AUTRE
Que servent tons ces vains discours De feu, de teiicli'csse et d'amour?
D'un amant qui soupire On a banni ces longs détours,
' Saint-Simon, t. XXYII, p. 111 et 112, parle d'un Fourille, capitaine aux gardes, cordon rouge et aveugle, et de l'abbé son fils, à qui il fit avoir une abbaye à Senlis.
Et l'on n en fait que rire; Le doux jargon n'a plus de cours Dans ranioureux empire.
Prouvez, amants, pai- des effets, Le doux pouvoir de nos attraits.
Et non par des paroles ; Les compliments les plus parfaits
Ne sont que fariboles; Faites-nous de plus doux billets^
Non des écrits frivoles.
Supprimez votre passion.
Je veux de la soumission,
Et non de la constance. Pour peindre votre affection
Avec plus d'éloquence, Amants, parlez-nous agiotions.
Ou (jardez le silence.
J'aime à présent mieux mille fois Le doux séjour de Quincampoix
Que l'île de Gytlière; L'on y fait d'aimables emplois
Sans contrat ni notaire; L'Amour a vendu son carquois
Pour être acdomiaire.
11 tient là son petit comptoir, Et sait fort bien faire vaMir Ses effets sur la place :
A chaque instant croît son pouvoir;
Des trésors il entasse :
Auprès de lui qu'il fait beau voir
Agioter les Grâces ! i
— Le 6 , on fut en visite chez le sieur André ' , ancien chef du (jobelet, Italien de nation, où l'on confisqua ce qu'il avait d'espèces au-dessus de cinq cents livres, et il fut en outre condamné à dix mille livres d'amende.
— On alla ensuite chez les notaires et chez les commissaires au Ghâteiet, pour voir s'ils n'avaient pas d'espèces en dépôt, appartenant à des particuliers.
— M. Fagon ^, conseiller d'État, se transporta avec son secrétaire chez une personne de distinction, où il fit une pareille exécution que chez le sieur André.
— Un arrêt du conseil d'État, publié le 6, ayant augmenté les espèces, les denrées augmentèrent aussi de prix; la chandelle monta à dix-huit et vingt sols la livre.
— Le même jour, une liarangère de la halle foula aux pieds, dans la boue, un billet de banque de la valeur de dix livres, qu'un particulier lui avait présenté en payement de ce qu'il était convenu pour de la marée ; elle en avait déjà fait autant à quelques autres qui avaient voulu lui donner de pareilles espèces ; ce qui ayant été rapporté à un commissaire du quartier, ce commissaire jugea à propos de donner en argent la valeur du billet de banque à celui qui s'était plaint de l'extravagance de cette femme.
— On prétendait que le cardinal de Bissy avait profité,
* Sans doute Jean André, qui, en 1719, acheta de la famille Carré la terre de jMontgeron moyennant la somme de cinq cent mille livres. (Voyez Piganiol de La Force, t. IX, p. 297. Voyez aussi Matthieu Marais, t. I, p. 266.)
^ Fils du premier médecin de Louis XIV; successivement* maître des requêtes, intendant des finances, membre du conseil des finances, et enfin conseiller d'Etat.
T. ir. 4
depuis un an, de quatre cent mille livres pour lods et ventes de maisons et de terres, vendues dans la dépendance de l'abbaye de Saint-Germain des Prés ', dont ce cardinal est abbé depuis la mort du cardinal d'Estrées.
— Le chapitre de l'église collégiale de Sainte-Opportune de Paris profita aussi de quatre mille livres, pour chaque chanoine, pour de pareilles mutations.
— Le 9, on fut en visite cbez le sieur Adine ^, l'un des directeurs de la Compagnie des Indes, et on y confisqua huit cents louis d'or en espèces ; de plus il fut condamné à dix mille livres d'amende, et, pour le consoler, il fut exclus de la même Compagnie.
— On assurait que le conseil avait résolu d'établir le dixième denier sur tous les biens ecclésiastiques et nobles, et le cinquième sur les biens en roture , au lieu des tailles et des autres impositions, qui seraient par là supprimées.
— Le 11 , la princesse de Modène partit, après dîner, sur les deux heures^ accompagnée de M. le duc d'Orléans, son père, qui la quitta à Essonne pour s'en revenir à Paris. Les équipages de cette princesse étaient partis le 9 et le 10, et devaient l'attendre à Fontainebleau, où elle resta quelques jours et où se trouva M. le duc de Chartres, son frère , avec plusieurs seigneurs et dames , pour lui souhaiter un bon voyage et pour lui dire adieu.
— Le traité de paix avec l'Espagne ayant été signé le 17 février, par les puissances intéressées, les entrepreneurs des vivres et des fourrages, destinés pour les troupes
* Parmi les divers acquéreurs des terres de Saint-Germain des Prés, il faut citer le comte de Lassay, qui acheta, le 13 janvier 1720, quatorze cent dix-sept toises de terrain sis au Pré aux Gkrcs; cette vente fut ratifiée par lettres du roi Louis XV, en date du 7 février de îa même année.
^ Adine était de l'Académie française et avait acheté le marquisat de Vilksavin, dont ses enlants portèrent le titre; il avait été dénoncé par son laquais; il mourut de la g^outte quelques années après.
(Je la France en Catalo^jne, eurent ordre de se défaire de leurs provisions de la manière qu'ils jugeraient à propos.
— Le 16, on dépêcha un courrier à Rome, avec avis que l'accommodement de l'affaire de la constitution Unigenitus avait été si^jné le 13 de mars au Palais-Royal, par MM. les cardinaux de Noailles, de Rohan , de Bissy, de Gesvres et de Mailly, et par plusieurs archevêques et évêques qui l'avaient ci-devant acceptée en présence de M. le duc d'Orléans, régent, suivant un corps de doctrine qui contenait la pureté de toute la doctrine de l'Eglise concernant les cent une propositions condamnées par cette bulle, avec des explications digérées par plusieurs prélats et docteurs en théologie, de piété et d'érudition.
— Le 14, la Compagnie des Itîdes mianda les supérieurs et les procureurs des communautés séculières et régulières, afin qu'ils eussent à déclarer la quantité d'espèces qu'il y avait dans leurs maisons au-dessus de cinq cents livres. A quoi les Jacobins de la rue Saint-Dominique, et les Religieux de la Charité du faubourg Saint-Germain, se crurent obligés de satisfaire.
— On confisqua douze cents livres chez le sieur Dupuis, notaire, proche Sainte-Croix de la Bretonnerie.
— Le sieur Ganeau, secrétaire du Roi, était alors en peine de savoir ce qu'était devenu un sien domestique, qu'il avait chargé d'actions pour la valeur de huit cent mille livres, pour les négocier en la rue Quincampoix quelques jours auparavant, ce qui donnait lieu de craindre qu'il n'eut été assassiné.
— On trouva pour lorSj au bas du pont Royal, le corps du valet de chambre de M. le comte de Busca, lieutenant général des armées du Roi , coupé par morceaux ; ce seigneur l'avait chargé d'actions pour la valeur de cent mille livres, afin de les négocier à la même rue.
— Un particulier de la rue Sai ut-Jacques ayant eu l'imprudence de se vanter qu'il avait pour soixante mille livres
d'espèces d'or et d'arçent, anciennes et nouvelles, fut dénoncé ; le tout fut confisqué, et fut de plus condamné à dix mille livres d'amende; mais, peu de jours après, le dénonciateur se trouva assassiné.
— Le Roi fit donner aux Théatins une somme de cent cinquante mille livres, pour la construction du grand aute! de leur église, et leur fit assigner seize mille livres par an pour achever le bâtiment de la même église.
— Le mariage du comte de Lespar, second fils du duc de Guiche, fut conclu avec une fille du marquis de Biron , lieutenant général des armées du Roi et premier écuyer de M. le Régent.
— Le grand maître de Malte écrivit alors des lettres circulaires à tous les chevaliers de son ordre qui étaient en France et ailleurs, afin qu'ils eussent à se disposer à se rendre à Malte au plus tôt pour la défense de l'île, qui paraissait de nouveau menacée par les Turcs, qui armaient dans tous leurs ports un très-grand nombre de vaisseaux et de troupes ; et que les chevaliers qui ne pouvaient pas s'y transporter en personne, pour leur grand âge ou pour d'autres infirmités , eussent à y contribuer à proportion de leurs revenus.
CHANSON Sui' l'air ■ Ton humeur, Catherine...
D'Argenson , dans la finance, S'est emporté comme un fou, Mais il nous fallait, en France, Un esprit bien plus fdoii.
Law en a donc pris la place; Il nous mènera grand train Dans un carrosse sans glace, Tout droir chez la Pataclin ^
— Supérieure de l'hôpital de la Salpêtrière.
— Plusieurs commissaires allèrent en visite chez ies principaux curés de cette ville et des faubour^js de Paris, et V confisquèrent des sommes considérables , au-dessus de c;inq cents livres, (pioique ces curés eussent pu dire ou représenter que ces deniers provenaient des aumônes qu'on leur avait déposées pour être distribuées aux pauvres honteux de leurs paroisses; sur quoi on leur avait répliqué avec raison que s'ils les avaient répandues comme ils le devaient, et comme ils avaient pu le faire, les pauvres en auraient eu du soula^jement, et tout cet argent ne se serait pas trouvé à rien faire dans leurs mains.
— D'autres commissaires firent de pareilles visites en plusieurs couvents, et y confisquèrent le surplus de cinq cents livres ; à quoi les moines et les curés ne s'attendaient nullement.
— On confisqua aussi plusieurs ouvra[>es d'or chez le sieur Lan^jlois, orfèvre, et chez le sieur Gavot, joaillier; la protection qu'ils eurent de madame la princesse de Modène, avant son départ, ies fit exempter de l'amende de dix mille livres chacun.
Formule envoyée aux appelants de la constitution Unigenitus pour les engager à persister dans leur appel.
« Nous, soussignés, dans la juste inquiétude que nous donnent des bruits qui se répandent, d'une acceptation et ])ublication de la constitution Unigenitus , faite par Son lùninence monseigneur le cardinal de Noailles, archevêque de Paris , suivant un corps de doctrine approuvé ou consenti ou toléré par un grand nombre d'évêques, nous nous croyons obligés, en conscience et pour l'intérêt de la vérité, de déclarer, comme nous déclarons par ces présentes, que nous persistons et voulons persister dans l'appel que nous avons ci-devant interjeté au futur concile général de ladite Constitution, et de tout ce qui s'en ensui-
vrait , en adhérant premièrement à l'appel interjeté le P"" jour de mars 1717, par nosseignem*s les évéques de Mirepoix, de Senez, de Montpellier et de Boulogne, et notifié en Sorbonne, le 5 du même mois, et ensuite aux appels interjetés par Son Eminence monseigneur le cardi- ^iîal de Noailles, le 3 d'août 1717 et le 3 d'octobre 1718, et principalement au dernier, qui rappelle l'appel de nosdits seigneurs les quatre évéques, comme antérieur à la publication des lettres Pastoralis officii; dans lequel acte Son Eminence a reconnu que l'appel de ladite Constitution, interjeté au futur concile, suspend tous les actes dont on appelle, saisit le tribunal de l'Eglise universelle de l'affaire qui lui est portée par ces appels ; et que le Pape en est dépouillé , de telle sorte que si Sa Sainteté voulait, au préjudice de l'appel, user des censures et faire des actes de juridiction , tout ce qu'il ferait en ce cas serait nul de plein droit, et devrait être regardé comme une entreprise sur l'autorité de l'Eglise universelle.
» D'où nous inférons ii plus forte raison que tout ce qu'entreprendraient des évéques qui ne seraient point assemblés en concile général, serait nul de plein droit. Considérant de plus que par les susdits appels, auxquels nous avons adhéré et adhérons de nouveau , lesdits évèqnes ont mis leurs personnes, leurs églises et leurs adhérents sous la protection de Dieu et de l'Eglise ; ce que monseigneur le cardinal de Noailles a fait en ces termes dans son dernier acte d'appel : Nous, notre clergé , et tous ceux qui adhèrent ou adhéreront à notre présent appel, sous la protection de Dieu , de la sainte Eglise et du concile général.
» Nous craindrions avec raison de nous soustraire à cette puissante protection sous laquelle nos pasteurs nous ont mis, et sous laquelle nous avons droit de nous mettre, si nous consentions en aucune manière à recevoir la constitution Unigenitus , avec quelque explication et quehpie corps de doctrine qu'on y pût joindre, et de quelque
expression qu'on put se servir pour les réunir. Nous renouvelons en outre les protestations contenues dans les actes d'appel , de l'attachement inviolable que nous conserverons toujours pour le Saint- Sié(>e , et que nous ne nous départirons jamais du respect qui est dû, selon les saints canons , à notre saint-père le Pape et à Son Éminence monsei(]neur le cardinal de Noailles. Donnons pouvoir au porteur des présentes de les notifier et insinuer partout où besoin sera.
» Fait à Paris, le 15 mars 1720. »
Lettre circulaire de M. le cardinal de Noailles à MM. les curés de son diocèse.
« Le zèle que vous avez toujours marqué, Monsieur, pour la vérité, votre sensibilité pour les intérêts de l'Eglise et votre attachement pour moi , dont vous m'avez donné tant de preuves, m'en(]agent à vous faire part de la paix qui vient d'être conclue; je compte vous en faire connaître bientôt les conditions; vous verrez que par un bon corps de doctrine et par une acceptation relative, on a pris toutes les précautions que l'on pourrait désirer pour mettre la vérité à couvert, aussi bien que les libertés de l'Eglise gallicane, et que presque tous les prélats du royaume concourent avec joie pour autoriser d'excellentes exphcations qui préviennent tous les abus dont vous étiez alarmé. Il n'y a plus qu'à prier Dieu qu'il bénisse les bonnes intentions de ceux qui n'ont eu d'autre vue que d'assurer pleinement la vérité et la paix. C'est ce que je recommande très-particulièrement à vos prières, persuadé que vous entrerez avec joie dans un dessein si utile et si nécessaire pour apaiser les troubles dont l'Eglise est agitée depuis plusieurs années, et de plus grands maux dont elle était menacée. Si quelques esprits inquiets faisaient des mouve-
nients pour traverser la paix , je ne doute point que vous ne m'en avertissiez aussitôt. Redoublez, je vous conjure, pour moi, vos prières dans ce saint temps, et comptez que j'ai toujours pour vous, Monsieur, les mêmes sentiments.
» j- Louis- Antoine, cardinal de Noailles, » archevêque de Paris.
5) A Paris, le 18 mars 1720. )>
— On publia un arrêt du conseil d'État, rendu le 25 février, qui permettait à tous gentilshommes de tenir et de prendre à ferme les terres et seigneuries appartenant aux princes et princesses du sang royal , sans pour cela déroger à leur noblesse ni à leurs privilèges.
— On en publia un autre qui ordonna la fabrication d'e'cus d'argent à la taille de trente au marc, pour avoir cours jusqu'au dernier jour d'avril suivant, pour soixante sols; pendant le mois de mai pour cinquante-cinq sols; pendant le mois de juin pour cinquante sols ; pendant celui de juillet pour quarante-cinq sols ; pendant celui d'août pour quarante sols ; pendant le mois de septembre pour trente-cinq sols ; pendant celui d'octobre pour trente sols ; pendant celui de novembre pour vingt-cinq sols, et pendant celui de décembre pour vingt sols ; lesquels écus devaient avoir, d'un côté le portrait du Roi , et de l'autre une croix ornée d'une couronne fermée à (abaque branche de la croix, et de quatre fleurs de lys, une à chaque coin , et pour légende : Cliristus vincitj régnât, imperat, avec \\n grenetis à l'entour.
— On publia un autre arrêt du 19 mars, par lequel ii fut fait défense aux sujets de France, et aux étrangers étant dans ce royaume, de garder en quelque lieu que ce soit, après le premier jour de mai suivant, aucune espèce
d'or de France ou étrangères ni aucune matière d'or, et passé le dernier décembre suivant, aucune matière d'argent ni aucune espèce d'argent de France et étrangères, autres que les sixièmes et douzièmes d'écu, et les livres ou pièces de vingt sols d'argent, fabriquées aux mois de décembre 1718 et 1719, et les louis d'argent fabriqués par édit du mois de mars 1720; et faisait défense, à commencer du jour de la publication de cet arrêt, jusqu'au dernier jour de décembre suivant, de faire entrer dans le royaume aucune espèce d*or et d'argent de France ou étrangères, à l'exception de celles qui viendraient pour le compte de la Compagnie des Indes, qui était chargée d'en fournir aux orfèvres et aux autres ouvriers, à peine de confiscation au profit de la même Compagnie, tant desdites espèces et matières d'or et d'argent, que des chevaux, charrettes, cari'osses, autres voitures, vaisseaux et bâtiments sur lesquels elles seraient trouvées , et de dix mille livres d'amende ; ordonnait que lesdites matières qui seraient apportées dans le royaimie sur des vaisseaux arrivant de voyage de long cours, seraient sujettes aux mêmes peines et resteraient en entrepôt pour être envoyées dans les pays étrangers, si mieux n'aimaient les propriétaires les vendre à ladite Compagnie des Indes; et permettait aux voyageurs de porter avec eux les espèces seulement nécessaires pour leurs voyages.
— On publia un autre arrêt, rendu le 12 mars, qui ordonnait qu'il serait imprimé pour la valeur de trois cents millions d'actions de la Compagnie des Indes, avec les dividendes des années 1720, 1721 et 1722, en cinq cent vingt mille billets, d'une action chacun, faisant ensemble quarante millions, ce qui devait faire en tout trois cents millions; lesquels billets devaient être scellés, ainsi que chaque répartition, du sceau de ladite Compagnie, qualifiés Actions de la Compagnie des Indes ^ et datés du P"^ janvier 1720, pour servir tant à la conversion des actions
ci-devant répandues dans le public, qualifiées Actions de la Compagnie d'Occident^ qui devaient être à cet effet rapportées, qu'à remplir les en^ja^jeraents de ladite Compagnie des Indes au sujet des souscriptions et des primes ci-devant délivrées , et à ses autres opérations ; et permettait aux directeurs de ladite Compagnie de faire signer iesdites actions, pour leur caissier, par les sieurs Postel, Sigonneau, Maricourt, Motte et Gouvin, et de les foire viser pour eux par les sieurs Baron, Ravoisié, Mabire, Lauriau et Coutereau.
— Le 30, on publia un autre arrêt, rendu le 28, qui défendit à toutes personnes de s'assembler dans la rue Quincampoix, d'y tenir bureaux, ni dans aucun quartier, dans aucun café , cabaret , hôtellerie , auberge , jeu de paume, bureau, ni chez aucun particulier domicilié, chambres garnies et autres lieux publics, pour la négociation des papiers, comme actions, primes, etc., à peine, contre les particuliers domiciliés , de prison et de trois mille livres d'amende et de confiscation desdits papiers, contre les artisans et domestiques, d'être traités comme vagabonds et gens sans aveu; et contre les cafetiers, cabaretiers et autres maîtres, d'être déchus de leurs maîtrises et privilèges; et permettait seulement de les négocier chez et par le moyen des agents de change en titre d'office.
— La nuit du 26 au 27, le Roi eut un vomissement sans aucune suite plus fâcheuse, et le 26 , il avait été complimenter M. le duc de Bourbon sur la mort de madame la duchesse son épouse, qui était sœur de M. le prince de Conti.
— La flotte anglaise, de l'amiral Byng ', servit à trans-
* Georges Byng, né en 1663, mort en 1733; pair d'Angleterre sous le titre de vicomte Torrington, baron Byng de Southill en Bedfordslure; l'amiral Byng, qui fut exécuté le 11 mars 1757 pour s'être laissé battre par l'amiral français La Galissonnière, était son fils.
porter eu Espagne les troupes espa^jnoies (jiii étaient en vSicile, la suspension d'armes ayant été publiée le 5 de ce mois, à Naples, à Messine, et entre les deux armées qui étaient en Sicile ; et toutes les hostilités étaient cessées de part et d'autre en Sicile, en Navarre et eu Gatalo^jne, et le commerce était rétabli en toute liberté comme avant la guerre.
— Le 22 , on publia à son de trompe une ordonnance du Roi en la rue Quincampoix , faisant délénse à toutes personnes de s'y assembler davanta^je, sous peine de désobéissance et de punition , et de né^jocier aucun papier, actions ou primes, ailleurs qu'en l'iiôtel de la Banque, où l'on devait alors établir un bureau pour y convertir des actions en billets de banque ou des billets de banque en actions; et en même temps plusieurs bri[jades d'archers de la maréchaussée et de la prévôté obliquèrent les agioteurs de se retirer chacun chez eux.
— - On imputa cette ordonnance à onze assassinats qui s'étaient faits dans Paris, depuis très-peu de jours, à l'occasion de ces sortes de papiers ; il s'en était même fait un , le jour précédent, dans un cabaret de la rue aux Ours, de deux agioteurs que l'on disait esi avoir sur eux pour la valeur de cent soixante mille livres. Le ])ruit couiut même aussitôt que le comte de Horn ', le marquis de Listung, le comte de Milly", Piémontais, et un soldat aux (jardes, avaient commis cet horrible assassinat. Le marquis de Listung et le soldat s'étant échappés, le comte de Horn et le comte de Milly furent conduits en prison; ie premier se trouva saisi des papiers dont il était question. Le bruit
' Antoine-Joseph, comte de Horn, fils de Philippe-Emmanuel, comte de llorn, et d'Antoinette de Ligne, était âgé de vingtdeux ans environ; il avait été capitaine dans les armées de l'Empereur; le comte de Horn descendait des Montmorency- Nivelle. (Voyez Appendice , pièce A" H.)
- Les historiens du temps rappellent aussi de iMille.
s'en étant répandu, le prince d'Isenghien ', et quelques autres seigneurs, parents du comte de Horn , sollicitèrent en sa faveur auprès de M. le duc d'Orléans, qui fut inexorable et voulut que justice exemplaire en fût faite , d'au-^ tant plus que le comte de Horn se trouva convaincu d'avoir lui-même assassiné l'un des deux a^jioteurs de onze coups de baïonnette, arme qu'il avait achetée quelques jours auparavant sur le pont Neuf; après cette action il se jeta par la fenêtre du cabaret, sous prétexte qu'il se sauvait de la sorte pour éviter d'être assassiné, et courut chez un commissaire pour lui en porter sa plainte contre des inconnus et qu'il si(|na : et en sortant de la maison du commissaire il fut arrêté et conduit au Châtelet avec le comte de Milly.
Le prince d'Isenghien voyant M. le duc d'Orléans inaccessible, dépêclia en diligence un courrier à Vienne en Autriche, afin que l'Empereur pût obtenir de M. le Régent la commutation de la peine en une prison perpétuelle, mais tout fut inutile.
Le 26 , qui était le jour du mardi de la semaine sainte, le comte de Horn et le comte de Milly furent exécutés et rompus vils sur un écliafaud dressé en la place de Grève; le premier expira cinq quarts d'heure après avoir reçu les coups, et le dernier seulement un quart d'heure après.
M. le duc d'Orléans, pour fermer la ])ouche aux personnes (le premier rang qui l'avaient sollicité en faveur du comte de Horn, leur dit : « .le sais qu'il m'est parent par madame ma mère, mais il mérite la mort pour ses ciimes énormes; je l'abandonne à la justice. » Puis il
' Saint-Simon, dans ses Mémoires ^ parle d'un iM. d'Lsenghien (|iii fut marié trois fois : 1° à la fille du prince de FurstcMnberg; 2» à mademoiselle de Rhodes; 3° à mademoiselle de Monaco, sœur de mademoiselle de Valentinois.
Barbier, dans son Journal y t. H , parle d'un prince d'Isengliien qui fut nommé maréchal de France en 174L
s'enferma sans vouloir parler à personne jusqu'après l'exécution.
Les commis de la poste assuraient que depuis cette exécution on y avait reçu plus de huit mille lettres de Bruxelles et de plusieurs autres lieux des Pays-Bas , adressées à des princes , princesses , seigneurs et dames de la cour de France, pour les eng^afjer à s'employer auprès du Roi et de ^I. le Régent en faveur de cet infortuné comte de Horn, afin d'épargner cette note d'infamie à sa maison, qui est alliée à toutes celles qui sont les plus distinguées dans l'Europe et même aux têtes couronnées.
On prétendait alors que ces deux infortunés seigneurs s'étaient associés avec un grand nombre de scélérats et de coupe-jarrets que l'on accusait d'avoir assassiné et coupé par morceaux un valet de chambre du comte Busca, et plusieurs autres particuliers.
— La nuit du 26 au 27, le guet trouva, proche les murs du Temple, un carrosse de louage à demi versé, sans chevaux et sans cocher, dans lequel il y avait un sac rempli du corps d'une femme coupé par morceaux, que l'on disait avoir été assassinée après lui avoir enlevé pour la valeur de trois cent mille livres de papiers de la Banque.
— La veille de Pâques, le Roi se confessa à M. l'évéque de Glermont, à cause de la maladie de M. l'abbé Fleury.
— Voici une copie de la lettre que le comte de Horn ', frère de l'infortuné défunt, écrivit à M. le duc d'Orléans:
a Je ne me plains pas, Monseigneur, de la mort de mon frère; il avait commis des crimes si horribles qu'il n'v avait pas de punition qu'il ne méritât; mais je me plains que Votre Altesse Royale ait violé en sa personne les droits du royaume, de la noblesse et de la nation. Je vous remercie de la confiscation de ses biens que vous avez bien voulu
* Le frère du comte de Horn portait le titre de prince de Horn .
me faire adjuj^er. Je me croirais aussi infâme que lui si je recevais jamais aucune grâce de vous. J'espère que Dieu et le Roi vous rendront un jour une justice aussi exacte que vous l'avez rendue à mon malheureux frère '. »
— Le 20, les sieurs Paris, tous quatre frères, furent disgraciés et relégués en Dauphiné, leur patrie; ils sont fils d'un cabaretier établi dans un village à deux lieues de Grenobit'. On prétendait qu'au lieu d'une somme de six cent mille livres qu'ils avaient eu permission d'envoyer en Lorraine pour y q^ayer quelques dettes qu'ils y avaient contractées, ainsi qu'ils avaient fait entendre à M. le garde des sceaux, ils avaient fait partir une somme de sept millions pour y acheter plusieurs tenes ou seigneuries; dont M. le garde des sceaux ayant eu avis, on avait envové en diligence après les voitures, qui furent amenées et déchargées à la Banque ; et en même temps on alla chez les sieurs Paris, où il se trouva encore, disait-on, une pareille somme de sept millions, qui fut aussi confisquée au profit de la Compagnie des Tndes.
— M. le comte de Stairs, ambassadeur d'Angleterre, ayant déclaré à M. le duc d'Orléans que le Parlement d'Angleterre ne voulait pas consentir à la restitution de Gibraltar et de Port-Mahon en faveur de l'Espagne, Son Altesse Royale avait aussitôt donné ordre de réparer les fortifications de Calais, de Gravelines et de Mardick.
— Gomme le roi d'Espagne avait fait discontinuer les fortifications de Valence et d'autres places, la levée de troupes et la construction de vaisseaux, Sa Majesté Catholique fit aussi défendre toutes hostihtés, et sur cet avis, M. le duc d'Orléans envoya de son côté ordre de discontinuer aussi la démolition de Fontarabie et de Saint- Sébastien.
^ Lemontey, dans son Histoire de ta Régence^ prétend que cette lettre est apocryphe.
— Oii a[pta (le nouveau dans ie conseil de la ré(jence la suppression des cliar(>es des parlements du royaume et des autres tribunaux de judicature, afin de les faire ensuite exercîer par commission et de les rendre amovibles; sur quoi M. le duc de Bourbon et M. le prince de Gonti ayant soutenu que la proposition du contrôleur général des finances n'était nullement recevable, la question fut remise à une autre fois.
— On publia un arrêt du conseil d'Etat, rendu le 13, qui ordonnait que pour conserver dans le royaume l'abondance de blés que la récolte de 1719 et des années précédentes y avaient mise pour le bien public, il serait payé pour les blés qui sortiraient du royaume, par mer ou par terre, le triple des droits établis par les tarifs, arrêts et règlements, sous peine de confiscation et d'amende arbitraire, et que pour faciliter l'entrée des bestiaux dans le royaume et leur passage d'une province à une autre, et pour en diminuer le prix et même aux entrées dans la ville et dans les faubourgs de Paris et dans les autres villes où il se lève des droits au profit du Roi sur le pied fourcbé , il ne serait levé que le tiers desdits droits accoutumés, avec défense aux commis d'en percevoir plus que le tiers sur lesdits bestiaux, à peine de concussion et de dix mille livres d'amende ; et ce à commencer du jour de la publication de cet arrêt jusqu'au dernier jour d'avril prochain.
— Le 20 , on publia aussi une ordonnance du Roi qui enjoignait aux pauvres mendiants valides de ne plus mendier publiquement et de s'appliquer plutôt aux ouvrages publics et particuliers, à peine d'être pris et envoyés dans les colonies françaises; et aux estropiés ou invalides de se retirer dans les hôpitaux des lieux de leur naissance ou domicile, avec défense à ceux qui logent en chambre garnie ou à la semaine, de leur donner retraite, comme à des gens sans aveu et vagabonds, à peine d'amende.
— Le 21 , autre arrêt du conseil d'Etat qui prorogeait le cours des espèces d'or jusqu'au premier jour d'avril suivant.
— On publia aussi une déclaration du Roi, rendue le 11" de ce mois, qui ordonnait le cours des espèces d'or, défendait de garder des matières d'or ou d'argent, et réduisait les louis d'or, etc.
CHANSON
De la Banque, à Paris, l'on admire sans cesse
La beauté.
Mais tous ces monuments causent de nos espèces
La rareté; Et j'ai de voir la fin de toutes ces finesses La curiosité.