LIT DE JUSTJCE TENU LE 2-2 FÉVRIER 1723 POUR LA MAJORITÉ DU ROI
Ce jour, la Cour, toutes les chambres asseniblées en la grand' chambre du Parlement, en robes et chaperons d'ecarlate, MM. les présidents revêtus de leurs manteaux, tenant leurs mortiers à la main, attendant la venue du Roi, suivant son mandement du seizième de ce mois, pour tenir son lit de justice, les officiers des (gardes du corps, saisis des portes du Parlement, le prand maître des cérémonies est venu sur les dix heures et demie avertir que le Roi était en la Sainte- Chapelle ; ont été députés , pour aller le recevoir et saluer de la part de la compagnie , MM. les présidents Potier, d'Ahgre, de Lamoignon et Portail, et MM. Huguet, Le Féron, Braier et Chassepot , laïques, et MM. Cadeau et Mandat , clercs conseillers en la grand' cliambre , lesquels l'ont conduit en son lit de justice, MM. les présidents marchant à ses côtés, MM. les conseillers derrière lui, et le premier huissier entre les deux huissiers massiers du Roi.
Le Roi était précédé de M. Je duc d'Orléans, de M. le duc de Chartres, de M. le duc de Bourbon, de M. le comte de Charolais, de M. le comte de Clermont, de M. le prince de Conti, princes du sang, et de M. le comte de Toulouse, prince légitimé , qui ont pris leurs j)laces traversant le parquet. Devant eux avaient marché les maréchaux de France, qui avaient pris place passant par- dessous la lanterne du côté du greffe.
Les chevaliers de l'ordre, gouverneurs et lieutenants généraux des provinces ayant pris, peu avant, place sur trois bancs dans le parquet, du côté du greffe, pour éviter la confusion, quoiqu'ils n'aient droit que d'accompagner le Roi et d'entrer à sa suite.
Après le Roi est entré M. Fleuriau d'Armenonville, garde des sceaux, lequel a pris place en un siège à bras placé aux pieds du Roi, couvert de l'extrémité du même tapis de velours violet, semé de fleurs de lis, qui servait de tapis de
pied au Roi, et un bureau devant lui; avec lui, plusieurs conseillers d'Etat et maîtres des requtHes, (jui se sont aussi placés sur deux bancs dans le parquet, devant les bas sié^jes étant au-dessous des pairs laïques.
Le lloi s'étant assis et couvert, M. le {^arde des sceaux a dit par son ordre que Sa Majesté commandait que l'on prît séance; après quoi le lloi, ayant ôté et remis son chapeau, a dit : « Messieurs, je suis venu en mon Parlement poiu- vous dire que, suivant la loi de mon Etat, je veux désormais en prendre le gouvernement. »
M. le duc d'Orléans s'étant levé, et ensuite s'étant rassis et demeuré découvert, a pris la parole, et a dit au Roi : « Sire, nous sommes enfin arrivés à ce joiu^ heureux qui faisait le désir de la nation et le mien. Je rends à un peuple passionné pour ses maîtres un Roi dont les vertus et les lumières ont prévenu l'âge et lui répondent déjà de son bonheur. Je remets à Votre Majesté le royaume aussi tranquille que je l'ai reçu, et, j'ose le dire, plus assuré d'un repos durable qu'il ne l'était alors. J'ai tâché de réparer ce que de longues guéries avaient apporté d'altération dans les finances; et si je n'ai pu encore achever l'ouvrage, je m'en console par la gloire que vous aurez de le consommer. J'ai cherché dans votre propre maison une alliance pour Votre Majesté, qui, en fortifiant encore les nœuds du sang entre les souverains de deux nations puissantes, les liât plus étroitement d'intérêts l'une à l'autre, et affermît leur tranquillité commune. J'ai ménagé les droits sacrés de votre couronne et les intérêts de l'Eglise, que votre piété vous rend encore plus chers que ceux de votre couronne. J'ai hâté la cérémonie de votre sacre pour augmenter, s'il était possible, l'amour et le respect de vos sujets pour votre personne, et leur en taire même une religion. Dieu a béni mes soins et mon travail, et je n'en demande d'autre récompense à Votre Majesté que le bonheur de ses peuples. Rendez-les heureux, Sire, en les gouvernant avec cet esprit de sagesse et de justice qui fait le caractère des grands rois, et qui, comme tout nous le promet, fera particulièrement le vôtre. »
Le Roi a répondu : «Mon oncle, je ne me proposerai jamais d'autre gloire que le bonheur de mes sujets, qui a été le seul objet de votre régence.. C'est pour y travailler avec
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succès que je désire que vous présidiez après moi à tous mes conseils, et que je confirme le choix que j'ai déjà fait, par votre avis, de M. le cardinal Dubois pour premier ministre de mon Etat. Vous entendrez plus amplement quelles sont mes intentions par ce que vous dira M. le (jarde des sceaux."
M. le duc d'Orléans s'est ensuite levé, et, s' étant approché du Roi, ayant fiait une profonde inclination en si^ue d'hommage et baisé la main du Roi, le Roi s'est levé et l'a embrassé des deux côtés; et immédiatement après, MM. le duc de Chartres, le duc de Bourbon, le comte de Charolais, le comte de Clermont, le prince de Conti, princes du san(], et le comte de Toulouse , prince léjjitimé , ont fait de leurs places une profonde inclination au Roi; et en même temps et de la même manière, M. le garde des sceaux, les pairs ecclésiastiques et laïques, les maréchaux de France, et généralement tous ceux qui avaient pris séance, ont fait de leurs places la même profonde inclination.
M. le garde des sceaux étant ensuite mohté vers le Roi, agenouillé à ses pieds et descendu, remis en sa place, assis et couvert, ayant fait signe que chacun pouvait se couvrir, a dit : « Messieurs, vous venez-d'entendre de la bouche du Roi fju'il a atteint l'âge où, conformément à nos lois, il doit gouverner son royaume par lui-même. Le premier acte qu'il fait de son autorité, est de reconnaître les services que M. le duc d'Orléans lui a rendus pendant sa régence, et de lui en demander la continuation. Sa Majesté ne pouvait récompenser plus dignement que par une confiance entière un désintéressement aussi parfait que celui qui a réglé toutes les démarches de ce prince. Dépositaire de l'autorité royale, il n'a songé qu'à en remplir les devoirs pour le bien commun de l'Etat, sans se proposer d'y trouver pour lui-même aucun autre avantage. Bien différent de tant de princes ambitieux, qui chargés connue lui de ce sacré dépôt, ne s'en sont servis que pour s'assurer dans la suite une autorité usurpée , et pour ne laisser aux rois majeurs que le titre de la puissance dont ils se conservaient toute la réalité; qui, de toutes lés places et de toutes les charges d'un royaume, distribuées dans les vues d'une politi(jue personnelle, se sont faits autant de créatures, et, pour mieux dire, autant de sujets dérobés aux souverains, M. le duc d'Orléans a mis sa grandeur à
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s'oublier lui-même, à être utile autant qu'il l'a pu, sans soufrer à se rendre nécessaire au delà des temps niarqués pour son administration; à la quitter sans avoir pris aucun nouveau titre, et n'en remporter que la (>loire et la fidélité de ses services ; à remettre enfin le dépôt tel qu'il lui avait été confié. En quel état était le royaume lorsqu'il en prit l'administration? Que de maux à réparer au dedans! que de précautions, que de sûretés à prendre au dehors! Nous venions de perdre un roi dont la vie nous cachait ou nous adoucissait nos malheurs, mais dont la mort nous les découvrit et nous les fit sentir dans toute leur étendue. Cet enchaînement de succès et de revers, qui avaient fait hriller tour à tour la modération et la constance de Louis le Grand, avait aussi, par le besoin fréquent des ressources , épuisé les finances de l'Etat; le crédit était perdu, les expédients usés, la confiance anéantie. Les remèdes ordinaires ne j)araissaient pas suffisants à des maux extrêmes; on tente toutes sortes de voies, on ven(je le peuple malheureux de l'opulenee de quelques particuliers, mais cette espèce de ven/jcance ne le soulage point. L'apparence d'un projet plus solide en fait tenter l'exécution; la nation s'y porte avec ardeur; la confiance renaît, le crédit s'ouvre; mais le désir d'un bonheur trop prompt et immodéré force et précipite un arrangement qui devait être conduit avec plus de lenteur et renfermé dans certaines bornes. On est réduit à revenir à des remèdes plus lents; on est obli(;é de s'avouer que des maux produits par cinquante ans de (guerre ne j)euvent se guérir en un jour; l'ancienne finance avait ses inconvénients, il faut les réformer, sans renoncer à ce qu'elle pouvait avoir d'utile. L'ordre établi dès l'année 171G y avait déjà pourvu, et cet oidre, confirmé par diverses opérations dans la ré^jie des revenus du Roi, en a rendu le recouvrement simple et facile. Tout ce qui est levé siu- les peuples conimence à être réparti avec plus d'é(jalité, il rentre sans interversion dans les coffres du Roi , il n'en sort qu'avec ré(^ularité pour multipliei- la circulation et l'abondance dans toutes les provinces. Enfin l'effet de cette administration se trouve déjà si avantageux, que la première année de la majorité du Roi peut être comparée à la plus heureuse du mémorable règne de Louis XIV. Les revenus du Roi égalent aujourd'hui les dépenses et les charges
de l'Etat. Les vexations sur les peuples et les indues jouissances des exacteurs publics sont abolies; on voit aujjmenter la culture des terres, les arts et les maïuifactures se perfectionnent, et l'accroissement du commerce donne au royaume ravanta(>e de la balance sur les étrangers. Si l'expérience d'un petit nombre d'années produit déjà des effets si sensibles, qui sont dus à la prudence et aux lumières de M. le duc d'Orléans, que n'a-t-on pas droit d'attendre d'une plus longue suite de temps , toujours dirigée par ses conseils? Ce n'était pas assez de réparer au dedans le désordre des finances, il fallait en même temps prévenir au deliors les guerres, qui en renversent tout l'arrangement et les épuisent au milieu même des succès, et c'est le dessein que conçut M. le duc d'Orléans , malgré les obstacles presque invincibles qui se présentaient. La minorité des rois est la saison des orages; un royaume alors plus faillie excite l'avidité des puissances voisines, et l'inquiétude des propres sujets, les moindres prétentions, deviennent des titres; la foi des traités les plus solennels est une faible barrière contre les desseins ambitieux; souvent les alliés les plus fidèles croient remplir tous leurs devoirs en demeurant sim|)les spectateurs. Nous étions d'autant plus menacés que la gloire du dernier règne avait alarmé nos voisins, et que si les succès des armes pendant le cours des trois derniers siècles avaient rendu leurs projets inutiles, les anciennes jalousies qui les avaient fait naître pouvaient nen être que plus vives. M. le duc d'Orléans mit sa {;loire à suivre et à perfectionner le grand ouvrage que Louis XIV avait déjà commencé; il se regarda comme substitué à l'exécution de ses derniers désirs; ce fut pour lui une loi sacrée de rendre inviolable ce qu'il avait fait pour la paix, et, selon les vœux de ce grand prince, de la rendre générale. Il n'employa, au lieu des artifices politiques, que la raison même, la force de l'intérêt comnmn bien exposé, cette franchise des grandes âmes qui se fait toujours sentir parce qu'elle est naturelle, et il calma heureusement les soupçons r[ue les conjonctures avaient fait renaître ou qu'elles fiattaient d'un plus grand succès.
» De nouvelles alliances formées au nom de Sa Majesté ont conservé la tranquillité au dehors; elles ont jeté les fondements d'un repos durable, et s'il a souffert quelque légère
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altération par la nécessité d'arrêter le cours des desseins d'un ministre ambitieux, ce nuage s'est bientôt dissipé, et les nœuds sacrés qui nous unissent si étroitement aujourd'hui avec l'Espagne ont entièrement effacé un triste souvenir. Enfin, loin que l'éclat du trône ait rien perdu de ses avantages pendant la minorité, Sa Majesté s'est acquis une nouvelle gloire })ar le succès de ses offices en faveur des alliés de sa couronne. C'est dans la suite de ses sages projets que M. le duc d'Orléans a reconnu la capacité du ministre qu'il avait chargé de l'exécution. Instruit par les événements à ne pas accorder trop facilement sa confiance, il ne la lui a donnée qu'après les épreuves les plus difficiles couronnées par les plus grands succès, et les mômes motifs déterminent aujourd'hui le Roi à confirmer le choix qu'il avait déjà fait de son premier ministre. Les soins de la paix n'occupaient pas seuls M. le duc d'Orléans : tous les genres de difficultés lui étaient destinés pour en triompher. Il fallait calmer les troubles de l'Eglise, ces troul)les qui avaient résisté à l'autorité de Louis XIV, qu'on ne saurait dissiper par la force, et que la raison entreprend inutilement d'apaiser ; disputes , négociations, conférences, insinuations, M. le Régent n'y a rien épargné. Il a opposé une constance inébranlable aux difficultés sans cesse renaissantes du faux zèle ou de l'intérêt, et il a cru enfin ne pouvoir mieux amener la paix qu'en la préparant par le silence, après avoir toutefois mis à couvert les droits sacrés de la couronne et les libertés du royaume. Vous en êtes. Messieurs, les dépositaires; le Roi vous a confié cette portion de son autorité ; usez-eu avec la fermeté que votre conscience exige, et avec la modération et le respect que mérite cette matière. Apportez à tous vos devoirs la même attention et la même exactitude; souvenezvous que vous êtes juges quand vous avez à punir les crimes ou à rendre à chacun ce qui lui est dû, mais n'oubliez pas l'honneur que vous avez d'être sujets d'un aussi grand Roi, quand il vous fait savoir ses volontés. Que ne doit-on pas attendre.de son règne? Quel plus beau naturel pouvait être cultivé par de meilleurs maîtres? Le grand prince qui a présidé à son éducation, les personnages respectables chargés de sa conduite et de son instruction, l'ont enrichi à l'en\ i de toutes les vertus royales et chrétiennes. Déjà ce jeune mo-
Marque, impatient d'exercer ces vertus et capal)le de tout le sérieux des affaires, a devancé le temps où il devait s'en occuper, et on le voit attendre les heures qu'il a consacrées à s'instruire des matières les plus (graves et les pins importantes du (gouvernement, avec l'impatience et la vivacité que son â(;e ne donne d'ordinaire qu'aux amusements. M. le Régent ne s'est j)as contenté de se refuser à tout ce que des vues personnelles et intéressées pouvaient lui présenter dans le cours d'une administration aussi longue et où les occasions sont si fréquentes. Il a fait plus : il a prévenu le jour où le Roi devait gouverner par lui-même, et, aussi désintéressé sur ses connaissances que sur tout le reste, il s'est empressé de les lui communiquer sans réserve : « Je ne vous » cacherai rien. Sire, lui a-t-il dit, pas même mes fautes. » C'est ainsi qu'il appelle tout ce qui n'a pas réussi pour le honheur du royaume. Il lui a fait connaître ce qu'il devait à son peuple; il l'a entretenu des grands principes du gouvernement. Il lui a dit que la paix est le souverain bien des États; que les guerres ne sont justes que quand elles sont inévitables. Il l'a accoutumé à décider sur les affaires qui se sont présentées. Enfin, il a cherché à mettre le Roi en état de n'avoir besoin que de lui-même, avec autant d'attention que les autres, dans de pareilles circonstances, en avaient eu à se rendre nécessaires. Et ce sont là, Messieurs, les dignes sujets de la reconnaissance dont le Roi lui-même donne aujourd'hui l'exeniple à toute la nation. »
Après quoi M. le premier président et tous MM. les présidents et conseillers, découverts, ont mis le genou en terre; M. le garde des sceaux leur a dit : « Le Roi veut que vous vous leviez. » Ce qu'ayant fait, M. le premier président, debout et découvert, a dit : « Sire, la joie qui succède à l'inquiétude que nous a causée l'indisposition de Votre Majesté est si (grande, que nous ne trouvons pon)t d'expressions qui répondent aux sentiments de nos cœurs. Les marques éclatantes que vos peuples ont données de leur amour pour Votre Majesté peuvent seules lui faire connaître l'effet que fait en eux le moment de votre majorité et le rétablissement de votre santé. Nous pouvons lui dire qu'elle tient en sa main tous les cœurs, et qu'elle jouit dès ce moment du plus doux fruit et du trésor le plus précieux que puisse procurer
le rèj^ne 1(" plus lonjj. Si nous nous sentons en(jagés plus étroitement que personne à ne vivre que pour elle, c'est par notre conduite que nous la prions de ju(jer de ce que nous pensons, plutôt que par nos paroles. Prêts à lui rendre compte dans le dernier détail et de ce que nous avons fait et de ce que nous n'avons pas fait, s'il nous était échappé quelques fautes, nous serions les premiers à les déposer dans le sein paternel do Votre Majesté, et nous sommes bien sûrs qu'il n'y aurait rien que la pureté des intentions et les circonstances des temps ne fussent capables de justifier. Un prince au^juste, é(j;alement distin^jué par la profondeur de sa pénétration, par la supériorité de ses lumières, par la douceur de ses nœuds et par une affabilité qui rendrait aimable le plus simple particulier, remet aux mains de Votre Majesté les rênes de l'Etat dans une profonde paix, qu'il a méiia^jée, par des soins infati{]ables, avec tous les Etats voisins. La connaissance de l'ancienne police, qui soutient ce (]rand royaume depuis tant de siècles contre tous les efforts étrangers, les arrangements domestiques et le ménagement des esprits, seront, Sire, les occupations et les héroïques amusements de votre jeunesse. Votre Majesté trouvera, si elle le veut, assez de secours pour la seconder dans cet objet; mais qu'elle nous permette de lui dire que cet objet en lui-même dépend de son cœur, et qu'elle seule peut y cultiver l'humanité, la tendresse pour les autres hommes, la candeur et la bonté, si nécessaires à son bonheur et au nôtre. Nous osons lui offrir, en notre particulier, ce que nous seuls pouvons peut-être lui promettre sans mélange, et sans autre réserve que celle qu'impose le respect, et qu'on peut promettre de plus utile au souverain et de plus onéreux au sujet qui le procure : c'est, Sire, la connaissance de la vérité. Nous ne nous sentons agités d'autres intérêts que de celui de Votre Majesté et de votre Etat ; nous croyons pouvoir nous en vanter à la face de l'univers ; et si Votre Majesté veut y prendre quelque confiance, elle trouvera que les sujets les plus courageux sont toujours les plus essentiellement soumis à leur roi. Mais elle nous permettra de lui dire qu'ils ne lui sont utiles qu'autant qu'ils sont écoutés, et que, avec les plus pures intentions du monde, il n'y a (jue la liberté de l'approcher et de se faire entendre qui les mette en état de n'avoir
d'égards et d'attention que pour son service et pour sa personne. Ce service est, Sire, l'unique objet de nos vœux, et nous n'avons besoin, pour en remplir librement toute l'étendue, que de l'assurance de ne vous pas déplaire. Nous nous en acquitterons avec des soins redoublés, et en vous jurant en toute occasion la même fidélité dont nous avons toujours usé envers les Rois vos prédécesseurs et envers Votre Majesté jusqu'à ce jour; nous ferons tout notre bonbeur de la gloire d'avoir rempli un si grand engagement, et notre tranquillité sera fondée sur le témoignage que notre conscience nous rend, que nous en sommes pleinement pénétrés et uniquement occupés. »
M. le premier président ayant fini son discours, M. le garde des sceaux, remonté vers le Roi, le genou en terre, ayant pris l'ordre du Roi pour l'enregistrement de ses provisions, redescendu, remis en sa place et couvert, a dit : « Le Roi m' ayant fait l'iionneur de me pourvoir de l'état et office de garde des sceaux de France, vacant par le décès de M. d'Argenson, Sa Majesté ordonne que lecture soit faite, par le greffier de son Parlement, des provisions qu'elle m'en a fait expédier. »
Lesdites lettres de provision ayant été remises en même temps es mains du greffier du Parlement par le sieur de Montalais, l'un des secrétaires de M. le garde des sceaux, il en a fait lecture, del)out et découvert; après quoi M. le garde des sceaux a dit aux gens du Roi qu'ils pouvaient parler. Les gens du Roi se sont mis à genoux, et M. le garde des sceaux leur ayant dit que le Roi ordonnait qu'ils se levassent, ils se sont levés, et M^ Guillaume de Lamoignon portant la parole , ils ont conclu à l'enregistrement desdites lettres de provision.
M. le garde des sceaux, remonté au trône, ayant pris l'ordre du Roi le genou en terre, a été aux opinions : à M. le duc d'Orléans, à MM. les ducs de Gbartres, le duc de Bourbon, le comte de Gbarolais, le prince de Gonti, princes du sang; à M. le comte de Toulouse, prince légitimé; à MM. les pairs laïques, qui étaient du même coté; à MM. les pairs ecclésiastiques, maréchaux de France, présidents de la cour, conseillers d'Etat, maîtres des requêtes, présidents des enquêtes et des requêtes, et conseillers de la cour.
Puis remonté vers le Roi, descendu, remis en sa place et
couvert, a j)roiioiî('e : « Le Roi, séant en son lit de justice, a ordonné et ordonne (jue les j)rovi8ions de la charge de (jarde des sceaux de- France, dont lecture a été faite, seront enregistrées au greffe de son Parlement pour être exécutées selon leur forme et teneur. »
Ensuite il est remonté au trône du Roi, et a pris l'ordre dudit Roi pour la réception de trois nouveaux pairs; remis en sa place et couvert, il a dit : « Le Roi ayant jugé à propos d'honorer le marquis de Biron , le marquis de Lévis et le marquis de la Vallière de la di/jnité de duc et pair de France, et son Parlement ayant déjà procédé à l'enregistrement des lettres que Sa Majesté leur a fait expédier à cet effet, et au jugement de leurs informations , Sa Majesté ordonne qu ils seront présentement reçus et prendront place après avoir prêté le serment accoutumé. »
Puis ayant dit qu'on fît entrer le marquis de Biron, ledit marquis ayant quitté son épée entre les mains du premier huissier, passé au premier barreau, debout et découvert, il a prononcé : « Le Roi, séant en son lit de justice, a ordonné et ordonne que vous serez reçu en la qualité et dignité de duc de Biron, pair de France, en prêtant le serment accoutumé."
Puis, après le serment prêté en la manière ordinaire, il lui a dit qu'il prît place après M. le duc de Nivernois, ce qu'il a fait après avoir repris son épée. Puis avant fait entrer successivement le marquis de Lévis et le marquis de la Vallière, il leur a prononcé l'arrêt de leur réception et fait prêter le serment comme ci-dessus, et leur a dit de [)rendre place, savoir : au duc de Lévis après le duc de Biron, et au duc de la Vallière après le duc de Lévis; ce qu'ils ont fait, après avoir remis leurs épées.
Ensuite M. le garde des sceaux est remonté au trône, et, le genou en terre, a pris l'ordre du Roi pour l'enregistrement de l'édit des duels; et descendu, assis et couvert, après avoir fait ouvrir les portes, a dit : « Le Roi ayant fait serment, le jour de son sacre et couronnement, de renouveler les édits et ordonnances des Rois ses prédécesseurs pour la prohibition des duels, a cru ne pouvoir trop tôt remplir cette obligation, et a jugé qu'une loi aussi sage et aussi nécessaire pour la conservation de la noblesse de son royaume était aussi la plus digne de ses premiers soins. Pour cet effet, Sa
Majesté a fait expédier un édit, lequel confirmant tous ceux des Rois ses prédécesseurs, y ajoute quelques dispositions <[ui lui ont paru nécessaires pour en assurer l'exécution. Sa Majesté ordonne (|ue lecture en soit faite par le (greffier de son Parlement. »
L édit ayant été remis au (greffier du Parlement par le secrétaire de M. le garde des sceaux , il en a fait lecture debout et découvert, et ensuite M. le ^jarde des sceaux a dit aux (jens du Roi qu'ils pouvaient parler.
Aussitôt les gens du Roi s'étant mis à genoux, M. le garde des sceaux leur a dit que le Roi ordonnait qu'ils se levassent; et s'étant levés, ils ont dit, debout et découverts, M^ Guillaume de Lamoignon portant la parole : « Sire, lorsque, à l'exemple du feu Roi votre bisaïeul, nous voyons Votre Majesté consacrer les premiers moments de sa majorité à l'accomplissement d'un vœu solennel, qu'elle a fait au pied des autels, de renouveler et de faire exactement les ordonnances de son royaume sur la défense des duels, nous ne pouvons que former des présages heureux pour vos peuples de la sagesse de votre gouvernement. Quel bonheur pour les Français de trouver dans le cœur de leur jeune Monarque les sentiments héroïques qui ont fait leur juste admiration dans le plus grand de leurs Rois, et quelle reconnaissance ne devons-nous pas au ciel, après nous avoir enlevé tant de princes, objets de nos plus douces espérances, de nous avoir dédommagés de ces pertes en nous donnant dans le successeur de Louis le Grand un digne successeur de ses vertus! Continuez, Sire, à marcher sur des traces si glorieuses; votre heureux naturel vous y invite , l'éducation que vous avez reçue pendant votre jeune âge vous y conduit, et l'expérience vous en fera ])ient6t connaître les avantages. Elle vous apprendra que c'est la justice qui affermit le trône des rois, et non point l'éclat extérieur de l'appareil qui l'environne; que la conduite du souverain est la première loi des sujets, et que l'exemple du monarque a sur eux plus de pouvoir que la sévérité de ses ordonnances; qu'une égalité d'âme toujours parfaite, toujours guidée par la prudence et par la modération, un courage toujours ferme et inébranlable, mais tempéré par la clémence et par la bonté, sont des qualités nécessaires aux princes pour leur attirer l'amour des peu-
pies; et qu'il n'est point d'autorité plus flatteuse pour un grand roi, ni plus solidement établie, que celle qui s'étend sur les cœurs. Salomon s'assit sur le trône de son père, il plut à tous , et tout Israël lui obéit. Que le Ciel ne cesse jamais de répandre ses plus abondantes bénédictions sur un Prince qui nous donne de si (jrandes espérances ; que le nombre de ses années surpasse celles de son prédécesseur, et que ses jours soient comptés par les prospérités dont ils seront accompa^<>nés !
» Votre piété, Sire, et votre attachement à la religion de vos pères , dont vous nous donnez déjà tant de preuves , nous assurent que nos vœux seront écoutés, et que le ciel Fera descendre sur vous un esprit de sap,esse et d'intelligence supérieure qui, éclairant toutes vos actions, vous apprendra à gouverner vos peuples en paix et en justice, et à démêler la vérité à travers les nuages de la flatterie et des adulations intéressées, et vous instruira de l'usage que vous devez faire de votre autorité. Au défaut de l'expérience que l'âge n'aura pu encore vous acquérir, ([uelles ressources Votre Majesté ne trouvera-t-elle pas dans les lumières du prince à qui le dépôt du gouvernement a été confié depuis la mort du feu Roi, et qui mérite si justement que Votre Majesté l'honore de sa confiance? Nous sommes redevables à ses soins et à ses travaux de la tranquillité du royaume pendant votre minorité, et nous avons vu de nos jours ce que nos pères n'avaient point jusqu'ici connu : une régence exempte de troubles. Il ne s'est })as borné à procurer le repos de l'Etat pendant le cours de son administration : il a porté plus loin ses vues, et voulant, par l'alliance qu'il a préparée à Votre Majesté, resserrer des nœuds sacrés que des intérêts mal entendus avaient essayé de rompre, il a tellement cimenté la paix et l'union dans l'Europe, qu'il n'est pas à craindre que de longtemps aucune dissension puisse y donner atteinte. Votre Parlement, Sire, chargé de rendre la justice en votre nom, renouvellera son ardeur et son zèle pour s'acquitter dignement de cette importante fonction ; nous nous distinguerons toujours par les exemples singuliers que nous donnerons à vos peuples de rattachement inviolable qu'ils doivent avoir pour votre sacrée personne, et nous espérons mériter la bienveillance de Votre Majesté par notre soumission, par notre fidé-
lité et par nos serments. Sire, nous requérons qu'il plaise à Votre Majesté, séante en son lit de justice, d'ordonner que sur le repîi de l'édit dont nous venons d'entendre la lecture, il soit mis qu'il a été lu et publié Votre Majesté séant en son lit de justice, et re^jistré au greffe de la Cour pour être exécuté selon sa forme et teneur; que copies collationnées en seront envoyées aux bailliages et sénéchaussées du ressort, pour y être pareillement lu, publié et enregistré; enjoint à nos substituts d'y tenir la main et en certifier la Cour dans un mois. »
Ensuite M. le garde des sceaux, monté au trône du Roi, après avoir mis un genou en terre, a été aux opinions en l'ordre ci-dessus marqué.
Puis remonté vers le Koi, redescendu, remis en sa place et couvert, a prononcé : « Le Roi, séant en son lit de justice, a ordonné et ordonne que son édit concernant les duels sera * enregistré au greffe de son Parlement, et que sur le repli dudit édit, il sera mis que lecture en a été faite et l'enregistrement ordonné , ce requérant son procureur général , pour être le contenu en icelui exécuté selon sa forme et teneur, et copies collationnées envoyées aux bailliages et sénéchaussées du ressort pour y être pareillement lues, publiées et enregistrées ; enjoint aux substituts de son procureur général d'y tenir la main et d'en certifier la Cour dans un mois. »
Après quoi, le Roi est sorti dans le même ordre qu'il était entré.
OBSÈQUES DU DUC D'ORLÉANS (4 FÉVRIER 172 i).
Ce jour, suivant la lettre de cachet du Roi, apportée à la Cour par le (];rand maître des cérémonies , et la semonce faite par le roi et les hérauts d'armes et les jurés crieurs , le trente et un janvier, MM. les présidents d'Ali/jre, Chrétien de Lamoignon, Antoine Portail, Jean-René de Longueil, René-Charles de Maupeou, Germain-Louis Chauvelin, Guillaume de Lamoi(i^non; MM. Crozat et Parizot, maîtres des requêtes; MM. les présidents et conseillers des enquêtes et requêtes Poucet, Bertliier, Roujault, Lemaistre , Fargès, Guilbault, de Me(}ri(]ny, Barentin, Lhéritier, de Lamoignon, Orry, Berthelot, Bernard, Pajot, Drouin, de Paris, Henin, de Montholon, d'Armaillé, Montaran, Leriche, Dupré, Baraly, Mouffle, et autres; MM. Guillaume -François Joly de Fleury, procureur .général; Pierre Gilbert de Voisins, Henri- François de Paule d'Aguesseau, Louis-Denis Talon, avocats du Roi; Pomponne Mirey, Louis Dufranc, secrétaires de la Cour, et François Delange , premier huissier, en robes noires, partirent de la grand' chambre du Parlement, où ils s'étaient assemblés, sur les huit heures du matin, et montèrent en leurs carrosses, au })ied du grand escalier, pour aller à Saint-Denis aux obsèques de feu M. Philippe, duc d'Orléans, petit-fils de France, décédé à Versailles le 2 décembre précédent.
Ils étaient escortés par plusieurs archers du lieutenant criminel de robe courte, et du prévôt de l'îsle, ayant des officiers à leur tête, et deux officiers marchaient aux portières de M. le président d'Aligre, qui était à la tête du Parlement; et arrivés sur les dix heures à Saint-Denis en cet ordre, ils descendirent dans la cour de l'abbaye, oii plusieurs religieux les reçurent et les conduisirent, })ar les cloîtres, les huissiers frappant de leurs baguettes, dans le lieu où se tient le chapitre, où le duc de Gesvres, gouverneur de Paris, joignit la compagnie, ainsi que plusieurs de messieurs qui s'y rendi-
492 PIEGES JUSÏir IGÀTIVES.
rent. Quelque temps après s'y être reposés, plusieurs reli- (jieux conduisirent messieurs dans leur grand réfectoire, où presque tous déjeunèrent, et revinrent ensuite dans le même lieu du chapitre, où ils prirent leurs bonnets pour aller à l'église lorsqu'ils en seraient avertis; mais ils attendirent jusque sur le midi, que le grand maître des cérémonies envoya dire à la Cour qu'elle pouvait envoyer savoir, quand il lui plairait, si tout était prêt pour aller à l'église et y venir ensuite, ne devant point aller ni envoyer aucun officier des cérémonies vers elle pour l'en avertir; ce que la Cour n'ayant pas cru devoir taire sans en être avertie par un officier des cérémonies, resta toujours dans le même lieu du chapitre, où le grand maître des cérémonies vint enfin, et protesta à la Cour qu'il ne devait venir ni envoyer un officier des cérémonies, ni ne venait pour l'avertir d'aller à l'église; à quoi M. le président d Aligre lui répondit en ces termes : « Monsieur, nous ne recevons pas vos protestations; nous vous voyons ici, cela nous suffit pour marcher, et nous marchons.»
Messieurs partirent aussitôt en corps de Cour, les huissiers marchant devant en frappant de leurs baguettes, le duc de Gesvres, gouverneur de Paris, marchant entre M. le président d' Aligre et M. le président de Lamoignon, et furent à l'église en l'ordre accoutumé, où ils entrèrent par la grande porte, et y furent reçus, vers le premier pilier, par le grand maître et l'aide des cérémonies , qui les conduisirent au chœur, aux hautes chaires à droite, quoiqu'il n'y eût à la cérémonie de princesses de grand deuil.
M. le président d' Aligre se mit à la sixième place, et en laissa cinq de vides au-dessus de lui pour les princes du grand deuil; le duc de Gesvres, gouverneur de Paris, MM. les présidents et MM. les conseillers, se placèrent ensuite jusque vers le retour, où était déjà placée l'Université.
Les gens du Roi, et après eux Mirey et Dufranc, secrétaires de la Cour, et le premier huissier, se mirent aux basses chaires, au-dessous de MM. les présidents, jusqu'à l'ouverture, et les huissiers sur un banc devant; après laquelle ouverture étaient placés aux mêmes basses chaires le Ghâtelet, ensuite l'élection, et après eux, jusqu'à la porte du chœur, les officiers de l'Université.
La Ghambre des comptes vint après le Parlement, et fut
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placée aux liautes chaires, à gauche, vis-à-vis, une chaire néanmoins plus bas à l'ordinaire, M. le j)remier président de la Chambre ayant laissé six chaises vides au-dessus de lui.
La Cour des aides et la Chambre des monnaies entrèrent ensuite, et furent placées du même côté, aux hautes et basses chaises, où la Ville occupait déjà les chaises d'en bas depuis le retour jusqu'à la porte du chœur.
Quelque temps après, plusieurs archevêques, évêques et abbés passèrent à travers le chœur, et furent se placer sur les bancs qui étaient à main droite, entre l'autel et la représentation du feu Roi; et à chaque fois qu'il entra quelqu'une des compaj^nies, les crieurs, qui étaient le lon^^ des piliers de la nef, sonnèrent leurs clochettes.
La g^rande porte de l'é(jlise était toute tendue de deuil , avec deux lés de velours noir char(;és de petits écussons aux armes de feu M. le duc d'Orléans.
La nef était aussi toute tendue de deuil, depuis les (galeries qui régnent autour de l'église, ainsi que la face du chœur, avec un lé de velours noir qui, croisant le milieu des arcades, portait de grands écussons aux armes et chiffres de ce prince ; et sur les piliers, entre les armes et les chiffres, des pyramides de lumières en forme de girandoles à plusieurs bougies ; et sur la porte du chœur, deux lés de velours noir chargés d'écussons, avec des squelettes en buste portant un grand cartouche orné de festons et palmes , qui environnaient un grand écusson aux armes du prince défunt.
La décoration du chœur était élevée, comme celle de la nef, jusqu'aux galeries, et représentait im ordre d'architecture qui formait entre les piliers de grands enfoncements en façon d'alcôves, le tout orné de tableaux représentant les principales actions de ce prince, avec ornements et attributs convenables à la cérémonie.
Le catafalque ou mausolée était placé au milieu du chœur, vers l'entrée de la porte; il était en figure pvramidale, formant une estrade en carré long, peint de différents marbres, avec des moulures de bronze, se terminant aux quatre angles par des piédestaux.
Le cercueil était posé sur un tombeau de marbre décoré de cartouches sur (outes les faces, couvert d'un poêle de drap d'or aux armes du défunt prince, sur lequel étaient une
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couronne ouverte à fleurs de lis d'or, les colliers de l'ordre du Saint-Esprit et de la Toison d'or, et autres marques d'honneur du prince défunt, le tout couvert de crêpes; et de la voûte pendait un grand pavillon de fi^jure octopone, dont les rideaux, doublés d'hermine, relevés en festons, couvraient tout le mausolée, lequel était éclairé d'un grand nombre de girandoles, avec bougies et flambeaux de cire blanche qui rendaient une grande clarté, ainsi que toute la pompe funèbre.
Les sieurs marquis d'Etampes et de la Fare, capitaines des gardes, et le sieur de Glermont de Chaste, comte de Roussillon, capitaine des Suisses de feu M. le duc d'Orléans, étaient derrière le cercueil avec les aumôniers , deux des hérauts d'armes assis devant eux sur un banc.
Le sieur duc de Biron, premier écuyer, devant le cercueil, tenant l'épée à la main couverte d'un crêpe; le Roi et les hérauts d'armes étaient placés devant lui; et devant eux, sur un banc, le grand maître, le maître et l'aide des cérémonies.
Et les autres grands officiers, maîtres d'hôtel, contrôleurs et autres officiers de la maison de feu M. le duc d'Orléans, étaient sur des formes, aux deux côtés du parquet.
Tous les grands officiers étaient en longues robes de deuil, le chaperon avalé sur les épaules, et un bonnet carré, aussi bien que le grand maître, le maître et l'aide des cérémonies. Sur le midi et demi, même près d'une heure, vinrent en l'église M. le duc d'Orléans, premier prince du sang, fils de feu mondit sieur le duc d'Orléans, M. le comte de Clermont et M. le prince de Gonti, vêtus de longues robes de deuil, leurs colliers de l'ordre par-dessus, excepté M. le comte de Clermont, qui n'est encore que chevalier de l'ordre; leurs queues portées par les principaux officiers , précédés du roi et des hérauts d'armes, de l'aide, du maître et du grand maître des cérémonies, qui les conduisirent en leurs places, aux hautes chaises, à droite, au-dessus du Parlement, saluèrent seulement l'autel et la représentation du feu Roi.
M. le duc d'Orléans laissa une place vide au-dessus de lui, et il en resta pareillement une entre M. le prince de Conti et le Parlement; et les officiers qui avaient porté les (jueues se placèrent aux basses chaises, au-dessous d'eux.
PIECES JUSTIFICATIVES. mS
Peu de temps après, l'évéquc; de Nantes, premier aumônier de feu M. le duc d'Orléans, nommé à l'archevêché de Rouen, vint à l'autel, revêtu d'hahits pontificaux, assisté des évéques de Verdun, nommé à l'évcché de Mende, et de Saint- Papoul, vêtus de clia[)es, la mitre en tête; de diacres, sousdiacres; de plusieurs reli(jieux et autres ecclésiastiques, où il commença la messe, qui fut chantée par la musique du Roi, placée au jubé, conjointement avec le chantre et des religieux de l'ahbaye, ainsi qu'il est accoutumé.
Après l'évangile, l'évêque de Nantes officiant et les deux évêques assistants se mirent en des fauteuils, au bas de l'autel, pour l'offrande; les diacres, sous-diacres et autres ecclésiastiques, debout à leur côté, et derrière eux.
Aussitôt le roi d'armes, se levant de sa place, s'avança dans le parquet, alla faire une révérence à l'antique, le genou ployé, à l'autel, puis à la représentation du feu Roi, puis aux archevêque et évêques, qui étaient à côté de l'autel; il revint au bas du parquet vers le mausolée, où il salua, s'approcha du côté droit, où il salua M. le duc d'Orléans et les deux autres princes du grand deuil, et salua ensuite le Parlement; il retourna à gauche, salua la Chambre des comptes, la Cour des aides et les officiers des monnaies; il revint à droite, salua le Châtelet et l'Université, retourna à gauche saluer le Corps de ville , vint à droite saluer l'élection ; puis il traversa le parquet et s'alla mettre du côté droit de l'autel, où il prit un cierge où il y avait des pièces d'or, et s'y tint debout.
Le grand maître des cérémonies sortit en même temps de sa place, et, après avoir fait les mêmes révérences que le roi d'armes, il se vint présenter devant M. le duc d'Orléans, lequel descendit de sa chaise et vint dans le parquet, la queue de sa robe portée comme en entrant dans l'église.
M. le duc d'Orléans, conduit par ledit grand maître des cérémonies, salua aussi l'autel, la représentation du feu Roi, les archevêque et évêques, le cercueil de feu M. le duc d'Orléans son père, les Princes, le Parlement, la Chambre des comptes, la Cour des aides, les officiers des monnaies, le Châtelet, l'Université, la Ville et l'Election, et alla baiser la main de l'officiant et présenter le cierge que lui donna le grand maître des cérémonies, et il fut reconduit en sa place,
saluant seulement l'autel et la représentation du feu Roi à son retour.
Les deux autres princes du grand deuil firent ensuite l'un après l'autre les mêmes salutations, et dans le même ordre que les avait faites M. le duc d'Orléans, conduits, savoir : M. le comte de Glermont par le maître des cérémonies, et M. le prince de Conti par l'aide.
L'offrande finie, l'oraison funèbre fut prononcée par messire Michel Poncet, évéque d'Angers, qui prit pour son texte ces paroles de Job, au chapitre xxx, verset 22 : Elevasti me, et quasi super ventuni ponens elisisti me valide, adressant la parole à M. le duc d'Orléans, lui disant Monseigneur.
La messe fut ensuite continuée avec les cérémonies accoutumées, après laquelle l'évéque de Nantes officiant, les deux évéques assistants, et les évêques de Rieux et de Ghalons, revêtus de chapes et la mitre en tête, vinrent avec leur clergé se placer autour du cercueil, où ils firent les uns après les autres, et l'officiant le dernier, les aspersions et encensements ordinaires, après les prières accoutumées. Les musiciens du Roi chantèrent ensuite le De proj undis , pendant lequel le cercueil fut levé par douze des gardes de feu M. le duc d'Orléans, le roi et les hérauts d'armes et les officiers des cérémonies marchant devant, et porté dans le caveau, les quatre coins du poêle portés par quatre des principaux officiers de feu M. le duc d'Orléans.
Après quelques oraisons et prières ordinaires faites par l'officiant, le roi d'armes, qui était auprès de la voûte, appela à haute voix les maîtres d'hôtel et les contrôleurs de la maison de feu M. le duc d'Orléans par leurs noms et leurs qualités, pour aj)porter leurs bâtons d'office, ce qu'ils firent, et ils furent rompus et jetés sous la voûte.
Il appela ensuite les grands officiers de la maison, savoir : le duc de Biron, premier écuyer, qui apporta l'épée; les sieurs marquis d'Étampes et de la Fare, capitaines des (gardes, qui apportèrent leurs bâtons; le sieur marquis de Gressy, maître de la garde-robe, qui apporta le collier de l'ordre ; le sieur de Gonflans, premier gentilhomme de la chambre, qui apporta le manteau à la royale; et le sieur marquis de 8imiane, aussi premier gentilhomme de la chambre, qui apporta la couronne; et le tout fut laissé près Avx cercueil.
La cérémonie ainsi finie sur les cinq heures après midi, les princes du (jrand deuil sortirent par la (jrande porte du chœur, par laquelle ils étaient entrés , précédés du roi et des hérauts d'armes et des ofHciers des cérémonies, qui les conduisirent en l'ahbaye.
Messieurs sortirent ensuite par la même porte, marchèrent en corps de Cour jusqu'à la ^pande porte de l'é^jlise, où ils remontèrent en leurs carrosses, et chacun revint à Paris.