‹ Journal de la vie privée et des conversations de l'Empereur Napoléon à Saint Hélène (volume 2)Chapitre 13 sur 27 · MON ^àiovn aOpb^s [Aoftt · texte numérisé non relu

MON ^àiovn aOpb^s [Aoftt

et ses goûte que du provisoire et du gaspiUage. Tout pour le moment et le caprice, rien pour la

'^ durée voilà notre devise et nos mœurs en

^< France- Chacun passe sa vie à faire et à défaire;

•* il pe reste jamais riei) N'qst-i] pas indécent

*^ que Paris n'ait seulement pas un Théâtre-I^'ran'- <^ çais, un Opjéra» f-ien digne de ces destinations ! . /^ J*ai souvent combattu . dgs fêtps quç la ville ^^ dç Fkris voulait me donner ; c'étaient des f* diners, des bals, des feux d'artifice de 4^ de 6, de 800 mille francs, dont les'préparatifs ob^truaient plusieurs jours le public, et qui coûtaient ensuite autant à défaire qu'ils avaient coûté à *' construire. Je prouvais qu'avec ces faux frais ^* ils auraient fait des monumetis durables, magni- 5* fiquejs^. .....

" Il faut avoir fait autant que moi pour con* f * naître toute la. difficulté de faire le bien» Il ^^ fallait parfois toute ma puissance ppur pouvoir */ réussir. S'agissait-il de cheminée&y de cloisons^ [^ d'ameublemens, dans les palais impériaux pour ^' quelques particuliers, on courait à plçines voile&j ♦^jpnrais s'agissait-il de prolonger le jardin des Tuii- ^^leries^ d'assainir quelques quartiers, de désob* << ^truer quelques égouts, d'accomplir un bien *jSpublic qui n'interressât pas directement quel*- <' ques particuliers, il fallait tout mon caractère, " écrire six, dix lettres par jour, et se fâcher ;tout *^ rouge. C'est ainsi que j'ai employé jusqu'à 30 ^' millions en égouts, dont persç^i^e p.e jx^ tiendra

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"jamais compte. J'ai abattu pour 17 millions de '^ maisons en face des Tuileries pour former la "Carrousel et découvrir le Louvre. Ce que j'ai " fait est immense ; ce que j'avais arrêté, ce que "je projetais encore Pétait bien davantage.**

Alors quelqu'un observait que les travaux de l'Empereur ne s'étaient point bornés ni à Paris ni à la France ; presque toutes les villes d'Italie pré» sentaient des traces de sa création. Partout où l'on voyageait, au pied comme à la cîme des Alpes, dians les :sables;de la Hollande,^ sur les rives du Rhin ; l'on retrouvait Napoléon, toujours Napoléon»

A cela il a observé qu'il avait décidé de dessécher les marais Pontins. ^^ César, a-t-il dit, allait s'en "occuper quand il périt." Et revenant à la France : *^ Les Rois, disait-il, avaient trop de ** maisons de campagnes et d'objets inutiles. Un '* historien impartial aura le droit de blâmer Louis ** XIV. dans ses effroyables et inutiles dépenses de " Versailles, surtout avec ses guerres, ses impo^ *^ sitions, ses malheurs : il s'est épuisé pour ne créer *^ après tout qu'une ville bâtarde." L'Empereur a alors analysé les avantages d'une ville administrative, c'est-à-dire, faite pour la réunion des adminis-^ trutions, et ils lui semblaient vraiment problématiques.

Je regrette bien ici de n*avoir pas consigné, dans le temps, la suite de ces raisons; elles étaient si multipliées, si ingénieuses! Aujourd'hui mon exactitude ne me permet pas de prétendre les

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reproduire. Du reste» ce sont en moi des regrets, qui malheureusement n'ont que trop souvent Tocoasion de se renouveler. Si on aperçoit de nombreuses lacunes dans les raisonnemens de T Empereur, et surtout dans la suite de ses développemens, c^est qu'à Sainte-Hélène je consignais en hâte» me fiant sur ma mémoire pour développer en temps opportun» ou bien je me contentais encore d'abréviations, de signes hyérogliphiques ; je savais que j'étais à la source ; mais aujourd'hui il arrive que j'ai oublié, ou que je ne me retrouve plus dans mes propres signes. Ce doit être mon excuse pour bien des choses.

L'Empereur ne se dissimulait pas que la demeure de la capitale n'était parfois pas tenable pour les souverains ; mais d'un autre côté Versailles ne l'était pas pour les grands, les ministres, ni les courtisans. C'était donc une faute de Louis XIVi s'il n'avait entrepris Versailles que pour le séjour des Rois ; lorsque Saint-Germain était tout trouvé sous sa main : la nature semblait l'avoir fait exprès pour la véritable den>eure des Rois de France. Lui-même, Napoléon, avait fait des fautes à cet égard.; car il ne fallait pas, disaitil, se louer dans tout ce qu'on avait fait. Il aurait dû retrancher Compiègne, par exemple, et il regrettait d'y avoir fait son mariage, au lieu de Fontainebleau. " Voilà, disait-il, en répétant Fon- ♦^ tainebleau, la vraie demeure des Rois, la maison *^ des siècles ; peut-être n'était-ce pas rigoureuse-

^^inent un palais d'architecte, mais' bien assuré- *^ ment un lieu d'habitation bien calculé et parfaite* " ment convenable. C'était ce qu'il y avait sans *^ doute de plus commode, de plus heureusement *^ situé en Europe pour le souverain, etc."

Il passait alors en revue les capitales qu'il avait visitées, les maisons des Rois qu'il avait parcourues, et nous donnait de beaucoup la supériorité. Fon* tainebleau, ajoutait-il encore, était aussi en même temps la situation politique et militaire la'pius con*venable. L'Empereur se reprochait les dépenses qu'il avait fiiites à Versailles ; mais fallait-il bien encore, disait-il, l'empêcher de tomber en ruines. Il avait été question, dans la révolution, de détruire en grande partie ce palais ; d'en enlever le milieu, et de séparer par-là les deux cotés. " On m'eût rendu grand service, disait-il ; car rien n'e^t dispendieux» ni véritablement inutile comme ceitte *' multitude de palais ; et si pourtant on m'a vu ^^ entreprendre celui du Roi de Rome, c'est que •* j'avais des vues à moi ; et puis encore c'est qu'au '* vrai je n'ai jamais songé qu'à* préparer le terrain :• ** je m'en fusse tenu là *.

* Tout le monde sait, ou devrait avoir su (si par une fatalité toute particulière à Napoléon, la plupart de ses actes leà plus recommandables n'eussent été, dans le temps, étouffés sous le poids de la malveillance et des libelles), l'histoire de cette misérable cahute enclavée dans l'enceinte du palais du Roi de Kome, dont le propriétaire demanda successivement 10, 20, 50, 100 fois la valeur réelle. Arrivé à ce taux ridicule, l'Empereur, de qui on prenait les ordres à cet égard, ordonna tout*

14S MON SÉJOUII AUPRÈS [Août

Mes erreurs en dépenses de ce genre, ajoutaitil, ne pouvaient après tout être grandes. Grâce à mes budjets, ces erreurs s'apercevaient et se "corrigeaient de force chaque année; elles ne '* pouvaient jamais aller au-delà d'une petite quo- ** tité de la faute principale.**

L'Empereur avait eu toutes les peines du monde, nous assurait-il, à faire comprendre et adopter son système de budjets. ** Me proposait-on un plan de *• 30 millions, qui me convînt : accordé, disais-je ; " mais à faire en vingt ans, c'est-à-dire à 1500 mille ^^ francs per an. Cela allait très-bien jusque-là ; ♦* mais que me donnerez-vous, ajoutais-je, pour ma *• première année ? car si je veux que ma dépense '*^oît morcelée, je veux néanmoins que le résultat, ** le travail m*arrive entier et fini. Ainsi je veux "d'abord un abri. Une chambre, un appartement, ** n'importe quoi ; mais quelque chose de complet pour mes 1500 mille francs. Les architectes ne voulaient plus y entendre ; cela gênait leur •^grandiose, leur grand effet. Ils auraient voulu " d*abord produire toute une façade long-temps ^' inutile, et vous engrainer ainsi dans des dépenses " immenses, qui, si elles étaient interrompues, ne " vous laissaient rien.

à-coup de se refuser désormais à tout marché quelconque, s'écriant que cette misérable échoppe, au milieu de toutes les magnificences du palais du Roi de Rome, serait, après tout, la vigne de Naboth, le plus grand témoignage de sa justice^ le plus beau trophée de son rbgne.

18160 ^^ L'ËftiPfiRfiUR NAPOL&ON. JLéÀ

** C'est avec cette manière à moi, et en dépit de <^ tant de circonstances politiques et tnilitaîfës, '* que j*ai fait néanmoins tant de choses. JVvais '^ réuini 40 millions de meubles à la couronne, 4 '^ millions au moins d'argenterie. Que de palais •^j'ai restaurés! Peut-être trop: j'y reviens. " Grâce à ma manière de faire, j'ai pu habiter " Fontainebleau, dès la première année de travail; •^ il tie m'en coûta pas plus de 5 à 600 mille francs. ** Si y y ai dépensé depuis 6 millions, cela n'a été ** qu'en six ans ; j'en aurais dépensé bien dàvaii- *^ tage avec le temps. Mon but principal avait " pour objet que la dépense fût insensible, et lé " résultat éternel.

" A mes voyages de Fontainebleau, disait TEm- " j!)éreur, 12 à 15 cents personnes étaient invitées^ " logées et meublées; plus de 3 mille pouvaient y ** trouver à dîner, et ceci n'avait rien de coûteux " pour le souverain, ou très-peu, grâce à l'ordre ^ établi ; Dm"oc l'avait rendu admirable. Plus de 20 ou 25 princes, dignitaires ou ministres étaient contraints d'y tenir maison.

" Je condamnais Versailles dans sa fcréàtiori, reprenait l'Ëinpereur ; mais dans mes idées jparfois gigantesques sm Paris, je rêvais d'en tirer par- *• tie, et de n'en ftire, avec le temps, qu'une espèce *' de faubourg, un site voisin, un point de vue de " la grande capitale ; et pour Fapproprier davatï- '* tage à cet objet, j'avais conçu une siriguKère

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"idée, dont je m'étais même fait présenter le *^ programme.

^ <' De ces beaux bosquets, je chassais tontes ces ^' nymphes de maïuvais goût, ces ornemens à la Turcaret, et je les remplaçais par des panoramas, en maçonnerie, de toutes les capitales où " nous étions entrés victorieux, de toutes les çé- " lèbres batailles qui avaient illustré nos .armes. *' C'eût été autant de monumens éternels de i^os ** triojnphes et de notre gloire nationale, posés à " la porte de la capitale de l'Europe, laquelle ne " pouvait manquer d'être visitée par force du reste " de l'univers." Et laissant tout à coup cela, il s'est mis à nous lire le Distrait, dont le volume était depuis long-temps sous sa main ; mais il l'a presqu'aussitôt interrompu, soit qu'il ait été remué de ses propres pensées, soit qu'il s'y vît contraint par une toux nerveuse, qui depuis peu lui revient çQUvent après son dîner. Il est certain qu'il change beaucoup, et que sa santé se perd tout* à-fait.

Projet d'une Histoire Européenne* — Stlim II L — Forces d'un Sultan Turc. — Les Mameloucks. — Sur la Rés^ence.

5. L'Empereur n'est sorti qu'à près de cinq heures; il était souffrant, ^vait pris un bain, que la.vepue de Six H. X-owe avait. trop prolongé, n'ayant voulu en sortir qu'^après que ce Gouverp,eur eut disparu de l'étsiblissement.

I8l6r] Dfi LEMPSaSi^a napoi^bon. ié5

L'Empereur avait lu dans son bain deux vo'» lûmes de. T Histoire Ottomane. II avait conçu ridée, disait-il, et regrettait fort de n'avoir pu 1 esiécuter, de faire composer toutes les histoires de r£urope depuis Lo6is XIV. sur les pièces mêmes de nos relations extérieures où se trouvent les rapports réguliers de tous les ambassadeurs. Mon règne, observait-il, eût été une époque

parfaite pour cetc objet. La supériorité de la '^ France, son indépendance, sa régénération, met- *^ talent le gouvernement actuel à même de publier

tous ces objets sans inconvénient. C'eût été

comme si l'on eût publié l'histoire ancienne:

rien n'eût été plus précieux."

Et de-là, passant à Sélim III. il disait lui avoir écrit un jour: *^ Sultan, sors de ton sérail ; mets- '^ toi à la tête de tes troupes, et recommence ** les beaux jours de ta monarchie."

Sélim, le Louis XVI. des Turcs, disait l'Empereur, qui nous était très-attaché et très-favorable d'ailleurs, se contenta de lui répondre que c'était bon pour les premiers princes de sa dynastie, que les moeurs de ce temps étaient bien loin, que de pareils actes seraient aujourd'hui hors de saison, et tout À fait sans fruit.

L'Empereur, ajoutait néanmoins que personne ne connaissait, sans doute, la force de la déve- . loppée subite dont serait capable un Sultan de Constantinople qui saurait se placer à la tête de son peuple, le retremper et mettre en marché

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