec laquelle les Français se sont laissé dépouiller par un seul homme , par M. le duc d'Orléans, dédié au même Prince ré[>ent.

— M. d'Armenonville , secrétaire d'Etat, fit entendre quelques jours auparavant, au sieur abbé d'Asfeld et au sieur abbé Léger, docteur deSorbonne, qu'il était chargé de deux lettres de cachet pour les envoyer en exil aux deux extrémités du royaume, s'ils eussent persisté à ne vouloir point ailer complimenter M. l'archevêque d(î Bourges sur sa promotion au cardinalat, ce qui les fît bientôt déterminer à accompagner les autres docteurs de Sorbonne qui allèrent ^3our ce sujet visiter ce nouveau cardinal de Gesvres, que ces deux abbés avaient voulu détourner de cette démarche, parce que ce prélat avait été des premiers qui avaient paru les plus zélés à accepter la constitution Unigenitus , dans le temps de l'assemblée du clergé en 1713 et 1714, et à la faire publier dans son diocèse de Bourges.

L'avis que ^I. d'Armenonville eut ordre en cela de donner à ces deux abbés, persuadait que M. le duc d'Orléans avait beaucoup d'égards pour leur mérite, surtout pour celui de l'abbé d'Asfeld, qui depuis plusieurs années faisait toutes les semaines une conférence dans le presbytère de la paroisse de Saint-Rocli, où il ex])liquait la sainte Ecriture d'une manière aisée, savante, et qui instrui-

sait admirablement toutes les personnes qui ne manquaient pas de s'y trouver chaque fois en (jrand nombre de tous les quartiers de Paris, ecclésiastiques se'culiers et réguliers, (jens du monde des deux sexes, de qualité, et autres personnes de mérite ; les dames étant dans une chambre particulière dont la porte était ouverte afin qu'elles pussent entendre distinctement ce que disait cet illustre abbé avec une édification merveilleuse de tous ceux qui allaient l'écouter avec empressement.

— M. le garde des sceaux et M. le premier président du Parlement s'étant trouvés en riiéme temps dans l'appartement de M. le duc d'Orléans en attendant Son Altesse Royale pour tenir le conseil, y ayant depuis longtemps quelque refroidissement entre ces deux magistrats au sujet de la police , lorsque le premier en exerçait la charge de lieutenant général ; le garde des sceaux ne put s'empêcher en cette occasion de dire au premier président : « Vous voulez bien , monsieur, que je vous demande à vous-même l'état de votre santé. — Fort à votre service, monsieur, » dit le premier président. M. le garde des sceaux ajouta :

«Vous savez, monsieur, que M. le Régent a eu depuis quelques jours la bonté d'accorder la charge de lieutenant général de police à mon fds le cadet : c'est pourquoi je vous supplie de vouloir bien lui accorder l'honneur de votre protection , lui ayant beaucoup recommandé d'avoir toujours un grand respect pour votre personne en particulier, et pour toute la compagnie en général. » Sur quoi M. le premier président répliqua : « Vous pouvez compter, monsieur, que je ne le traiterai pas autrement que vous et que je ne lui ferai pas plus de peine que je vous en ai pu faire. »

— On assurait que M. de Tencin, grand vicaire de Sens et abbé de Vézelay, qui avait beaucoup contribué à la conversion du sieur Law, avait fait un gros gain par le moyen des actions qu'il lui avait données.

— On ne pouvait pas dire la même chose de M. Vittemant, soiis-prëcepteur du Roi et ci-devant de M. le Dauphin, duc de Bourgogne, de M. le duc d'Anjou, aujourd'hui roi d'Espagne , et de feu M. le duc de Berry ; lequel remercia le Roi de la bonté que Sa Majesté avait eue de lui conférer une abbaye considérable en le priant de le dispenser de l'accepter, se disant avoir assez de bien d'ailleurs sans avoir besoin du revenu de cette abbaye ni d'aucune autre pour l'aider à vivre, puisque « Votre Majesté, disait-il, ne me laisse manquer de rien. »

— Vers la fin du mois de novembre dernier, M. le maréchal de Villeroy disait à M. Vittemant : « Il est inutile, monsieur, de vous offrir des actions, à moins qu'on ur. veuille s'exposera un refus de votre part; mais puis-je vous demander si vous permettrez au domestique qui vous sert d'en accepter quelques-unes ?» M. Vittemant qui ignorait le fin des actions, fit réponse : « Vous êtes le maître, monseigneur, de faire du bien à qui il vous plaira. » Le maréchal en fit donner cinq à ce domestique, qui s'en alla aussitôt à la rue Quincampoix, avec un ami, pour les négocier, et les céda toutes cinq à raison de deux cent cinquante-huit livres par cent de profit , ce qui lui valut de bon la somme de six mille cent soixante livres en billets de banque, dont il fut étonné autant que M. Vittemant, d'avoir tant gagné en si peu de temps , et s'il avait différé encore de quelques semaines à s'en défaire , elles lui auraient valu vingt-sept mille livres au moins.

— Gomme il était dit par un arrêt du conseil d'Etat publié le 24 janvier 1720, qu'il était permis à tous régnicoles et étrangers de faire sortir du royaume de France toutes sortes d'espèces d'or et d'argent , on remontra à M. le duc d'Orléans qu'il était fort à craindre que cette permission ne fût très-préjudiciable à l'Etat par la grande quantité d'espèces qui ne manqueraient pas d'en sortir si l'on n'y remédiait promptement. M. Law représenta aussi

à Son Altesse Royale que pour profiter de Là privilège, un An(>lais avait retiré le lendemain une somme de vingtquatre millions qu'il avait à la Banque; qu'ainsi il était absolument nécessaire de l'empêcher de profiter de l'augmentation portée par ledit arrêt et de faire sortir ces espèces hors du royaume.

— Ces remontrances si judicieuses furent apparemment la cause que le 29 on publia un autre arrêt qui révoquait ladite permission et fit en même temps défense à toutes sortes de personnes de faire sortir du royaume aucune espèce d'or et d'argent sous peine de confiscation, et qui réduisait les louis d'or.

— Voici une aventure qui donna lieu à plusieurs discours et qui causa beaucoup d'étonnement. Un particulier, à sept heures du matin, engage un crocheteur à porter un rouleau, et étant arrivés devant la grande porte du Palais-Royal, il dit au crocheteur : « Va m'attendre au bas du grand escalier, proche la salle des gardes, je vais à deux pas d'ici chez un ami pour lui parler, après quoi j'irai te joindre; prends seulement bien garde de ne te point laisser prendre ce rouleau ni de le chiffonner, parce que c'est un tableau d'importance pour M. le Régent. » Le crocheteur va bonnement se poster à l'endroit que ce particulier lui avait indiqué. Après l'avoir attendu jusqu'à plus de onze heures et demie sans qu'il eût paru, ce crocheteur dit ingénument à l'un des gardes ce qui l'obligeait d'être là depuis si longtemps; que la personne qui l'avait pris ne venait point, que cela était cause qu'il perdait sa journée ; qu'un inconnu lui avait dit de l'attendre là avec ce tableau roulé qu'il lui avait dit devoir présenter à M. le Régent; sur cette déclaration, le garde déroule le tableau, et l'ayant vu, fit monter le crocheteur. On présente le tableau à Son Altesse Royale, qui le considéra avec beaucoup d'attention, le fit mettre à part, et n'ayant pu tirer d'autre raison du crocheteur, il lui donna

un louis d'or de trente-six livres pour le consoler d'avoir ainsi perdu sa journée.

Ce tableau représente le Roi au naturel avec un habit tout chamarré de billets de banque, dont les traits d'écriture qui sont à côté ressemblent à ime dentelle, et ces traits servent de bords à l'habit et sur les coutures avec beaucoup de délicatesse.

M. le duc d'Orléans y est aussi représenté très-bien , mais avec un habit d'or et tout chamarré de louis d'or.

M. Law^ y paraît aussi au naturel avec un habit chamarré de pièces de vin^j^t sols et portant sur son épaule une potence pour y être attaché.

On envoya ce tableau à l'Académie de peinture, au vieux Louvre, où il fut exposé à la vue de tout le monde, pour voir si quelqu'un de l'Académie ne pourrait pas ju^^ei" ([ui pouvait en être le peintre.

— On assurait qu'un grand nombre de loups s'étaient attroupés du côté de Gorbeil, où ils dévorèrent plusieurs personnes et firent d'autres ravages, ce qui obligea les habitants des lieux voisins de s'armer afin de pouvoir exterminer ces bêtes féroces.

— Les capitaines du régiment des gardes eurent ordre alors d'augmenter sa compagnie chacun de cinquante hommes.

— On eut aussi pour lors quelques alarmes sur nos Frontières de Flandre, u Lille, à Valenciennes, à Gondé et en d'autres places, de ce que quarante mille hommes de troupes impériales s'étaient avancés du côté de Tournay, dans la crainte que l'on avait que ce ne fût pour quelque dessein qui tendît à une rupture de la paix. Mais la tranquillité fut bientôt rétablie quand on fut certain que ces troupes devaient servir de garnison à Tournay, à Ypres, à Menin et en d'autres places au lieu des troupes hollandaises, qui devaient en sortir suivant les conventions

faites entre l'Empereur et les Etats-Généraux des Provinces-Unies.

— On écrivait de Londres, du 22 de ce mois, qu'on y avait conçu de grands ombrages au sujet des entreprises que la Compagnie des Indes de France commençait à faire pour établir son commerce dans toutes les Indes et dans la Louisiane, où cette Compagnie a le privilège d'envoyer tous les ans neuf mille personnes des deux sexes, dont six mille Européens, la plupart Français, et trois mille nègres ou Africains pour augmenter cette colonie et pour la peupler; duquel privilège cette Compagnie doit jouir durant l'espace de vingt-cinq ans, ainsi qu'il est spécifié par les lettres patentes que le Roi lui a accordées. Sur lequel établissement la Chambre des communes principalement, devait à la rentrée du Parlement faire de grandes remontrances au roi de la Grande-Bretagne, et lui faire connaître le préjudice que le commerce de la nation anglaise en souffrait déjà et en souffrirait dans la suite si Sa Majesté n'y apportait pas bientôt quelque tempérament par son crédit à la cour de France ou autrement.

— On mandait de Vienne qu'on y venait d'apprendre par des lettres de Constantinople qu'il s'y était fait un soulèvement extraordinaire de la part des janissaires, dans lequel on assurait que le Grand Seigneur, le grand vizir et le comte de Wirmond , ambassadeur de l'Empereur, avaient été étranglés, parce que le Grand Seigneur et le grand vizir n'avaient pas voulu rompre le traité de paix conclu en 1718, après la réduction de Belgrade, afin de recommencer la guerre contre l'Empereur.

— Le 29, M. le duc de Chartres, né le 4 août 1703, pendant que M. le duc d'Orléans son père était au siège de Lé rida, monta pour la première fois à cheval en l'Académie, en présence de Son Altesse Royale et d'un grand nombre de courtisans.

— Le même jour, on envoya ordre à tous les officiers

qui se trouvaient à Paris de se dis|30ser à j)artir dans trois jours pour aller rejoindre leurs régiments, sous peine d'être cassés.

— Tous les particuliers des provinces du royaume rpii se trouvaient lo(jés dans les auberges ou en chambre gainie et qui n'étaient venus à Paris que pour agioter dans la rue Quincampoix , eurent aussi ordre d'en partir dans huit jours et de se retirer chez eux, sous peine d'être privés de leurs emplois, dont l'exercice était négligé et comme abandonné.

— On assurait que M. le duc de Lauzun ^ avait vendu son hôtel qui était ci-devant l'hôtel de Gréquy , situé sur le quai des Théatins , pour la somme de dix-huit cent mille livres à un riche actionnaire; mais que M. le marquis de Biron, lieutenant général des armées du Roi et premier écuyer de M. le duc d'Orléans, prétendait faire casser ce contrat de vente à son profit, par retrait lignager, à cause de madame son épouse, qui est nièce du même duc de Lauzun.

— La demoiselle de Ghasseray, qui était l'une des filles qui étaient au service de feu madame la Dauphine duchesse de Bourgogne, ayant beaucoup profité sur les actions, acheta le petit hôtel de Noailles, proche les Jacobins de la rue Saint-Honoré, pour en jouir sa vie durant, et en paya une somme de cent cinquante mille livres à madame la duchesse de Noailles, à qui cette maison était revenue après la mort de M. l'abbé d'Estrées, nommé à l'archevêché de Cambrai , qui mourut dix-huit mois après avoir payé une pareille somme à cette duchesse pour en jouir aussi sa vie durant.

— La même demoiselle acheta aussi l'hôtel d'Orval,

* Antonin Noiiipar de Cauinont, comte et duc de Lauzun, né en 1G3!2^ mort en 1723; mari de mademoiselle de ^lontpcnsier. Il légua son immense fortune à Cliarles-Armand-Antoine, duc de Biron, son petit-neveu.

rue Plâtrière , vis-à-vis la communauté des filles de sainte Agnès, qui appartenait à M. d'Armenonville, secrétaire d'Etat, moyennant la somme de douze cent mille livres qu'elle lui paya, et M. d'Armenonville convint avec elle de lui payer vin(jt mille francs par an pour le loyer de cette maison, qu'il continuerait d'occuper le reste de sa vie.

— La dame Gliaumont acheta des héritiers de feu M. le chancelier Boucherat, son hôtel de la rue Saint-Louis au Marais et leur en paya un million , et peu auparavant elle paya huit cent mille livres pour la terre et sei(»neurie de Yitry-sur-Seine , quoique cette terre ne rapportât ordinairement que huit mille livres de rente au marquis de La Fare à qui elle appartenait, et qui avait épousé la fille du sieur Paparel, trésorier de la maison du Roi, qui pour ses malversations fut relé^jué au château de Saumur et ensuite à l'abhaye de Laon.

— Le 3 de ce mois, le jeune duc de La Trémouille mourut de la petite vérole, âgé de douze ans. Par la mort de ce jeune seigneur, le prince de Tarente se vit héritier de tous les biens de la maison de La Trémouille et succéda à îa charge de premier gentilhomme de la chambre du Roi, dont il devait faire les fonctions en attendant que le feu jeune duc son neveu fût en âge de l'exercer.

— M. le duc d'Albret et M. le comte de Broglie eurent ordre quelques jours auparavant de rester chacun dans leur hôtel avec défense d'en sortir ; on disait pour avoir tenu quelque discours au sujet de M. Law, contrôleur j^énéral des finances.

— On disait aussi que peu auparavant, le comte de Broglie , qui ne pouvait rien dissimuler, étant à la table de M. le duc d'Orléans, avait dit: «Votre Altesse Royale sait bien que je ne suis pas un mauvais physionomiste. » Puis regardant fixement le sieur Law qui était aussi à la même table , continua de dire : « Suivant les règles de la physionomie, il me parait qu'avant six mois M. Law sera

pendu par ordre de Votre Altesse. » On peut s'ima<yiner si cette prédiction plut à M. Law, qu'elle re^jardait j)ersonnellement, et si tous ceux qui l'ouïrent en furent surpris.

— Le sieur Jones, habile fondeur anglais qui travaillait ici à l'Arsenal depuis quelques années , avait trouvé le moyen d'engager plusieurs Anglais qui avaient beaucoup d'adresse et d'expérience à manier le fer et à fondre les métaux, en leur faisant espérer de grands avantages.

— On écrivait de Londres que les négociants avaient porté leurs plaintes au roi d'Angleterre et au Parlement, de ce que trois de leurs vaisseaux allant à la Caroline avaient été arrêtés en chemin par plusieurs corsaires dont l'un était français; et que ces corsaires les avaient obligés de leur donner une grande partie de leurs marchandises et des provisions et munitions dont ils étaient chargés; sur quoi les négociants insistaient d'en faire plainte à la cour de France pour en avoir satisfaction , (ju'autrement il faudrait user de représailles.

— On a oublié, ce semble, de dire ci-devant que pour préliminaire du traité de paix entre la F'rance et l'Espagne, le cardinal Alberoni avait reçu ordre de ne plus paraître devant Leurs Majestés Catholiques et de sortir du royaume d'Espagne dans un espace de huit jours, et qu'après son départ, le Roi Catholique avait révoqué la nomination que Sa Majesté lui avait accordée de l'archevêché de Séville et qu'on y avait nommé l'évéque d'Osma, qu'on avait rappelé de l'exil où il avait été confiné par les intrigues d'Alberoni , aussi Pjien que le marquis de Castanedo qui avait été relégué à Gênes, où Sa Majesté lui avait en même temps fait toucher une remise de cinq cents pistoles pour lui faciliter son retour à Madrid.

— ' Le 10, le Roi conféra l'abbaye de Saint-Amand, qvn vaut quarante-cinq mille livres de rente, à M. le cardinal de Gesvres, archevêque de Bourges, que l'on disait aussi nommé pour aller à Rome gérer les affaires de France, à

la place du feu cardinal de La Trémouille, qui jouissait de cette abbaye, et qui avait laissé, assurait-on, pour cinq cent mille livres de dettes.

— Les trois nuits du V\ 2 et du 3 de ce mois, il parut en l'air, au-dessus de la ville de Rouen, un phénomène extraordinaire qui semblait être un feu terrible qui répandait une fumée fort épaisse et fort puante , ce qui causa beaucoup de frayeur aux habitants de la ville et des environs.

— La bourgeoisie de Rouen prit encore une autre alarme dans le temps de ce phénomène, sur ce que le bureau qu'on y avait établi se trouvait manquer d'espèces pour acquitter les billets de banque que les particuliers y présentaient , ce qui causa quelque émotion , mais qui fut bientôt apaisée par la présence du premier président du parlement de Rouen, qui fit porter ce qu'il avait chez lui d'espèces monnayées pour acquitter les billets de ceux qui paraissaient en avoir le plus besoin, et l'intendant se contenta de dépêcher un exprès à M. le duc d'Orléans pour lui donner avis de cet incident; sur quoi on n'avait point tardé de voiturer des espèces de Paris à Rouen , afin que le bureau n'en manquât pas si tôt.

— On en voitura aussi en même temps à Lyon , à Bordeaux et en d'autres Ailles considérables pour éviter de pareils inconvénients. Toutes ces précautions des directeurs de la Banque ne purent néanmoins remédier au peu de confiance qu'on avait alors déjà presque partout le royaume à ces sortes de billets, principalement à Bapaume, à Péronne, à Arras , où très-peu de gens voulaient les recevoir en payement pour la somme qu'ils portaient. A Lille on ne les prenait qu'à raison de dix-huit livres par cent de perte. En Champagne et en Bourgogne, ceux qui avaient du vin , du blé , de l'avoine et d'autres marchandises , aimaient beaucoup mieux les garder dans leurs magasins, dans leurs caves et dans leurs greniers, que de

recevoir du papier de cette espèce en payement au lieu d'ar^jent comptant qu'ils préféraient, mal(]ré les diminutions et les décris fréquents qui arrivaient souvent aux monnaies. •

— Le 4, après dîner, M. le duc d'Orléans étant arrivé au conseil de Ré[}ence, dit au Roi : « Sire, vous n'avez plus de guerre; le roi d'Espa[][ne veut et demande la paix aux conditioiis qu'il plaira à Votre Majesté de lui prescrire. » Le Roi, là-dessus, dit : « J'en suis bien aise, monsieur, voilà une bonne nouvelle que vous m'annoncez aujourd'hui le premier, dont je vous remercie; je le veux bien aussi et vivre en bonne intelligence avec le roi d'Espagne, mon oncle, préférablement à toute autre puissance. » Cette repartie du Roi, qui parut naturelle et ingénue, et pour ne lui avoii' ('té nullement suggérée, fut admirée de tous ceux qui étaient au conseil et même de M. le Régent, qui ne put s'empêcher, disait-on , d'en faire un éloge à la sortie du conseil et de déclarer : « Gela me persuade beaucoup de la bonté du génie du Roi, de son juste discernement et de l'inclination naturelle qu'il a pour le roi d'Espagne son oncle, en quoi je remarque la force de la nature, dont les liens me paraissent indissolubles, laquelle inclination ne peut être que très-avantageuse à la France et à l'Espagne, par l'union qui se pourra faire des deux couronnes et par une ligue perpétuelle offensive et défensive entre les deux nations, qu'il ne sera pas difficile de conclure, étant certain que les Espagnols en général la souhaitent et la demandent depuis longtemps pour leur sûreté particulière, et qui pourra se faire plus tôt qu'on ne pense, quoi que l'Angleterre et la Hollande principalement puissent faire ou dire pour en empêcher l'exécution. )) Les courtisans qui étaient avec Son Altesse Royale admirèrent son discours, et un d'entre eux s'échappa de dire : « Je souhaite de bon cœur que ce que vous venez de

déclarer arrive incessamment pour la tranquillité non-

seulement de la France et de l'Espa^jne en particulier, mais aussi de toute l'Europe en (général, parce qu'il est certain que les deux couronnes étant liguées ensemble de bonne foi, et les conditions en étant bien exécutées de part et d'autre, les autres puissances qui ont absolument besoin de ce que la France et l'Espa^^ne produisent naturellement, aimeront mieux vivre en bonne intellig^ence avec elles pour en avoir part, que d'en venir à une rupture et à une (^juerre ouverte qui tournerait indubitablement à leur désavantage et à leur confusion ; principalement FAngieterre et la Hollande s'en ressentiraient le plus vivement dans leur commerce. »

— Ou prétendait que la nouvelle de la paix d'Espagne s'étant rc'pandue en Italie , le duc de Savoie en avait paru fort inquiet, d'autant pins qu'elle se traitait sans sa participation, et que le roi d'Espagne avait consenti d'entrer dans la quadruple alliance déjà conclue entre l'Empereur, la France, l'Angleterre et la Hollande, qui contenait onze articles.

— Le roi d'Espagne écrivit aussi de sa main une lettre à ^L le duc d'Orléans en des termes les plus obligeants, par laquelle il remettait ses intérêts entre les mains de Son Altesse Royale pour en disposer absolument comme des siens propres, en l'assurant qu'il approuverait et ratifierait tout ce qu'elle jugerait à propos pour le bien de la paix.

— Après la mort du cardinal de La Trémouille, on proposa au cardinal de Bissy l'arcbevécbé de Cambray, à condition qu'il donnerait sa démission de l'abbaye de Saint-Germain des Prés en faveur de M. le comte de Glermont, frère de M. le duc de Bourbon, né en juin 1700; mais la négociation fut imitile.

— On écrivait de Londres, du 30 janvier, que le Parlement avait été beaucoup étonné de ce que le roi Georges n'y avait rien déclaré toucbant la négociation de milord Stanliope, à la cour de France, d'où il était de retour

depuis très-peu de jours, ce qui donnait lieu de douter que la paix d'Espa(}ne l'iit aussi prochaine que les avis de France et d'Italie la disaient, d'autant plus que l'on venait d'apprendre à Londres que l'ambassadeur d'Espagne à La Haye n'avait communiqué que le 22 du même mois de janvier aux États Généraux les propositions du Roi son maître, qui paraissaient aussi peu recevables aux Anglais que contraires à leur commerce, surtout à cause de la restitution de Port-Mahon et de Gil^raltar, qu'il ("allait qu'ils fissent.

— Le Roi Catholique écrivit aussi une lettre aux Etats Généraux, afin de les engager à employer efficacement leur médiation dans cette affaire importante auprès de l'Empereur et des autres puissances qui y étaient intéressées.

— Le 18, on supprima les offices des grands prévôts, de leurs lieutenants, de leur§ brigadiers et des archers des maréchaussées de France ; et par un arrêt du Conseil d'État, on établit à leur place quatre inspecteurs généraux pour tout le royaume , qui devait être divisé entre eux en quatre départements , que chaque inspecteur général devait être obligé de visiter chacun deux fois par an pour se faire rendre compte de tout ce qui se serait passé pendant six mois dans chaque département par les lieutenants et brigadieis qui devaient être établis à certaine distance les uns des autres. Chaque lieutenant et chaque brigadier devait être chargé de tenir un registre pour y écrire le nombre des habitants de cluique ville et de chaque village ou paroisse qui seraient dans l'étendue de son district; le nom de chaque habitant ou chef de famille; ce que chaque habitant a de biens en fonds de terre , en maisons ou en rentes; à quel métier, à quels ouvrages ou à quel commerce chaque habitant s'applique en particulier; combien il y a de journaliers dans chaque lieu, et à quelle occupation chaque journalier est employé et combien il gagne par

jour ; combien il y a de pauvres mendiants valides ou invalides dans chaque paroisse.

Si parmi ces mendiants il s'en trouve quelques-uns qui soient encore en état de travailler, on les y obligera.

Si ces brigadiers rencontrent des mendiants sur les chemins, ils les arrêteront pour savoir d'eux le lieu de leur naissance et les obligeront d'y retourner pour s'appliquer au travail en quelque manière que ce soit, s'ils sont en état de le faire; sinon, ils seront arrêtés pour être envoyés à la Louisiane ou en d'autres colonies de la Nouvelle-France en Amérique, afin qu'il n'y ait plus de vagabonds et de fainéants de profession. Pour ce qui est des mendiants invalides soit par la vieillesse, soit par d'autres infirmités connues, on devait établir des hôpitaux dans les lieux qui en manquaient, de six lieues en six lieues, où ces pauvres gens devaient être reçus, nourris et entretenus par les habitants du lieu et des lieux voisins qui seraient obligés d'y contribuer chacun à proportion de ses facultés.

Suivant les registres ou mémoires des brigadiers , il sera facile de savoir et de connaître les facultés des uns et des autres, et ce que chacun pourra payer en particulier pour les besoins de l'Etat, à proportion de son bien et de son industrie, afin que personne ne soit chargé au-dessus de ses forces.

Chaque inspecteur général devait avoir huit mille livres d'appointements par an, chaque lieutenant quinze cents livres, chaque brigadier huit cents livres; chaque brigadier devait avoir sous lui douze cavaliers qui auraient cinq cents livres chacun pour leur entretien et pour celui de leurs chevaux. Toutes les brigades devaient être à portée de se joindre pour se prêter la main dans les occasions pressantes, et devaient servir à la place des archers de la maréchaussée pour donner la chasse aux voleurs des grands chemins et autres, aux faux sauniers et à tous ceux qui font la contrebande.

— Le 8, oïl publia un autre arrêt du conseil d'Etat (]ui permettait à tous les sujets du Roi de faire le commerce du tabac en ^<jros ou en détail et même de le fabriqvier, et qui établissait un droit sur les différentes sortes de tabac, savoir : le tabac d'Espajjne, trois cents livres par quintal; celui du Brésil, cent cinquante livres; celui de Vir(jiuie, soixante-quinze livres ; celui de Saint-Domingue et des autres colonies françaises, soixante livres; celui de la Louisiane, pendant la durée du privilège accordé pour vingt-cinq ans à la Compagnie des Indes, devait payer cinquante-cinq livres aussi par quintal et cinquante livres après l'expiration dudit privilège ; ceux d'Artois , de Flandre, de Lorraine, d'Alsace et de Franche-Comté, trente livres; et au surplus, le Roi déchargeait les taloacs en général de tous les autres droits , tant des cinq grosses fermes que du domaine d'Occident et même des quatre sols pour livre.

L'entrée des tabacs par mer ne devait être permise que par les ports de Calais, de Dieppe, du Havre, de Rouen, de Honfleur, de Saint-Malo, de Port-Louis, de Morlaix, de Brest, de Nantes, de La Rochelle, de Bordeaux, de Marseille et de Cette.

Par terre, seulement par Amiens, Péronne, Saint- Quentin, Torcy, Sainte-Menehould, Joinville, Auxonne, Golonge, Seyssel , Pont-de-Beauvoisin , Briançon et Saint- Laurent du Var.

Déclarait les tabacs qui entreraient par d'autres lieux comme de fraude et de contrebande.

Les tabacs en feuilles ne pourraient entrer que dans des boucaux pesant au moins cinq cents livres chacun; les tabacs de Brésil, en corde ou en rôles, pesant au moins deux cent cinquante livres chacun ; ceux de Saint-Domingue, en rôles, de cent cinquante livres au moins chacun ; ceux d'Espagne, en poudre, ou de la Havane, dans des barils ou sacs du poids de deux cents livres chacun ; les

tabacs en feuilles de Flandre, d'Artois, d'Alsace, de Lorraine et de Franche-Comté, en boutes, du poids de cinq cents livres chacune.

Par le même arrêt, il était fait défense à toute personne d'ensemencer davantage les terres d'aucune (graine de tabac, ni dans les jardins, vergers et autres lieux que ce fût, à peine de dix mille livres d'amende; les lieux y étaient spécifiés.

— Le 5 de ce mois, par ordonnance du prévôt des marchands, la voie de bois à brûler fut augmentée de quinze sols au profit des marchands de bois, afin de leur donner plus de moyens d'en faire voiturer à Paris, n'y en ayant alors presque phis sur le port de la Grève ni sur la rivière ; et pour cette raison, les maichands vendaient ce qui leur en restait sur ce port, comme si c'était du gros bois de compte , à raison de quatorze livres seize sols six deniers , et de cinquante-six bûches par voie, excepté les plus petits rondins, qu'ils mettaient à part par une délicatesse de conscience.

— La plupart des chantiers de la Grève et de la porte Saint-Bernard se trouvaient alors épuisés et entièrement vides. Gomme il n'y avait aussi alors aucun bateau de charbon sur la rivière et qu'il en arrivait rarement depuis trois mois, les regrattiers se prévalaient de l'occasion et le vendaient aux blanchisseuses et à ceux qui en avaient absolument besoin, à raison de quatorze sols le boisseau.

— Un maître d'hôtel étant à Rouen dans le mois de novembre 1719, et voyant qu'on y avait une glane d'oignons pour un sol qui en coûtait cinq à Paris, s'avisa de ramasser ce qu'il put d'oignons à Rouen et aux environs, et d'en remplir un bateau sur lequel il monta; et étant arrivé à Paris, il en eut un débit si considérable, qu'en moins de dix jours il en retira plus de vingt mille francs, le boisseau s'y étant vendu de cinquante et cinquante-cinq sols. Il y avait aussi fait charger une partie de gros navets qui

se distribuèrent à raison de deux sols six deniers la pièce et de trente-deux sols le boisseau.

— Une botte de poireaux se vendait, depuis trois mois, cent sols et six francs, au lieu de douze ou quinze sols qu'elle se vendait auparavant et les autres années précédentes.

— La chandelle se vendait seize , dix-huit et vin^t sols la livre , et se serait vendue soixante sols s'il ne tût arrivé du suif d'xVn^leterre et d'Irlande, parce que les bœufs et les moutons ayant manqué d'herbages en 1719, à cause de la sécheresse qui dura plus de six mois, la nourriture qu'on avait donnée à ces bestiaux s'était tournée en chair avec très-peu de graisse, ce qui avait été la cause qu'on n'y avait trouvé que très-peu de suif, dont le prix avait triplé, sans avoir égard à l'arrêt du conseil d'Etat, qui avait fixé celui de la chandelle à huit sols six deniers la livre.

— La foire de Saint-Germain fut cette année très-avantageuse aux marchands , parce qu'ils vendirent leurs marchandises sur le pied qu'ils voulurent, parce que ceux qui se présentaient pour en acheter n'avaient où ne voulaient en payer le prix convenu qu'avec des billets de banque, comme si ces billets dont ils avaient leurs portefeuilles rempli n'eussent ])as plus valu que du simple papier blanc, et que les joueurs ne se faisaient point une affaire de coucher sur une carte ou au premier coup de dés jusqu'à la valeur de vingt, trente, quarante, cinquante et soixante mille francs.

— Le 11 , on publia un arrêt du conseil d'Etat qui fit défense à toute personne, à l'exception de la Compagnie des Indes , de négocier ou contracter aucun engagement sous le nom de Primes, ou autrement, pour fournir ou recevoir à certains termes des actions, souscriptions ou polices de la même Compagnie, à peine de nullité de ces engagements et de trois mille livres d'amende contre ceux qui donneraient les primes desdits engagements et contre

ceux qui les recevraient, sur ce qu'il avait été remontré au conseil que ce commerce avait causé des pertes considérables à plusieurs particuliers.

— On publia un autre arrêt du conseil d'Etat qui ordonnait que le commerce du cbanvre serait libre dans tout le royaume ; faisait défense d'en faire sortir de France pour l'envoyer aux étran(>ers à peine de dix mille livres d'amende; permettait à la Gompa^^nie des Indes d'établir des ma^jasins et le prix des chanvres; et que les chanvres bien tilles qui seraient portés dans ces ma^^asins seraient exempts de tous droits des fei'mes, d'octrois, de péa(>e et autres sans exception; que ces ma^jasins seraient établis à Nantes, où le chanvre serait reçu à raison de 33 livres le quintal; à Port-Louis, à raison de 35 livres; à Rouen, à raison de 33 livres; à Tonneins pour la Guyenne et le Languedoc, à 33 livres; à Valence pour le Dauphiné, à 30 livres; à Marin(]ue et à Glermont pour l'Auver^^ne, à 30 livres; à Auxonne pour la Bourgogne, à 30 livres; à la Charité pour le Nivernais, à 30 livres; à Moulins pour le Bourbonnais, à 30 livres; à Gliàtellerault pour le Poitou, à 30 livres, et à Saumur pour l'Anjou, à 30 livres; auxquels prix ci-dessus s()écifiés, ladite Compagnie offrait de donner au Roi les chanvres nécessaires |)()ur le service de Sa Majesté, pour la marine et autrement. Cet arrêt fut rendu en conséquence de celui qui supprima la culture des tabacs, afin que les particuliers pussent semer du chanvre dans les terres qui servaient à cultiver le tabac, comme les meilleures et les plus convenables pour le chanvre.

— On en publia un autre, rendu le 25 de janvier, qui supprima les droits manuels que les officiers des gabelles prenaient sur les sels, dans les provinces de Lyonnais, de Dauphiné, de Provence et de Roussillon, et dans toute l'étendue des gabelles de France, avec défense à tous officiers commis et préposés de lever et percevoir lesdits droits à peine de concussion, et qui ordonnait qu'ils

seraient remboiirse's de leurs offices suivant la liquidation de la finance des mêmes offices au denier viiipt-cinq , jusqucs et y compris le dernier jour de décem])re 1711).

— On en puhlia ini autre qui faisait défense à toutes personnes de porter aucun diamant , perles et pierres précieuses, à commencer au premier jour de mars prochain, à l'exception des personnes à qui le Roi en aurait donné la permission par écrit, et à l'exception des bagues épiscopales et des pierreries employées aux ornements des é(»lises, et fit défense d'en faire entrer dans le royaume à compter du premier jour d'avril procliain , le tout à peine de confiscation et de dix mille livres d'amende contre c*eux qui en feraient entrer ou qui en porteraient sans ladite permission par écrit; sur ce qui avait été remontré au Conseil que quantité de personnes de toute condition en avaient acheté pour des sommes très-considérables des étran(>ers qui en avaient apporté d'Angleterre, de Hollande et d'ailleurs, et qu'ils avaient vendus au delà de leur juste valeur, surtout à des agioteurs nouvellement enrichis par le commerce des actions à la rue Ouincampoix.

— Le 12, on en publia un autre qui fixa le prix des carrosses de louage à raison de trente sols par heure; sur ce que depuis trois ou quatre mois , sous prétexte de la grande cherté de l'avoine et du foin , les loueurs de carrosses exigeaient soixante sols par heure et cinquante et soixante livres par jour pour ceux de remise.

— Le 19, le chevalier de Broglie partit de Paris pour aller à Marseille faire disposer toutes choses pour rembarquement de madame la princesse de Modène, qui devait se faire à Antibes pour descendre erjsuite à Gênes.

— Le même jour, cette princesse se trouva si mal, qu'on la saigna du pied et le lendemain du bras; après quoi la rougeole parut, ainsi qu'à M. le duc de Chartres.

— On assurait que cette princesse était véritablement chagrine de se voir obligée de quitter la cour de France

pour aller se confiner dans une autre qui lui était inconnue et dont les manières sont fort opposées à celles de France, et qu'elle avait un véritable reg;iet de n'avoir pu épouser M. le comte de Gliarolais, de son âge, étant né en juin 1700 et elle en octobre de la même année; ce qui avait peutêtre été en partie cause que ce prince, depuis son retour de Belfjrade en Hongrie, n'avait fait que voltiger de la cour de l'Empereur en celle de Bavière , en celle de Lorraine et en Italie.

— On assurait aussi, par avance, que cette princesse avait déjà causé une jalousie extraordinaire entre le prince béréditàire de Modène, son futur époux, et le prince Jean- Frédéric-Glément son frère, qui avait deux ans moins que lui, l'aîné étant né le 2 juillet 1(>98 , et le cadet le premier jour de septembre 1700. Ge que l'on attribuait à la vue du portrait de cette princesse, des beautés de laquelle les deux frères avaient été charmés , aussi bien que toutes les personnes de la cour de Modène qui eurent le plaisir de voir ce tableau qui la représentait au naturel. On voulait même que le cadet n'avait pu s'empêcher d'en témoigner SCS sentiments , et de publier partout que la princesse d'Orléans, que le ]irince François-Marie, son frère, allait épouser, était la plus belle personne qui eut jamais paru en Itahe et qui fût au monde; qu'elle ne pouvait pas manquer d'enlever tous les cœurs de ceux qui la voyaient ou qui la verraient, et qu'il ne pouvait pas lui refuser le sien , quoiqu'il ne l'eût encore vue qu'en peinture. Ge qui ayant étérap[)orté au prince François-Marie, cela n'avait pas manqué de lui faire naître une jalousie si grande, qu'il avait persuadé le duc de Modène, son père, que, pour le bien de la paix, il fallait éloigner le prince Jean -Frédéric et l'obliger de se retirer à Rome, où il était depuis deux mois pour se désennuyer.

— On disait aussi, par avance, que la jalousie ne manquerait pas d'obliger la princesse, peu après son arrivée à

Modène, à se soumettre à la loi que cette passion v a e'tahlie, aussi bien que dans les autres cours d'Italie, et même parmi les personnes d'un rangf moins distin^jiié, qui est de porter une espèce de cadenas fermant à ciel et dont le mari [jarde scrupuleusement la clef.

— Le 18, le Roi entra pour la première fois en son conseil, Sa Majesté avant, le 15, achevé la dixième année de son â^je ; à laquelle occasion Sa Majesté fut complimentée d'abord par M. le duc d'Orléans, par M. le duc de Bourbon , et par tous les autres seigneurs et ma[>;istrats qui composaient alors le conseil.

— Mademoiselle de Valois par son mariaf]^e avant été déclarée princesse de Modène, mademoiselle de Montpensier, sa sœur puînée, eut le titre de Mademoiselle et en reçut les honneurs. Elle naquit à Versailles le 1 1 décembre 1701)^

— Le jeudi 22 , après dîner, il se tint à la Banque une assemblée extraordinaire des directeurs de la Gompa(]nie des Indes et de ceux de la Banque, en la présence de M. le Ré(jent, de M. le duc de Bourbon, de M. le prince de Conti 63t des autres seigneurs qui composaient le conseil de la Ré(}ence, et en laquelle assemblée assistèrent plus de deux cents intéressés, les uns et les autres si superbement vêtus, que les princes qu'on vient de nommer ne l'étaient pas tant à beaucoup près, excepté quelques directeurs plus modestes qui y parurent en habit noir :

1" Dans cette célèbre assemblée, il fut résolu que la

' L'auteur du Jmirnal donne ensuite quelques détails sur la manière dont se portait ce cadenas; le lecteur ({ui désirerait les connaître est prié de consulter le manuscrit lui-même. (Bibliothèque impériale, Supplément français , n" 10283, p. 1179.)

- Louise-Elisabeth d'Orléans, mariée à Louis 1", roi d'Espagne. (Voyez, sur cette princesse, l'intéressant travail de Lemontey sur les Filles du Récjent, dans le tome I^' de la Revue rélrospectiue.)

Banque rovaie serait dorénavant et depuis ce jour réunie à la Compagnie des Indes , et que le Roi continuerait de l'honorer de sa protection ;

2^ Que le Roi ayant résolu de remettre à la Compagnie la valeur de cinquante millions d'actions, la Compagnie s'obligerait de donner à Sa Majesté un équivalent de trois cents millions, savoir : cent millions dans le courant de cette année, et le surplus en cinq ans;

3'' Que la Compagnie ne se mêlerait plus de commercer ni de vendre aucune action, soumission, souscription, ni aucune prime ; mais que ce négoce se ferait en liberté dorénavant sur la place;

4" Que tous les Inllets de banque de dix livres chacun seraient retirés et remboursés incessamment par la Compagnie aux porteurs en entier, pour être ensuite anéantis, et qu'il ne resterait plus entre les mains du public que les billets de la valeur de cent livres, de mille livres et de dix mille livres qui se payeraient dorénavant aux porteurs, sans en exiger le cinquième pour cent et en espèces courantes; il fut aussi résolu de recevoir et d'admettre quelques nouveaux directeurs et quelques nouveaux caissiers à la place de quelques autres qui furent renvovés et congédiés pour leurs malversations manifestes , et pour la trop grande avidité qu'ils avaient de s'enrichir en peu de temps; le sieur Perrinet, ci-devant fermier général, fut du nombre des directeurs que la Compagnie des Indes renvoya.

— Le jour de cette assemblée, une compagnie de soixante soldats, choisis de l'hôtel royal des Invalides, avec leurs officiers et sergents, nouvellement vêtus de drap bleu, avec un large bord d'argent à leur chapeau, un ceinturon et une bandoulière de buffle bordés d'argent, commença à entrer en faction dans la Banque pour y veiller jour et nuit; laquelle compagnie devait être relevée de jour en jour par une autre de pareil nombre des mêmes soldats; auxquels la Compagnie des Indes devait donner

trente livres par mois à chaque soldat et aux officiers une plus forte paye.

— On ju(jea à propos de se servir plutôt des invalides que des soldats du régiment des gardes qui y étaient auparavant postés à la porte et dans les bureaux, parce qu'on en surprit quelques-uns qui faisaient le métier de filous , en escamotant des billets de banque et de l'argent que des particuliers y portaient pour avoir de ces sortes de billets ou qui allaient recevoir la valeur de ceux qu'ils avaient.

— La Compagnie des Indes trouva le moyen d'engager huit cents familles de jeunes gens robustes en Suisse, en Allemagne et en Italie, pour aller s'établir au Mississipi , et qui devaient s'embarquer en Provence ; elle leur avait fait des avances considérables. Lorsqu'ils seraient arrivés dans cette colonie, on devait distribuer à chaque famille la quantité de deux cent vingt-quatre arpents de terre à défricher et à mettre en valeur, avec tous les outils et autres choses nécessaires pour leur entretien et pour leur travail pendant la première année, afin qu'ils pussent mettre ces terres en état de rapporter des grains et autres fruits dont ils devaient jouir les trois années suivantes avec une entière franchise, après lequel temps ils devaient être obhgés de paver la dixième partie du revenu de ces terres au seigneur du fief, dont la maison devait être bâtie au milieu de leurs habitations. Chaque village devait être composé d'abord de vingt de ces familles, qui, par conséquent, devaient former le nombre de quarante villages qui devaient être seulement à une lieue de distance les uns des autres.

— On y envoya aussi en même temps des prêtres missionnaires et des jésuites pour instruire toutes ces familles et pour leur administrer les sacrements , et pour faire le service divin suivant les cérémonies de l'Eglise catholique.

— M. le duc d'Orléans fit donner deux millions pour

acquitter les dettes d'un très-fjrand nombre de particuliers, artisans et autres , qui étaient détenus dans les prisons de cette ville de Paris et dans celles des autres villes du royaume, afin de les mettre en liberté et en état de continuer leur négoce.

— Son Altesse Royale assifjna aussi aux Théatins de Paris une somme de cent cinquante mille livres, afin qu'ils pussent achever le bâtiment de leur église , celle de quarante mille livres qu'une loterie avait produite , il y avait quatre ou cinq ans, ne l'ayant laissé que trèsimparlait.

— Le 25, on publia une déclaration du Roi, rendue le 18 et registrée le 24 au Parlement, concernant la vaisselle et les ouvrages d'or et d'argent, pour réprimer le luxe extraordinaire d'un très-grand nombre de gens de tous états et de toute condition, principalement des agioteurs qui s'étaient enrichis en moins de sept à huit mois au commerce des actions et des autres papiers en la rue Ouincampoix, lesquels s'étaient pourvus d'une quantité prodigieuse de vaisselle d'argent de toute espèce, la mieux travaillée et la plus belle qui se soit jamais vue chez les princes et chez d'autres personnes d'un rang distingué par leur noblesse et par leurs dignités.

Par cette déclaration, le Roi fait défense à tous orfèvres et autres ouvriers travaillant en or et en argent de cette ville de Paris et des autres villes et lieux du royaume, de fabriquer, exposer ou vendre, à compter du jour de la publication de la même déclaration , aucun ouvrage d'or rendant le poids d'une once, à la réserve des croix des archevêques, évéques, abbés, abbesses et religieuses, des chevaliers des ordres de Saint-Michel, du Saint-Esprit et de Saint-Louis, de Saint-Jean de Jérusalem ou de Malte et de Saint-Lazare, et à la réserve des chaînes d'or pour les montres, que Sa Majesté leur permet de faire et de débiter à l'ordinaire.

Fait pareillement défense de fabriquer, vendre ou exposer en vente aucun balustre, bois de chaise, cabinets, tables, bureaux, guéridons, miroirs, brasiers, chenets, trilles, garnitures de feu et de cheminée, chandeliers à branches, torchères, girandoles, bras, plaques, cassolettes, corbeilles, paniers, caisses d'orangers, pots à fleurs, urnes, vases, carres de toilettes, buires, pelotes, seaux, cuvettes, carafons, marmites, tourtières, casseroles, flacons ou bouteilles, surtouts pour mettre au miheu des tables, pots à huile, corbeilles et plats par étage inventes poiu' servir le fruit, le tout de quelque poids que ce puisse être, et tous autres ouvrages de pareille qualité d'argent ou auxquels il y aurait de l'argent appliqué , sans préjudice néanmoins des calices, ciboires, vases sacrés, soleils, croix, chandeliei:s et autres ornements d'église, que l'on pourra continuer de faire aussi à l'ordinaire, en vertu des permissions que Sa Majesté en donnera.

Fait pareillement défense auxdits orfèvres et ouvriers de fabriquer, exposer et vendre, à compter aussi du jour de la publication de cette déclaration et jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné, aucun bassin, plat, assiette et autre vaisselle d'argent plate, même de continuer les ouvrages desdites espèces par eux commencés, sans la permission du Roi par écrit; et à l'égard desdites vaisselles plates pour lesquelles le Roi aura accordé des permissions , Sa Majesté veut et entend que les bassins d'argent ne puissent excéder le poids de quinze marcs chacun ; les j)lats celui de dix marcs, et les assiettes celui de trente marcs la douzaine, les soucoupes celui de cinq marcs chacune, les aiguières celui de sept marcs chacune, les chandeliers ou flambeaux celui de quatre marcs chacun, les écuelles couvertes ou non couvertes celui de cinq marcs, les sucriers celui de trois marcs chacun, les salières, poivrières, tasses et gobelets et autres menues vaisselles pour l'usage des tables, celui de deux marcs chaque espèce; le tout à peine

de confiscation des ouYra(]es énoncés ci-dessus et de trois mille livres d'amende, dont la moitié sera pour le dénonciateur et l'autre moitié à l'Hôpital général de Paris , et aux hôpitaux des lieux les plus prochains, payable solidairement par les orfèvres et par ceux qui achèteront lesdites espèces de vaisselle d'argent, et à peine contre les maîtres orfèvres d'être déclarés déchus de leur maîtrise sans pouvoir être rétablis sous quelque prétexte et occasion que ce puisse être, et contre les compagnons et apprentis qui auront travaillé à la fabrication desdites pièces ou espèces, de ne pouvoir parvenir à la maîtrise ; défend sous les mêmes peines aux maîtres et gardes des orfèvres, essayeurs, et au fermier de la marque de l'or et de l'argent d'apposer auxdits ouvrages aucun de leurs poinçons, à peine de trois mille livres d'amende solidaire pour lesdits maîtres et gardes, essayeurs et fermier, et de la déchéance de la maîtrise à l'égard desdits maîtres et gardes; défend à toutes personnes sans exception de faire et de laisser travailler auxdits ouvrages dans leurs hôtels et maisons , à peine de confiscation et de trois mille livres d'amende solidaire avec les maîtres et ouvriers, etc.

— Le même jour, 26, on publia un arrêt du conseil d'État qui, à l'exception de la Compagnie des Indes, faisait défense à toute personne de contracter à l'avenir aucun engagement sous le nom de Primes ou autrement, pour fournir et recevoir à ternie des actions, souscriptions ou polices de ladite Compagnie, ni d'antidater les promesses que quelques particuliers faisaient à ce sujet, et ordonnait que les porteurs de pareils engagements seraient tenus de les représenter dans le restant du même mois de février, par-devant MM. Lepeletier de La Houssaye, d'Ormesson, de Gaumont, de Baudry et Dodun, commis pour viser lesdits enga(>ements, qui, faute d'être ainsi visés dans ledit temps, seraient déclarés nuls.

— Le 25, on publia un autre arrêt du conseil d'Etat, rendu le 18, qui ordonnait que celui du 21 novembre 1719

serait exécuté selon sa forme et teneur, et qu'en conséquence tous les engagistes ' de domaines, justices, seigneuries et autres droits domaniaux à quelque titre que ce fût, seraient tenus de rapporter avant le P'' de juin prochain, devant les sieurs commissaires députés, par arrêt du 23 novembre 171D^, fes titres en vertu desquels ils en jouissaient pour être procédé à la liquidation de leur finance et ensuite à leur remboursement ; et faute d'y satisfaire avant dix jours, lesdits domaines, justices, seigneuries et droits domaniaux seraient réunis à la Couronne, en vertu d'arrêts qui devaient être rendus à ce sujet, et, en conséquence, le sieur de Lorme, directeur de ladite réunion , se mettrait le premier jour du mois dejuin prochain , au nom du Roi , en possession desdits domaines.

— Les billets de banque avaient causé bien du trouble dans le commerce à Paris et dans presque toutes les villes du royaume , principalement à Lyon , à Bordeaux , à Rouen, à Amiens, à Lille en Flandre et ailleurs, où l'on n'en voulait recevoir qu'à raison de dix-huit, vingt-six et vingt-huit livres pour cent de perte.

— Environ dix jours auparavant, les marchands de bœufs et d'autres bestiaux qu'ils amènent toutes les semaines

^ On appelaiit engagi'ste celui qui tenait par engagement quelque domaine ou droit, soit du Roi, soit des particuliers. \J eng agis te ]0\x\s,sait des droits honorifiques du patronage.

— Voici les noms de ces commissaires : Le Peletier, doyen du conseil et conseiller au conseil de Régence; de Caumartin, conseiller d'Etat; d'Armenonville, conseiller, secrétaire d'État; Le Peletier-Desforts, de La Houssaye et Fagon, conseillers d'État et au conseil de Régence pour les finances; de Saint- Coatest et Ferrand;, conseillers d'État; d'Ormesson d'Amhoile, de Gaumont, Tacliereau de Baudry, maîtres des requêtes et conseillers au conseil des finances; de La Granville, Orry, Le Peletier de Signy, Bignon de Blanzy et d'Argenson, maîtres des requêtes.

au marché de Poissy, voulurent les remmener pour ne vouloir point absolument de ces billets en payement du prix de leurs bestiaux, ce qui obligea les boucliers de Paris d'y envoyer en diligence pour en rapporter des espèces en or et en argent.

— Le 26 , on publia un autre arrêt du conseil d'État qui rétablit les louis d'or à trente-six livres, les écus à six livres et les autres anciennes espèces d'or et d'argent, sur le pied qu'elles étaient avant la dernière diminution , qui augmenta les pièces de vingt-sept deniers et les établit à trente-six deniers chacune , les demi-sols de la même fonte à dix-huit deniers chacun ; les pièces de dix-huit deniers ou les sols anciens réformés ou non à vingt-quatre deniers; les anciens liards à quatre deniers et qui ne passaient que pour trois deniers depuis l'année 1692; les nouveaux liards fabriqués en 1719 aussi à quatre deniers chacun; les sols de cuivre rouge de la même fabrique, que le public a baptisés du nom de Law, à seize deniers , et les demisols de la même fonte ou les demi-Law à huit deniers , pour lesquels prix toutes ces différentes espèces devaient avoir cours dans le commerce jusqu'à ce qu'il en fût autrement ordonné.

— Lé 27, il ne se trouva point du tout de viande à la boucherie de l'Hôtel-Dieu de Paris, non plus que dans les autres boucheries qui sont établies pendant le carême en divers quartiers de cette ville pour la commodité du public; de sorte que les malades et autres personnes infirmes en furent privés ce jour-là, aussi bien que ceux qui en mangeaient sans nécessité et par un abus scandaleux, dont le nombre était si excessif, qu'en huit jours il s'était consommé plus de huit cents bœufs , sans compter les veaux, les volailles et le gibier de toute espèce, comme si l'on eût été dans le temps du carnaval.

— On assurait que cette disette de viande ne provenait pas seulement du refus que les marchands de bœufs et

d'auties bestiaux avaient fait de recevoir des billets de banque, mais qu'elle provenait bien davantage de la quantité prodi^jieuse de personnes des pays étrangers et de toutes les provinces du royaume qui se trouvaient alors actuellement à Paris depuis cinq ou six mois, à cause du commerce inouï de la rue Quincampoix, où la pluj)art donnaient toute leur application, et au grand nombre d'agioteurs qui s'étaient enrichis à ce négoce, qui mangeaient presque tous de la viande impunément, la plupart de ces étrangers étant calvinistes, luthériens ou protestants, quoique le prix fût alors de dix , douze et quatorze sols la livre tartt de bœuf que de veau et de mouton. Une poule se vendait aussi cinquante sols et un poulet trente sols pour mettre au pot et non pas à la broche. Ce qui causait aussi cette grande cherté de la viande de boucherie et autres, on l'attribuait de plus en plus aux défenses rigoureuses, quoique très-justes, qui s'étaient faites par une ordonnance du lieutenant général de police aux bouchers et aux rôtisseurs de se réfugier dans aucune maison royale ou privilégiée, ni dans aucun hôtel, pour y apprêter, vendre et débiter aucune sorte de viande sous peine de six mois de prison et de déchéance de la maîtrise et de trois mille livres d'amende payable solidairement par eux et par les maîtres d'hôtel et autres qui leur auraient donné retraite dans lesdits hôtels ou maisons royales, et sous peine des galères à l'égard des soldats surpris avec de la viande qu'ils auraient apportée en fraude.

— Le sieur Fargès , ci-devant entrepreneur des vivres et des fourrages en Flandre, et que l'on disait avoir gagné plusieurs millions au commerce des actions, se maria le 19 en secondes noces à Montfermeil, qui est une seigneurie considérable qui lui appartenait, située à quatre lieues de Paris, et dont il avait fait accommoder et meubler superbement le château, qui fut alors illuminé de tous côtés [)ar une quantité prodigieuse de flambeaux de cire blanche

durant huit jours que la fête fut solennisée. Il maria en même temps ses deux filles ' et sa nièce, de sorte que la fête fut commune pour ces quatre nouveaux mariages et çjour les conviés en très-grand nombre, où il y eut une ■chère entière et une profusion extraordinaire de toutes ^sortes de mets en gras et en maigre, de vins et de liqueurs pour flatter le goût et pour exciter l'appétit des uns et des autres , avec une symphonie de toutes sortes d'instruments accompagnés de voix des plus habiles musiciens et musiciennes, pour charmer les oreilles et pour exciter à la «danse, où chacun des conviés et des nouveaux mariés se distingua.

— Le 25 , le Roi quitta le deuil pour la mort de l'infant don Philippe , troisième fils du premier lit du roi d'Espagne, et le reprit en même temps pour celle de l'Impératrice douairière, troisième femme du feu empereur Léopold P*"^, pour six semaines seulement, quoique l'envoyé de l'empereur Charles VI régnant eût insisté fortement que la cour de France devait le porter durant six mois, comme l'Empereur et la cour de Vienne l'avaient porté un pareil temps pour la mort du feu roi Louis XIV.

— Il paraît à propos de rapporter en cet endroit ce que milord Stairs, ambassadeur d'Angleterre, avait dit quelques jours auparavant au sujet de la conversion de M. Law,

* L'une d'entre elles épousa Peirenc de Moras, maître des requêtes, mort en novembre 1732, laissant trois enfants issus de cette union; mademoiselle de Moras, dont renîèvement fît tant de bruit f[nelques années pins tard, était sa fille. Ce Fargès, qui avait été soldat avant de s'enrichir dans les fournitures des armées, avait aussi un fils, Far(]ès de Polisy, avocat du Roi au Cbâtelet de Paris, qui ayant acheté en janvier 1723 une charge de conseiller an Parlement de Paris, fut refusé par le Parlement et obligé de se contenter d'êtie simplement maître des requêtes. (Voyez Barbier, janvier 1723.)

2 Éléonor-Madeleine-Tliérèse de Neubourg, née le G janvier 1655.

des billets de banque et de la recliercbe des espèces d'or et d'argent ordonnée par l'arrêt du conseil d'État du 27 février. Ce milord disait donc à ce sujet : « On ne peut plus douter présentement de la catholicité de M. Law, après qu'il a si bien prouvé la transsubstantiation et qu'il prend même le parti de l'Inquisition pour établir parfaitement l'un et l'autre en France, où cependant l'on a toujours rejeté ce dernier tribunal. » Voulant dire, par cette dernière allusion, que M. Law avait changé les espèces d'or et d'argent monnayées en billets de banque, et qu'il en avait fait ordonner îa recherche en général sans aucune exception de personne.

— Le 27 de février, le sieur Sérival, l'un des principaux commis de la Banque royale, mourut subitement et laissa une succession de deux millions. On disait que lorsqu'il était entré en excercice à la Banque en 1719, il n'avait que cinq cents livres de rente pour tout bien.

— Le 29, avant le jour, un agioteur s'avisa d'afficher un écrit à la petite porte de la Banque, du côté de la rue Neuve des Petits-Champs, au coin de la rue de Richelieu, par lequel il avertissait le public que la Banque avait fixé le prix des actions à neuf cent cinquante livres pour cent chacune, lorsque le jour précédent elles n'étaient sur îa place qu'à six cent trente livres, dans le but d'essayer de s'indemniser de ce qu'il avait perdu. Quelques agioteurs ayant lu cette affiche sur les huit heures du matin, coururent à la rue Quincampoix, où le bruit s'en étant bientôt répandu, les actions montèrent au taux que l'inconnu avait affiché; celui-ci ne manqua pas d'en profiter et de vendre les siennes sur ce pied. Mais cette augmentation diminua de telle sorte, que l'après-dînée elles se trouvèrent à sept cent vingt livres, et sur le soir à six cent trente, parce que la supercherie ayant été annoncée aux directeurs de la Banque, l'ordre fut donné d'en désabuser les négociants de la place et d'en rechercher l'auteur.

— Le 21, on fit partir six cents jeunes gens des deux sexes tirés des hôpitaux de Paris, et on leur fit prendre le chemin de Rouen pour y être emharque's jusqu'à la Rochelle, et de là être transportés au Mississipi. Les garçons marchaient à j)ied enchaînés deux à deux , et les filles étaient dans des charrettes. Cette troupe était suivie (le huit carrosses remplis de jeunes gens hien vêtus, dont quelques-uns étaient galonnés d'or et d'argent. Et tous étaient escortés par une trentaine d'archers hien armés.

— Le même jour, madame la princesse de Modène, après avoir essuyé la rou(;eole , se trouva avec une grosse fièvre que l'on disait maligne; son départ était pourtant fixé au 15 de mars.

— M. le duc de Chartres et mademoiselle de Beaujolais ou de Montpensier furent aussi fort malades en même temps de la fièvre et de la rougeole.

— Ce fut pour cette raison que le conseil de Régence ne s'était pas tenu le 26 , aux Tuileries , en présence du Roi, de crainte que Sa Majesté ne contractât le mauvais air du Palais-Royal , si M. le Régent avait paru au palais des Tuileries.

— Comme le roi d'Espagne avait consenti aux articles du traité de la quadruple alliance conclu à Londres et à La Hâve en 1717 et en 1718, et comme il ne restait que quelques points peu importants à régler pour la conclusion de la paix avec Sa Majesté Catholique, que l'on regardait comme faite , la plupart des officiers commencèrent alors à se défaire de leiu^s é(juipages; od ne fit même marclier en Navarre et en Roussillon que les recrues nécessaires pour rétahlir les régiments qui devaient y rester en garnison. Les troupes qui avaient passé l'hiver en Alsace et dans la Franche-Comté eurent ordre d'y rester poiu^ aller en Catalogne, où elles étaient destinées.

— M. l'archevêque de Rouen ' et les évéques de Rayonne^ et de Glermoiit furent nommés commissaires pour assister aux conférences qui se tenaient depuis quelque temps au Palais-Royal, en présence de M. le Réjjcnt et de M. le cardinal de Rohan , alternativement, où se trouvaient plusieurs prélats et plusieurs docteurs en tli(!0lo(jie des deux partis, parmi lesquels se trouvait M. de Targny, afin de pouvoir accommoder et terminer l'affaire de la constitution Unigenitiis, qui durait depuis tant d'années.

— On assurait alors que rarclievéché de Cambrai était réservé pour ^I. l'abbé Dubois, secrétaire d'État, et que l'on n'attendait que le retour d'un courrier dépêché à Rome, avec la permission et l'a^jrément du Pape, pour que cet abjjé fut admis à l'ordre de la prêtrise, pour être en état de remplir di^^jnement ce sié(>e arcliiépiscopal, qui a le titre de duc et de prince de l'Empire et qui rapporte quarairte mille écus par an.

— Le P' iour de mars 1720, on surprit au lit le sieur Perrinet, l'un des directeurs de la Ranque et de la Gom- ])a[jnie des Indes, ci-devant fermier général, et plusieurs des principaux commis de la Ranque, accusés de malversations, et on les conduisit au For-l'Evêque.

— Le 29 du mois passé, on publia un arrêt dujponseil d'Etat, rendu le 27, qui ordonnait qu'en exécution de celui du 25 : 1" qu'aucune personne, de quelque état et condition qu'elle fût, même aucune communauté ecclésiastique séculière ou ré[>ulière, ne pourrait (garder plus de cinq cents livres en espèces, à peine de confiscation de ce qui serait trouvé d'excédant , et de dix mille livres d'amende; à l'exception néanmoins de§ trésoriers de Sa .Majesté et des entrepreneurs de manufactures et d'autres commerçants qui pourraient en avoir une plus grande

* Armand Bazin de Bezons, ancien archevêque de Bordeaux. ' André Dreuillet.

quantité, suivant les permissions par écrit qui leur en devaient être accordées par le contrôleur (jénéral des finances à Paris , et dans les provinces par les intendants et commissaires départis ; 2° il était fait défense sous les mêmes peines à toutes personnes sans exception et auxdites communautés ecclésiatiques d'avoir en leur possession aucune matière d'or et d'argent, à la réserve des marchands , orfèvres et joailliers et autres dont la profession est d'employer lesdites matières, qui en pourraient avoir la quantité qui serait réglée par les permissions qui devaient leur être accordées par écrit; 3" il était enjoint à tous officiers de justice., sur la réquisition des directeurs de la Compagnie des Indes ou de leurs préposés, de se transporter dans les maisons, communautés ecclésiastiques séculières et régulières, lieux privilégiés et non privilégiés, sans exception même dans les palais et maisons royales, pour y faire des visites, saisir et confisquer ce qui se serait trouvé d'espèces au-dessus de cinq cents livres et de matières d'or et d'argent au delà de ce qui aurait été permis de garder, dont la confiscation en entier devait être aux dénonciateurs ; 4*" il était fait défense à toute personne de faire aucun payement de cent livres et audessus, autrement qu'en billets de banque, à peine de trois mille livres d'amende ; le tout à commencer au premier jour de mars de ladite année 1720 pour Paris, et au 15 du même mois pour la province.

— Le 29 du mois précédent, on publia à son de trompe et à cri public, dans tous les carrefours ordinaires de cette ville de Paris, une ordonnance du Roi par laquelle il était dit qu'en conséquence de l'article 3® du traité conclu à La Haye le 4 de janvier 1717, entre Sa Majesté, le roi de la Grande-Bretagne et les États Généraux des Provinces-Unies, et du 4^ article du traité conclu à Londres le 2 août 1718 entre Sa Majesté, l'Empereur et le roi d'Angleterre, pa J lesquels articles il était porté que le Roi ne donnerait

aucun asile dans son royaume à aucun des sujets des puissances contractantes qui auraient été déclarés rebelles , et que Sa Majesté les ferait sortir des terres de son obéissance dans l'espace de huit jours, après que la réquisition en aurait été faite. Sur quoi il fut fait alors de très-expresses défenses à tous ceux des sujets de l'Enq^ereur, du roi d'Angleterre et des États Généraux qui étaient ou qui seraient à l'avenir déclarés rebelles, d'entrer ni de séjourner dans son royaume de France, et leur fut enjoint d'en sortir dans l'espace de huit jours pour tout délai; le tout à pein(î d'être arrêtés et punis comme désobéissants aux ordres de Sa Majesté. On voulait que ce qui avait donné lieu à cette ordonnance provint de ce que M. Law avait fait distribuer une somme de cent mille écus à un grand nombre d'Écossais qui étaient à Paris depuis quelque temps , pour les empêcher de mourir de faim. Sur quoi le comte de Stairs fit de grandes plaintes à M. le duc d'Orléans, comme si ce prince l'eût ordonné au sieur Law% afin d'entretenir ces Écossais dans leur rébellion contre le roi d'Angleterre en faveur du Prétendant, qui était retourné à Rome, après son vovage d'Espagne qui ne lui avait pas réussi , et qui, peu après son arrivée à Rome , avait épousé la princesse Sobieska, et était reconnu par le Pape et par tous les cardinaux du sacré collège comme roi de la Grande-Bretagne, sous le nom de Jacques III,

— Le dimanche 3*^ de mars, on prétendait qu'à la sortie du conseil de Régence M. le duc d'Orléans avait dit à M. le duc de Bourbon : « Il semble, Monsieur, que vous preniez plaisir à détruire en un moment ce que nous avons beaucoup de peine à établir en plusieurs jours. Est-ce prendre les intérêts de l'État de la manière que vous en agissez? N'est-ce pas vouloir essayer de tarir la Banque en tirant de la Banque jusqu'à vingt-cinq millions, comme vous avez fait depuis quatre jours, et M. le prince de Gonti qui en a tiré en même temps quatorze millions? Que voulez-vous

faire l'un et l'autre d'une si grande quantité d'ar^jent? Il semble que vous agissiez tous deux de concert pour me traverser dans tout ce que je crois faire de mieux pour le service du Roi et pour le bien de l'Etat. Est-ce là se conformer à la dernière ordonnance du Roi, qui enjoint à tous ses sujets sans exception de n'avoir pas plus de cinq cents livres pour tout argent comptant ? Ne savez-vous pas que la même ordonnance porte qu'il sera fnit visite dans toutes les maisons sans aucune exception, pour voir si chacun s'y conforme? Ainsi, Monsieur, ne vous étonnez pas, ni vous ni M. le prince de Gonti, si l'on nomme des commissaires pour aller chez vous faire la visite, » A quoi M. le duc de Bourbon répliqua : « Il est vrai, Monsieur, que j'ai tiré de la Banque vingt-cinq millions qui devaient me revenir, parce que j'aime beaucoup l'argent; on peut venir quand on voudra faire la visite en mon hôtel. » Quelques commissaires y allèrent le lendemain et n'v découvrirent rien; on disait que leurs recherches n'avaient pas été exactes. Ou plutôt on présumait qu'ils avaient reçu ordre de ne pas les faire avec soin , afin de faire voir au public que le duc de Bourbon n'en était pas exempt lui-même.

— On publia un arrêt du conseil d'Etat, rendu le 23 février, par lequel le Roi, informé du bon état de ses finances, ordonnait que les pensions et les gratifications ci-devant accordées par le feu Roi fussent employées sur les états qui devaient être arrêtés au conseil , sur le même pied qu'elles avaient été accordées sans aucune réduction du cinquième, ainsi qu'il avait été résolu par une déclaration du 30 janvier 1717, et par un édit du mois d'août de la même année, à commencer du premier jour de janvier de cette année 1720, à la réserve que le dixième en serait retenu par le Trésor royal.

— M. l'abbé Dubois, secrétaire d'Etat, nommé à l'archevêché de Cambrai, alla quelques jours auparavant à Pontoise, qui est un vicariat du diocèse de Rouen, où le

^rand vicaire lui conféra les ordres sacrés de sous-diacre , de diacre et de prêtre, sans avoir néanmoins célébré la sainte messe, l'abbé Dubois s'étant réservé de la dire avec cérémonie pour la première fois le jour de son sacre, après qu'il aurait reçu les bulles de Home ; et en attendant le courrier qui devait les apporter et le jour de son sacre, il se faisait instruire par son neveu , chanoine de Saint- Honoré, de la manière qu'il fallait dire la messe, dans une chambre de son appartement, où il avait fait dresser une espèce d'autel. Cet abbé choisit Pontoise, pour éviter qu'on ne lui retardât l'envoi de ses bulles et la chicane que la coin^ de Rome aurait pu lui faire, s'il s'était adressé à M. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, pour recevoir les ordres sacrés, parce que le cardinal était comme le chef des appelants de la constitution Unigeniius '.

— On écrivait de Rome que dans le mois de janvier 1 720, un vi(jneron travaillant à sa vi(»ne, située au voisina(]e de la porte de Saint-Paul, avait trouvé une espèce d'urne de

* u Dubois se rendit clandestinement à Pontoise comme à une partie de chasse, dout il jiortait les habits, pour se faire administrer les ordres moindres, le sous-diaconat, le diaconat et la prêtrise; le public dit alors que Dubois avait abdiqué ce jour-là le septième sacrement de rÉ^jIisc (le sacrement de maria^^e; le bruit courait alors que Dubois était marié; on ajoutait même qu'un intendant de province, pour lui faire sa cour, avait déchiré des rejjistres de l'état civil la page où se trouvait inscrite la preuve de ce mariage, et qu'il n'avait pu y parvenir qu'en enivrant le curé détenteur et gardien du registre), pour en recevoir à la fois quatre autres : la confirmation, la première communion, la

confession et l'ordre La suite d'une telle ordination fut aussi

leste que la préparation; le soir même, Dubois, devenu prêtre, se présenta au conseil, qu'il scandalisa par une de ces opinions hardies qui le distinguaient si souvent de ses collègues. On voulut badiner, au sortir du conseil, sur sa rare vocation, et il eut l'impudence de dire que celle des Pères de l'Eglise n'avait pas été différente. » (Soulavie, Mémoires du maréchal de Richelieu, t. m, p. 204.)

pierre précieuse , ornée de figures antiques ou bas-reliefs, entières et très-délicatement taillées , qu'on prétendait du temps de l'empereur Vespasien, dans laquelle urne il s'était trouvé une quantité de médailles ou monnaies d'or, d'argent et de. bronze de ce temps-là, que ce vigneron avait présentées au Pape avec l'urne, dont Sa Sainteté fut si contente, qu'elle lui permit de fouiller dans sa vigne comme il le voudrait, et lui accorda la propriété de tout ce qu'il trouverait dans la suite.

— M. le Régent nomma des ingénieurs pour diriger les travaux que Son Altesse Royale avait résolu de faire à Mardick, pour en rétablir le port et les forts qu'on avait commencés suivant les conventions faites avec le roi d'Angleterre et même avec le parlement de 1^ Grande- Bretagne.

— M. le cardinal de Noailles était depuis quelque temps occupé à dresser un corps de doctrine avec le P. Massillon, évéque de Glermont, et le P. de La Tour\ supérieur général de la Congrégation des pères de l'Oratoire, au sujet de la constitution Unigeniiiis ^ avec des explications sur les propositions condamnées par cette bulle , afin de le communiquer ensuite à MM. les cardinaux de Roban, de Bissy, de Gesvres et de Mailly, et aux prélats de leur part, pour tâcher de terminer cette affaire importante par un accommodement qui pût concilier tous les esprits de part et d'autre, et rétablir enfin la paix de l'Eglise.

— Le V^ de mars, la princesse de Lillebonne mourut âgée de ans

* Pierre-François de La Toiu", fils de Henri do La Toiu, premier éciiyer de mademoiselle de Montpensier, né le 21 avril 1653, mort le 13 février 1733.

^ La comtesse, puis princesse de Lillebonne, morte à quatrevingt-deux ans; elle était fille naturelle de Charles IV, duc de Lorraine, et de la comtesse de Cantecix)ix; elle était veuve du frère cadet du duc d'Elbœuf.

— Le 2% le marquis de Fourille, lieutenant (général des armées du Roi , qui depuis trois ans avait perdu la vue et qui jouissait d'une pension de douze mille livres, mourut aussi âgé de ans'.

— On publia un arrêt du conseil d'Etat qui révoqua tous les affranchissements des tailles dont plusieurs particuliers jouissaient pour avoir acquis des charges auxquelles ce privilège était attaché, quoiqu'ils fussent les plus riches habitants de leur paroisse.

— On assurait que les capucins de la rue Saint-Honoré avaient depuis peu dénoncé au Saint-Siège l'ouvrage de M. Baillet, bibliothécaire de M. le président de Lamoignon, concernant la Vie des Saints.

CHANSON

A la mort, lui bon capucin

Exhortant un actionnaire,

Lui disait : a Des tourments sans fin

De nos péchés sont le salaire ,.

Ce ne sont point des fictions ; Récompenses, mon fils, ou peines éternelles,

Sont le prix de nos actions. 5) Le mourant, à ces mots, dit : « A combien sont-elles? »»

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