AUTRE
Sur l'ai?' : Réveillez-vols, belle endormie.
Grand Law, tu devais bien attendre A différer ta conversion.
Au jour où l'on devait te pendre, Pour imiter le bon larron.
Foin de ton zèle ^érapliique, Malheureux abbé de Tencin :
Depuis que Law est catholique.
Tout le royaume est capucin *.
— La Compagnie des Indes fit alors acheter douze vaisseaux à Saint-Malo, pour servir à son commerce.
— Le 22 mars, le père Sébastien"^, religieux carme du
* C'est-à-dire est réduit à la mendicité : les Capucins étaient l'un des quatre ordres mendiants.
^ Jean Triichet, dit le Père Sébastien , né à Lyon en 1657, mort le 5 février 1729; plein d'habileté dans la mécanique et l'hydraulique, il inventa une machine appelée diable, que l'on emploie pour transporter les plus gros arbres sans les endommager.
couvent de la place Maubert, natif de Lyon, qui par ordre de madame l'abbesse de Cbelles, fdle de M. le duc d'Orléans, récent, s'était transporté au bourgs de Cbelles, et comme ce reli(]^ieux a un génie supérieur pour les sciences et principalement pour ce qui dépend des matbématiques , après avoir examiné le terrain du bourg et la situation de l'ajjbaye, il se détermina à faire construire une macbine par le moyen de laquelle cette abbaye aura toute la provision d'eau nécessaire, avec un réservoir dans l'intérieur de l'abbaye contenant plus de deux cents muids d'eau pour les besoins journaliers et en cas d'incendie; ce qui exemptera dorénavant les dames de cette abbaye d'entretenir une voiture avec un bomme et un clieval , comme elles faisaient auparavant dejniis plus de onze cents ans ', pour y porter la quantité d'eau dont on avait besoin.
Comme la situation de la fontaine de ce bourg est dixbuit pieds plus basse que le terrain de l'abbaye , le père Sébastien s'avisa de faire creuser un fossé d'environ quarante toises de longueur sur sept à buit pieds de profondeur, pour placer le tuyau qui sert à conduire l'eau à l'abbaye. Il a fait faire une roue à godets de fer-blanc, peints à l'iiuile de diverses couleurs. Cette roue a trentedeux pouces de diamètre et six pouces d'épaisseur, de bois de cbêne , armée de fer, dont l'arbre a deux lanternes d'horlogerie de quatre pouces de diamètre ; par le moyen de laquelle roue les pompes jouent, font élever et attirent l'eau en sortant de la fontaine qu'il a fait renfermer par un bâtiment neuf pour empêcher que rien ne puisse la troubler, avec des bords de pierre dure et de glaise, hauts de trois pieds, pour empêcher aussi que l'eau de cette fontaine ne soit troublée par les inondations de la rivière de Marne, qui en est assez voisine.
' L'abbaye de Cbelles fut fondée vers l'an G60.
A côté du tuyau qui dégor^je l'eau, il a fait faire une manivelle qu'un jeune (jarçon peut tourner sans peine à droite ou à gauche, et en deux ou trois tours de la manivelle on peut remplir un seau de très-belle eau, qui s'élève aussi avec la même facilité pour l'usage de l'abbaye , qui se souviendra dans tous les temps à venir de l'habileté de ce religieux ; ce qui peut servir de modèle à tous ceux qui voudront s'y conformer pour avoir de l'eau dans des lieux qui se trouveront dans une pareille situation de l'abbaye de Ghelles, dont l'illustre abbesse d'aujourd'hui a fait de grands éloges de ce célèbre religieux, qui, par son adresse et par son habileté, a su trouver de pareils expédients pour faire commodément venir de l'eau en Auvergne et en d'autres endroits qui avaient paru avant lui comme impraticables.
Voici l'inscription qu'il a fait mettre sur une pierre de marbre noir au-dessus de la fontaine de Ghelles, pour servir de monument perpétuel à la gloire de cette illustre princesse :
Quae per prafa humilis Bathildis ' lympha fluebat Huic dédit Adclais unde superba fluat.
Et sur un bronze doré il a fait graver cette autre inscription latine :
rontcni exaltari jussit
Et huiic lapidem posuit
Ludovica Adelais
Abbatissa
Anno aetatis suae
Meuse novembris anni 1719
Imperante
Lndovico XV
Régente
Philippe Aurelianensi duce
Adelaïdis pâtre.
* Le ruisseau de Bathiide ; la fondatrice de l'abbaye fut sainte Batliilde, femme du roi de France Glovis IL
[1720] AVRIL. r,7
— Le premier jour d'avril 1720, M. le cardinal de Noailles s'étant rendu à la Sorbonne, fut étonné de ce qu'aucun des docteurs de cette société n'était venu à sa rencontre pour le recevoir et ne l'avait accom])agné en sortant. Ce qu'on attribuait alors à ce que Son Eminence avait donné les mains à l'accommodement toucbant la constitution Unigenitus, sans en avoir auparavant rien communiqué à la Sorbonne.
— Le 7, un courrier fut dépêché à la cour de Rome avec le projet de cet accommodement, qui fut signé le 13 de mars précédent, au Palais-Royal, en présence de M. le Régent, par les prélats qui avaient accepté la Constitution purement et simplement en 1714, dont voici les noms : M. le cardinal de Rohan ; M. le cardinal de Bissy; M. le cardinal de Gesvres; M. le cardinal de Mailly ; M. l'archevêque de Rouen; M. l'archevêque d'Embrun, nommé pour lors à l'archevêché de Bordeaux; M. l'archevêque de Sens'; M. l'archevêque de Tours, alors nommé à l'archevêché d'Alby; M. l'evêque d'Alais, nommé à l'archevêché d'Embrun; M. l'evêque d'Uzès ~ ; M. l'evêque de Viviers^; M. l'evêque de Saint-Flour ; M. l'evêque d'Orléans; M. l'evêque de Montauban '^ ; M. l'evêque de TouP ; M. l'evêque d'Angers; M. l'evêque de Séez ; M. l'evêque d'Evreux^ ; M. l'evêque de Vabres ; M. l'evêque d'Autun ^ ; M. l'evêque de Lombez, nommé à l'évêché de Vannes^; M. l'evêque de Rennes; M. l'evêque de Senlis; M. l'evêque de Nantes; M. l'evêque de
* Denis-François Bouthillier de Ghavigny.
^ Michel Poucet de La Rivière.
' IMartiii de Ratabon.
^ François de Ilaussonville de Vaubecoiirt.
5 François Blouet de Gamilly.
^ Jean Lenormant.
' Charles-François d'Hallencourt de Drosmenil.
^ Antoine Fagon.
Vannes, nommé à l'évéché de Blois ^ ; M. l'évêque de Troyes; M. l'évêque de Glermont; M. l'évêque de Bayeux; M. l'évêque de Tarbes '^ ; M. l'abbé d'Auver^j^ne, nommé à l'archevêché de Tours ; M. l'abbé Leblanc, nommé à l'évéché d'Avranclies; M. l'évêque de Lavaur; M. l'évêque de Noyon et M. l'évêque de Soissons.
— Le même jour, 7, on envoya d'autres courriers à M. l'évêque de Senez, à M. l'évêque de Montpellier et à M. l'évêque de Boulogne et à d'autres prélats opposants, pour leur donner part de cet accommodement qui paraissait judicieux, et qui contient des explications solides et très-intelligibles des cent ime propositions condamnées par la constitution Unigeiiitus , afin d'exciter ces prélats à suivre l'exemple de M. le cardinal de Noailles.
— Par arrêt de la chambre royale établie à Nantes, le marquis de Pontcalec et trois autres seigneurs bretons eurent la tête tranchée sur un échafaud dressé sur la place du château, comme atteints et convaincus du crime de lèse-majesté. La même chambre continuait d'instruire le procès à d'autres seigneurs, complices de la même conspiration contre l'Etat \
— On trouva la semaine précédente dans les filets de Saint-Gloud sept corps d'hommes et de femmes assassinés et jetés dans la rivière.
' Jean-Eiançois Lefèvre de Caumartin.
^ Aniic-Erancois-Giiillaume de Caiiiboiit.
^ Outre le marquis de Ponicalec, la chambre de justice condamna encore à mort et fit exécuter MM. de Talhouët, de Montlouis et du Couëdic; seize autres ^gentilshommes eurent la têle tranchée en effigie; ce furent MM. de Rohan du Poulduc frères, Groësker frères, Rosconau Bourgneuf-Trévalcc, Talhouët de Boisoran, Talhouët de Bonamour, Laboissière, Kcrpedron de Villcg^lé, La Béraye, La Iloussaye père, Croser, Kérentré de Goello, jMcIac, Hervieux et Lambelly. (Voyez Saint-Simon, t. XXXV, p. 55.)
— Le bruit courut alors que M. le comte d'Évreux, après avoir (jagné plus de cinq millions de livres sur le négoce des actions de la Compagnie des Indes, avait rendu à M. Grozat, de la place Vendôme, les deux millions qu'il en avait reçus pour le mariage de sa fille qu'il avait épousée quelques années auparavant, étant alors âgée d'environ douze ans, voulant, disait-on, faire annuler son mariage à cause de l'inégalité de sa naissance avec celle de M. Grozat, sans avoir égard à la beauté, à la jeunesse et à la sage conduite de son épouse.
— Le 30 du mois dernier, cinq officiers, traversant la forêt d'Orléans pour venir à Paris, se voyant attaqués par une troupe de dix-sept voleurs, se défendirent avec tant de vigueur qu'ils en tuèrent buit; mais ceux qui restaient ayant alors sifflé, il en vint un plus grand nombre à leur secours, de sorte que ces officiers ayant succombé, ils furent'bachés en pièces et dépouillés. Sur cet avis, M. le Régent ordonna au grand prévôt de Paris ^ de marcher en diligence avec les archers pour seconder celui d'Orléans, afin de pouvoir exterminer tous ces voleurs.
— Le sieur d'Artaguet, l'un des directeurs de la Compagnie des Indes, fut chargé de la part de Son Altesse Royale d'exercer les emplois qu'avaient les sieurs Paris, que l'on surnommait les Quatre fils Aymon.
— On publia un arrêt du conseil d'Etat qui ordonnait que les propriétaires des offices et des droits supprimés qui n'avaient pas encore touché leur remboursement en tout ou en partie sur le produit des impositions sur lesquelles ledit remboursement avait été ci-devant assigné,
■ II n'y avait pas de grand prévôt à Paris, mais seulement un prévôt de Paris, charge remplie alors par iVI. de Biillion, et un prévôt des marchands, M. Trudaine; fauteur du Journal \eu\ sans doute parler ici du prévôt de l'Ile de France, M. Lebrun de Saint- Vallier, ou du grand prévôt de France, M. le comte de ?/ïontsoreau.
seraient remboursés sur les quinze cents millions que la Compagnie des Indes s'était engagée à prêter au Roi.
— Le 3, on en publia un autre qui prorogeait jusqu'au dernier jour de juin suivant la diminution des droits qui se levaient sur les bestiaux de boucberie.
— Le même jour, M. l'abbé Dubois, nommé à l'archevêché de Cambrai, ministre et secrétaire d'Etat, favori de M. le Régent, donna splendidement à diner à M. le maréchal de Villeroy, à M. le maréchal de Tallard, à M. le maréchal d'Estrées, à milord Stairs, ambassadeur d'Angleterre, à M. Hope , ambassadeur de Hollande, à l'envové de l'Empereur ' et à d'autres ministres étrangers, où rien ne fut épargné pour la bonne chère et pour la délicatesse des mets. Parmi le fruit qui fut servi, il y avait des poires de bon chrétien qu'on assurait avoir coûté quinze et vingt francs la pièce.
— On attendait au Palais-Royal avec impatience le retour des courriers dépêchés à Vienne, à Madrid, à Londres et à La Haye, pour savoir la résolution de ces puissances sur le choix des villes de Paris, de Versailles, de Bruxelles, de Dusseldorf, de Cambrai ou d'Aix-la- Chapelle, pour l'une ou l'autre de ces places pour l'assemblée des plénipotentiaires au sujet du traité de paix avec l'Espagne et avec toute l'Europe.
— Les avis de Londres, au sujet de Gibraltar et de Port-Mahon , portaient alors que les esprits y étaient beaucoup partagés; les uns soutenant que la nation anglaise ne devait nullement consentir à la restitution de ces deux postes en faveur de l'Espagne, pour la commodité que les négociants anglais y trouvaient pour le commerce et pour l'empire de la mer que ces deux ports importants procuraient à la nation sur l'Océan et la Médi-
' Le baron de Pentierrender, qui remplaça en cette qualité le comte de Kouigseck.
terranée, l'Angleterre pouvant par ce moyen envoyer facilement des flottes considérables dans la Méditerranée , pour contenir en particulier le Pape en respect aussi bien que les autres puissances d'Italie, et qu'en envoyant une grosse escadre à Gibraltar, cette escadre pourrait empêcher facilement la jonction des armées navales de France et d'Espagne en cas de guerre; les autres soutenant au ' contraire que ces deux ports, bien loin d'être de quelque utilité à la nation , ne pouvaient qu'enfin procurer la ruine de l'État pour l'entretien des garnisons nombreuses qu'il fallait y avoir et pour les autres déj)enses nécessaires ; qu'ainsi il n'y avait point à balancer sur la restitution de ces deux postes, pour délivrer la ïiation de toutes ces dépenses inutiles, et qu'elle était obligée de soutenir pour cela.
— On ajoutait qu'à Londres on avait été fort étonné d'apprendre par l'arrivée d'un vaisseau venant des Indes , que les habitants de MaUicca s'étaient emparés du fort de Bencola, situé dans l'Ile de Sumatra, qu'ils en avaient détruit les comptoirs et massacré tous les Anglais, à l'exception de quelqnes-uns qui s'étaient sauvés à Achien.
— Le 13, on exécuta et on rompit vif le nommé Lespérance, qui avait été valet de pied du comte de Konigseck, ambassadeur de l'Empereur en cette cour de France ; lequel Lespérance se faisait appeler le comte de La Tour, convaincu d'avoir assassiné et coupé par morceaux le corps du valet de chambre de M. le comte de Busca, et d'avoir fait plusieurs autres vols et assassinats.
— On publia un arrêt du conseil d'État qui faisait défense de tuer aucun agneau depuis la Pentecôte alors prochaine jusqu'au pareil jour de la Pentecôte de l'année suivante, 1721, et de tuer aucun veau âgé de six semaines, ni aucune vache en état d'en rapporter, afin de pouvoir multiplier les espèces de ces bestiaux et diminuer en même temps le prix excessif de la viande de boucherie, du suif, de la chandelle et de la laine.
— Le 14, un courrier arriva de Rome avec l'induit par lequel le Pape consentait et approuvait la nomination que le Roi avait faite de M. l'abbé Dubois, secrétaire d'État, à l'archevêclié de Cambrai.
— La nuit du 15 au 16, on conduisit en prison un particulier qu'on avait surpris mettant une espèce de fdet ou de sac dans la boite du bureau de la poste, pour y recevoir les lettres qu'on y jetait, afin de profiter des billets de banque ou de change qui pouvaient s'y trouver. Il avoua qu'il avait une soixantaine de lettres prises de cette manière qui étaient dans son coffre ; pour laquelle invention nouvelle il fut condanmé à être fustigé par la main du bourreau et ensuite envoyé au Mississipi.
— M. le duc d'Orléans lit faire une grosse réprimande au sieur Bégon, notaire', pour avoir délivré des actes à plusieurs prélats et autres ecclésiastiques qui avaient renouvelé leur appel de la constitution Unigenitus, et contre l'accommodement fait depuis peu par le cardinal de Noailles.
— Le mercredi 17 de ce mois, le sieur Law fit acheter deux bœufs au marché de Poissy, et après qu'on les eut mis en morceaux comme font les bouchers, on pesa le tout, et il se trouva que la viande ne revenait qu'à six sols la livre, tous les frais faits et tous les droits payés; sur quoi il manda les syndics ou jurés de la communauté des bouchers de Paris, auxquels il fit connaître ce qui vient d'être dit, et leur déclara que la viande allait être taxée à sept sols six deniers la livre; qu'ainsi ils devaient les uns et les autres se contenter d'un sol six deniers de profit, et se relâcher du prix excessif qu'ils la vendaient depuis si longtemps; et pour les punir de leur tyrannie, qu'il serait permis aux bouchers de la campagne d'en
' Il n'y avait pas à cette époque de notaire à Paris qui portât ce nom; l'auteur du Journal veut sans doute désigner ici Gues- (lon, notaire rue Saint-Severin.
apporter à Paris les mercredis et les samedis, pour en vendre à la halle et dans les autres marches de cette ville, sans être aucunement troublés ni inquiétés de la part des bouchers de Paris.
— On prétendait alors que la Gompa^juie des Indes offrait de se char(jer du payement des rentes constituées sur l'hôtel de ville de Paris, à raison de deux pour cent, c'est-à-dire de deux livres au lieu de cinq livres pour cent de principal, dont le fonds serait pris sur les actions rentières de cette Gompa^jnie, et qu'elle allait aussi se charger de toutes les manufactures du rovaume, afin de vendre les étoffes qu'on y fabriquait et d'en tirer tout l'avantage à son profit.
— M. le duc de Bourbon fit alors l'ace juisition du duché de Noirmoutier et de ses dépendances, moyennant le prix de seize cent mille livres qu'il fit payer à M. le duc de Noirmoutier, qui avait perdu la vue ^ , et qui était frère de madame la princesse des Ursins ^ .
— Le 15, après quelques difficultés, le Parlement ne laissa pas que d'enregistrer les lettres patentes du Roi pour la nouvelle érection de la charge de surintendant des finances en faveur du sieur Jean Law ^, qui avait été supprimée depuis la disgrâce de M. Fouquet^. Il enregistra
* M. de Noirmoutier, créé duc par Louis XIV, était devenu aveugle à l'âge de vingt ans, à la suite de la petite vérole.
^ Anne-Marie de La Trémoille, princesse des Ursins, fille de Louis de La Trémoille, avait épousé en premières noces le prince de Chalais, et eu secondes noces le duc de Bracciano, chef de la famille Orsini (des Ursins); on connaît le rôle que joua cette princesse à la cour du roi d'Espagne Philippe V. Elle mourut en décembre 1722.
^ Ces lettres, données par le Roi en janvier 1720, ne paraissent pas avoir été enregistrées par le Parlement: du moins on ne les trouve pas à la date indiquée ici, non plus que celles de M. d'Ermenonville.
^ Nicolas Fouquet, mort en 1680 à Pignerol.
€11 même temps celles du contrôle général des finances en faveur de M. d'Armenonville, frère de M. l'évéque d'Orléans, et du père Fleuriau, jésuite, qui sont originaires et fils d'un marchand de Tours.
— Le 17, la cour du parlement de Paris nomma des députés ^, pour présenter au Roi des remontrances au sujet de la réduction des rentes à deux pour cent et de la quantité de billets de banque et autres papiers répandus dans le public , de la ruine du commerce et du prix excessif des denrées et des autres marchandises, ce qui causait aussi la ruine de la phq^art des familles et une misère extrême parmi tous les sujets du royaume.
— Ou assurait que M. le Régent avait résolu d'assigner six mille livres de pension aux lieutenants généraux des armées du Roi qui n'avaient aucun gouvernement, quatre mille livres aux maréchaux de camp, et deux mille livres aux brigadiers pour les mettre plus en état de soutenir leur rang.
— Le sieur Law, après avoir fait abjuration du calvinisme, religion dans laquelle il est né, par les bonnes instructions que lui avait données M. l'abbé de Tencin, grand vicaire de M. l'archevêque de Sens et docteur en théologie, et après s'être confessé au père Boursaut^, théatin , fut pour la première fois admis en la communion, le jour de Pâques, en l'église paroissiale de Saint-Roch.
* Ces députés étaient MM. d'Aligre, Lamoignon, Portail, Ainelot, Le Peletier de Longueil, Maupeou, Chauvelin, présidents; Croizet et Lccleic, conseillers d'honneur; Crozat, maître des requêtes; Iliiguet, Cochet, de .Rragelongne, de La Porte, d'Armaillé, de Saint-Martin, Mole, de Vienne, Menguy, de La Grange, Pucelle, Morel, Joisel, Mandat, de Monceau, de Paris, Lemusnier, conseillers; et divers présidents des enquêtes et requêtes du palais.
^ Edine-Chrysostome Roursault, prédicateur du Roi, supérieur des Théatins, mort le 13 mars 1733, était fds du poëte Edme lîoursanlt, auteur du Mer ciirc galant et à^ Esope à la cour.
— Comme toutes choses étaient d'ini prix excessif à Paris, aussi bien que les logements et les chaml)res garnies, les étrangers se retiraient tous les jours en leur pays, et ceux qui avaient des maisons ou du bien à la campagne s'y retiraient pour y vivre plus commodément.
— Depuis huit jours, on retirait de la rivière quantité de Ijras, de jambes et de tronçons de corps de gens assassinés et coupés par morceaux, ce qu'on imputait au misérable commerce du papier, dont toutes sortes de personnes se mêlaient depuis que le sieur Law l'avait malheureusement introduit. Il avait déjà proposé ce commerce au feu Roi, qui l'avait désapprouvé, avec défense d'en jamais parler, ce grand monarque en ayant prévu les fâcheuses conséquences.
— On publia un arrêt du conseil d'Etat, rendu le 5 de mars précédent, qui ordonnait ce qui suit : V que le trésorier de la Banque ferait rentrer aux échéances toutes les sommes qui lui étaient dues pour prêts faits par ladite Banque; 2^ que les actions de la Compagnie des Indes seraient fixées à neuf mille livres chacune ; 3" que les soumissions et les primes délivrées par la Compagnie des Indes y seraient rapportées dans le cours dudit mois de mars, pour être converties en actions; 4° que le caissier de ladite Compagnie recevrait les soumissions dont quatre payements étaient faits à raison de six mille livres chacune; les anciennes primes à raison de mille cinquante livres, et les nouvelles primes à raison de cinq mille livres chacune, et qu'en échange le caissier délivrerait aux porteurs desdits effets des actions sur le pied de neuf mille livres chacune; 5" qu'à commencer du 20 dudit mois de mars, il serait ouvert à la Banque un bureau pour convertir à la volonté des porteurs les actions de ladite Compagnie en billets de banque, et les billets de banque en actions de ladite Compa(>nie, qui seraient pareillement reçues et déhvrées à raison de neuf mille livres chacune,
sans que le caissier pût exi(>er aucun droit pour ces conversions; 6" que tous les six mois il serait dressé un état, numéro par numéro, tant des actions converties en billets de banque que des dividendes qui en seraient provenus ; pour le produit de ces dividendes être réparti entre les actionnaires qui n'auraient pas leurs actions en billets de banque, etc., etc. (Suivent ensuite diverses dispositions relatives à la valeur des monnaies et aux espèces d'or et d'ar(jent.)
— L'ouvrage intitulé : Idée générale du nouveau système des finances est attribué à M. l'abbé de Saint- Pierre ^ , qui s'est rendu célèbre dans la république des lettres par plusieurs ouvrages considérables qui font également admirer la capacité et la profonde érudition de cet illustre auteur.
— On pubba un arrêt du conseil d'Etat, rendu le 10 de ce mois, qui ordonnait que la Compagnie des Indes ferait incessamment pour la valeur de quatre cent trepte-huit millions de livres en billets de banque de mille livres, de cent livres et de dix livres chacun , et que tous les particuliers qui avaient des billets de banque de dix mille livres chacun les rapporteraient à la Banque dans l'espace de trois mois à compter du jour de la publication de cet arrêt, pour être coupés en billets de mille livres, de cent livres et de dix livres chacun.
— Le 3 de mai, on publia un arrêt du conseil d'Etat qui rétablit le franc salé, à commencer au P"" d'octobre de la même année, avec exemption des droits d'entrée et d'autres sur le pont de Joigny.
— On publia un autre arrêt qui révoqua la Compagnie
' Gbailcs-Irénée-Castel de Saint-Pierre, né le 18 février 1658, mort le 29 avril 1748, auteur du fameux Projet de paix perpétuelle; M. Emile Levasseur, dans ses Recherches historiques sur le système de Law, p. 12, doute que l'abbé de Saint-Pierre soit l'auteur de cet ouvragée.
de Saint-Domingue', en la remboursant des effets qu'elle pouvait avoir alors, et qui permettait à tous les sujets du J{oi de trafiquer dans tous les lieux accordés à cette Compagnie.
— L'édit portant réduction des rentes au denier cinquante fut enregistré, lu et publié au siège présidial du Gbâtelet, en vertu des lettres patentes du Iloi qui l'ordonnaient , parce que le Parlement avait fait refus de l'enregistrer.
— En attendant la conclusion du traité de paix avec l'Espagne, le Roi Gatbolique avait fait alors publier une suspension d'armes sur les frontières de France, dans tous ses Etats, en Italie, en Sicile, en Sardaigne et dans les Indes; après laquelle publication la flotte d'Espagne et les galions partirent de Cadix pour aller au Pérou.
— M. le duc d'Orléans ayant mandé M. d'Argouges, lieutenant civil du Cliâtelet de Paris , fit de grands éloges à ce magistrat sur son zèle pour le service du Roi et sur l'équité des jugements qu'il avait rendus jusqu'alors, et lui fit délivrer des lettres patentes par lesquelles Sa Majesté accordait à ce magistrat le privilège suivant lequel ses sentences ou jugements auraient la force d'arrêt en dernier ressort, avec défense à la cour du Parlement d'en prendre connaissance.
— Le 4, on publia une ordonnance du Roi, rendue le 3, qui défendait, sous peine de la vie, à toutes personnes de troubler les archers nouvellement établis pour arrêter les vagabonds, gens sans aveu, et les pauvres mendiants valides ou invalides, et pour les conduire à la j^rison la plus prochaine, pour les plus jeunes être envoyés dans les colonies françaises de l'Amérique et du Mississipi , et les invalides et les plus avancés en âge être enfermés dans les
' Par lettres patentes en date d'avril 1720; la Compagnie de Saint-Domingue avait été établie par lettres en date du mois de septembre IG98.
hôpitaux. Lesquels archers devaient être vêtus d'un hahit uniforme avec une bandoulière et avoir un exempt à leur tête par brigade , avec défense à eux sous de grosses peines d'arrêter aucun bourgeois , artisan ni manœuvre , ni autre personne non mendiante, parce qu'ils avaient déjà enlevé plusieurs personnes des deux sexes qui n'étaient pas de leur compétence, et entre autres le fds du sieur Gapet, riche marchand épicier, demeurant rue et proche de Saint-Honoré, la demoiselle Boule, fille d'un lieutenant du guet, afin de profiter d'une pistole par personne que la Compagnie des Indes leur avait promise outre les vingt sols par jour qu'ils avaient de gages, ce qui avait causé de grands désordres en cette ville, la populace et les gens de boutique s'étant plusieurs fois soulevés contre la mauvaise foi de ces archers, dont plus de vingt avaient été tués et un plus grand nombre dangereusement blessés et portés à l'Hôtel-Dieu.
— Par des lettres venues de la Martinique, on apprit alors que le sieur Martinet y était arrivé du voyage qu'il avait fait heureusement à la mer du Sud, avec plusieurs bâtiments chargés de marchandises pour la valeiu^ de douze millions, pour le compte de la Compagnie des Indes et des intéressés.
— Madame la marquise de Simiane, qui accompagna madame la princesse de Modène, écrivit alors qu'elle avait été obligée de rester à La Palisse pour se guérir de la petite vérole, et que la princesse continuait sa route vers Antibes pour s'y embarquer.
— On apprit alors par des avis de Marseille qu'on y avait été obligé de mettre en liberté un grand nombre de filles débauchées qu'on y avait amenées des provinces de Gascogne, de Languedoc, de Provence et de Daupliiné, pour être transportées au Mississipi , parce qu'elles s'étaient trouvées trop corrompues de maux vénériens.
— M. l'abbé Dubois, ministre et secrétaire d'Etat, fit venir
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alors son frère aîné de Brives-Ia-Gaillarde en Limousin pour lui résigner la charge de secrétaire du cabinet du Roi qui rapporte douze ou quinze mille livres par an , dont cet abbé avait été gratifié après la mort de M. de Gaillères, l'un des plénipotentiaires de France au traité de Riswick'.
— Le 8 de ce mois, on commença à travailler à une hauteur qui était au bout des Champs-Elysées pour l'aplanir, afin que la vue du palais des Tuileries put s'étendre jusqu'à Neuilly, et on y employa une partie du régiment des gardes suisses, qui se firent des baraques couvertes de paille pour y coucher la nuit.
— On publia une déclaration du Roi qui révoquait les lettres de naturalité accordées à des étrangers qui ne faisaient pas leur résidence dans le rovaume de France.
— La charge de bibliothécaire du Roi à Fontainebleau et celle du cabinet du Louvre furent réunies à celle de bibliothécaire du Roi'^, dont M. l'abbé Bignon , conseiller d'Etat, avait été pourvu au mois de novembre 1719, après la mort de M. l'abbé de Louvois. M. Dacier^, (jarde du cabinet du Louvre depuis longtemps, s'était réservé une pension de douze cents livres par an sa vie durant, ovitre une somme de trente mille livres que M. l'abbé Bignon était convenu de lui payer.
— On destina six mille hommes de troupes pour travailler aux réparations du canal de Briare et à l'élargir, afin de le rendre plus commode pour la navigation.
— On fit alors à la monnaie de Paris un essai de la mine d'argent venue du Mississipi , laquelle avait rendu
^ François de Callières, iié eii 1043, à Tliorigny, mort le 5 mai 1717, l'un des quarante de l'Académie française.
^ Par lettres patentes eu date du mois de mars 1720, enregistrées au Parlement le 10 avril de la même année.
^ André Dacier, né à Castres le (> avril 1651 , mort le 18 septembre 1722; membre de l'Académie française et de celle des inscriptions et belles-lettres, traducteur de Plutarque, etc.
([iiatre-vingt-dix: marcs do fin par quintal, ce que celles du Potose n'avaient jamais excédé.
— On supprima pour lois les charges d'aumôniers du Roi, de chapelains et de clercs de sa chapelle, pour être les premières remhoursées à raison de quarante mille livres chacune et les autres à raison de dix mille livres, et pour être dorénavant les unes et les autres remphes à la nomination du (j^rand aumônier de France.
— Le marquis de Pompadour, qui avait été exilé à Dan(>eau ' pour avoir eu part à la conspiration du prince de Cellamare, ambassadeur d'Espagne, eut permission de venir à Paris pour mettre ordre à ses affaires.
— Madame la princesse de Modène, après s'être reposée quelques jours à Lyon, s'embarqua sur le Rhône dans une barque superbement ornée, et ses équipages la suivirent par terre.
— Le Roi céda le domaine de lielle-Isle à la Compagnie des Indes, moyennant une somme de cinquante mille livres par an.
— On enregistra en la chambre royale établie à Nantes, des lettres patentes qui portaient translation de cette chambre à l'Arsenal de Paris, avec pouvoir de connaître de l'exemption de tous arrêts et jugements par elle rendus dans tous les points et articles non compris dans les lettres d'amnistie, et qui lui attribuaient en cela toute juridiction et connaissance à l'exclusion de toutes cours et de tous juges; on y enregistra aussi d'autres lettres patentes qui portaient amnistie en faveur de quelques gentilshommes de Bretagne, de leurs complices et adhérents.
— On publia ici un arrêt du conseil d'Etat, rendu le 28 avril, qui ordonnait que dans les payements qui se feraient pour la taille, pour la capitation et autres impositions non sujettes aux quatre sols pour livre , on recevrait
' Eure-et-Loir, arrondissement de Châteaudun, canton de Brou.
dans les recettes les billets de banque à raison de dix pour cent de profit, même dans les pays d'états et en Provence.
— Les nommes Bazin et Simonnet, ci-devant exem])ts de M. d'Argenson, lieutenant général de police, maintenant garde des sceaux , qui avaient été rais en prison par ordre de la chambre de justice, pour leurs concussions, et ensuite élargis par le crédit de ce garde des sceaux, furent de nouveau conduits à la Conciergerie le 27 d'avril, pour instruire leur procès.
— On vit alors avec étonnement une estampe, avec la relation qui suit, venue de Hollande. Le sieur Picard ^ , fameux graveur établi depuis plusieurs années en Hollande, a mis au jour une estampe de son invention , dont le dessin est des plus ingénieux , laquelle a pour titre : Monument consacré à la postérité, en mémoire de la folie incroyable de la vingtième année du dix-huitième siècle.
La fortune des actions de la Compagnie des Indes établie à Paris, y parait sur un char conduit par la Folie et tiré par les principales Compagnies qui ont donné commencement à ce négoce pernicieux, comme celle du Mississipi ayant une jambe de bois, celle du Sud ayant une jambe bandée et un emplâtre appliqué sur l'autre jambe. Les agents de ce commerce font tourner les roues à\i char, ayant des queues de renard pour marquer leur finesse et leur ruse ; sur les rais de la roue , on voit ces Compagnies tantôt s'élever et tantôt s'abaisser; le véritable Commerce y parait renversé avec ses livres et ses marchandises, et presque écrasé sous les roues de ce char. Une foule de personnes de toute condition et de tout sexe courent après la Fortune pour tâcher d'avoir des actions.
Dans les nues qui sont au-dessus , on voit un démon
' Il y avait à cette époque deux (jravenrs de ce nom : 1° Etienne Picart, dit le Romain, né à Paris eu 1631, mort à Amsterdam en 1721; 2° son fds, Bcrn.ird Picart, né à Paris en 16(33, et mort également à Amsterdam, en 1733.
qui fait des bouteilles d'eau de savon qui se mêlent avec les billets que la Fortune distribue, avec des bonnets de fous qui tombent en partage à ceux qui attrapent une partie de ces billets , et à des petits serpents qui marquent l'insommie, l'envie, le désespoir, etc.
On y voit voler la Renommée au-devant, qui répand partout cette contagion qui s'empare des esprits de ceux qui entendent parler de cette nouveauté.
Le char conduit ceux qui le suivent avec empressement à l'une ou à l'autre de trois portes qui sont figurées, savoir : de l'hôpital des Petites-Maisons où l'on renferme les insensés, de l'ÎIôtel-Dieu où l'on reçoit les malades, et de l'Hôpital générai où ion force les pauvres mendiants d'y entrer.
Pour devise , la Folie a pris deux têtes ou deux visages , dont l'une paraît jeune et riante, qui marque le bel extérieur en la belle apparence des actions, et l'autre paraît être le visage d'une vieille personne et toute ridée, ce qui marque le chagrin qui ne manque pas de suivre une belle apparence ou imaginaire. Et dans un coin de l'estampe au-dessous de la roue du cliar, on voit plusieurs rats et souris qui rongent les actions et les billets de banque de telle sorte, (|u'iis les réduisent enfin au néant.
— On publia un arrêt du conseil d'Etat, rendu le 3 de ce mois, portant diverses dispositions relatives aux chemins et aux bois royaux.
— On en publia un autre par lequel le Roi étant informé que la Compagnie des Indes était en état de foire travailler à la culture et au défrichement des terres de la Louisiane ou du Mississipi , par le grand nombre de nègres qu'elle y fournissait alors, et que d'ailleurs il se présentait un grand nombre de familles françaises et étrangères, d'Allemagne, de vSuisse et d'Italie, pour y aller s'établir dans les concessions que la Compagnie avait accordées à différents particuliers et à ces familles , et que les concessionnaires
refusaient de se cliaqjer des vagabonds et des criminels pour leur fainéantise et pour la corruption de leurs mœurs et de leurs mauvaises habitudes, Sa Majesté ordonnait que dorénavant les va^jabonds, gens sans aveu, fraudeurs et criminels, seraient envoyés dans les autres colonies françaises de l'Amérique.
— On publia un édit du Roi du mois de mars , envoyé au Parlement au mois d'avril pour y être enregistré, par lequel Sa Majesté ordonnait que les deniers qui seraient donnés dans la suite à constitution de rente par ses sujets, de quelque qualité et condition qu'ils fussent, ne pourraient produire par chacun an un intérêt plus fort que celui du denier cinquante ou de deux pour cent dans toute l'étendue du royaume, avec défense aux notaires, tabellions et autres, de recevoir ou passer aucun contrat de constitution de rentes sur un plus fort denier, à peine de privation de leurs offices , et d'être lesdits contrats déclarés usuraires et d'être procédé extraordinairement contre ceux au profit desquels lesdites constitutions auraient été passées et de perte du principal applicable à l'Hôpital général des lieux; avec défense à tous juges de prononcer aucun jugement ou sentence de condamnation de plus fort intérêt sous les mêmes peines; le tout sans préjudice des constitutions qui se trouveraient avoir été faites jusqu'au jour de la publication de cet édit , lesquelles seraient exécutées comme elles auraient pu l'être auparavant, afin que chacun pût s'attacher au commerce, aux manufactures et à l'agriculture.
— Le 16 de ce mois , il arriva un courrier de Rome avec les bulles et le pallium gratis à M. l'abbé Dubois, ministre et secrétaire d'Etat, pour l'archevêché de Cambrai.
— Le 20, il se tint au Palais-Royal, pendant quatre heures, une conférence avec les ministres de l'Empereur et d'Angleterre*, au sujet du refus que l(^ roi d'Espagne
* Le chevalier Sutton, ministre d'Angleterre en Fjance.
continuait de faire d'évacuer la Sicile, à moins qne les Anglais n'enssent auparavant évacué Gibraltar et Port- Malion. Après laquelle conférence on dépécha un courrier à Madrid pour en donner part à Sa Majesté Catholique et savoir là-dessus sa dernière résolution ; et cependant les officiers eurent ordre de rendre leurs compa^jnies complètes pour le commencement du mois de juin suivant.
— Le 18, M. le président Le Féron ' , M. le procureur général et trois conseillers du Parlement, suivant la coutume qui se pratique la veille des fêtes solennelles, se transportèrent à la prison du Chàtelet de Paris, dont le concierge leur présenta la liste des prisonniers, dont vingtdeux qui y étaient détenus pour dettes furent mis en liberté avec douze autres particuliers qui y avaient été mis pour être envoyés au Mississipi après avoir été tous interrogés. Ensuite ces magistrats ordonnèrent au concierge de leur porter toutes les semaines une liste de tous ceux qui y seraient enfermés et destinés pour les colonies.
— Le parlement de Bordeaux et celui d'Aix en Provence firent peu de difficulté d'enregistrer l'édit de réduction des rentes au denier cinquante.
— Le même jour 18 mai , on publia un arrêt du conseil d'Etat qui établissait sur la Compagnie des Indes quatre millions de rentes viagères au denier vingt-cinq ou à quatre pour cent au principal de cent millions.
— On assurait alors que l'accommodement de M. le cardinal de Noailles au sujet de la constitution Unigenitus paraissait fort éloigné, parce qu'on ne vouhiit pas lui tenir parole en ce qu'on était convenu avec Son Eminence, qu'il serait libre aux appelants de persister dans leurs sentiments selon leur conscience; les acceptants voulant alors que les appelants révoquassent leur acte d'appel et qu'ils
' M. Le Féron n'était que conseiller, et non pas président au Parlement.
se conformassent à la manière dont ce cardinal avait reçu la Constitution par rapport à son corps de doctrine.
— Le 21, milord Stairs, ambassadeur d'Anjjleterre, reçut un courrier dépêché par l'amiral Byn^j , avec avis que le marquis de Leyde avait enfin évacué la Sicile, dont ce milord fut aussitcVt donner part au Palais-Koyal.
— Le 22, on publia un ùrrét du conseil d'Etat, rendu le 21 , qui ordonnait 1° qu'à commencer du jour de sa publication les actions de la Compagnie des Indes seraient réduites à 8,000 livres chacune; au P"" de juillet suivant, à 7,500 livres; au 1" d'août, à 7,000 livres, au V^ de septembre, à 6,500 livres; avi V^ d'octobre, à 6,000 livies; au V de novembre, à 5,500 livres, et au 1" jour de décembre, à 5,000 hvres sur le pied qu'elles avaient commencé à paraître dans le pu])lic; 2" que les billets de la Banque, à commencer du même jour, seraient réduits, savoir : ceux de 10,000 livres, à 8,000 livres; ceux de 1 ,000 livres, à 800 livres; ceux de 100 livres, à 80 livres, et ceux de 10 livres, à 8 livres; au 1" de juillet, ceux de 10,000 livres, à 7,500 livres; ceux de 1,000 livres, à 7,500 livres; ceux de 100 livres, à 75 livres, et ceux de 10 livres, à 7 livres 10 sols. Au I" d'août, ceux de 10,000 livres, à 7,000 livres; ceux de 1,000 livres, à 700 livres; ceux de 100 livres, à 70 livres, et ceux de 10 livres à 7 livres; au P"" de septembre, ceux de 10,000 livres, à 6,500 livres; ceux de 1,000 livres à 650 livres; ceux de 100 livres, à 65 livres, et ceux de 10 livres, à 6 livres 10 sols; au P"" d'octobre, ceux de 10,000 livres, à 6,000 livres; ceux de 1,000 livres, à 600 livres; ceux de 600 livres, à 60 livres, et ceux de 10 livres, à 6 livres; au V de novembre, ceux de 10,000 livres, à 5,500 livres; ceux de 1,000 livres, à 550 livres; ceux de 100 livres, à 55 livres, et ceux de 10 livres, à 5 livres 10 sols; et au 1*"^ de décembre, ceux de 10,000 livres, à 5,000 livres; ceux de 1,000 livres, à 500 livres; ceux de 100 livres, à
50 livres, et ceux de 10 livres, à 5 livres; 3° que les sujets du Roi porteurs de ces billets ci-dessus spécifiés pour des sommes considérables, pourraient les convertir en actions de ladite Compagnie; et qu'à l'ég^ard des particuliers qui n*en avaient pas alors suffisamment pour acquérir des actions, leurs billets seraient reçus pour leur valeur entière, comme ils étaient avant cet arrêt dans les recettes des tailles et des autres impositions dans l'étendue du royaume, et même aux (greniers à sel, sans néanmoins qu'il fut fait remise des quatre sois pour livre ni des dix pour cent portés par les arrêts des 29 janvier, 5 mars et 28 avril précédents ; et lesdits billets seraient aussi reçus pour leur valeur entière au bureau destiné pour la distribution des contrats de rentes via^j^ères ordonnées par l'arrêt du conseil du 16 dudit mois de mai 1720; 4° que toutes les lettres de cliange tirées ou endossées dans les pays étrang^ers pour êtres payées en France, y seraient acquittées en billets de la Banque, suivant le cours et la valeur desdits billets connus dans les pays étrangers le jour de la date desdites lettres de change, quand même les endossements ne seraient point datés, comme la plupart des endossements ne le sont point ordinairement; 5^ que les contrats de constitution de rentes viagères ne seraient pas moins de 100 livres de rente annuelle et de 2,500 livres en principal, et seraient passés devant notaires et signés de quatre directeurs de ladite Compagnie, sans que les arrérages pussent être saisis sous quelque prétexte que ce fût, même pour les propres affaires du Roi , et seraient payés jusqu'au jour du décès de chacun desdits rentiers à leurs veuves, enfants et héritiers, en rapportant, outre l'extrait mortuaire en bonne forme et légahsé, la grosse du contrat de constitution.
— L'édit concernant la réduction des rentes au denier cinquante fut enregistré au grand conseil et au siège présidial du Châtelet de Paris, en vertu des lettres patentes du Roi qui ordonnaient aussi aux baillis des provinces de
l'enregistrer dans leurs tribunaux, au refus que firent les parlements du royaume de l'enregistrer, ainsi qu'avait fait celui de Paris.
CHANSON
Au Régent disait Noailles :
« Votre Law est un filou; »
L'autre, par représailles,
Dit : u Votre duc est un fou. »
C'est ainsi qu'à toute outrance
Ils se déchirent entre eux;
Mais le malheur pour la France,
C'est qu'ils disent vrai tous deux.
— Les cent cinquante archers nouvellement établis commencèrent à paraître, le 10 de ce mois, avec un habit bleu tout neuf, uu chapeau bordé d'argent et une bandoulière bleue au derrière de laquelle on avait brodé une fleur de lys jaune, chacun armé d'un fusil, d'une épée, d'une baïonnette et de deux pistolets de poche, divisés par brigades de douze hommes chacune avec un exempt de la prévôté à la tête, y ayant aussi deux archers de la prévôté à chaque brigade, qui servaient de caporaux.
— On assurait qu'en moins de huit jours ils avaient enlevé plus de cinq mille personnes des deux sexes , vagabonds, gens sans aveu, libertins, libertines, et autres qui n'avaient jamais fait profession de mendier, comme artisans et manœuvres, et même une centaine de filles nouvellement venues à Paris pour se mettre en condition chez des bourgeois, qui couchaient le soir à l'hôpital des Filles de Sainte-Catherine de la rue Saint-Denis, proche Saint- Opportune, où ces religieuses les reçoivent trois jom-s de suite, les couchent et leur donnent à souper et à déjeuner, suivant une ancienne fondation, pour faciliter à ces pauvres filles le moyen de trouver quelque condition , et où dIu-
sieurs bour(>eois ou bourgeoises en allaient choisir pour les servir en leur assignant des gages.
— Le 13 et le 14 de ce mois, les religieux mathurins firent une procession solennelle. Le 13, elle commença depuis leur église dans la rue Saint-Jacques, jusqu'à celle de l'abbaye royale de Saint-Antoine, dans laquelle procession on vit cinquante-sept captifs que ces religieux avaient depuis peu rachetés de l'esclavage à Alger, à Tunis et à Tripoli , ainsi qu'en d'autres lieux de Barbarie. Chaque captif marchait entre deux enfants vêtus en anges.
I^e 14, la procession se fît dans le même ordre depuis leur église jusqu'à celle des Feuillants de hi rue Saint- Honoré , où la messe fut solennellement célébrée, après laquelle les Feuillants donnèrent à dîner aux Mathurins, aux captifs, à leurs conducteurs vêtus en anges et aux confrères des confréries de Notre-Dame de la Délivrance et de Bon -Remède, revêtus d'aubes blanches, ayant chacun une couronne de laurier sur la tête, quelques-uns ayant des sandales et les autres marchant pieds nus.
Le lendemain 15, les Mathurins donnèrent à chacun des captifs une somme de trente livres pour les aider à regagner leur pays. Le premier de ces captifs était un enfant de douze ou treize ans, esclave depuis quatorze mois, et le dernier était un vénérable vieillard âgé de quatre-vingtdeux ans, esclave depuis trente-cinq ans.
— On assurait alors que par ordre de M. le Régent, le sieur Law envoyait de temps en temps des sommes trèsconsidérables à la banque d'Amsterdam, pour la valeur des billets de banque que quelques négociants hollandais avaient reçus en France pour le payement de leurs marchandises, et qu'on faisait la même chose à l'égard des Anglais et d'autres étrangers, afin de faciliter le commerce.
— Le Roi assigna une j)ension de douze mille livres à M. l'évêque de Clermont, qui lui servait alors de confesseur, à cause des infirmités de l'abbé de Fleury.
— On apprit alors que M. de Greil, intendant de la Rochelle , avait achevé d'éta])lir dans l'élection de Saintes le suhside de ki dîme royale, au heu de la taille arbitraire. Cette élection est composée de deux cent soixante-dix paroisses, dont douze ou quinze appartenaient à des sei- (jneurs qui , par leur crédit , les favorisaient beaucoup , mais qui, par cet établissement, se trouvaient déchus de les proté(jer davanta[je. Le même intendant devait faire la même opération dans les élections de Cognac et de Saint-Jean d'An^jély. On comptait que cela pourrait produire un quarantième plus que la taille ancienne, et cependant les j)articuliers devaient payer en denrées une cinquième partie moins qu'auparavant.
Parodie de la scène VF du IV^ acte d'IpJngénie.
M. l'ÉVÊQUE de MONTPELLIER.
Un bruit assez étrange est venu jusqu'à moi ;
Seigfneiir, je l'ai jugé trop peu digne de foi.
On (lit, et sans horreur je ne puis le redire,
Que la bulle, aujourd'hui, de votre aveu respire.
Que vous-même, étouffant tout mouvement divin,
L'allez, malgré l'appel, signer de votre main;
On dit que par Dubois à la cour rappelée ,
Elle voit à ses pieds sa rivale immolée,
Et d'explications abusant les prélats,
Vous signez ce qu'elle est et ce qu'elle n'est pas.
Qu'en dites-vous, seigneur, que faut-il ({ue j'en pense?
Ne ferez-vous pas taire un bruit qui vous offense?