M. LE CARDINAL DE NOAILLES
Prélat, je ne rends point compte de mes desseins, L'Église ignore encor mes projets incertaius; Et quand il sera temps qu'elle eu soit informée, Vous apprendrez sou sort et votre destinée.
M. DE MONTPELLIER
Ah ! je sais trop le sort que vous lui réservez.
M. LE CARDINAL
Pourquoi le demander, puisque vous le savez?
M. DE MONTPELLIER
Pourquoi je le demande, ô ciel ! puis-je le croire. Qu'on ose des horreurs avouer la plus noire ! Vous pensez qu'approuvant vos desseins odieux, Je vous laisse immoler votre E(>lise à mes yeux, Que l'honneur, que la foi d'un évêque y consente !
M. LE CARDINAL
Mais vous, qui me parlez d'une voix menaçante. Oubliez-vous ici qui vous interro(jez?
M. DE MONTPELLIER
Vous-même oubliez-vous quel Dieu vous outragez?
M. LE CARDINAL
Eh ! qui vous a chargé du soin de mon Eglise?
Ne puis-je la forcer à me rester soumise?
Ne suis-je plus son père? Etes-vous son pasteur?
M. DE MONTPELLIER
Non , non , vous devenez un traître , un ravisseur. On ne m'abuse point par des promesses vaines. Tant qu'un reste de sang coulera dans mes veines, A défendre la foi je dois tous mes moments; Je soutiendrai ses droits fondé sur des serments ; A mes soins vous l'avez jadis recommandée.
M. LE CARDINAL
Plaignez-vous aux prélats qui me l'ont enlevée, Accusez le Régent, le conseil tout entier, Dreuillet, Rohan, Louet, et vous tout le premier.
M. DE MONTPELLIER
Moi!...
M. LE CARDINAL
Qui du Yalican embrassant la conquête, Irritez tous les jours la cour qui vous arrête; Vous qui, vous offensant de mes justes terreurs, Avez dans tout Paris répandu vos fureurs !
M. DE MONTPELLIER
Juste ciel! puis-je entendre et souffrir ce langage?
Est-ce ainsi qu'au parjure on ajoute l'outra(>e?
Pourquoi, sourd à la voix de dangereux amis,
Et d'un frère à la cour négfligeant les avis,
Eventai-je en secret la quadruple alliance
Qui des lions romains a délivré la France?
Et quel fut le dessein qui nous assembla tous?
Ne rendîmes-nous pas rE(jlise à son époux?
Depuis quand pensez-vous qu'inutile à moi-même
Je vous laisse offenser la vérité que j'aime?
Trop beureux de mon cboix, soins, peines et travaux,
Ma foi lui promit tout, et rien à ses rivaux.
La vérité m'a plu, je travaille à lui plaire.
Elle est de mes serments seule dépositaire.
Je ne connais Glermont, Bayonne ni Paris;
Anatbème à la bulle! on ne m'a qu'à ce prix.
M. LE CARDINAL
Fuyez, retirez-vous dans votre Montpellier, Je vous rends le serment dont il vous plut lier; De la France déjà vous vous rendez l'arbitre; Les prélats, selon vous, m'ont orné d'un vain titre. Assez d'autres viendront, à mes ordres soumis, Se couvrir des lauriers qui vous furent promis; Et par de beaux exploits forçant la destinée, Trouveront de Quesnel la fatale journée. Fier de votre valeur, tout, si je vous en crois. Doit marc lier, doit flécbir, doit tomber sous vos lois. Un bienfait reprocbé tint toujours lieu d'offense; Je veux moins de valeur et })lus d'obéissance;
Fuyez! je ne crains point votre impuissant courroux, Et je romps tous les nœuds qui m'attachent à vous.
M, DE MONTPELLIER
Rendez (jrâce au seul nom qui retient ma colère, De Noailles encor je respecte le frère; Peut-être sans ce nom , le plus mou des prélats Sentirait ce que peut la valeur de mon bras. Je ne dis plus qu'un mot, c'est à vous de m'entendre : J'ai la reli(j:ion et mon âme à défendre; Pour attaquer la foi que vous voulez blesser. Voilà par quel chemin vos coups doivent passer.
On ignore le nom de l'auteur de celte parodie, faite à l'imitation de la tragédie (.Vl/j/ugéme, par Molière'. Elle a été composée au sujet de l'accommodement de la constitution Unigem'tus , fait suivant les explications que M. le cardinal de Noailles a dressées sur chaque proposition condamnée par cette bulle.
— Les intendants des provinces reçurent ordre de la cour d'enjoindre aux curés des paroisses de leur envoyer une liste des vagabonds , fainéants et libertins qui se trouvaient dans leurs paroisses, à peine de cinq cents livres d'amende contre chaque curé qui ne le ferait pas au juste, applicable aux hôpitaux voisins.
— M. le lieutenant général de police enjoignit alors aux syndics des six corps de marchands de Paris de lui apporter incessamment une liste exacte des enfants, garçons de boutique et des apprentis de chacun de leur corps , afin d'en être informé quand les archers en auraient enlevé quelques-uns; il manda aussi les jurés des communautés des artisans, auxquels il enjoignit la même chose, et que chaque maître eût à renouveler tous les huit jours les cer-
^ Il y a ici un lapsus calami que tout le monde remarquerait sans qu'on eût besoin de le signaler. Ipldcjénie en Aiilide est de Jean Racine.
[1720] MAI. î)3
tificats qu'ils devaient donner à leurs compa^jnons et à leurs apprentis, faute de quoi étant pris par les archers, ils seraient envoyés au Mississipi, où l'on devait envoyer dans peu une centaine de fdles de l'Hôpital général, âgées de quatorze ou quinze ans, à chacune desquelles on devait donner un lit garni , quatre draps et autres ustensiles de ménage.
— Le Ijruit courut alors que la tempête avait fait périr les bâtiments qui étaient partis de la Rochelle le 11 février, avec tous ceux qui y étaient embarqués ; ce qui était cause que pour les remplacer on enlevait quantité de gens à Paris et ailleurs.
— La nuit du 17 au 18, le guet trouva proche la porte de Paris ou du Ghàtelet un tonneau nouvellement relié, d'une si grande pesanteur, qu'à peine six hommes robustes purent le rouler jusque chez le commissaire Duval , où ayant été défoncé en présence du même commissaire, d'un autre commissaire, du commandant du guet et de plusieurs bourgeois qu'on y avait appelés pour servir de témoins, on fut bien étonné de n'y voir qu'un chat mort et des
gravois.
— On publia un arrêt du conseil d'État par lequel il était dit que les dettes de l'Etat se trouvant acquittées , le Roi , bien loin de faire des emprunts , se voyait en état de prêter à ceux de ses sujets qui auraient besoin d'argent pour soutenir leur commerce ; ce que Sa Majesté leur offrait à raison de deux pour cent d'intérêt seulement.
— Le 22, le public murmura beaucoup de ce que les ])ureaux de la Banque s'étaient trouvés fermés dans la matinée, ce qui s'apaisa, parce que l'après-dînée on v paya la valeur des billets suivant l'arrêt de réduction publié le jour précédent.
— Le 25 au matin, il y eut un grand tumulte à la Banque ; on y jeta des pierres dont la plupart des vitres furent fracassées, parce qu'on différait de payer les billets, ce qui
faisait supposer qu'il ne s'y trouvait pas de fonds ; l'aprèsdînée on en paya sur le pied de vingt pour cent de perte, comme on avait fait le 22.
— Le 27 au matin, le Parlement s'assembla extraordinairement; M. le duc de Bourbon, M. le prince de Gonti et les ducs et pairs s'y trouvèrent. Il y fut rendu un arrêt par lequel les directeurs de la Banque furent déclarés banqueroutiers frauduleux, et comme tels condamnés à être pendus et exécutés. G et arrêt fut aussitôt affiché dans l'enclos du palais, écrit à la main.
— Le 28, on publia et on afficha partout une ordonnance du Roi qui révoquait l'arrêt du conseil d'Etat pubhé le 21; sur ce que Sa Majesté étant informée que la réduction des billets de banque portée par cet arrêt causait un dérangement général dans le commerce, et en conséquence le Roi ordonnait que lesdits billets de banque seraient reçus et donnés dans le public en payement, continueraient d'avoir cours et seraient payés à la Banque suivant leur valeur, comme avant ledit arrêt pubUé le 21 de ce mois.
On attribuait alors la révocation de cet arrêt à la fermeté du Parlement, de M. le duc de Bourbon et de M. le maréchal de Villeroy, par les raisons qu'ils alléguèrent à M. le duc d'Orléans, qui là-dessus avoua qu'il était trompé de s'en être rapporté à M. d'Argenson, garde des sceaux, que l'on disait auteur de cette réduction, afin de prévenir une écHpse entière des espèces monnayées et pour ruiner le crédit du sieur Law. Laquelle révocation ne put cependant être capable de rétabhr la confiance, que la réduction avait comme anéantie dans le public; ce qui ne fut que trop vérifié dans la suite.
— Le 29 au matin, M. le premier président, M. le président d'Aligre, M. l'abbé Mainguy et M. l'abbé Pucelle, conseillers au parlement de Paris , se rendirent au Palais- Royal, où ils conférèrent avec Son Altesse Royale, qui leur dit enfin que dans peu de jours on aurait lieu de se con-
tenter, par rapport au meilleur état qu'il allait établir dans le fonds des finances de la Banque, où M. de La Houssaye, chancelier de ce prince, M. Fa(>OH, intendant des finances et M. Trudaine, ])révôt des marchands, étaient alors en même temps pour l'examiner avec M. Law, les principaux commis de la Banque y ayant travaillé depuis le jour précédent et toute la nuit suivante à en rectifier les registres, qui finirent représentés à ces ma^^âstrats.
— M. le duc de La Force ^ avait été nommé quelque temps auparavant pour aller à Londres, en qualité d'ambassadeur de France, complimenter le roi d'Ao^jleterre et le prince de Galles , son fils , au sujet de leur réconciliation^. On le disait aussi chargé de demander la princesse, fille du prince de Galles^, en mariage pour M. le duc de Chartres, et d'insister sur la restitution de Gibraltar et de Port-Mahon en faveur du roi d'Espagne. Le fils du sieur Jean Law devait être de ce voyage , ainsi que le sieur de Boze, garde du cabinet des médailles du Roi, et secrétaire de l'Académie royale des inscriptions. Les équipages de M. le duc de La Force étaient arrivés à Calais: tout y était prêt pour l'embarquement, lorsqu'un courrier du cabinet y arriva avec l'ordre de ne point passer outre et de revenir à Paris, comme fit M. de Boze, qui était aussi à Calais. Ce qui ne donna pas peu d'étonnement de part et d'autre, et donna matière à Ijien des conjectures. On prétendait que le parlement d'Angleterre avait absolument refusé de consentir à ce mariage, à cause de la différence de religion. On voulait de plus que le duc de La Force fut aussi chargé
' Ilenri-Jacqucs Nompar de Gaumont, duc de La Force, né le 16 mars 1675, avait épousé en 1698 Anne-Marie Beuzelin.
- Voyez dans Saint-Simon, t. XXXIY, p. 86, les causes de la mésintelligence qui existait entre Georges I" et le prince de Galles; le roi d'Angleterre ne le considérait pas comme son fils, et l'avait traité jusqu'alors avec dureté et indécence.
^ Sans doute la princesse Anue, qui épousa le prince d'Orange.
d'une somme de\in(jt millions en espèces pour en acquitter à Londres des actions pour une pareille valeur, que quelques Anglais avaient prises à la Banque de Paris.
— Les soldats des régiments des gardes françaises et suisses avaient ordre depuis quelques jours de ne point s'éloi."ner du drapeau de leur compagnie et d'avoir leurs armes en bon état , et les capitaines de ces deux régiments ne devaient donner aucun congé à leurs soldats pour quelque affaire ou prétexte que ce pût être, pour aller en aucun endroit, quand même c'aurait été au voisinage de cette ville -
— Le 30 et le 31, les commissaires du conseil travaillèrent à la Banque pour en examiner la caisse générale.
— Le 31 au matin, il parut une affiche aux portes de la Banque par laquelle on donnait avis au public que les bureaux en seraient fermés l'après-dînée, parce que MM. les commissaires du conseil devaient continuer la vérification de la caisse générale, et que le lendemain, premier jour de juin , les bureaux seraient ouverts et qu'on y payerait les billets de Ijanque à l'ordinaire les jours suivants.
— Le même jour 31, on pidilia un arrêt du conseil d'État qui prorogeait jusqu'au V juillet prochain le cours des nouvelles espèces et augmentait le prix des anciennes.
— Par ordre du conseil d'Etat, le major et deux capitaines du régiment des gardes suisses se transportèrent en la maison du sieur LaAV, pour ne pas le quitter de vue. Le 29 , à dix heures du soir, il lui avait fallu obéir aux ordres de M. le duc d'Orléans, en donnant sa démission de la char(;e de contrôleur général des finances.
— On se récriait dans les provinces et aux environs de Paris de ce qu'on enlevait dans les villages jusqu'à deux filles s'il s'en trouvait trois dans une famille et un garçon s'il y en avait trois, et même les filles de neuf ou dix ans
s'il ne s'en trouvait pas de plus â^jées, pour les faire passer au Mississipi, afin de remplacer au plus tôt la jeunesse qu'on y avait envoyée quelques mois auparavant, et qui avait péri par la tempête, comme ou a déjà dit, ce qui mettait les pères et mères dans la désolation.
— On assurait que dej)uis la création des quatre millions de rentes viagères au denier vingt-cinq sur la Gomj)agnie des Indes , on avait porté à la Banque la valeur de plus de cinquante millions en billets de banque, en récépissés et en espèces anciennes d'or et d'argent, tant il v avait d'empressement.
— Le premier jour de juin, on recommença à payer à la Banque; les agioteurs en grand nombre s'étaieiît attroupés depuis quatre jours dans la cour de la Banque, dans la rue de Richelieu et dans la place des Victoires, pour le négoce des actions et des autres papiers.
— Le même jour, après diner, les commissaires du conseil, qui étaient MM. d'Aligre et Portail, présidents à mortier, et MM. les abbés Main(>uy et Pucelle, conseillers au Parlement, continuèrent la vérification de la caisse générale de la Banque.
— Le 2% on publia enfin un arrêt du conseil d'Etat qui permit à toutes personnes de garder telles sommes qu'ils avaient ou qu'ils auraient dans la suite en leur possession , en quelques espèces que ce fût.
— [;e 4, on en publia un autre qui ordonnait à tous ceux qui avaient des billets de banque de la valeur de dix mille livres et de mille livres chacun , et des actions sur la Compagnie des Indes, de les convertir en constitutions de rentes à deux et demi pour cent, c'est-à-dire à vingt-cinq livres par an pour mille francs de fonds, et de deux cent cinquante livres par an pour le fonds de dix mille livres.
— Le 3, il y eut deux hommes et deux femmes d'étouffés dans la foule à la Banque, tant il y allait de monde pour rece-
voir chacun cent livres, et cent dix livres au plus, pour la valeur d'un billet de ceut livres avec un billet de dix livres.
— Le payement discontinua le 7 à la Banque et recommença le 12 , ce qui avait donné lieu à bien des murmures et à dire que le payement de la Banque ne devait pas plus cesser que le cours de la rivièie de Seine.
— Le 7, on déclara au conseil de Régence que les sceaux seraient rendus à M. le chancelier d'Ag^uesseau ; ainsi M. d'Ar^jenson eut ordre de les tenir tout prêts, et cependant de sceller ce (pii se présenterait le reste de la journée. On fut étonné de le voir s'en retourner sans lîoqueton. Sur cette résolution, un courrier fut en porter la nouvelle à M. le chancelier, qui arriva de Fresnes à Paris avant le jour, où quantité de persojines furent à l'envi le complimenter sur son heureux retour,
— M. Lepeletier des Forts fut nommé alors inspecteur et ordonnateur général des finances.
— Le 9, M. l'abbé Dubois, secrétaire d'État, fut sacré archevêque de Cambrai en l'éghse de l'abbaye royale du Val-de-Grâce ' par M. l'archevêque de Bourges, qui avait
pour assistants M. l'évêque de Nantes et M. l'évêque de
Le repas se fit dans la galerie du Palais-Royal , avec une entière magnificence pour la bonne chère. Les plats furent portés par des Suisses du régiment des gardes. Il y avait deux tables de vingt-cinq couverts chacune, qui furent également servies. Les cardinaux de Rohan , de Bissy et de Gesvres, le nonce du Pape, d'autres prélats, les maréchaux
* Matthieu Marais nous a conservé dans son Journal y t. I, p. 276, le billet d'invitation à cette cérémonie; le voici : « Vous êtes prié, de la part de M. l'abbé Dubois, ci-devant précepteur de M. le duc d'Orléans, ministre et secrétaire d'État, nommé par le Roi à l'archevêché de Cambrai , de lui faire l'honneur d'assister à la cérémonie de son sacre, qui se fera dimanche 9 juin 1720, à neuf heures précises du matin, en l'église de l'Abbaye royale du Val-de-Grâce, faubourg Saint-Jacques. »
de Vilieroy, d'Estrees, de Berwick et de Taliart, l'envoyé de l'Empereur et d'autres seigneurs, étaient de la première table ; le maréchal de Vilieroy et le nouvel archevêque de Cambrai se trouvaient dans le centre, vis-à-vis l'un de l'autre. L'autre table était remplie de prélats et d'abbés ; M. l'évéque de Nantes y était aussi. On y servit toutes sortes de vins exquis de Bour(jo(}ne et de Champagne, et des pays étrangers les plus éloignés , et même du Levant.
— Le \2, on afficha aux portes de la Banque que l'on n'y ferait aucun payement jusqu'à ce que les commissaires du conseil eussent fini leur vérification , et qu'eji attendant \es commissaires du Chàtelet payeraient chacun dans son quartier les juillets de dix livres et couperaient ceux de cent en billets de dix.
— Le Roi accorda au maréchal de Tallard la survivance de son gouvernement de la Franche -Comté pour M. son fils.
— Le même jour 12, on publia un arrêt du conseil d'Etat qui faisait défense à toutes personnes sans exception de refuser les billets de banque, sous peine d'amende.
— M. le chancelier fit chasser les agioteurs de la place Vendôme, où ils avaient eu la permission de s'assembler, et où ils avaient fait faire plusieurs baraques en bois de menuiserie depuis qu'ils avaient été contraints de quitter la rue Ouincampoix.
— Les actions étaient déjà baissées à raison de quatre mille deux cents livres chacune.
— On assurait que par ordre de M. le Régent on avait transporté à Gênes quantité de lingots d'or, pour y fabriquer des pistoles d'Espagne.
— M. le maréchal d'Estrees, que l'on assurait avoir beaucoup gagné au commerce des actions , eut ordre d'aller présider aux états de Bretagne à la place de M. le maréchal de Montesquiou, qui en fut rappelé pour n'avoir pas eu le don de plaire en cette province, et M. le marquis
101) JOUR?sAL DE LA RÉGEiNCE.
d'Allègre, lieutenant général des armées du Koi, fut chargea du commandement des troupes qui étaient destinées pour Ja même province, afin d'en contenir les peuples dans le devoir. Les officiers eurent aussi ordre de se rendre incessamment à leurs régiments.
— Le 25 , on conduisit au Ghàtelet deux agioteurs accusés et convaincus d'avoir affiché aux portes de la Banque que la Compagnie des Indes promettait au public de paver sept mille livres pour chaque action de neuf mille; le bruit s'en étant bientôt répandu dans la place Vendôme, cela fît monter les actions à sept mille, dont quelques-uns surent profiter en vendant celles qu'ils avaient eues la veille à moins de quatre mille livres, mais qui baissèrent une heure après au même prix du jouiprécédent.
ordonnait que tous ceux qui avaient pris des actions dans les Compagnies d'Angleterre et de HolIand(3 eussent à retirer leurs fonds dans l'espace de deux mois pour tout délai , de même que ceux qui y avaient fait passer pour leiu" compte des espèces ou matières d'or et d'argent, sous peine d'en payer le douille d'amende applicable moitié au Roi et moitié au déiionciateur.
— On travaillait alors à la Banque à imprimer des billets de cent livres et de dix livres pour la valeur de cent millions, pour servir à couper ceux de dix mille et de mille livres.
— Le 28, on afficha à la Banque que les billets de dix mille livres et de mille livres seraient seulement coupés dans les bureaux des caisses de la Banque, appartenant aux officiers seulement.
— On conduisit en prison plusieurs agioteurs pour avoir exigé vingt-cinq et trente livres de perte par billets de cent livres.
— La nuit du 27 au 28, M. d'Argenson le fils, lieute-